Julien Marie Cosmao Kerjulien, né le à Châteaulin et mort le à Brest, est un contre-amiral français. Surnommé « Va de bon cœur » par ses marins, dit de lui : .
Volontaire à quinze ans dans la marine
Fils de Jacques Cosmao (1718-1780), notaire puis procureur royal à Châteaulin, et de Louise Jacquette Cuzon (1728-1802), il est le de leurs quinze enfants. C'est par la suite qu'il adjoignit à son nom le surnom de Kerjulien, sans doute pour se différencier de trois de ses frères qui servaient également dans la marine.
À 15 ans, ne voulant pas devenir notaire comme son père le souhaitait, il s'enfuit de chez lui et rejoint Brest où, avec la complicité de son frère ainé, Guillaume Cosmao Dumanoir, secrétaire du Commandant de la marine à Brest, il s'engage dans la marine comme volontaireL'essentiel des renseignements sur la carrière de Julien Marie Cosmao-Kerjulien provient de ses états de service - Service historique de la Défense (côte CC7 Alpha carton 546 dossier 20).
Officier bleu pendant la guerre d’Amérique Il embarque sur l’Aigrette en et fait campagne pendant un an aux Antilles.
Il embarque ensuite sur la frégate l’Oiseau, expédiée sur les côtes de l'Atlantique. Pendant cette seconde campagne, Cosmao se fait remarquer dans deux combats. Le premier, devant Bordeaux contre une frégate anglaise de premier rang que l’Oiseau force à s'éloigner. Le second, dans l'ouest de Belle-Ile, contre un corsaire anglais de 24 canons de 12, dont la frégate française s'empare, après un engagement très vif.
Passé en janvier 1779 sur l’Hirondelle, frégate de 20 canons, il prend part, le suivant, à un combat opiniâtre contre deux corsaires anglais : l'un de 14 canons, l'autre de 12, qui furent très maltraités et réduits à fuir, après une lutte de trois heures. Quinze jours plus tard, l’Hirondelle oblige un corsaire de 16 canons à se jeter à la côte, à l'entrée de la rivière de Suriname, et, le , la frégate française capture deux bâtiments de la Compagnie des Indes richement chargés.
Cosmao, nommé lieutenant de frégate, au mois de novembre , fait dans l'Atlantique, sur les vaisseaux le Pégase (Vaisseau de 74 canons) et le Protecteur (74), plusieurs croisières suivies d'une expédition à Terre-Neuve, sur la flûte la Fidèle qu'il commande.
La réputation d'habile manœuvrier qu'il avait su mériter, le fait nommer sous-lieutenant de vaisseau en , il fait partie de la première promotion des sous-lieutenants de vaisseau, grade créé pour intégrer de façon permanente au corps des officiers de marine du roi des roturiers anciens officiers auxiliaires (« officiers bleus »). Il est recherché successivement des commandants de la Lourde, de la Vigilante et de la Dorade. Il fait sur ces bâtiments diverses campagnes dans les mers du Nord et aux Antilles, jusqu'en , époque à laquelle il obtient d'abord le commandement du Vanneau et, deux mois après, celui de la gabarre la Boulonnaise qu'il conserve pendant deux ans. Il est ensuite notamment second capitaine sur la Précieuse.
Promu lieutenant de vaisseau en mai , Cosmao prend le commandement du Brave (74), puis celui de la gabarre (ou bombarde) la Sincère. Il fait partie de la division Latouche-Tréville envoyée en renfort de l’escadre aux ordres de l'amiral Truguet dans la Méditerranée et participe aux différentes actions de la campagne, notamment aux bombardements d’Oneglia et de Cagliari (Sardaigne). thumb|300px|Acte de naissance de Julien-Marie Cosmao Kerjulien - Mairie de Châteaulin (Finistère)
Capitaine de la République puis de l'Empire Nommé capitaine de vaisseau à compter du , il commande le Centaure (un vaisseau de 74 canons), le Commerce de Marseille (74) et le Duguay-Trouin (Classe Téméraire). Il fait partie du au avec ce dernier vaisseau de la rébellion républicaine de la flotte de la Méditerranée contre l'amiral royaliste Trogoff lors du siège de Toulon.
En , il est nommé capitaine de pavillon du Tonnant (80), monté par le contre-amiral Delmotte, et faisant partie d'une armée navale de quinze vaisseaux, six frégates et trois bricks, commandée par le contre-amiral Martin. Lors de la sortie le , d'une division de sept vaisseaux, cinq frégates et une corvette, Cosmao commande toujours le Tonnant.
Le , l'armée entière sort cette fois, Cosmao encore capitaine du Tonnant a à son bord le contre-amiral Delmotte. Lors de l'engagement qui a lieu, le 7 du même mois, entre la frégate française l’Alceste et le , le Tonnant, arrivé sur le champ de bataille deux heures après le commencement de l'action, tire trois coups de canon après lequel le Berwick amène son pavillon. Cinq jours après, l'armée est rencontrée sous le cap Noli par une escadre anglaise de treize vaisseaux, deux corvettes et un cutter. Dans cette affaire, le Ça-Ira (80) et le Censeur (74) sont pris, malgré le secours de quatre vaisseaux, du nombre desquels était le Tonnant.
Devenu chef de division, Cosmao commande successivement et sans interruption, de à , six vaisseaux différents, sur lesquels il fait plusieurs campagnes. Commandant le Jemmapes (74) en ; il participe au raid de Bruix en de Brest à Toulon et retour. Dans l’escadre Dordelin à compter de , il croise jusqu’à Saint-Domingue au commandement des vaisseaux l’Océan (118), puis l’Alliance et enfin le Mont-Blanc (74). À Saint-Domingue, il commande plusieurs stations et prend part à quelques-uns des combats livrés aux esclaves révoltés. thumb|250px|Le Pluton flambant neuf en 1805 comme fera la campagne de Trafalgar.
Il commande ensuite, en , le vaisseau le Pluton (classe Téméraire), faisant partie de l'armée franco-espagnole de dix-huit vaisseaux, sept frégates, une corvette et un brick, commandée par le vice-amiral Villeneuve, qui, après avoir appareillé de Toulon en mars, atteint la Martinique à la fin de .
La prise du Rocher du Diamant (31 mai au 2 juin 1805)
left|150px|Le Rocher du Diamant de nos jours. thumb|250px|La flotte française commandée par Cosmao-Kerjulien attaquant le Rocher du Diamant. Huile sur toile d'Auguste Mayer. Original à la mairie de Châteaulin et copie au château de Versailles. Le rocher du Diamant. (haut de ), situé à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau au sud de Fort-de-France (Fort Royal à l'époque), avait été occupé au début de par les Britanniques qui y avaient aménagé des défenses avec des réserves de vivres et munitions. Observatoire privilégié, avec une visibilité pouvant atteindre , il permettait de contrôler les accès et sorties de Fort-de-France qui se font principalement par le sud. Dans le passé, un essai pour réduire la position, avec des chaloupes, avait échoué en raison des forts courants. Le Vice-amiral Villaret-Joyeuse, capitaine-général de la Martinique, sollicite l'amiral Villeneuve pour réduire ce « symbole d'insolence aux portes de la Martinique », lequel accepte de se prêter à cette opération qui, du reste, avait été formellement prescrite par NapoléonLe contre-amiral Missiessy qui était passé quelques mois auparavant à la Martinique avait décliné la demande de Villaret-Joyeuse..
Une division composée des vaisseaux le Pluton et le Berwick, de la frégate la Syrène et des corvettes la Fine et l’Argus, est chargée, sous le commandement du capitaine de vaisseau Cosmao, de transporter les troupes destinées à l'opération projetée et de les soutenir.
Le , à l'aube, la division du capitaine Cosmao s'approche du Diamant, accompagnée de quatre chaloupes et de quatre canots, fournis par moitié par l'escadre française et moitié par l'escadre espagnole. Le feu des vaisseaux et autres bâtiments de la division force les Anglais à abandonner le bas du rocher. Malgré la riposte des assiégés, les embarcations parviennent ensuite à effectuer leur débarquement. Aussitôt débarquées, les troupes sont bientôt maîtresses de la base du rocher, mais la progression vers le haut se heurte à une vive opposition des Anglais en position dominante. Dans la nuit, des renforts en personnel, vivres, munitions et matériel d'escalade leur parviennent. Une première tentative échoue.
La journée du est consacrée à des reconnaissances et à la préparation de la reprise de la progression. De nouveaux renforts parviennent dans la nuit du au . Un passage, trouvé par un petit groupe, permet à quelques hommes de prendre pied sur une plateforme au-dessus des positions françaises, à partir de laquelle, ils lancent des cordes qui permettent ainsi à un renfort de grimper à leur hauteur. À partir de là, les Français escaladent de partout et s'emparent des grottes où étaient entreposées les réserves anglaises : les vivres, les munitions et surtout l'eau. Les Anglais hissent alors sur le sommet du rocher le pavillon de reddition qui est retransmis aux combattants.
Il s'agit d'un authentique fait d'armes, dont avait bien besoin l'escadre. L'organisation générale de l'attaque et la détermination avec laquelle les navires avaient apporté leur soutien, pour l'acheminement des troupes, par l'appui-feu et par l'approvisionnement et le renforcement des assaillants, sont à mettre au crédit du chef de l'expédition, Cosmao Kerjulien.
L'amiral Villeneuve en rendit compte en ces termes :
Le combat des Quinze-Vingts (22 juillet 1805)
thumb|250px|Le combat des Quinze-Vingts Le , l'escadre franco-espagnole comprenant vingt vaisseaux aux ordres du vice-amiral Villeneuve fait voile vers le Ferrol par la latitude du cap Finisterre. Elle rencontre l'escadre anglaise de quinze vaisseaux commandée par l'amiral Robert Calder. L'escadre franco-espagnole se met en ordre de bataille, les vaisseaux espagnols en avant-garde, et le Pluton en tête des vaisseaux français.
Le combat s'engage entre les avant-gardes, dans des conditions de visibilité très médiocres. Cosmao Kerjulien s'aperçoit que le vaisseau espagnol le Firme, serre-file de ceux de sa nation, démâté de plusieurs de ses mâts, dérive dans la ligne anglaise, ainsi qu'un autre espagnol, le San-Raphaël. Il quitte alors son poste et vient se placer entre les Britanniques et le Firme. Cette belle et audacieuse manœuvre aurait eu tout le succès qu'en attendait Cosmao, si les vaisseaux placés derrière le Pluton avaient pu l'imiter. Mais la brume et la fumée les en empêchent et, se trouvant seul contre plusieurs vaisseaux ennemis, il se voit forcé d'aller reprendre son poste. Le Firme tombe au pouvoir des Anglais ainsi que le San Raphaël.
Pendant que Cosmao se dévoue ainsi pour venir au secours de vaisseaux alliés, trois autres : le Terrible, l’España et l’America, fort maltraités, tombent sous le vent de la ligne. Le Pluton quitte encore son poste pour couvrir ces vaisseaux de son feu. Mais, plus heureux cette fois, il les empêche d'être enveloppés et pris.
thumb|150px|Amiral Federico Carlos Gravina y Nápoli. Cette bataille ne fut probante pour aucun des deux adversaires, aucun n'ayant su prendre l'avantage sur l'autre, les Britanniques ayant toutefois capturé deux vaisseaux espagnols. L'amiral espagnol Gravina en voulut un peu à Villeneuve de ne pas avoir été plus agressif pour reprendre ces vaisseaux aux Anglais, mais lui et tous les Espagnols avaient remarqué les efforts de Cosmao et lui en témoignèrent une profonde gratitude.
La bataille de Trafalgar (21 octobre 1805)
thumb|Le combat du Pluton à Trafalgar. Huile sur toile d'Auguste Mayer. Original à la mairie de Châteaulin.