Zeus est parmi les dieux grecs celui dont l'activité sexuelle et le rôle de progéniteur ont suscité le plus de récits. On lui prête plus d'une centaine de relations avec des immortelles comme des mortelles. Il s'unit à plusieurs déesses puissantes, en premier lieu son épouse légitime Héra et donne naissance à plusieurs des divinités majeures des panthéons grecs (Athéna, Apollon, Artémis, Dionysos, Hermès). Il a également des relations sexuelles avec des nymphes (Io, Callisto) ainsi que des reines et princesses mortelles (Alcmène, Europe, Danaé, Léda, etc.), donnant naissance à des demi-dieux qui comprennent certaines des principales figures héroïques de la Grèce antique (Héraclès, Hélène, Persée).

L'ampleur de ses unions et de sa progéniture reflète une autre facette de la puissance de Zeus, (W. Burkert), mâle dominant disposant d'une liberté absolue pour assouvir ses envies, auquel on ne peut résister. Les « aventures » de Zeus ont suscité différents récits plus ou moins développés, dont certains ont eu une postérité importante dans la littérature et l'art, reposant notamment sur le fait qu'il se métamorphose pour parvenir à ses fins, leur aspect licencieux et aussi le motif de la vengeance d'Héra envers les amantes souvent involontaires du roi des dieux et leurs enfants.

Il y a certes eu des critiques moralisantes sur le fait que des poètes osent décrire la sexualité de Zeus, mais pas sur le comportement du dieu en lui-même, que ce soit l'usage de la force ou de la duperie, ou encore son statut d'adultère, la seule opposition se trouvant dans la jalousie d'Héra qui accompagne souvent ces récits. De nos jours en revanche une relecture de ces mythes met en avant l'aspect prédateur de la sexualité de Zeus, qui enlève et viole des jeunes filles pour son bon plaisir.

Le principal progéniteur de la mythologie grecque

Zeus est considéré comme le père d'un grand nombre de divinités et de plusieurs « demi-dieux », plus que tout autre dieu. C'est le « père des dieux et des hommes » (Iliade , 544 ; , 235 ; etc. ; Théogonie 542, 643, 848), ce qui se comprend au sens figuré par le fait qu'il est la figure patriarcale par excellence, modèle du père de famille et du maître de maison, mais aussi se comprendre au sens propre, parce qu'il a engendré plusieurs des principales divinités grecques et des héros qui ont eux-mêmes fondé des lignages (Héraclides, Perséides), dont se revendiquent par ailleurs certaines des familles illustres de la Grèce antique (Agiades et Eurypontides à Sparte, Argéades en Macédoine). De fait, être enfanté par Zeus, le plus puissant des dieux, est un gage de puissance et souvent la garantie d'une position élevée dans la société divine ou humaine. Il s'est pour cela uni à des dizaines d'immortelles et de mortelles, les mythographes tardifs arrivant jusqu'à 115 amantes.

Le plus ancien « catalogue » d'unions de Zeus se trouve dans l’Iliade, dans la bouche même du roi des dieux (, 317-327), alors qu'il explique à Héra qu'il n'a jamais désiré une femme autant qu'elle.

Avatar Femme/MaîtresseAmant Enfants(s) Apparence d'Amphitryon Alcmène Héraclès Ananké Les Moires Satyre Antiope Amphion, Zéthos Astéria Calliope Les Corybantes Apparence d'Artémis Callisto Arcas Calycé Éthlios, Endymion Carmé Britomartis Pluie d'or Danaé Persée Déméter Coré, aussi appelée Perséphone Cheval Dia Pirithoos Dino Orséis, Cyllène (?), les naïades (?), Scamandre (?) Dioné ou Thalassa (?) Aphrodite Dorippé ou Pyrrha Hellen Aigle Égine Éaque Élara Tityos Électre Dardanos, Émathion, Iasion, Harmonie Thyia Magnès, fr. 7 MW. Éos Hersé Éris (?) Até, Tyché et les Lites Eunomie, Héra, Aphrodite ou Eurynomé Hégémone Taureau blanc Europe Minos, Rhadamanthe, Sarpédon Fourmi, 39. Euryméduse Myrmidon Eurynomé Les Charites Gaïa Tityos, Manès Aigle Ganymède Héra Ilithyie, Hébé, Héphaistos, Arès, Ényo et Éris Himalia Cronios, Spartaios, Cytos Hybris, Thymbris ou Callisto Pan Nuage Io Épaphos Iodamé Thébé Lamia Laodamie Sarpédon Cygne Léda ou Némésis Castor et Pollux, Clytemnestre (?), Hélène Léto Apollon, Artémis Maïa Hermès Locros Métis Athéna Mnémosyne Les Muses : Calliope, Clio, Erato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie, Uranie Niobé Argos, Pélasgos Olympias Alexandre le Grand Pandore Latinus Hadès Perséphone Zagrée Ploutô Tantale Podarge Xanthe et Balios Protogénie Éthlios, Étolos Séléné Hersé, Pandia, le lion de Némée (?) Sémélé Dionysos Taygète Lacédémon Thalie ou Arémosyne (?) Les jumeaux Paliques Thémis Les Heures, les Moires, Astrée, Némésis Thémisto Ister

Pour autant, Zeus ne parvient pas toujours à ses fins. Astérie, sœur de Létô, préfère se jeter à l'eau, et est transformée par le dieu en île, qui devient Délos, où sa sœur accouche d'Artémis et d'Apollon. La nymphe Sinopé se joue de lui : alors qu'il l'a enlevée et cherche à la convaincre de coucher avec lui en lui promettant d'accéder à n'importe lequel de ses désirs, elle lui dit qu'elle désire rester vierge et Zeus est obligé de tenir sa parole. Thétis est également poursuivie par Zeus, selon la tradition à laquelle renvoie la trilogie prométhéenne d'Eschyle, mais alors qu'elle cherche à lui échapper Prométhée informe le dieu que s'il s'unit à elle il aura un enfant plus puissant que lui, donc il renonce.

Dans la sphère divine thumb|Zeus conduisant un char, sur lequel se trouve aussi son épouse Héra, accompagné par deux Muses, Uranie et Calliope. Détail du Vase François, v. 570 av. J.-C. Musée archéologique national (Florence).

Zeus est le père d'un grand nombre de divinités, parmi lesquelles se trouvent plusieurs des figures majeures de la religion grecque (mais aussi de nombreuses divinités secondaires). Parmi les principales divinités grecques, celles qui ne sont pas frère ou sœur de Zeus sont ses enfants.

Dans la Théogonie, Hésiode consacre une longue section aux unions de Zeus (886-923), qu'il déroule suivant un ordre chronologique : Métis, Thémis, Eurynomé, Déméter, Mnémosyne, Létô. Héra est la toute dernière épouse (921). Hésiode connaît aussi d'autres unions, exposées ensuite : Maïa, Sémélé, Alcmène. Cette description répond à un objectif accompagnant sa description de la mise en place de l'ordre de Zeus dans l'univers, autour de ses femmes et de ses enfants, une famille élargie incluant aussi ses frères et leurs enfants, symbolisant la manière dont le monde se réorganise autour de lui. La chronologie qu'il donne n'a néanmoins rien de canonique, puisque le Pseudo-Apollodore fait d'Héra la première union de Zeus, toutes les autres venant ensuite. Les unions et filiations ne sont pas non plus fixées, comme le montrent les incertitudes autour de la paternité de Zeus pour Aphrodite et Héphaïstos.

Héra et ses enfants

vignette|Zeus et Héra. 450 avant J.C. Provenant du temple E de Sélinonte: la sculpture, qui était à l'origine polychrome, est en calcaire, à l'exception des membres de la déesse, qui sont en marbre blanc. Musée archéologique régional de Palerme.

Malgré ses multiples relations féminines, Zeus est principalement associé à Héra, sa sœur et épouse, la reine des dieux (elle lui reprend son épithète Basileia, « Royale » ou « Reine »), qui occupe une position privilégiée à ses côtés, parce qu'elle partage sa couche et son trône. Ils forment manifestement un couple dès l'époque mycéniennes (), puisqu'ils sont associés dans une tablette de Pylos relative à leur culte. Ils sont de plus associés à Drimios qui est dit « fils de Zeus », donc qui semble être leur enfant, figure divine qui a disparu dans les panthéons grecs postérieurs.

Si on suit Hésiode, Héra est sa dernière épouse et surtout son « épouse définitive », une union qui permet de stabiliser la société divine. Ils forment dès lors le couple central de la famille divine grecque, et peuvent être vus comme l'archétype du couple marié. Homère (Iliade , 293-296) et des traditions locales narrent les amours secrètes de jeunesse de Zeus et d'Héra, faisant remonter leur relation amoureuse bien avant leur mariage. Le fait qu'ils soient frère et sœur ne fait pas obstacle à leur union, le tabou de l'inceste n'existant pas pour les dieux. Au contraire, cela conforte la position d'Héra qui, en tant que sœur et fille aînée de Cronos, est son égale par la naissance et n'a aucun mal à s'opposer à lui s'il le faut.

Héra donne au moins trois enfants à Zeus, selon la liste donnée par Hésiode (921-923) : Ilithyie la déesse de l'accouchement, Hébé la déesse de la jeunesse (donnée en mariage à Héraclès pour sceller son entrée dans l'Olympe) et Arès le dieu de la guerre. Le statut d'Héphaïstos le dieu des artisans varie selon les auteurs : pour Hésiode il est né d'Héra seule, en vengeance du fait que Zeus avait donné seul naissance à Athéna ; pour Homère il est le fils de Zeus et d'Héra. Il manque un prince héritier au couple royal. Arès n'en a pas les caractéristiques, encore moins Héphaïstos. Du point de vue de Zeus, c'est sans doute plus une qualité qu'un défaut d'Héra : elle ne met pas au monde un successeur potentiel, qui le renverserait comme il a lui-même renversé Cronos avec l'appui de sa mère Rhéa. Une version du mythe de Typhon, contenue dans l’Hymne homérique à Apollon, rapporte néanmoins qu'Héra fait naître le monde pour se venger de Zeus. Mais même dans ce cas-là, ce mythe peut s'interpréter comme une manière de confirmer l'ordre de Zeus et la place d'Héra à ses côtés.

Ce statut d'épouse légitime du patriarche et roi et de maîtresse de sa maison expliquent une grande part de ses actions dans la mythologie : elle protège son statut et ses prérogatives contre ses potentielles concurrentes, s'oppose aux enfants non légitimes et les admet après leur avoir fait passer des sortes d'épreuves. Elle apparaît alors comme la farouche gardienne de la légitimité et de l’intégrité de la famille olympienne, quand bien même il faut pour cela qu'elle s'oppose à Zeus, dont elle est l'« ennemie intime » (V. Pirenne-Delforge et G. Pironti), celle qui le connaît le mieux et qui le plus à même de lui faire face. Les crises au sein du couple, généralement liées aux incartades de Zeus, trouvent toujours leur solution, et permettent en fin de compte de réaffirmer la souveraineté de Zeus.

Un long passage de l’Iliade (, 153-360) qui a suscité de nombreux commentaires sur les rapports entre Héra est Zeus est la « tromperie de Zeus » (Dios Apate). Pour braver l'interdiction faite par Zeus aux dieux d'intervenir sur le champ de bataille opposant Achéens et Troyens, la déesse élabore un stratagème qui consiste à le séduire pour détourner son attention et permettre à Poséidon de se rendre sur le lieu des combats. Elle obtient d'Aphrodite un ruban qui détient le pouvoir de charmer quiconque, en utilisant pour prétexte la réconciliation de Téthys et d'Océan. Elle s'assure aussi l'appui du dieu Hypnos, qui doit endormir Zeus une fois qu'elle l'aura charmé. Son plan fonctionne : aussitôt qu'il l'aperçoit alors qu'il est sur le mont Ida, Zeus tombe sous le charme de son épouse, se remémore leurs amours de jeunesse, succombe à son désir. Leur union sexuelle a un pouvoir fertilisant qui permet à la nature de s'épanouir. Lorsqu'il se réveille, il réalise la tromperie et répète sa menace contre ceux qui interviennent sur le champ de bataille, rappelant à Héra le moment où il l'a suspendue dans les airs.. Cet épisode donne en particulier un aspect érotique à la figure d'Héra, qui a suscité des critiques dès l'Antiquité (par Platon et par Plutarque) car la déesse s'éloigne de l'image d'épouse respectable qui est la sienne, pour plutôt ressembler à Aphrodite, et aussi des interprétations allégoriques sur la sexualité du couple royal divin, Zeus s'apaisant une fois qu'il a émis sa semence dans son épouse.