Le réseau Seine-Escaut est un projet de voies fluviales à grand gabarit. Il consiste en la régénération, l’agrandissement et la modernisation de plusieurs voies navigables existantes en France et en Belgique, ainsi que la construction du Canal Seine-Nord Europe, liaison manquante entre le bassin de la Seine et celui de l’Escaut. L’objectif de ce projet est de mettre en place une nouvelle offre de transport multimodale et plus écologique. Ce projet est mené par le Groupement Européen d’Intérêt Economique (GEIE) Seine-Escaut, qui réunit quatre acteurs de la voie d’eau en France et en Belgique : Voies navigables de France (VNF), De Vlaamse Waterweg (DVW), le Service public de Wallonie (SPW) ainsi que la Société du Canal Seine-Nord Europe (SCSNE).
D’ici fin 2030, 1 100 km de voies fluviales à grand gabarit seront mis en réseau, traversant six régions européennes et reliant 50 ports maritimes, 90 ports de plaisance, 60 ports intérieurs et 360 communes.
La réalisation du réseau Seine-Escaut est encadrée par une Décision d’Exécution adoptée par la Commission européenne le et révisée le . Ce texte décrit les actions nécessaires et leur calendrier de réalisation.
Historique Le réseau Seine-Escaut fait partie d’une volonté européenne plus large qui souhaite développer un réseau transeuropéen de transport. En , 30 projets prioritaires avaient été retenus, dont Seine-Escaut, qui a bénéficié d’une première décision de financement dans le cadre du programme pluriannuel RTE-T 2007-2013. Etaient alors concernés des travaux préliminaires sur le Canal Seine-Nord Europe (CSNE), des études et travaux des projets localisés sur la Seine, l’Oise et l’Escaut (au nord et au sud du CSNE), des études et travaux des zones transfrontalières en Flandre, Wallonie et en France.
En 2013, la Déclaration de Tallinn a confirmé Seine-Escaut, comme projet prioritaire du corridor multimodal européen Mer du Nord-Méditerranée (NSMED), lequel constitue l’un des 9 corridors de transport identifiés par l’Union européenne.
Parcours Le réseau fluvial Seine-Escaut permettra d’interconnecter six grandes régions européennes : Flandre, Wallonie, Hauts-de-France, Ile-de-France, Normandie et Grand Est, sur un territoire d’environ 40 millions d’habitants.
Le projet inclut, entre autres, la Seine, l’Oise, l’Escaut ainsi que la Lys sur la partie à grand gabarit mitoyenne avec la Belgique. Il reliera Le Havre à Nogent-sur-Seine en passant par Paris, puis rejoindra Douai en passant notamment par Compiègne. Il remontera jusqu’à Dunkerque, Lille et Valenciennes. En Belgique, le réseau Seine-Escaut reliera Tournai, Charleroi, Namur, Liège, Bruxelles, Gand et Zeebruges.
Proportionnellement, sur les 1 100 km de voies fluviales du projet, 76 % se situeront en France (dont presque la moitié dans les Hauts-de-France), 14 % en Flandre et 10 % en Wallonie.
Le réseau comptera 108 écluses (dont 53 en France, 26 en Flandre et 29 en Wallonie), 512 ponts routiers (dont 244 en France, 204 en Flandre et 64 en Wallonie) et 91 ponts rails (dont 59 en France, 21 en Flandre et 11 en Wallonie).
Objectifs Les objectifs du déploiement de ce réseau sont d’accélérer le report modal vers la voie d’eau alors que l’impact des transports terrestres et aériens sur la planète est de plus en plus considéré. De plus, la hausse des échanges et trafics amplifie encore cette prise de conscience. Dans ce contexte, la zone du projet est le lieu privilégié des transports de marchandises mais aussi de personnes.
L’adoption de la Décision d’exécution, élaborée conjointement par les Etats membres et l’Union européenne puis présentée par le professeur Peter Balàzs en , a constitué une étape importante. Elle confirme le soutien de la Commission européenne dans le temps et renforce l’engagement de toutes les parties prenantes à mener à bien le projet. C’est un exemple de coopération entre les entités exécutantes et les services européens, qui va dans le sens d’une gouvernance partagée. Un travail sur mesure a été effectué sur chaque axe de la liaison pour préciser toutes les actions du projet et leur calendrier de réalisation. La Décision d’exécution donne ainsi aux opérateurs économiques des indicateurs précis sur les différentes sections des 1100 km du réseau Seine-Escaut, qui leur permettent de planifier leurs décisions et les mises en œuvre opérationnelles.
Financement Le réseau Seine-Escaut, qui représente un investissement de 10 milliards d’euros sur la période 2007-2030, est un projet prioritaire pour la politique des transports en Europe. Il a déjà fait l’objet de cinq conventions de financement de l’Union européenne depuis 2007 :
la première subvention européenne, attribuée pour la période de dépenses allant de 2007 à 2014 (RTE-T), s’élevait à 176 millions d’euros ; la subvention couvrait la période de 2014 à 2023 (MIE1) et s’élevait à 539 millions d’euros ; la troisième, attribuée fin dans le cadre du MIE 2, atteint le montant de 276 millions d’euros au titre de la période 2021-2026 ; la 4ème subvention, votée en dans le cadre du MIE 2, s’élève à 506 millions d’euros et couvre la période 2023-2027. la 5ème subvention, votée en dans le cadre du MIE 2, s’élève à 300 millions d’euros, et couvre la période 2024-2027.
Le financement du réseau Seine-Escaut est aussi national et local :
en France, l’Etat, l’AFIT (Agence de financement des infrastructures de transport de France), les régions Hauts-de-France, Île-de-France, Grand-Est et Normandie, ainsi que les départements, les intercommunalités et les agences de l’eau, financent le réseau ; en Belgique, les financements émanent des régions de la Flandre et de la Wallonie.
Acteurs Le réseau Seine-Escaut est le fruit d’une coopération transfrontalière au sein du GEIE, instance partenariale créée le , et de la Commission Intergouvernementale (CIG) Seine-Escaut, regroupant la France, la Flandre et la Wallonie. La gérance du GEIE Seine-Escaut est assurée depuis l'origine par VNF. La CIG regroupe les délégations des Ministères des transports, des Ministères des affaires européennes, des ambassades, le MINEFI (ministère de l’Économie et des Finances français), ainsi que les directeurs généraux des membres du GEIE Seine-Escaut : Voies navigables de France (VNF), De Vlaamse Waterweg nv (DVW), le Service public de Wallonie Mobilité et Infrastructures (SPWMI) et la Société du Canal Seine-Nord Europe (SCSNE). La mission de cette CIG est de coordonner le financement et la réalisation du réseau.
Le réseau est construit avec des décideurs et financeurs en France (l’Etat, les Régions Hauts-de-France, Ile-de-France, Grand Est et Normandie), en Belgique et dans l’Union européenne ainsi que les élus, citoyens et acteurs associatifs des territoires, les gestionnaires d’infrastructures fluviales, ferroviaires et routières, les ports maritimes et intérieurs connectés au réseau, les acteurs du secteur des transports et de la logistique et les entreprises des filières économiques utilisatrices.
Opérations Le réseau Seine-Escaut est progressivement réalisé et se compose de plusieurs chantiers, notamment :
En France
Le Canal Seine-Nord Europe
Le réseau Seine-Escaut inclut la construction d’un nouveau canal à grand gabarit, le Canal Seine-Nord Europe, qui s’étendra sur 107 kilomètres de long entre Compiègne dans l’Oise et Aubencheul-au-Bac dans le Nord. Large de 54 mètres, il permettra d’accueillir des bateaux de gabarit Vb. La réalisation de cette nouvelle voie fluviale à grand gabarit représente un investissement de 5,1 milliards d’euros, financé par l’Union européenne (2,1 milliards d’euros), l’Etat français (1,097 milliard d’euros), les Régions Hauts-de-France, Ile-de-France et les Départements du Nord, de l’Oise, du Pas-de-Calais et de la Somme (1,1 milliard d’euros), ainsi qu’un emprunt de 800 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI). La convention de financement a été signée le à Nesle (Somme). Ce coût a été réévalué par la Société du Canal Seine-Nord Europe début 2026 à 7,3 Md€ courants. Le Canal Seine-Nord Europe est le maillon manquant qui permettra de désenclaver le bassin de la Seine et de le relier au bassin de l’Escaut. Ce grand chantier, conduit par la Société du Canal Seine-Nord Europe (SCSNE), représente une part importante dans la mise en place de Seine-Escaut. Les premiers travaux d’aménagements environnementaux ont démarré en amont des premiers travaux, comme à Bienville (60), où environ 4 000 arbres ont été plantés sur 6 hectares pour créer un nouveau boisement alluvial à proximité du futur canal. Après une longue phase de conception initiée en 2004 avec les études d’avant-projet sommaire (APS), les travaux ont démarré en 2022 avec le rescindement de l’Oise à Montmacq (60), et la construction de 4 ponts dont le premier qui enjambera le futur Canal entre Cambronne-lès-Ribécourt et Montmacq. En 2024, le chantier de l’écluse de Montmacq-Cambronne-lès-Ribécourt a été lancé. Le marché de grands travaux (TOARC) pour le secteur 1 a été attribué en avril 2026, et les travaux commenceront à l'été 2026. Les marchés des grands travaux (TOARC) pour les travaux entre Noyon et Aubencheul-au-Bac ont été lancés en 2025. Le marché de conception réalisation du Pont-Canal de la Somme a quant à lui été attribué en et le marché de construction de l'écluse de Oisy-le-Verger a été attribué en mai 2026. A terme, le Canal Seine-Nord Europe sera équipé de 7 écluses dont une de jonction avec le Canal du Nord, 3 ponts-canaux (dont le Pont-Canal de la Somme, long de plus d’1,3 km) et 62 franchissements routiers et ferroviaires. Le Canal sera alimenté en temps normal par l’Oise, mais une réserve de 14 millions de mètres cubes sera construite à Allaines, dans la vallée de la Louette, pour subvenir aux besoins du Canal lorsque le niveau d’eau de l’Oise sera trop bas (périodes d’étiage). Les quatre ports intérieurs de Noyon, Nesle, Péronne et Marquion-Cambrai permettront de mettre en place des services portuaires pour les marchandises en vrac ou conteneurisés. Deux sites d’accueil des bateaux de plaisance seront aussi construits à Saint-Christ-Briost et Allaines (Somme) pour développer le tourisme fluvial local.
Dans le Bassin de la Seine
Sur l’Oise, le projet de mise au gabarit européen de l’Oise (MAGEO) sur 42 km entre Compiègne et Creil, au débouché sud du Canal Seine-Nord Europe, consistera à approfondir le réseau existant sur cette portion en passant de 3 à 4 m de profondeur afin d’accueillir des bateaux au gabarit européen Vb pouvant transporter jusqu’à 4 400 tonnes de marchandises (y compris la création de 4 zones d’alternat pour assurer le passage à sens unique sur les 19,3 km de tracé où les rescindements ne sont pas réalisables). Ce projet, déclaré d’utilité publique en , traverse 22 communes dans le département de l’Oise. Il constitue une étape clef pour assurer la continuité de navigation entre les bassins de la Seine et de l’Escaut. Les études ont été financées par l’Union européenne, l’Etat, l’AFIT, les Régions Hauts de France et Ile-de-France.