Jacques Van Melkebeke, né le à Bruxelles et mort le dans la même ville, est un peintre, illustrateur, journaliste, écrivain et scénariste de bande dessinée belge.
Enfant du quartier populaire des Marolles aux origines modestes, Jacques Van Melkebeke se passionne très tôt pour le dessin, la littérature et le cinéma, qui lui apparaissent comme des moyens de s'évader d'un quotidien misérable. Pendant sa scolarité, il se lie d'amitié avec Edgar P. Jacobs, les deux hommes partageant leur goût pour le fantastique, le cinéma expressionniste, les mythes et les mystères des civilisations anciennes ou disparues. Élève de l'Académie royale des beaux-arts, Jacques Van Melkebeke rêve d'une carrière de peintre, sans toutefois pouvoir vivre de son art. Durant l'entre-deux-guerres, il gagne péniblement sa vie en pratiquant la retouche photographique et en réalisant divers travaux d'illustration. Ses œuvres sont exposées pour la première fois au Palais des Beaux-Arts en 1939.
En , il rejoint la rédaction du Soir, journal contrôlé par la propagande nazie dès les premiers jours de l'occupation allemande de la Belgique. Jacques Van Melkebeke y tient la page destinée aux enfants, avant d'assister Hergé pour la création du supplément Le Soir-Jeunesse. Il participe d'ailleurs à l'écriture de plusieurs Aventures de Tintin, en particulier Le Secret de La Licorne et Les Sept Boules de cristal, apportant au dessinateur un grand nombre de références littéraires et culturelles que ce dernier intègre à ses scénarios.
Devenu journaliste par opportunisme plutôt que par attrait pour l'actualité et la politique, Jacques Van Melkebeke multiplie les contributions dans plusieurs titres de presse, notamment au Nouveau Journal qui lui confie sa rubrique artistique. Son activité pour différents quotidiens propagandistes et collaborationnistes lui vaut d'être inquiété à la libération du pays : épargné par les expéditions punitives menées contre les personnalités aux comportements jugés inciviques pendant l'occupation, il est finalement arrêté et incarcéré une première fois à la fin de l'année 1944, avant d'entrer dans la clandestinité. Premier rédacteur en chef du journal Tintin en 1946, il est rattrapé par la justice et de nouveau incarcéré à la prison du Petit-Château entre et .
Après sa libération, Jacques Van Melkebeke reprend ses activités sous couvert d'anonymat. Il travaille alors dans l'ombre des grands créateurs de la bande dessinée franco-belge, contribuant notamment aux aventures de Corentin de Paul Cuvelier ou à la série Hassan et Kaddour de Jacques Laudy dont il écrit plusieurs scénarios. Surtout, il assiste son ami dans l'élaboration méthodique des scénarios de Blake et Mortimer, servant notamment de modèle au personnage de Philip Mortimer. En parallèle, il poursuit ses activités de peintre, sans toutefois accéder à une certaine forme de reconnaissance malgré quelques expositions ponctuelles.
Biographie Jeunes années (1904-1916) Naissance et origines familiales vignette|gauche|redresse|alt=Vue panoramique montrant le palais de justice à l'arrière-plan et des quartiers d'habitation au premier plan.|Vue de Bruxelles en 1914. Jacques Alexandre Van Melkebeke naît le dans l'appartement à l'étage du cabaret « Chez Jacques », situé dans la rue des Alexiens, au cœur du quartier populaire des Marolles à Bruxelles.. L'établissement est tenu par Jacques Olbrechts, marié à Eulalie Thijs, une piqueuse de bottines ayant deux filles d'un premier mariage. La cadette, Alphonsine, s'éprend d'Évrard Van Melkebeke, le fils d'un ébéniste de la même rue. De leur union naît Jacques, surnommé par sa grand-mère Eulalie, qui voit ce mariage d'un mauvais œil.
Pour s'éloigner de sa belle-famille, Évrard Van Melkebeke s'établit avec sa femme et son fils dans un magasin de papier peint de la rue du Parc Élisabeth, dans la commune de Koekelberg, où il exerce la profession de tapissier. Quelques années plus tard, Alphonsine Van Melkebeke quitte son mari et revient s'installer avec Jacques chez ses parents, rue des Alexiens.
Jacques Van Melkebeke fréquente d'abord un établissement scolaire tenu par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, avant de rejoindre à la rentrée de 1910 l'école communale de la rue de Rollebeek. Ses camarades et son institutrice remarquent ses prédispositions pour le dessin mais à la maison, l'enfant grandit dans l'indifférence voire l'hostilité de ses grands-parents. Ses résultats scolaires déclinent à partir de la classe de troisième. Élève peu rigoureux et manquant d'intérêt pour les mathématiques, Jacques Van Melkebeke ne se satisfait pas non plus des cours dispensés en dessin, où les travaux sont notés pour leur propreté et non pour leur originalité. Placé en fond de classe, l'enfant doit également composer avec sa myopie, que des lunettes aux montures en acier bon marché peinent à compenser.
Un de Bruxelles épris de lecture vignette|alt=Dessin de couverture montrant un voilier en mer surmontée d'une mappemonde qui sert d'arrière-plan au titre de l'ouvrage.|Les Enfants du capitaine Grant de Jules Verne, l'une des lectures favorites de Van Melkebeke. Jacques Van Melkebeke est décrit comme un enfant espiègleKetjeest le diminutif du terme bruxellois ket désignant un jeune, un gosse ; il signifie « p'tit gars », « gamin ». C'est l'équivalent bruxellois du titi parisien. : , selon l'expression de son biographe Benoît Mouchart. Amateur de farces et attrapes, il fréquente régulièrement le « Palais des cotillons », un magasin de la rue du Lombard où il achète notamment de la poudre à éternuer qu'il se plaît à répandre dans les salles de spectacles. Dès son plus jeune âge, il est fasciné par le cirque et les projections cinématographiques en plein air de la place de Brouckère. L'enfant trouve ainsi refuge contre la misère de son enfance dans la littérature et le cinéma. Il affectionne particulièrement les westerns de Joë Hamman, les péplums comme Quo vadis ?, Les Derniers Jours de Pompéi ou Marc-Antoine et Cléopâtre, mais également les adaptations cinématographiques des aventures de Zigomar ou Fantômas. Un film le marque profondément, l'adaptation d'un roman de Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, projeté à l'Excelsior.
Jacques Van Melkebeke s'évade également de son quotidien à travers la lecture, une activité qu'il pratique pendant des heures entières, comme cédant à une . Sa mère lui achète une édition du Larousse des écoles mais son choix se porte davantage sur des ouvrages de fiction. Délaissant les livres de la bibliothèque de son école, il se procure de nombreux romans de la bibliothèque municipale par l'intermédiaire d'une locataire de son immeuble de la rue des Alexiens. C'est ainsi qu'il se passionne pour Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, L'Île du docteur Moreau d'H. G. Wells, les aventures de Rouletabille ou L'Épouse du Soleil de Gaston Leroux, ou encore les Voyages extraordinaires de Jules Verne, en particulier Les Enfants du capitaine Grant, dont il apprend par cœur certains passages. Les fictions d'Arthur Conan Doyle, Gustave Le Rouge, Paul Féval, Michel Zévaco, Émile Gaboriau, Thomas Mayne Reid, James Fenimore Cooper, Charles Dickens et Erckmann-Chatrian complètent son imaginaire.
Il fréquente chaque dimanche le Vieux Marché de la place du Jeu de Balle pour dénicher à moindre coût de nouvelles lectures et découvre des ouvrages plus complexes comme ceux de Victor Hugo, Alfred de Vigny, William Shakespeare ou encore la Divine Comédie de Dante, mais aussi des lectures pour enfants comme les aventures de Buffalo Bill, le héros du Far-West (périodique), de Nat Pinkerton, des Pieds nickelés, ou les romans-feuilletons publiés dans L'Intrépide ou Le Petit Illustré.
Jacques Van Melkebeke se passionne également pour les jeux de rues, et fréquente certains garnements du quartier des Marolles. Profondément athée, il ressent néanmoins, dès son plus jeune âge, une certaine fascination pour le paranormal.
Études et formation (1916-1924) Rencontre d'Edgar P. Jacobs et entrée à l'Académie des beaux-arts vignette|gauche|redresse|alt=Affiche colorée montrant un homme penché sur une femme allongée, dans un décor angoissant.|Le Cabinet du docteur Caligari, comme d'autres films expressionnistes, impressionne Jacques Van Melkebeke. En 1916, Jacques Van Melkebeke entre au commercial de l'école de la rue des Sols, en vue d'obtenir un poste d'employé aux écritures. Il y rencontre Edgard Jacobs, amateur comme lui de dessin. D'abord rivaux, les deux hommes se retrouvent dans la même classe en 1917 et nouent alors des liens d'amitié indéfectibles. Bien que de caractères dissemblables, Jacobs étant plutôt réservé quand Van Melkebeke se montre volontiers frondeur, voire insolent, les deux amis partagent leur passion pour les arts plastiques et la fiction fantastique. Quand ils ne sont pas à l'école, ils se plongent dans les sept volumes du Nouveau Larousse, fréquentent les musées du parc du Cinquantenaire ou assistent à de nombreux opéras et projections cinématographiques.
Pendant l'été 1918, son grand-père meurt et Jacques Van Melkebeke devient l'homme de la maison. Il reçoit une montre et adopte la coiffure qu'il conserve toute sa vie, avec la raie sur le côté. Sa tenue vestimentaire est plus négligée, ce qui lui vaut les reproches de Jacobs qui déplore son absence de sens esthétique et son style bohème. Van Melkebeke affiche son goût pour le romantisme et une certaine esthétique macabre jusque sur les murs de sa chambre : il acquiert de sinistres objets décoratifs et recouvre son plafond de peinture noire constellée d'étoiles d'argent. Il se passionne alors pour les œuvres de Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe et Rudyard Kipling. Jacobs et lui découvrent les premiers films du cinéma expressionniste allemand, en particulier Le Cabinet du docteur Caligari, dont l'atmosphère cauchemardesque les marque durablement.
vignette|alt=Photographie montrant un groupe d'étudiants devant un bâtiment.|L'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en . Les deux amis préparent l'examen d'entrée à l'Académie des beaux-arts de Bruxelles et sont reçus au mois d' à la section « Décoration », dirigée par Louis-Charles Crespin. Van Melkebeke choisit l'option « dessin linéaire » tandis que Jacobs opte pour la section « tête antique ». Les cours ne le passionnent guère et au début de l'année 1921, Jacques Van Melkebeke quitte l'Académie pour entrer dans la vie active. Il est engagé à la « Compagnie des Indes » de la rue des Sablons en qualité d'apprenti dessinateur de dentelles.
Premiers travaux et cours à l'école de Saint-Josse-ten-Noode Ce travail répétitif lui convient peu et, le soir, il se consacre librement au dessin à la plume et à l'aquarelle en s'inspirant des œuvres de l'illustrateur anglais Arthur Rackham. Il examine également les ouvrages d'art de la bibliothèque de l'Académie, recopiant notamment des œuvres de Paul Cézanne, Albrecht Dürer et Gustave Doré. Il étudie par ailleurs pendant plusieurs semaines L'Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique de l'égyptologue Gaston Maspero.