Les célébrations et commémorations juives (en , « les fêtes d’Israël et ses temps fixés ») occupent environ 150 jours dans l’année juive.

Tandis que les haggim (hébreu : « fêtes », « festivals » ou « pèlerinages ») désignent principalement, dans la Torah, les trois temps de pèlerinage au sanctuaire, les moadim (hébreu : מועדים « temps fixés ») sont, de manière plus générale, les temps fixés à n’importe quelle époque par une autorité temporelle ou spirituelle pour observer divers rites et coutumes de fête, de joie ou de jeûne. Ils peuvent être d’origine religieuse, nationale, civile ou communautaire, étant universellement observés par l’ensemble des courants juifs dans le premier cas et par certains seulement dans les autres.

Ces temps fixés rythment la vie du Juif pratiquant et marquent de leur empreinte la culture juive, même profane, notamment dans ses expressions et dans sa tradition culinaire. Ils ont pour la plupart été institués en célébrations ou commémorations officielles de l’État d’Israël, outre les jours récemment instaurés.

Les moadim dans les sources juives Dans la Bible hébraïque La Torah présente comme « temps fixés par Dieu »Lévitique 23, Nombres 28-29 au cours de l’année : le Shabbat ayant lieu chaque septième jour de la semaine ; les rashei hodashim (débuts des mois) célébrant chaque nouvelle lunaison ; les premier et septième jours de Pessa'h, dite aussi la fête des Azymes (’hag hamatzot). La veille du premier jour de cette semaine de fête doit être marquée par l’offrande pascale, « pâque à YHWH ». Le lendemain du septième jour, les Juifs célèbrent également la récolte à venir sur la terre d’Israël par le balancement de l’omer, une mesure de farine provenant de la nouvelle récolte de blé, et d'autres offrandesLévitique 23:10-13 ; voir T.B. Menahot 66a pour l’interprétation talmudique & pour l’interprétation littéraliste ; ’hag chavouot (fête des semaines) ou ’hag hakatsir (fête de la récolte), sept semaines après ce jour où l’omer est balancé ; yom teroua (le jour de la sonnerie, le nouvel an juif) ; yom hakippourim (le jour des propitiations), dit aussi le grand pardon ; ’hag hasoukkot (la fête des tentes ou des cabanes) ; yom atzeret (la clôture du « huitième jour », à dater du premier jour de ’hag hasoukkot). Ces solennités doivent être marquées par une cessation d’activité plus ou moins totale et l’apport d’offrandes particulières. Trois d’entre elles sont l’occasion d’un pèlerinage à la maison de Dieu et doivent être marquées par la joieDeutéronome 12:12 tandis que Yom Kippour est un jour de « mortification des âmesLévitique 23:32 ».

D’autres jours particuliers apparaissent au cours du récit biblique, notamment une fête à YHWH non datée, lors de laquelle les jeunes filles dansent en rondes dans les vignoblesJuges 21:19-21 et quatre jeûnes prescrits par les prophètes suivant la destruction du premier TempleZacharie 8:19. Sous la domination achéménide, les yemei hapourim (jours des sorts) sont institués par les Sages d'alors pour célébrer l’annulation in extremis d’une décision funeste aux JuifsEsther 9:20-28.

Dans la littérature rabbinique thumb|La Haggada de Pessa'h, élaborée au temps des rabbins

Les aspects pratiques et autres des temps fixés sont colligés dans le seder Moëd (« ordre du Temps Fixé »), second des six ordres de la MishnaDictionnaire encyclopédique du judaïsme, p. 689. De nombreux points de loi, insuffisamment décrits par la Bible et dont les détails s’étaient transmis oralement, comme l’identification des quatre espècesMishna Soukka 3:4 ou le statut du jour de la seconde pâqueMishna Pessahim 9:1-3 y sont laconiquement mais précisément consignés. On y trouve aussi des cérémonies antérieures à la Mishna mais couchées pour la première fois par écrit, comme les hoshaanot et la cérémonie de la libation d’eauMishna Soukka 4:4-5 & 8-9 respectivement, ainsi que d’autres, vraisemblablement élaborées à cette époque comme le seder leil hapessa’h (« rite de la nuit de la pâque »). Visant à remplacer la traditionnelle offrande pascale, abolie après la destruction du Temple, il fait oublier la dénomination biblique de ’Hag hamatzot pour celle de Pessa'h (la Pâque)Mishna Pessahim 10:1-9 ; cf. & .

Le Chabbat est considéré comme le moëd par excellence et le paradigme des autres moadim. Les Sages y déterminent trente-neuf types d’activités interdites afin de se conformer à la prescription « vous ne (n’y) ferez aucun travail » qu’ils élargissent avec diverses mesures afin d’en garantir la sainteté/. Ils instituent cependant certains aménagements aux mesures rabbiniques afin d’en faire conserver la pratique au peuple. Ils procèdent de même pour les autres jours, définissant avec précision le statut de yom tov, examinant ce qui le distingue et ce qui le rapproche du Chabbat, et celui de 'hol hamoëd, jours intermédiaires entre deux convocations saintes lors de la fête des azymes et de celle des tentesT.B. Haguiga 18a.

Les Sages fixent de surcroît les dates des fêtes qui ne l’ont pas explicitement été dans la Bible, instituent certains jours, en abandonnent d’autres et déterminent les rites de tous. Ainsi : quatre moments sont désignés comme nouvel an de l’année. Le nissan, nouvel an des fêtes et années de règne, le eloul, pour les dîmes animales, le tishrei, pour le dénombrement des années et le ou le 15 chevat pour les récoltes et plantations. Seul le tishrei, yom teroua de la Bible, est couramment connu et célébré de nos jours sous le nom de Roch Hachana car la sonnerie du chofar qui le caractérise résonne pour les rabbins comme l’annonce du jugement divin de l’humanité pour ses actes au cours de l’année écouléeMishna Roch Hachana 1:1-2 ; les yemei ha’hanoukka (jours de la réédification de l’autel des offrandes) institués à la suite de la révolte des Maccabées sont conservés car il s’y est produit un miracle visible de tous et renforçant la foi d’IsraëlT.B. Shabbat 21b-23a. Toutefois, les jours où il est interdit de jeûner, institués le plus souvent pour commémorer quelque haut-fait des Hasmonéens, sont abandonnés avec la chute du second TempleT.B. Roch Hachana 18b-19a. Les rabbins enseignent en outre qu’il est interdit de jeûner pendant nissan, à l’exception des aînés la veille de Pessa'h en mémoire de la plaie des premiers-néstraité Soferim 21:3 ; la période de l’omer, entre le lendemain du premier jour de Pessa'h et Chavouot, autrefois joyeuse, est assombrie par une mystérieuse plaie frappant disciples de Rabbi AkivaT.B. Yebamot 62b (le livre apocryphe de Tobie, écrit au avant JC (Jésus-Christ), signale lui aussi que, conformément à la prophétie d’Amos, les jours de joie ont été changés en jour de deuilTobie 2:1-6, cité in ) ; les jeûnes pleurant la chute du Temple de Salomon commémorent désormais également celle du second Temple et sont observés le 10 tevet, le 17 tammouz, le 9 av et le 3 tishreiMishna Taanit 4:6 ; T.B. Roch Hachana 18b & Taanit 28b ; un jour faste avant la chute du Temple, le 15 av, perd de son éclatcf. Mishna Taanit 4:7. En revanche, le dernier jour de la fête des tentes qui avait acquis une importance majeure conserve la sienneT.J. Roch Hachana 4:8, 59c.

L’existence de nombreuses communautés à plus de dix jours de marche de Jérusalem contraint les Sages à adopter un second jour férié en diasporaT.B. Beitza 4b.

Dans la littérature médiévale vignette|Traité Berakhot du Talmud de Babylone composé entre 200 et 600 ap. J.-C. Le Moyen Âge voit d’une part l’émergence du karaïsme, un mouvement juif babylonien entendant se baser sur la seule Bible hébraïque et rejetant en bloc les ordonnances rabbiniques (y compris celles concernant les temps fixés) et d’autre part la reviviscence de rivalités entre les centres de savoir babyloniens et galiléensHenry Malter, Saadia Gaon, his life and works, Philadelphia: The Jewish Publication Society of America. 1921, p. 72 ; Élie Barnavi et al., Histoire universelle des Juifs, éd. Hachette, coll. Littératures, pp. 88-89. Les académies talmudiques de Babylonie réagissent énergiquement par une abondante littérature visant à consacrer leurs ordonnances en norme. Le calendrier qu’ils adoptent pour déterminer le cycle de l’année juive et de ses temps fixés est en vigueur jusqu’à nos jours. Il prévoit de nouvelles réjouissances lors du second jour de la fête de la clôture afin de célébrer la fin et le renouveau du cycle annuel de lecture de la Torah, par opposition au cycle de lecture triennal de la terre d’Israël A. Yaari, Histoire de la fête de Sim'hat Torah, éd. Mossad HaRav Kook, Jérusalem 1964. D’autres mesures, dont la prescription de manger chaud à Chabbat et lors des fêtes contribuent, conjointement aux influences locales, à façonner durablement la culture juive.

Diverses pratiques mentionnées pour la première fois à l’époque des gueonim s’épanouissent au Moyen Âge, parmi lesquelles le jeûne en mémoire de celui qui avait été décrété par EstherMaïmonide, Mishné Torah, Sefer zmanim, hilkhot taaniyot 5:5. Par ailleurs, la Kabbale, tradition des savoirs ésotériques des Sages, se diffuse irrésistiblement, malgré le secret qui entoure sa transmission. Elle dote les fêtes de nouvelles dimensions et de nouveaux rites, se réappropriant parfois entièrement certains moadim comme Hoshanna Rabba, Tou Bichvat et le trente-troisième jour de la période de l’omer.

Observance des moadim dans le judaïsme rabbinique

Les temps fixés ont lieu à date fixe dans le calendrier hébreu fixé par Hillel II. Cependant, ce calendrier luni-solaire de 354 jours suivant un cycle métonique ne correspond pas au calendrier grégorien et les dates des moadim varient donc dans celui-ci.

Temps fixés par la Torah

Les temps fixés par la Torah (judéo-araméen : מועדים מדאורייתא, moadim midèoraïta), se caractérisaient jusqu’à la destruction des Temples par un chômage plus ou moins étendu et des offrandes supplémentaires variant en fonction des occasions. Ceux-ci sont remplacés ensuite par une lecture de la Torah et des offices de prière supplémentairesDEJ, p. 747.

Leur observance varie au sein des courants du judaïsme rabbinique, de la fidélité scrupuleuse du judaïsme orthodoxe à l’observance libérale des courants reconstructionniste et réformé, le judaïsme conservateur occupant une position intermédiairecf. DEJ, pp. 533-546. Par ailleurs, certaines communautés observent des coutumes propres, influencées par leur habitat d’origine.

Chabbat

thumb|Table de chabbat traditionnelle pour la seouda rishona (premier repas chabbatique)

Le Chabbat, septième jour de la semaine est un jour chômé car c’est Dieu même qui s’est interrompu dans son œuvre créatrice lors de la semaine de la création.

Le Chabbat commence le vendredi soir au coucher du soleil (car, selon l'usage hérité de la BibleGenèse 1,5, une journée commence le soir au coucher du soleil). Toute activité créatrice est interdite dès le commencement du Chabbat jusqu’à la sortie des étoiles le jour suivant et toute enfreinte volontaire est théoriquement passible de retranchement spirituel ou de mise à mort. La liturgie comprend de nombreuses piyyoutim (poèmes) et psaumes la différenciant des jours profanes. C’est également lors de la prière du matin qu’on lit publiquement la section hebdomadaire de la Torah ainsi que des livres prophétiques.

Trois repas copieux doivent être pris après les offices du soir, du matin et de l’après-midi afin d’honorer le Chabbat et de s’y réjouir ; outre les traditionnelles hallot (pains tressés), au nombre de deux pour rappeler la double portion de manne lors de l’Exode hors d’Égypte, viandes (accompagnées de couscous dans les communautés originaires d’Afrique du Nord), poissons (frits à l’huile à la mode andalouse ou farcis à la mode ashkénaze) et vin (casher) doivent trôner sur la table. Cette prescription a préséance sur tout jeûne, volontaire ou obligatoire, à l’exception de Yom Kippour, le shabbat shabbaton (« Chabbat des chabbatot »)DEJ, pp. 175-184.

Roch Hodech