Les accords de Munich sont signés entre l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie représentés respectivement par Adolf Hitler, Édouard Daladier, Neville Chamberlain et Benito Mussolini à l'issue de la conférence de Munich du au . Le président tchécoslovaque, Edvard Beneš, et le secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Joseph Staline, ne sont pas invités.
Ces accords ont pour but de régler la crise des Sudètes mais indirectement scellent le sort de la Tchécoslovaquie en tant qu'État indépendant. Ils permettent à Hitler d'annexer les régions tchécoslovaques peuplées majoritairement d'Allemands ethniques. Les accords sont considérés comme ayant mis un terme à la Première république tchécoslovaque. La ne survivra que quelques mois avant son démembrement.
De Versailles à Munich Même si l'on se réfère souvent au traité de Versailles, c'est en fait le traité de Saint-Germain-en-Laye qui entérine la situation de fait depuis lors de la proclamation de la République tchécoslovaque, qui fait droit à la revendication des Tchèques, des Slovaques et des Ruthènes subcarpatiques de se doter d'un pays commun, en se référant au souvenir de la Grande-Moravie et selon le principe de Woodrow Wilson du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Toutefois, ce traité inclut des territoires de la Bohême, de la Moravie, de la Slovaquie, de la Ruthénie et de la Silésie où vivent des minorités, voire des majorités locales autres : les Allemands des Sudètes, les Hongrois de Slovaquie et les Polonais de Silésie qui revendiquaient d'être rattachés respectivement à l'Allemagne, à la Hongrie et à la Pologne. L'argumentaire du Troisième Reich et de la Hongrie à Munich était que Karel Kramář et Edvard Beneš, représentants tchécoslovaques à Saint-Germain, auraient minimisé ou occulté l'existence des Allemands (Sudètes), des Hongrois des Polonais et des autres minorités, et que la Tchécoslovaquie issue de ce traité serait . Allemands et Hongrois rappellent aux Tchèques qu'ils ont passé des siècles dans la sphère culturelle et politique allemande, aux Slovaques et aux Ruthènes qu'ils ont fait partie durant mille ans de la Grande Hongrie historique, et affirment que ces destinées séparées en ont fait deux nations distinctes, réunies de manière arbitraire à Saint-Germain dans un .
Crise des Sudètes
En , les Allemands des Sudètes deviennent une minorité au sein de l'État tchécoslovaque nouvellement créé. Leurs députés refusent l'adhésion au nouvel État, exigent le rattachement de leurs régions à l'État autrichien et établissent quatre gouvernements régionaux : Böhmerwaldgau, au sud de la Bohême, demandant son rattachement au Kreis d'Oberösterreich (la Haute-Autriche) ; Deutschböhmen, au nord-ouest de la Bohême ; Sudetenland, en Moravie du nord et Silésie autrichienne (historiquement la région des Sudètes) ; Südmähren, en Moravie du sud, demandant son rattachement au Kreis de Niederösterreich (la Basse-Autriche). Collectivement, ces régions sont appelées la Sudetenland. Les citoyens de nationalité allemande sont dans un pays de d’habitants.
Cependant, jusqu'en , seule une minorité des députés germanophones des Sudètes demande au parlement tchécoslovaque la sécession complète de leur région, et certains Allemands des Sudètes participent même aux coalitions gouvernementales.
La crise économique de a une influence importante dans les régions industrielles des Sudètes, où le chômage s'élève très rapidement, accentuant les conflits nationalistes. L'opposition entre les Allemands et les Tchèques s'intensifie tout au long des années , ponctuées par les bouleversements qui surviennent en Allemagne à la suite de la prise du pouvoir par Hitler en . La minorité allemande (majoritaire dans les régions concernées), emmenée par le nazi Konrad Henlein, amplifie ses exigences et la crise éclate après lAnschluss de l'Autriche au Reich en 1938. Il est alors évident que la prochaine exigence de Hitler sera le rattachement de la région des Sudètes.
vignette|Mobilisation de réservistes pendant la crise des Sudètes : affiche placardée à Metz. Le Troisième Reich s'étant endetté pour sortir des conséquences de la crise économique de , Hitler pousse au conflit, mais est retenu par Mussolini, qui est réticent à un conflit européen et préfère négocier. La tension atteint son paroxysme lorsqu'Hitler, invoquant à son tour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, annonce qu'il annexera cette région quoi qu'il arrive le en sachant parfaitement que cela équivaudrait à une déclaration de guerre avec la France et le Royaume-Uni, alliés de la Tchécoslovaquie. D'ailleurs la France mobilise ses troupes, mais sur proposition de Benito Mussolini, Hitler accepte d’organiser une « conférence de la dernière chance » qui se tient à Munich, au Führerbau, en .
Position soviétique L'Union soviétique réclame la tenue immédiate de négociations militaires entre des représentants des forces soviétiques, françaises et tchécoslovaques et l'inscription de la crise à l'ordre du jour de l'assemblée générale de la Société des Nations. L'ambassadeur soviétique, Ivan Maïski, indique que son pays est disposé à apporter une aide militaire à la Tchécoslovaquie, à condition que la France en fasse autant..
Entre le et le , l'Armée rouge mobilise et déploie des forces considérables près de Kiev et en Biélorussie : environ d'infanterie, de cavalerie, de chars et aériennes. N'ayant pas de frontière avec la Tchécoslovaquie, l'Union soviétique demande à la Pologne et à la Roumanie un accord pour traverser leurs territoires. Si la Roumanie semble accepter, la Pologne refuse, et la France n'intervient pas pour convaincre son alliée. La position polonaise s'explique par sa crainte que l'armée soviétique, une fois en Pologne, s'y installe pour ré-annexer ce pays, comme la Russie l'a fait à plusieurs reprises et encore tenté en ..
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Edward Frederick Lindley Wood, fait savoir à son homologue soviétique, Maxime Litvinov, que sa présence n'est pas souhaitable afin de ne pas » Hitler. Indigné par cette humiliation, Litvinov dénonce une « capitulation » qui ne peut qu'avoir « d'incalculables et désastreuses conséquences ». Le faible intérêt des gouvernements français et britannique pour une intervention soviétique s'explique à la fois par leur méfiance envers Staline, notamment en ce qui concerne l'indépendance de la Pologne et de la Roumanie, et par l'incapacité de l'Armée rouge à mener une guerre contre l'armée allemande : les Grandes Purges depuis ont décapité, désorganisé et démoralisé l'armée soviétique, notamment en supprimant la plupart de ses officiers généraux et supérieurs, les « divisions » qu'elle déploie en Biélorussie sont des troupes sans instruction ni cohésion, faute de commandement expérimenté..
Conférence de Munich vignette|gauche|À son retour de Munich le , Neville Chamberlain brandit l'accord à l'aéroport londonien de Heston. Le même jour, au 10 Downing Street, le Premier ministre britannique déclare : .. vignette|Le , la foule ovationne Édouard Daladier et Georges Bonnet installés à bord d'une Hotchkiss noire décapotable qui les ramène de l'aérodrome du Bourget à Paris. Le sourire du ministre des affaires étrangères contraste avec la sombre mine du président du Conseil..
La France de Daladier a un traité d'alliance avec la Tchécoslovaquie mais n'est pas prête pour la guerre : elle est à la veille d'élections, situation peu favorable à une opération militaire d'envergure, et ne souhaite pas entrer en guerre sans la présence du Royaume-Uni à ses côtés. La France abandonne donc la Tchécoslovaquie. En France, Munich fait consensus. La plupart des hommes politiques sont « munichois », et les hommes politiques « antimunichois » sont dispersés sur l'échiquier politique. La droite (sauf le député nationaliste Henri de Kérillis) et la gauche modérée (SFIO et radicaux) approuvent. (sauf Jean Bouhey, député SFIO de la Côte-d'Or). Léon Blum, bien qu'il vote pour les accords, est partagé entre « un lâche soulagement et la honte »Jean Lacouture, Léon Blum, éditions du Seuil, 1977.. La signature est celle du radical-socialiste Daladier, président du Conseil. Seuls les communistes votent contre la ratification des accords à la Chambre, ce qui provoque la fin officielle du Front populaire, bien qu'il ait déjà cessé dans les faits, et Daladier rompt avec les communistes.
Les accords prévoient l'évacuation du territoire des Sudètes par les Tchèques avant le , son occupation progressive par les troupes allemandes et la rétrocession d'une partie de la Silésie à la Pologne ( - ).
En plus de ces accords, Chamberlain repart avec une résolution supplémentaire entre le Royaume-Uni et l'Allemagne engageant les parties à négocier de manière pacifique leurs différends futurs. Chamberlain brandit ce document à son arrivée à Londres, lors de l'accueil triomphal qui lui est fait ; il est même surnommé the peacemaker (« faiseur de paix »). L'opinion publique, consciente qu'on vient de frôler un conflit majeur, est soulagée et reconnaissante de ces accords de paix, mais de nombreux commentateurs n'y voient qu'un compromis lâche et dilatoire : Winston Churchill écrit à David Lloyd George avant la conférence Cité par Martin Gilbert et Richard Langworth d'après Winston Churchill, The Official Report, House of Commons (5th Series), Hansard, 13 mai 1940, vol. 360, v. 1502. et l'historien William Manchester transforme cela après la guerre en William Manchester, The Last Lion, vol. 2, page 334 et 364.
À son retour en France, Daladier s'attend à être hué pour avoir cédé à Hitler en livrant la Tchécoslovaquie sans contrepartie, sinon de vagues promesses de paix ; à sa grande surprise, il est lui aussi vivement acclamé au Bourget, à sa sortie de l'avion l'ayant ramené à Paris, pour avoir « sauvé la paix » : c'est là qu'il aurait dit à l'attention de son directeur de cabinet .
À cette occasion est réalisé le premier sondage d'opinion en France, par l'Institut français d'opinion publique (IFOP). Il fait apparaître que 57 % des personnes interrogées sont favorables aux accords, mais que 70 % estiment qu'il ne faudrait plus accepter aucune autre concession.
Conséquences redresse=1.6|vignette|Le démembrement de la Tchécoslovaquie1. L'Allemagne occupe les Sudètes ().2. La Pologne envahit la région de Zaolzie (Teschen) ().3. La Hongrie occupe le Sud de la Slovaquie ().4. Autonomie de la Ruthénie subcarpathique (). La Hongrie occupe la Ruthénie subcarpathique ().5. L'Allemagne occupe et satellise le protectorat de Bohême-Moravie ().6. L'Allemagne satellise la République slovaque ().7. La Hongrie s'agrandit encore au détriment de la République slovaque à l'issue de la courte guerre hungaro-slovaque ().
Immédiates Démantèlement de la Tchécoslovaquie Le gouvernement tchécoslovaque capitule le et se soumet aux termes des accords de Munich. Le même jour, la Pologne donne un ultimatum au gouvernement tchécoslovaque et occupe les territoires contestés de la Zaolzie (région de Český Těšín). Le président tchécoslovaque Beneš démissionne le .
L'occupation des territoires sudètes a pour conséquence l'expulsion des habitants tchèques de ces régions. Selon les sources, entre quittent les territoires accordés à l'Allemagne. En quelques semaines, la Tchécoslovaquie perd et František Čapka: Dějiny zemí koruny české v datech, , str. 683.
La Tchécoslovaquie perd surtout ses défenses militaires. L'équivalent de la ligne Maginot construit en grande partie aux marges sudètes du pays se retrouve désormais aux mains du Reich. Sans cette ligne de défense, l'indépendance du pays est plus théorique que réelle et dépend entièrement du bon vouloir nazi et des puissances occidentales, qui ont garanti ses nouvelles frontières lors des accords de Munich.