La Fête nationale du Québec, encore communément appelée la fête de Saint-Jean-Baptiste, la Saint-Jean-Baptiste ou la Saint-Jean, est la fête nationale des Québécois. Elle est célébrée le .

À l’origine, cette date était celle de la fête religieuse célébrant la naissance de Jean le Baptiste. À partir de 1834, elle s’impose comme fête nationale des Canadiens français. En 1925, la législature de Québec déclare le congé férié, et en 1977, un décret officiel du gouvernement en fait la fête nationale du Québec.

La Saint-Jean, fête religieuse

Les plus anciennes origines de la fête remontent à un temps immémorial. Il était coutume de souligner le solstice d’été, le . Au cours de cette journée, la plus longue de l’année, l’on célèbre la puissance fertilisante du soleil; à la nuit tombée sont organisés de grands feux de joie, manière de prolonger la présence de la lumière. Ce moment en est aussi un de rite de passage saisonnier, car c’est alors que s’ouvre la période la plus occupée des travaux agricoles, qui ne s’achèvera qu’à la fin de l’été. En ce sens, la fête constitue l’ultime occasion de célébration collective avant les récoltesGeneviève Zubrzycki. Jean-Baptiste décapité : nationalisme, religion et sécularisme au Québec. Montréal : Boréal, 2020, p. 74..

Avec l’avènement du christianisme, cette fête s’amalgame à celle de la Saint-Jean, célébrée le ; de cette manière se fusionnent le culte de la lumière à celui de l’illumination divine. Il faut aussi noter que dans la cosmogonie chrétienne, cette date marque, à six mois exactement, le pendant de la naissance du Christ, célébrée par la fête de NoëlHélène de Carufel et Maxime-Pierre Ayotte. À la redécouverte de notre fête nationale. Québec : Corporation des fêtes du 24 juin, 1980, p. 2-3..

La fête de la Saint-Jean Baptiste En Nouvelle-France thumb|gauche|Saint Jean Baptiste, patron des Canadiens français.|196x196pxLa Saint-Jean est célèbrée en France depuis plusieurs siècles : à Paris, mais aussi dans les villages de Normandie et du Poitou, d’où sont originaires nombre de colons venus s’installer en Amérique aux Daniel Chartier et Catherine Vaudry, dir. La fête nationale du Québec : un peuple, une fierté. Montréal : Mouvement national des Québécoises et Québécois, Lanctôt, 2007, p. 13.. La fête s’implante ainsi naturellement en Nouvelle-France. La tradition du feu de joie, notamment, se trouve au cœur des célébrations dès le . Dans une mention tirée des Relations des jésuites (1636), Jérôme Lalemant raconte qu’un feu de la Saint-Jean fut allumé le « sur les huit heures et demie du soir », en présence du gouverneur. Après l’oraison, « On tira cinq coups de canon, et on fit deux ou trois fois la décharge de mousquetsBenjamin Sulte et Gérard Malchelosse. Mélanges historiques : études éparses et inédites de Benjamin Sulte. Volume 15. La Saint-Jean-Baptiste. 1636-1852. Montréal : G. Ducharme, 1929. Consulté le 05/03/2024 ».

La pratique se généralise : la veille de la fête, le curé de la paroisse bénit un grand bûcher, lequel sera allumé par un représentant de l’autorité civile. On passe ensuite la nuit à danser autour du brasier, et selon ce que veut la tradition, les jeunes filles qui parviennent à sauter par-dessus le feu se marieront au cours de l’année à venirGeneviève Zubrzycki. Jean-Baptiste décapité : nationalisme, religion et sécularisme au Québec. Montréal : Boréal, 2020, p. 75..

Les vertus de l’eau sont aussi célébrées : d’après la coutume, c’est le soir du que l’on permet le premier bain de l’année, dans les lacs, les rivières ou le fleuve. Le choix de cette date est bien entendu lié à la température (on considère qu’il fait assez chaud pour qu’on puisse se baigner à l’aise), mais aussi aux convictions religieuses. Associées à l’eau miraculeuse du baptême, les eaux de la Saint-Jean sont considérées détenir un certain pouvoir de guérisonHélène de Carufel et Maxime-Pierre Ayotte. À la redécouverte de notre fête nationale. Québec : Corporation des fêtes du 24 juin, 1980, p. 5..

Aux débuts de la colonie, le saint patron de la Nouvelle-France n’est pas saint Jean Baptiste, mais bien saint Joseph, dont on célèbre la fête le . Il n’empêche que c’est la date du qui obtient la faveur populaire, probablement parce que cette période est plus propice aux célébrations que le froid et pluvieux mois de mars. En 1694, l’Église confirme l’importance de la Saint-Jean-Baptiste en Nouvelle-France en faisant d’elle une fête célébrée officiellement.

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1800-1842 vignette|Banquet de la Saint-Jean-Baptiste avec Ludger Duvernay au centre|320x320px Au cours des premières années du , la popularité de la Saint-Jean Baptiste au Canada français ne se dément pas. Le saint devient si populaire que nombre de familles nomment leur garçon en son honneurDaniel Chartier et Catherine Vaudry, dir. La fête nationale du Québec : un peuple, une fierté. Montréal : Mouvement national des Québécoises et Québécois, Lanctôt, 2007, p.14.. Le prénom devient à ce point répandu que les Canadiens anglais et Américains en font un surnom (parfois péjoratif) pour désigner les Canadiens françaisGeneviève Zubrzycki. Jean-Baptiste décapité : nationalisme, religion et sécularisme au Québec. Montréal : Boréal, 2020, p. 78.. Cette identification des Canadiens français au patronyme Jean-Baptiste laisse présager l’évolution future de la signification de la fête.

La dimension « nationale » de la Saint-Jean Baptiste émerge dans la première moitié des années 1830. Le contexte politique s’y prête : en , à l’initiative du Parti patriote et de son chef Louis-Joseph Papineau, la Chambre d’assemblée du Bas-Canada présente une liste de doléances aux autorités coloniales à Londres, les 92 résolutions. Le patriote Ludger Duvernay, directeur du journal La Minerve, décide d’organiser un événement en appui à la cause. Il choisit le pour convier une soixantaine de personnes à un banquet extérieur où l’on discutera de l’avenir du peuple canadien français; parmi les convives, on retrouve le maire de Montréal Jacques Viger ainsi que plusieurs personnalités patriotes telles que George-Étienne Cartier et Louis-Hippolyte Lafontaine. Les invités inaugurent la célébration en portant pas moins de 25 toasts, dont le premier, « Au peuple, source de toute autorité légitime », résume à lui seul la teneur fortement politique de l’événementClaude Polette et France Amyot. Je me souviens : depuis 1834. Montréal : rencontres francophones de Québec / Leméac, 1980, p. 9.. Au cours de la soirée, marquée par de nombreux discours patriotiques, Duvernay informe les convives qu’il compte faire de ce jour la fête nationale des Canadiens français. Il justifie cette décision par le fait que les autres groupes ethnoculturels du Bas-Canada organisent eux aussi des célébrations annuelles de leur nationalité, tels les Irlandais, qui fondent la St. Patrick’s Society en pour s’occuper de la fête de la Saint-PatriceMarcel Martel. « "Chômer" la fête nationale des Canadiens français : la Saint-Jean-Baptiste,           1834-1917 » dans Joel Belliveau et Marcel Martel, dir. Entre solitudes et réjouissances : les   francophones et les fêtes nationales (1834-1982). Montréal : Boréal, 2021, p. 80..

Les trois années suivantes, la fête est célébrée à Montréal et dans quelques villages environnants, dont Saint-Denis. En raison des troubles et de la répression liés à la Rébellion patriote, la Fête n’a pas lieu de 1838 à 1842Daniel Chartier et Catherine Vaudry, dir. La fête nationale du Québec : un peuple, une fierté. Montréal : Mouvement national des Québécoises et Québécois, Lanctôt, 2007, p. 15..

1842-1866 vignette|La grande fête nationale des 24 et 25 juin 1874, à Montréal. La procession passant dans la rue Saint-Jacques.|gauche|237x237pxLes lendemains de l’échec de la Rébellion et en particulier l’avènement du régime de l’Union avec le Haut-Canada annoncent une période de reconfiguration au sein de la société du Bas-Canada (maintenant appelé Canada-Est). L’élan politique républicain, avec sa conception civique de la nationalité, est stoppé net; s’y substitue un projet de survivance culturelle, sous l’influence d’une vision de la nation canadienne-française orientée par l’Église catholiqueGeneviève Zubrzycki. Jean-Baptiste décapité : nationalisme, religion et sécularisme au Québec. Montréal : Boréal, 2020, p. 58-59.. Selon Zubrzycki, l’Église usera de la figure de Jean-Baptiste pour composer un récit messianique de la destinée des Canadiens français en Amérique du Nord : ils seront les précurseurs d’un véritable renouveau moral et religieux. Ainsi, en établissant des analogies entre sa vie telle que racontée dans la Bible et l’histoire du Canada français, « on en viendra à élever ce saint au rang de figure de proue de la NationGeneviève Zubrzycki. Jean-Baptiste décapité : nationalisme, religion et sécularisme au Québec. Montréal : Boréal, 2020, p. 61. ».

En parallèle à cette évolution du discours religieux, les années 1840 et 1850 voient naître une multitude d’Associations ou Sociétés Saint-Jean-Baptiste. Ces regroupements nationalistes essaiment dans tout le Québec : l’Association Saint-Jean-Baptiste de Québec s’occupe de l’organisation des festivités du dans cette ville dès 1842. Celle de Montréal (qui prend le nom de « Société » en 1914) fait de même en 1843, et celle de Sherbrooke en 1858Marcel Martel. « "Chômer" la fête nationale des Canadiens français : la Saint-Jean-Baptiste,        1834-1917 » dans Joel Belliveau et Marcel Martel, dir. Entre solitudes et réjouissances : les         francophones et les fêtes nationales (1834-1982). Montréal : Boréal, 2021, p. 81.. D’autres sociétés voient le jour là où l’on retrouve des Canadiens français en Amérique, du Manitoba à la Nouvelle-Angleterre, en passant par New York, où est fondée en 1850 la première Société Saint-Jean-Baptiste aux États-UnisClaude Polette et France Amyot. Je me souviens : depuis 1834. Montréal : rencontres francophones de Québec / Leméac, 1980, p. 23..vignette|Photo d’un enfant déguisé en Saint-Jean Baptiste.|218x218pxÀ cette époque, les célébrations du se résument bien souvent à une grande messe, au cours de laquelle on distribue le pain bénit, avant le départ d’un défilé (appelé procession, rappelant le caractère religieux de la Fête) à travers les rues de la villeMarcel Martel. « "Chômer" la fête nationale des Canadiens français : la Saint-Jean-Baptiste,           1834-1917 » dans Joel Belliveau et Marcel Martel, dir. Entre solitudes et réjouissances : les   francophones et les fêtes nationales (1834-1982). Montréal : Boréal, 2021, p. 87.. Les feux d’artifice font leur apparition dans les villes dans les années 1860Daniel Chartier et Catherine Vaudry, dir. La fête nationale du Québec : un peuple, une fierté. Montréal : Mouvement national des Québécoises et Québécois, Lanctôt, 2007, p. 17..

1867-1879