Paul Gouin, né à Montréal le 20 et mort dans la même ville le 4 , est un avocat et un homme politique québécois. Il a été le chef de l’Action libérale nationale de 1935 à 1944. Il s’est aussi consacré à la conservation et à la promotion du patrimoine matériel et culturel canadien-français.
Biographie
Origines familiales et vocation de service public Par sa mère Éliza, Paul Gouin est le petit-fils du premier ministre du Québec Honoré Mercier (1887-1891). Son père, Sir Lomer Gouin, fut aussi premier ministre du Québec (1905-1920). Son oncle, Honoré Mercier (fils), fut ministre dans les gouvernements québécois libéraux de 1914 à 1936, et son frère aîné, Léon Mercier-Gouin, sénateur (1940-1976)Nathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 21.Philippe Ferland, Paul Gouin, Montréal, Guérin Éditeur, 1991, p. 33-34.Richard Jones, Paul Gouin, L'Encyclopédie canadienne, 13 février 2008. Consulté le 18 novembre 2025.. En 1964, Gouin confirme l’importance de ces influences familiales sur sa volonté de service public :
Études et débuts professionnels Après ses études primaires au Jardin de l’enfance à Montréal, puis son cours classique au Séminaire de Québec, Paul Gouin interrompt ses études au cours de la Première Guerre mondiale pour servir comme lieutenant dans le bataillon blindé canadien en Angleterre. Il étudie le droit aux universités Laval et de Montréal. Il est reçu au barreau le 30 aout 1920Nathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 32.Philippe Ferland, Paul Gouin, Montréal, Guérin Éditeur, 1991, p. 32-33.. Il épouse Gabrielle Garneau le 12 . Il pratique le droit à Montréal jusqu’en 1929 dans le cabinet Beaulieu et Gouin, puis Cormier, Gouin et Demers. Il a peu d’intérêt pour cette profession et se consacrera à d’autres activitésNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 22. .
Une passion pour l’histoire L’histoire passionne Gouin. Il prononce dès 1925 des conférences sur des sujets historiquesNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 23, 29.. En 1927, il publie aux Éditions du MercureNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 22, note 4. Une maison d'édition qu’il dirige brièvement., un livre illustré par Jean Palardy et intitulé Médailles anciennes. Poèmes historiquesPaul Gouin, Médailles anciennes. Poèmes historiques, Montréal, Éditions du Mercure, 1927, 172 p.. Le recueil, dédicacé « à mon père à qui je dois tout » et « à ma femme, mon inspiratrice de chaque jourPaul Gouin, Médailles anciennes. Poèmes historiques, Montréal, Éditions du Mercure, 1927, p. 9. », offre des poèmes de facture classique rendant hommage à une vingtaine de figures majeures de l’histoire de la Nouvelle-France, dont Champlain, Maisonneuve, Jean Talon, Louis Hébert, Michel Sarrazin, Marguerite Bourgeoys, Jean de Brébeuf, Kateri Tekakwitha, Dollard des OrmeauxPaul Gouin, Médailles anciennes. Poèmes historiques, Montréal, Éditions du Mercure, 1927, p. 171-172. . Ce recueil démontre l’intérêt de Gouin pour l’histoire du Canada depuis la Nouvelle-France. Ses discours et ses essais sont riches en références historiques.
En 1930, Gouin sollicite le poste de conservateur du musée de la Province à Québec. Le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau le lui refuse. Gouin tente de nouveau sa chance en 1931, pour le poste d’assistant-conservateur, en plaidant que sa santé ne lui permet pas la pratique du droit. Le premier ministre lui propose plutôt un poste de juge au tribunal de la jeunesse, que Gouin refuseNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 52-54.Philippe Ferland, Paul Gouin, Montréal, Guérin Éditeur, 1991, p. 115-118.Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, t. XXXIV : L’Action libérale nationale, Fides, 1963, p. 49..
Hésitant quant à une profession, songeant brièvement au journalisme, il envisage en 1931 de faire un doctorat sur un personnage important de l’histoire du Canada français, mais y renonce appréhendant le temps considérable requis pour le réaliser. Sa passion pour l’histoire le conduit à l’étude des coutumes et de la vie quotidienne révélatrices du caractère et de la mentalité d’un peuple. Il est un collectionneur avide de livres, de mobilier et d’objets anciens du Canada françaisNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 23-24. .
Développement d’une vision économique, sociale, culturelle et politique Au début de sa trentaine, Gouin concrétise sa volonté d’engagement politique et de service public. À la fin d’, l’effondrement de la bourse annonce la Grande Dépression. Gouin accueille chez lui en 1930 des rencontres hebdomadaires d’un groupe d’intellectuels qui, profondément troublés comme lui par les effets dévastateurs de la Grande Dépression au Québec, cherchent des solutions à la criseNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 25-26. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, t. XXXIV : L’Action libérale nationale, Fides, 1963, p. 36. . Dans ce contexte, Gouin, par des articles de presse et par des conférences, expose sa pensée économique, sociale, culturelle et politique. Rejeton d’une grande lignée politique, il se démarque publiquement par cet engagement intellectuel.
Sa réflexion privilégie deux thèmes : la nécessité de la conservation et de la mise en valeur de l’héritage culturel du Canada français et le développement économique et politique du Québec. Ces thèmes sont étroitement liésNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 45-46. .
L’héritage culturel québécois Pour Gouin, l’héritage culturel associe le renforcement du « sentiment national » par l’éducation des enfants, la défense du « visage français » du Québec, la mise en valeur de l’artisanatNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 45. . Il appuie la campagne de refrancisation lancée par la Société des Arts, Sciences et Lettres de Québec. Il propose de redonner au Québec une physionomie et une atmosphère françaises en privilégiant des toponymes français, en s’attaquant à l’affichage en anglais, en recommandant des noms francophones pour les commerces, particulièrement pour ceux de l’industrie touristique«La refrancisation de la province», L’Action nationale, avril 1933; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 34-43; Claude Corbo et Nathalie Hamel, Paul Gouin – Écrits et discours 1932-1964, Del Busso éditeur, 2017, p. 62-66. «Géographie et hôtellerie», Le Canada français, 10 janvier 1933; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 24-28. .
Pour développer le patriotisme chez les jeunes, il recommande la lecture de livres écrits par des auteurs canadiens-français sur des personnages canadiens-français ou illustrant les réalités du pays«Le scoutisme et l’esprit national», Causerie à Trois-Rivières, 22 octobre 1933; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 67-81; «En marge du féminisme», Causerie, 3 décembre 1934; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 133-148; Claude Corbo et Nathalie Hamel, Paul Gouin – Écrits et discours 1932-1964, Del Busso éditeur, 2017, p. 87-94; Nathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 46-47. . Ces livres sont aussi offerts comme prix scolaires«Livres de prix et éducation nationale», Causerie à Québec, 29 juin 1933; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 58-66; Claude Corbo et Nathalie Hamel, Paul Gouin – Écrits et discours 1932-1964, Del Busso éditeur, 2017, p. 70-74; Nathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 46-47. . Il veut mettre les jeunes en contact avec des objets témoignant de la culture particulière du Canada français, des objets artisanaux qui constituent des « signes tangibles » de la patrie. Pour donner l’exemple, Gouin se fait construire à Saint-Sulpice, en 1934, une résidence selon le style des habitations de l’époque de la Nouvelle-FranceNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 47-48, 51. .
Dès le début des années 1930, Gouin promeut l’artisanat par des expositions et des conférences, par des inventaires des produits existants, par la relance et la revitalisation de la petite industrie artisanaleNathalie Hamel, Notre maître le passé, notre maître l’avenir. Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Les Éditions de l’IQRC/Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 68-69. . Pour lui, l’artisanat joue un rôle économique non négligeable, en assurant des revenus aux artisans et aux familles grâce notamment à la vente d’objets aux touristes, par exemple la sculpture sur bois de Saint-Jean-Port-Joli vendue aux touristes«Il était un petit navire…», La Revue moderne, mars 1934; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 115-118; «Les arts domestiques», Causerie à Montréal, 10 mars 1938; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 186-199; Claude Corbo et Nathalie Hamel, Paul Gouin – Écrits et discours 1932-1964, Del Busso éditeur, 2017, p. 95-105. . En vue du tricentenaire de Montréal en 1942, il propose de restaurer une partie du Vieux-Montréal, la Place d’Armes d’abord, pour rétablir son apparence originale.
Selon Gouin, l’héritage culturel, la spécificité culturelle et la langue française s’inscrivent dans une stratégie économique nationale. Cette originalité culturelle et linguistique unique du Québec le rend intéressant pour les touristes«L’architecture et l’hôtellerie», Le Canada, 4 aout 1932; Servir I : La cause nationale, Montréal, Les Éditions du Zodiaque, 1938, p. 14-19; Claude Corbo et Nathalie Hamel, Paul Gouin – Écrits et discours 1932-1964, Del Busso éditeur, 2017, p. 55-58. . Activement engagé en politique, Gouin demeurera soucieux de la valorisation de l’héritage culturel du Québec.
Une vision pour le développement économique et politique vignette|Paul Gouin par Arthur Lemay, 1933