thumb|upright=1.2|Une chambre à gaz du centre d'extermination de Majdanek en 2007.

Une chambre à gaz est généralement un dispositif destiné à donner la mort, consistant en une pièce hermétiquement close dans laquelle un gaz toxique ou asphyxiant est introduit. L'agent toxique le plus communément utilisé est le cyanure d'hydrogèneAcide cyanhydrique.

Des chambres à gaz furent utilisées par l'Allemagne hitlérienne pour assassiner principalement des Juifs, mais également des homosexuels, des Témoins de Jéhovah et plusieurs dizaines de milliers de Tziganes, dans le cadre du programme génocidaire des nazisUn minimum de à Auschwitz sur un total minimum de 1,1 million de morts (le total maximum étant 1,5 million de morts) d'après l'historien polonais Franciszek Piper, directeur du département d’histoire du musée d’Auschwitz (« Auschwitz Concentration Camp », in Michael Berenbaum et Abraham J. Peck (éditeurs), The Holocaust and History — The Known, the Unknown, the Disputed and the Reexamined, Indiana University Press, 1998, cité par , Le nombre de victimes d’Auschwitz), à Treblinka, Sobibor, Belzec, in Raul Hilberg, la Destruction des Juifs d'Europe, Folio / Histoire Gallimard, 1991 , plus de à Mauthausen, plus d'un millier au Stutthof, environ pour Majdanek, plusieurs milliers à Sachsenhausen, au moins 2300 à Ravensbrück, environ 450 à Neuengamme, entre 120 et 2000 au Struthof (Institut für Zeitgeschichte, Les assassinats par gazages, un bilan, , 2000)..

Des chambres à gaz sont aussi utilisées depuis le début des années 1920 dans certains États des États-Unis, comme méthode d'exécution individuelle de la peine de mort, en application de décisions de justice.

Le gaz a également été utilisé à partir des années 1930 en Lituanie jusqu'à son occupation durant la Seconde Guerre mondiale..

Elles sont également employées pour l'abattage de petits animaux à fourrure, l'extermination de pigeons et pour des entraînements militaires.

Débats concernant une possible utilisation par la France pendant l'expédition de Saint-Domingue En 1802, le premier Consul de la République française, Napoléon Bonaparte, envoie son beau-frère, le général Charles Leclerc, à Saint-Domingue pour y rétablir l'esclavage. Leclerc meurt pendant l'expédition, mais son second, le général de Rochambeau, lui succède et met en place . L'essayiste Claude Ribbe dresse un parallèle entre ces et les futures chambres à gaz nazies.

Dans Napoléon, l'esclavage et les colonies (2006), les historiens Pierre Branda et Thierry Lentz contestent expressément l'assertion de Claude Ribbe. Bien qu'ayant recherché des ordres, rapports militaires, correspondances ou témoignages contemporains permettant d'établir que les Français avaient effectivement organisé des opérations de gazage au soufre, ils n'en ont pas trouvé. Ils constatent en revanche que le récit que mentionne Ribbe apparaît dans des sources haïtiennes postérieures et chez Victor Schœlcher dans sa Vie de Toussaint Louverture (1889)Pierre Branda et Thierry Lentz, Napoléon, l'esclavage et les colonies, Fayard, 2006.

Utilisation massive par l'Allemagne nazie

L'utilisation des chambres à gaz a été poussée à un niveau industriel dans les camps nazis, pour exterminer principalement des Juifs, mais aussi des Tsiganes et des homosexuels, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Gaz vignette|Soldat soviétique ouvrant le couvercle du conduit où étaient versés les cristaux de gaz, photo publiée dans Illustrated London News, 14 octobre 1944 Le gaz employé à Auschwitz fut l'acide cyanhydrique, dégagé par le Zyklon B fabriqué en utilisant le procédé Andrussow par la firme Degesch et par Testa qui était une filiale spécialisée de distribution appartenant en partie à la société allemande IG Farben. centré|vignette|Boites de Zyklon B, musée national d'Auschwitz

Dans certains autres camps d'extermination, ce sont des gaz d'échappement qui ont été utilisés de façon exclusive, qui tuaient les victimes par intoxication au monoxyde de carbone, soit dans des chambres à gaz (dans les camps de l'Aktion Reinhardt), soit dans des camions mobiles où les fumées des pots d'échappement étaient redirigées dans l'habitacle des camions pour étouffer leurs occupants situés à l'arrière, comme ce fut le cas, par exemple, à Chelmno à partir de .. Les deux modes d'extermination humaine par gaz ont cohabité même si les chambres à gaz « industrialisaient » ce type de mise à mort et correspondaient mieux au projet nazi en faisant plus rapidement, plus de victimes et pour les camps qui en possédaient, tout près des fours crématoires pour brûler les corps, ce qui faisait plus encore gagner en « efficacité » dans la logique bureaucratique nazie.

Contre les personnes handicapées

Des gazages utilisant des bouteilles de monoxyde de carbone furent expérimentés par les nazis pour assassiner les personnes handicapées ou les malades étiquetés « vies inutiles » dans un vaste plan d’eugénismeÉdouard Husson, Heydrich et la solution finale, Perrin, 2012, , qui fit au total, selon les estimations, de à plus de , très majoritairement entre 1939 et 1941, le plan ayant officiellement cessé à la suite des protestations de l’Église catholique — il y eut ensuite une campagne d'élimination sauvage, n'utilisant plus de gaz et faisant nettement moins de victimesEugen Kogon, Hermann Langbein, Adabert Rückerl, les Chambres à gaz, secret d'État, Points / Histoire Seuil 1987, ..

Bâtiments thumb|Les ruines du d'Auschwitz-Birkenau en 2008. Les quatre du camp de Birkenau et leurs chambres à gaz conçues dans un complexe qui incorpore également salles de déshabillage et fours crématoires incarnent l'ultime stade industriel du processus de la « solution finale » nazie.

À Auschwitz, les locaux de gazage faisaient partie des crématoires (on appelle alors « crématoire » un bâtiment incluant en un même lieu les salles de déshabillage (ou vestiaire), chambres à gaz et salles des fours). À Auschwitz, il y a cinq crématoires appelés K I, K II, K III, K IV et K V (K I à Auschwitz I, les autres à Auschwitz II c’est-à-dire Birkenau). Les crématoriums diffèrent dans leur conception ; les K II et K III ont leurs salle de déshabillage et chambre à gaz enterréesPlan du crématorium II in les Chambres à gaz, secret d'État, Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adabert Rückerl, Seuil, 1987, illustrations et fac-similés et 11. alors que les K IV et K V ont toutes leurs pièces constitutives en terre-plein.

Le crématoire II fut livré le . Dans les bordereaux de réception, il est indiqué que la leichenkeller I (morgue I) est équipée d'une porte étanche aux gaz, de quatre colonnes grillagées et de quatre obturateurs en bois. Ces colonnes grillagées en treillis de fil de fer servaient au versement du Zyklon B à partir des ouvertures percées dans le toitL'existence des orifices d'introduction du zyklon B a fait l'objet d'études par Daniel Keren, Jamie McCarthy, et Harry W. Mazal in The Ruins of the Gas Chambers: A Forensic Investigation of Crematoriums at Auschwitz I and Auschwitz-Birkenau, , , volume 18, numéro 1, printemps 2004, pages 68-103, les ruines des chambres à gaz..

En outre, cette pièce est équipée d'un système de désaération de avec une soufflerie en bois pour l'extraction de vapeurs ou gaz corrosifs. La porte étanche aux gaz était munie d'un regard de verre double de d'épaisseur avec garniture et joints de caoutchouc.

La commande du indique : . La firme Riedel indique pour le : .

vignette|Panneau indiquant « Bain et désinfection I » à l'entrée de la chambre à gaz I, camp de Majdanek

En plus de ces Krematorium, il y avait dans le bois à la lisière extérieure du camp de Birkenau des chambres à gaz dans deux lieux appelés Bunker. Les deux bunkersDescription utilisation et témoignages in les Chambres à gaz, secret d'État, Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adabert Rückerl, op. cit., . ont été utilisés avant la construction des K II à V. Il s'agissait au départ de chaumières paysannes existant antérieurement au camp et appartenant à des paysans polonais qui en ont été expropriés.

Ils ont ensuite été l'objet de travaux destinés à les adapter à leurs fonctions sur ordre de R. Höß, le commandant du camp, qui tenait lui-même ses ordres de Himmler. La capacité de ces bunkers était bien inférieure à celle des crématoires. Les bunkers 1 et 2 ont cessé d'être utilisés lorsque les Krematorium ont été terminés. Le Bunker 1 (deux chambres à gaz) a alors été détruit. Le Bunker 2 (quatre chambres à gaz) en revanche a été conservé et remis en service lors des transports massifs de Juifs hongrois durant l'année 1944, car les quatre crématoires n'y suffisaient pas.

vignette|Porte de la chambre à gaz du camp de Mauthausen

Pour certaines, les chambres à gaz prenaient l'apparence anodine de salles de douches pouvant contenir simultanément jusqu'à pour les K II et III et pour les K IV et V.

Méthode Une fois les portes fermées, un officier SS versait les cristaux de Zyklon B par des ouvertures dans le toit qu'il obturait ensuite par des dalles en béton (aux K I, K II et K III) ou par des lucarnes de bois en haut des murs (aux Bunkers et aux K IV et K V). Dans le premier cas, le produit tombait dans des colonnes creuses jalonnant la chambre d'où le gaz commençait à se diffuser. La mort survenait progressivement après (variable selon la quantité de personnes dans la salle et la chaleur) de convulsions et d'étouffement. Après un délai qui était jugé convenable par un médecin SS regardant pour cela dans la pièce par un œilleton, on ouvrait les portes. Peu après, dans les crématoires équipés de ventilation, les cadavres étaient sortis de la chambre à gaz. Là, un Kommando était chargé de raser les cheveux des femmes et de récupérer les objets de valeur, y compris les dents en or. Ensuite, ces prisonniers devaient empiler les cadavres dans des monte-charges vers la salle des fours aux K II et III parce que les chambres à gaz y étaient au sous-solEugen Kogon, op. cit., à 208.

vignette|Manette et entonnoir permettant de diffuser le gaz dans la chambre à gaz du camp de Natzwiller-Struthof

Au Bunker 1 d'Auschwitz, par exemple, il était nécessaire d'attendre plusieurs heures avant de faire venir le Sonderkommando des prisonniers chargés de sortir les corps (pour que les gaz se soient suffisamment dissipés), ou bien il fallait les équiper de masques anti-gaz. Forts de cette expérience, les travaux ordonnés par les SS au Bunker 2 ont prévu deux portes se faisant face pour chacune des quatre chambres à gaz afin d'en faciliter l'aération.. Dans les quatre complexes de chambres à gaz - crématoires construits par la suite à Auschwitz, les SS ont demandé aux entreprises de prévoir des systèmes de ventilation.

Les douches de Birkenau étaient factices et n'étaient donc pas raccordées à une alimentation en eau. Elles faisaient en effet partie d'une ruse visant à obtenir le calme des victimes en leur faisant croire aussi longtemps que possible que les installations avaient une fonction hygiénique. Dans ce but, les SS d'Auschwitz avaient également placé des pancartes sur les portes, ainsi que des crochets numérotés dans les vestiaires où les victimes se déshabillaient ; on leur disait alors de bien retenir le numéro.

À Treblinka, les pommes de douche n'étaient pas raccordées à l'eau non plus. Comme à Birkenau, les prisonniers devaient utiliser des tuyaux d'arrosage avant de sortir les corps.

vignette|Lucarne servant à l’observation de l'agonie des victimes pendant le gazage, camp de Natzwiller-Struthof

Différents camps Une confusion peut naître d'une méconnaissance de la différence entre : les camps d'extermination (Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, et les camps mixtes Auschwitz, Majdanek et de Natzweiler-Struthof) qui disposèrent de chambres à gaz — ou qui utilisèrent parfois des camions aménagés — pour certains dès 1941 en vue de gazages en masse s'inscrivant dans le cadre de la mise en œuvre de la solution finale ;