Jean Giraud, connu sous son vrai nom et sous les pseudonymes Mœbius (Prononciation en français de France standardisé retranscrite phonémiquement selon la norme API.) et Gir, né le à Nogent-sur-Marne et mort le à Montrouge, est un auteur de bande dessinée et illustrateur français.
Il est le créateur, avec le scénariste Jean-Michel Charlier, de la célèbre bande dessinée de western Blueberry, qu'il signe sous le nom de Gir et sous son vrai nom. Sous le pseudonyme de Mœbius, il est l'auteur de bandes dessinées de science-fiction, notamment Arzach, Le Garage hermétique, Le Monde d'Edena, ou L'Incal (sur un scénario d'Alejandro Jodorowsky), qui lui valent une reconnaissance internationale jusqu'aux États-Unis et au Japon, habituellement peu réceptifs à la bande dessinée européenne.
Mœbius est l'un des fondateurs de la maison d'édition Les Humanoïdes associés, éditrice du magazine Métal hurlant. Il participe également à la conception graphique de films comme Alien et Tron. Son impact sur la bande dessinée, sous le nom de Giraud comme sous celui de Mœbius, font de lui l'un des dessinateurs francophones majeurs du .
Biographie Jeunesse (1938-1956) Jean Henri Gaston Giraud naît le 8 mai 1938 à Nogent-sur-Marne (Seine), dans la banlieue est de Paris. Issu d'un milieu modeste, il est le fils unique de Raymond Giraud (1913-1976), courtier d'assurance, et de Pauline Vinchon (1912-2012), employée de bureau., mariés en 1934. Ses parents se séparent peu après sa naissance (le divorce sera prononcé en 1944.). Raymond Giraud n'a pas la fibre paternelle, ce qui affecte profondément son fils. Celui-ci dira plus tard, lors de ses entretiens avec Numa Sadoul faisant le bilan de sa vie, au sujet de ses mentors successifs : « J'étais un fils en quête de père ». En juin 1940, alors que la débâcle de la Bataille de France provoque l'exode de millions de personnes, sa mère s'enfuit avec lui en direction de la Loire et ils séjournent ensuite plusieurs mois près de Châteauroux. À leur retour en région parisienne, Giraud passe une partie de son enfance chez ses grands-parents maternels à Fontenay-sous-Bois. C'est là qu'il éprouve ses premières émotions artistiques à la lecture de volumes reliés du Tour du monde, revue du publiant des récits de voyages illustrés par des gravures de Gustave Doré, Édouard Riou...
Après la Libération, il découvre le cinéma américain, et notamment le western, grâce aux "serials". De fait, enfant, il dessine surtout des cow-boys et des indiens. Il découvre également la bande dessinée dans les périodiques (qu'on appelle à l'époque "illustrés") : les classiques américains de l’âge d’or (Tarzan de Hogarth, Mandrake de Falk et Davis...), les auteurs belges (Franquin, Jijé, Hergé...) qu'il lit dans les hebdomadaires Spirou et Tintin, mais aussi les auteurs français, Poïvet (dessinateur des Pionniers de l'Espérance), Marijac, Pellos... À 15 ans, son père lui offre le premier numéro de Fiction (), revue qui lui permet de développer sa passion naissante pour la science-fiction.
Après avoir obtenu son certificat d'études, il commence en 1954 à Paris une formation technique à l’École supérieure des arts appliqués Duperré (mais qu'il quittera au bout de deux ans avant d'être diplômé).. Il y suit la spécialité "Tissus et papiers peints" en compagnie de ses camarades de classe, les futurs dessinateurs Patrick dit Pat Mallet et Jean-Claude Mézières, avec qui il restera ami..
Débuts (1956-1963) À l'âge de , Giraud place sa première bande dessinée, Frank et Jérémie, western humoristique publié en dans le mensuel Far-West dirigé par Marijac.. La même année, il commence une collaboration de deux ans comme dessinateur aux périodiques de l'éditeur catholique Fleurus, Fripounet et Marisette, Âmes Vaillantes et Cœurs vaillants, entraîné par Mézières qui y travaille déjà... Pendant les vacances d'été 1956, il part au Mexique - il y restera finalement huit mois - chez sa mère qui a quitté la France trois ans plus tôt pour se remarier (avec , épéiste mexicain membre de la sélection olympique aux Jeux de 1948 et 1952). Outre la découverte de la marijuana, un séjour dans le désert le marque à vie : « Dans le désert on évacue toute l'accumulation culturelle qui nous embarrasse. »
En 1958, il effectue son service militaire de 27 mois, tout d'abord chez les chasseurs au sein des forces françaises en Allemagne, puis en Algérie française, sans prendre part à la guerre. A son retour en 1960, il devient l'assistant de Jijé (qu'il était allé rencontrer, avec Mézières et Mallet, juste avant sa conscription). Jijé, créateur de la série western Jerry Spring, jouit à cette époque d'une solide réputation dans le monde de la bande dessinée franco-belge. Il a comme point commun avec Giraud, outre la passion du western, d'avoir séjourné plusieurs mois au Mexique (en 1948 et 1949, accompagné de sa famille mais aussi de Morris et Franquin). Jean Giraud se charge de l'encrage d'un épisode de Jerry Spring, La Route de Coronado, publié en 1961 dans le journal Spirou.. : « C'était une époque merveilleuse. Joseph a été pour moi un père parfait ; je n'ai qu'à me féliciter des leçons qu'il m'a données ».. Un des fils de Jijé, Benoît Gillain, qui a ouvert un studio de publicité, lui commande quelques récits pour le petit (10 x 13 cm) magazine publicitaire Bonux-Boy, offert dans les paquets de lessive Bonux. Il travaille aussi en 1961 et 1962 comme illustrateur aux studios Hachette sur L'Histoire des civilisations, une collection encyclopédique, grâce à Jean-Claude Mézières qui y est maquettiste..
Succès de Blueberry (1963-1973)
Entrée à Pilote En 1962, après sa collaboration avec Jijé et Hachette, Giraud fait le tour des maisons d'éditions et des magazines de bande dessinée. À Pilote, il est reçu par le scénariste belge (et cofondateur du magazine) Jean-Michel Charlier. Âgé de 13 ans de plus que Giraud, Charlier est déjà un auteur expérimenté et reconnu dans la profession, créateur de nombreuses séries, notamment Buck Danny, Barbe-Rouge (toutes deux avec Hubinon) et Michel Tanguy (avec Uderzo). En 1963, après un voyage aux États-Unis qui l'a marqué, et nommé depuis peu co-rédacteur en chef (avec René Goscinny) de Pilote, il cherche un dessinateur pour un western et en parle à Jijé, qui lui recommande Giraud.. C'est dans le du que débute Fort Navajo (ce sera le titre de la série pendant les cinq premières épisodes), première aventure de Blueberry, qui raconte la vie d'une garnison de l'US army pendant les guerres indiennes. Pilote va désormais publier chaque semaine deux planches de la série que Giraud signe du diminutif de Gir, mais son nom complet apparaîtra sur la couverture des albums.
Loin des canons de l'époque du cow-boy justicier, le lieutenant de cavalerie Mike Blueberry est crasseux, hirsute, joueur, fanfaron, tête brûlée, indiscipliné et prend ouvertement le parti des (Amér)indiens. Pour souligner son aspect transgressif, Giraud lui donne les traits (et le nez cassé) de Belmondo, icône rebelle de la Nouvelle Vague.. Chose rare pour un personnage de bande dessinée, il vieillit et Charlier publiera sa biographie dans le tome 15 (Ballade pour un cercueil). La série devient un classique du genre., d'une part grâce aux scénarios palpitants, aux personnages secondaires hauts en couleur et aux dialogues enlevés de Charlier (qui, débordé, va intelligemment autoriser son jeune collègue à intervenir de plus en plus dans l'histoire) ; d'autre part grâce au graphisme en perpétuelle évolution : si au départ celui-ci est très proche de Jijé (qui devra d'ailleurs remplacer son ancien élève au pied levé en 1964 puis en 1965 quand Giraud repart au Mexique), Giraud s'en éloigne rapidement, tant par le dessin (avec notamment l'emploi de hachures pour modeler les reliefs et les visages) que par le découpage des planches qui abandonne le "gaufrier" traditionnel, variant la taille et la disposition des cases pour dynamiser la narration. De plus en plus baroque, Blueberry suit l'évolution du western, de John Ford à Sergio Leone et Sam Peckinpah. Ainsi, le diptyque La Mine de l'Allemand perdu / Le Spectre aux balles d'or, publié dans Pilote en 1969 et 1970, marque un sommet graphique (mais aussi scénaristique) de la série.
Le premier album, Fort Navajo, est publié en 1965 chez Dargaud. La série principale, qui comptera vingt-huit albums à la mort de Giraud, connaît un grand succès, est traduite en 19 langues et se vend à des millions d'exemplaires (la cap des 12 millions d'exemplaires est franchi à la sortie du tome 28 en 2005.). A tel point que Giraud dira que Blueberry est « le sponsor personnel de Mœbius ». En plus de la série principale, les mêmes auteurs créent en 1968 dans Super Pocket Pilote une série dérivée : La Jeunesse de Blueberry.
Le tournant de 1968 L'atelier 63 (fondé par le dessinateur Raymond Poïvet), situé rue des Pyramides à Paris, est également le siège du syndicat des dessinateurs de presse (SDPE) à une époque où la plupart des dessinateurs n'ont ni couverture sociale ni retraite, situation qui indigne particulièrement Giraud.. En 1968, Poïvet en est le président, Mandryka en fait également partie et des réunions ont lieu à l'atelier avec d'autres dessinateurs (dont Roland Garel et Giraud).. Alors que la France est agitée par le mouvement social de mai 68, les auteurs de Pilote sont inquiets car le magazine a cessé de paraître. Le 21 mai, Goscinny, directeur de Pilote depuis 1967 et dont le succès (les derniers albums d'Astérix tirent à plus d'un million d'exemplaires) suscite quelques jalousies, est invité à faire le point sur la situation. Organisée par Giraud et Mézières - particulièrement exaltés - la réunion a lieu dans une brasserie, en bas de l'immeuble de l'atelier 63, avec une vingtaine d'auteurs (Jijé, Christin, Mandryka, Cabu, Reiser...). Dans une atmosphère électrique, certains participants parmi les plus jeunes, tout en réclamant des changements et davantage d'autogestion, se comportent comme un « tribunal du peuple » (selon l'expression de Charlier, absent) pour mettre en accusation Goscinny, traité de « valet des patrons ».. « Goscinny […] s'est trouvé seul face à une meute de loups qui, au lieu de lui parler des problèmes de la B.D., se sont mis à l'agresser. Moi j'ai fait partie des loups, je l'ai attaqué d'une façon épouvantable », admettra Giraud.
Celui-ci fera amende honorable. et les deux auteurs réaliseront même peu après leur seule histoire ensemble (le récit parodique Western italien, publié dans Super Pocket Pilote en octobre 1968), mais malgré des changements dans la ligne éditoriale - satisfaisant les revendications des auteurs - pour faire de Pilote un magazine plus adulte, la confiance est rompue entre Goscinny et Giraud.. Charlier, quant à lui, mécontent de la nouvelle orientation du magazine, démissionne en 1972 de son poste de co-rédacteur en chef.. De fait, après presque dix ans de présence quasiment ininterrompue et seize histoires dans Pilote, Blueberry quitte le magazine à la fin de la prépublication de l'Outlaw ( du ). Paru en janvier 1973 dans Pilote et signé Gir, La Déviation (titre à double sens), court récit de voyage fantastique et délirant, s'affranchissait des règles de la bande dessinée classique avec certaines planches sans case dans un noir et blanc détaillé évoquant Gustave Doré, et annonçait déjà la volonté de l'auteur (par ailleurs héros de l'histoire) d'emprunter une nouvelle voie en explorant son côté Mœbius..
Apparition du double : Mœbius vignette|Ruban de Möbius.