European Informatics (EIN) est un Réseau informatique public européen lancé en 1971, utilisé entre banques de données scientifiques, né en 1971 et déployé en 1974"L’Europe des réseaux dans les années 1970, entre coopérations et rivalités" par l'historienne Valérie Schafer, le 26/11/2009 dans la revue Interstices , à qui a succédé le réseau Euronet (EIN) lancé en 1979, avec des choix techniques très différents, EIN ayant installé la technologie du datagramme en Europe et Euronet revenant à la commutation de circuits. Description du réseau EIN Le réseau EIN est décrit dans l'ouvrage consacré à la « téléinformatique », publié en 1979 et qui constituait alors la « bible » des publications avalisées par le CNET sur le sujet. Selon cet ouvrage, c'est un réseau expérimental qui "jusqu'à la fin des années 1970 reliait des centres de recherche européens""Téléinformatique, transport et traitement de l'information dans les réseaux et systèmes téléinformatiques" - ouvrage collectif conclu par François-Henri Raymond, janvier 1979, réédité en 1987 aux Editions Dunod avec les mêmes auteurs, parmi lesquels 4 ingénieurs de la CII, Michel Elie, Laurent Thiéry, René Homeyer, et Pierre Sevray ainsi qu'un ancien chercheur de cyclades à l'IRIA, passé au CNET, Hubert Zimmermann, avec un réseau de "transmission de données" qui offre "un service de transport de paquets indépendants (datagrammes de 0 à 2040 bits). Il comporte aussi une "entité de transport" située dans chaque ordinateur raccordé", qui utilise un protocole de transport de bout en bout pour gérer les communications entre processus", celui "retenu par l'IFIP comme projet de norme proposé à l'ISO".

Le réseau de transmission de données « utilise un acheminement adaptatif des paquets, destiné à répondre aux pannes des commutateurs de données ». Sur la liaison, « outre un mécanisme de fragmentation réassemblage, les contrôles d'erreur et contrôle de flux son disponibles en option ». Ce protocole est ainsi très "voisin de celui de Cyclades".

La France fut ainsi « très active dans la définition du réseau » EIN « tant sur le plan technique qu’industriel », dans le cadre plus général d'une politique active d'innovation de Maurice Allègre, à la tête de la Délégation générale à l'informatique.

Genèse Une réflexion à l'échelle européenne avait été engagée au milieu des années 1960, car « la CEE estime que le rythme de développement technologique est trop lent » face à « la vive progression de la concurrence américaine et japonaise ». Pierre Aigrain, ministre français, préside la commission chargée de la coopération scientifique et technique à la Communauté européenne, au sein de laquelle est créé un groupe de travail chargé d'examiner « les possibilités d’une coopération technologique européenne dans sept principaux secteurs d’activités », le septième étant l’informatique et les télécoms Dans la foulée un comité Cost (Coopération scientifique et technique) est créé en par le Conseil européen. Le réseau EIN qui en découle sera ainsi parfois appelé "Cost 11" car consacré à la téléinformatique. Adoption en novembre 1971 par huit gouvernements Fin , Donald Davies s'adresse à son collègue du NPL Derek Barber et l'informe que la délégation britannique envoyée à une réunion à Bruxelles cherche un conseiller technique. Il accepte et lors de la réunion il lui est proposé de diriger le réseau"How the Web was Born. The Story of the World Wide Web" par James Gillies, R. Cailliau chez Oxford University Press en 2000 mais le processus va encore durer. Finalement, le réseau EIN est adopté le par huit gouvernements européens (France, Italie, Yougoslavie, Norvège, Portugal, Suisse, Suède, Grande-Bretagne, rejoints par les Pays-Bas en ) et de la Communauté européenne de l’énergie atomique.

France, Italie, Suisse et Grande-Bretagne ont accepté l’installation d’un centre de commutation de messages et le raccordement d’un ordinateur. Mais il n'y a pas encore de "fonds gérés en commun", selon Claude Labarrère Claude Labarrère "L’Europe des Postes et des Télécommunications" en 1985 aux Éditions Masson, par Claude Labarrère.

Une réunion pour fixer les détails techniques est prévue ensuite pour car les participants ne sont pas d'accord sur la technologie. Selon Claude Labarrère, le fonctionnement démarre par une « auberge espagnole où un certain nombre de pays s’associaient » avec des participants en désaccord sur les choix techniques, certains veulent la commutation de circuits d'autres de paquets, et c'est le second choix qui est fait, poussé par l’IRIA française ou encore le National Physical Laboratory britannique, qui ont respectivement lancé le réseau Cyclades et le Réseau du NPL, d'où est issu Derek Barber, directeur du projet.

Direction du projet C'est un expert anglais, Derek Barber, du National Physical Laboratory (NPL) de Teddington, près de Londres, qui dirige le projet. Le National Physical Laboratory a délégué aussi Roger Scantlebury.

Donald Davies, considéré comme un des premiers concepteurs, avec l'Américain Paul Baran, du datagramme, était retourné au NPL en 1966, où il a décrit en 1967 un mode de fonctionnement sans connexion appelé plus tard mode datagrammeA Digital Communication Network for Computers Giving Rapid Response at remote Terminals. Il a ensuite présenté le concept de commutation de paquets en mode datagramme lors de la Conférence d'Edinbourg du Luke Collins, « Network pioneer remembered », Engineering & Technology, IET, 6 September 2008.

"La première fois que nous avons pu réellement décrire notre travail dans son intégralité, c'était au congrès de l'IFIP à Edimbourg en 1968, où je crois que nous avons présenté quatre communications", rappellera en 1996 Donald Davies"Histoire orale : Donald Davies et Derek Barber" interview croisée, réalisée ét éditée par Janet Abbate, pour l'IEEE History Center, le 17 mars 1996.

Davies, Scantlebury et Barber sont membres du Groupe de travail international sur les réseaux (International Networking Working Group, INWG) créé en 1972, qui propose une norme pour l'interconnexion des réseaux. Scantlebury en supervise le déploiement technique depuis le Royaume-Uni.

Ein a contribué à l'adoption de la norme proposée par l'INWG.

Bob Kahn et Vint Cerf reconnaissent leur dette à l'égard de Davies et Scantlebury en les citant dans leur article de 1974 « A Protocol for Packet Network Intercommunication ».

Pluralité des offres au sein du réseau Derek Barber, chargé de présider le comité occupé à planifier le réseau, après un certain temps a pris conscience d'une "situation sans issue", entre des Français convaincus de la "nécessité du datagramme" et des Italiens estimant que "les circuits virtuels étaient la solution". Cette double conviction faisait qu'à chaque fois que l'on proposait une fonctionnalité, "vous aviez des gens qui voulaient mettre en place un circuit". Derek Barber a alors proposé de demander que "toutes les fonctionnalités soient fournies", en laissant l'utilisateur "choisir d'utiliser certaines fonctionnalités" ou pas, ce qui "a permis de sortir de l'impasse" dans la spécification du commutateur. Le réseau a fourni à chaque fois la possibilité de circuits virtuels, mais le réseau ne les a "jamais utilisés".

Dans un premier temps, les Suisses eux aussi "pensaient que le principe du datagramme était erroné" et cela a créé un problème en 1976 lors d'une "grande démonstration au NPL" au cours de laquelle "tous les centres EIN devaient faire une démonstration, pour laquelle ils avaient des rangées de VIP assis devant les terminaux". Mais juste avant que la démonstration "démarre, tout s'est effondré" à cause d'une congestion, et Derek Barber va enquêter alors rapidement "au centre de contrôle" sur la "première théorie" émise face au problème, voulant "que les paquets qui inondaient le réseau et le bloquaient venaient du réseau. Les ingénieurs ont "fini par les retrouver jusqu'à Zurich", qui "envoyait des paquets dans le réseau aussi vite qu'il le pouvait" afin de le saboter pour prouver qu'il était vain d'y investir. Derek Barber a alors "appuyé sur un interrupteur", Zurich a "disparu du réseau", et il a "continué la démonstration".

Le réseau expérimenté par le British Post Office Les Britanniques ont par ailleurs mis en avant aussi une solution proche d'un autre réseau, expérimenté lui par le British Post Office, proche de la technologie d’EPSS (Experimental Packet Switching System)Internet Physique. Innovation de pointe pour une chaîne d'approvisionnement durable pour réorganiser la logistique mondiale" par Fouad Sabry, en 2022.

Ce réseau est annoncé en 1973 sous forme d'intention et sera déployé en 1976 ou 1977 selon les sources. Le British Post Office est alors fermement attaché à la technologie des circuits et le NPL a dû utiliser des ordinateurs passerelles

Eté 1973, le projet entre dans une phase active Selon l'historienne Valérie Schafer, le réseau EIN entre à l’été 1973 dans "une phase active" avec "à titre d’expérience préliminaire", un raccordement entre les réseaux du NPL et de l’IRIA.

Puis en , c'est un appel d’offres, gagné début par le Mitra 15 comme routeur, le logiciel étant réalisé par un consortium unissant l'anglaise Logica à la française Sesa. Les spécifications finales sont ainsi très proches de celles du réseau Cyclades de Louis Pouzin, qui observe ensuite que "toutes les offres remises par les industriels proposent le Mitra 15" comme routeur.

Vers 1974, le centralien Michel Gien est "promu responsable technique des relations entre le réseau Cyclades et EIN", et fait la promotion des datagrammes et de Cigale, nouveau nom du réseau "Mitranet" de Cyclades. Peu après, il accompagnera Louis Pouzin et Hubert Zimmermann, les responsables de réseau Cyclades, lors de leurs travaux au sein de l'IFIP et de l'International Network Working Group (INWG).

La transition vers le réseau Euronet de 1979 Le délégué suisse souhaite un futur réseau public inter-ordinateurs s'en inspirant mais, sur fond de tensions entre monde de l’informatique et des télécoms, certains membres de la Conférence européenne des administrations des postes et télécommunications (CEPT) s'opposent au projet avant qu'il ne soit terminé.

Dès le , une lettre de la CEPT à E. Pirkmajer, président d'EIN, l'avertit qu'il doit rester une "phase d’expérimentation de cinq ans", certes intéressante, mais dont l’achèvement doit normalement intervenir en ". Euronet, un second projet, différent, est alors lancé au niveau européen, peu après la proposition d'un nouveau projet Cost en téléinformatique, présentée par le comité de gestion EIN. Ce projet Euronet découle lui d'une décision prise le par le Conseil des ministres des Communautés Européennes.

En France, le monde des télécoms développe alors Transpac, connu ensuite pour le minitel, reposant sur les circuits virtuels, ouvert au public fin 1978, et à l’échelle européenne propose l'avis X25 au CCITT (Comité consultatif international télégraphique et téléphonique), soutenu par les Anglais et les Français, puis adopté en 1976.