Tomás Borrás y Bermejo (Madrid, 1891 – ibidem, 1976) est un écrivain, essayiste, journaliste, librettiste et homme politique espagnol.

Polygraphe précoce, tâtant de tous les genres littéraires, c’est cependant en premier lieu dans le journalisme que Borrás mena carrière, en collaborant avec nombre de journaux et revues madrilènes, en tant que critique littéraire, correspondant de guerre (au Maroc en 1921), chroniqueur de théâtre Si, artistiquement, il est à cataloguer dans le modernisme espagnol, et s’il fut un authentique novateur dans le domaine du théâtre lyrique, il se situait politiquement à l’extrême droite, adhérant à la Phalange et allant, au lendemain de la victoire du Front populaire en février 1936, jusqu’à fabriquer de faux documents devant attester d’un projet (précis et fort élaboré) de révolution communiste en Espagne. La Guerre civile terminée, il délaissa la politique pour se vouer tout entier à son abondante production littéraire.

Biographie Parcours journalistique Tomás Borrás vint au monde à Madrid, de parents originaires de la province de Tarragone (pour le père) et de la province de Ségovie (pour la mère). Après ses études secondaires et son baccalauréat à l’Institut San Isidro de Madrid, il entreprit un cursus de droit, mais y renonça bientôt en raison principalement d’un manque de vocation. Il commença à écrire dès ses jeunes années et se joignit au cercle artistique (tertulia) du Café de Pombo, et comme de juste figure sur le célèbre tableau de José Gutiérrez-Solana...

Ses premières activités de journaliste remontent à l’année 1911, où il collabora au journal madrilène La Mañana. En 1912, il fonda le journal La Tribuna et entra en 1920 dans la rédaction d’El Sol, notamment comme chroniqueur des opérations militaires menées par l’Espagne dans le Nord marocain, couvrant à ce titre la guerre du Rif et plus particulièrement la débâcle d’Anoual de (rééd. Ediciones Altaya / Editorial Planeta DeAgostini, S.A.U., 2008).. Dans les premières années de la décennie 1920, Borrás ne manquait jamais d’être présent dans toutes les manifestations culturelles à Madrid. Il se lia d’amitié avec Ramón Gómez de la Serna, qu’il introduisit dans La Tribuna.

Il prit solidement pied dans le monde du journalisme, en collaborant avec plusieurs journaux madrilènes de l’époque, dont aussi La Nación, organe de presse officieux de la dictature de Primo de Rivera. À partir de 1930, il contribua au journal ABC et à sa publication annexe, la revue Blanco y Negro.. Par le ton caustique de ses comptes rendus journalistiques, il était réputé le plus dur et le plus intransigeant des critiques de théâtre de Madrid.

vignette|Aurora Mañanós Jauffret (« La Goya »), éouse de Tomás Borrás. En 1937, il s’associa à Mihura, Neville, Tono et Álvaro de Laiglesia pour fonder la revue d’humour politique La Ametralladora (littér. La Mitrailleuse). En 1938, sous le régime franquiste, il travailla pour des périodiques tels que la revue à tendance phalangiste Vértice, et dirigeait les quotidiens F.E., de Séville (organe de la Phalange espagnole) et España, de Tanger, fondé par Juan Luis Beigbeder.. Il s’adonna à l’étude de l’hispano-africanisme, fondant à Chefchaouen, au Maroc espagnol, le périodique El Eco de Chef Chauen, qu’il alimentait de ses contributions.

Il épousa l’interprète de tonadillas Aurora Purificación Mañanos Jaufrett, connue sous le nom de scène de La Goya., ce qui explique qu’il était un féru et un bon connaisseur du flamenco. En 1935, il préfaça le livre Arte y artistas flamencos de Fernando el de Triana et apporta son concours aux efforts de celui-ci pour récupérer les documents photographiques relatifs au flamenco qui forment une partie substantielle dudit ouvrage. Il combattait les préjugés qui, selon lui, avaient cours contre le flamenco et lui faisaient un grand tort, et mettait en avant le flamenco authentique, celui du terroir andalou, non dénaturé par l’action délétère de la sphère urbaine.

Outre plusieurs fonctions politiques, il occupa aussi le poste de chroniqueur officiel de la ville de Madrid. Il avait grandi dans la calle de Toledo, rue éminemment populaire de la capitale espagnole, et resta domicilié à Madrid pendant la presque totalité de sa vie. Il était, en matière d’histoire locale madrilène, l’un des chroniqueurs les mieux informés..

Au lendemain de la Guerre civile, il fonda le Syndicat national du spectacle (Sindicato Nacional del Espectáculo).

Positionnement politique L’essayiste spécialiste du flamenco Eugenio Cobo Guzman devait dire de Borrás qu’il était « plus franquiste que Franco, quasiment nazi ». Son engagement politique dans le nationalisme (españolismo) radical se situe en 1928, c’est-à-dire au moment où il commença à écrire pour le quotidien La Nación. À partir de 1930, il collabora comme chroniqueur politique à ABC, journal classé à droite. Après l’instauration de la République en 1931, son positionnement idéologique allait s’affirmer davantage encore, à telle enseigne que peu de mois après il adhéra aux Juntas de Ofensiva Nacional-Sindicalista (JONS), organisation de tendance fasciste, avec laquelle il ne tarda pourtant pas à rompre. Dans les années suivantes, il exposa ses points de vue politiques dans ses articles et chroniques, et en , après examen du comportement des phalangistes lors de la révolution asturienne de 1934, il rallia à nouveau l’espagnolisme radical et s’affilia en 1935 à la Phalange Espagnole, au sein de laquelle il mit sur pied un Syndicat de la presse et des arts graphiques. Tomás Borrás était donc un phalangiste de la première heure, une « vieille chemise », et appartenait au cercle choisi des écrivains et poètes recrutés par José Antonio Primo de Rivera.

En 1936, Borrás fabriqua de faux documents censés démontrer l’existence chez les communistes espagnols de plans visant à prendre le pouvoir. Cette forgerie, qui fut exploitée par le camp nationaliste pour justifier le coup d’État de juillet de la même année et le présenter comme une action préventive contre une révolution communiste imminente en Espagne...., est à situer dans le cadre de la panique provoquée dans les élites économiques, sociales et politiques espagnoles au lendemain de la proclamation de la république, panique dont l’une des manifestations était l’affirmation de l’existence d’un plan insurrectionnel communiste, élaboré avec soin et dont l’exécution aurait été planifiée pour le printemps 1936. Le postulat d’un « coup d’État communiste pour le » était le fruit d’une vaste manœuvre de propagande et d’intoxication de la droite espagnole, dans le but d’imprimer dans les esprits l’idée d’une menace révolutionnaire et de créer ainsi un climat moral propice à une rébellion militaire.. Dans le même temps, et en particulier après les élections de février, la presse conservatrice, dont ABC, dénonçait l’arrivée au pouvoir du Front populaire comme étant un cheval de Troie soviétique. Le journal El Debate alla jusqu’à rendre publics des ordres, supposément émis par le Komintern, enjoignant aux paysans de former des milices prêtes, de concert avec une « garde rouge citadine », à affronter l’armée et la Garde civile, §22.. En , des tracts furent distribués montrant les plans détaillés d’une révolution de gauche, avec listes noires de personnalités de droite à éliminer, §23..

vignette|redresse|Borrás en juin 1935. Ce même été, et dans un même dessein, le mythe du putsch communiste fut également répandu en France. De novembre à , la revue L’Action Française consacrait une série d’articles à l’« autodéfense » en cas de guerre civile contre les « rouges ». Les prétendus plans communistes visant à neutraliser l’armée française dont ces articles faisaient état étaient calqués sur la supercherie espagnole., §29... Ricardo de la Cierva dut reconnaître en 1969 que l’auteur des prétendus documents communistes était Borrás, qui les avait diffusés par le biais d’organes de presse phalangistes et militaires, après les avoir reproduits avec l’aide d’une dactylographe travaillant au ministère de la Guerre., §28..

Après le coup d’État militaire du , Borrás se tint caché pendant un temps dans le Madrid resté aux mains des républicains, avant de réussir à s’échapper. Une fois en territoire insurgé, il alla se réfugier à Tanger, où il se voua exclusivement à des tâches de propagande politique. En 1939, il publia son roman politique Checas de Madrid, dont le personnage principal est un étudiant phalangiste appartenant au Syndicat Espagnol Universitaire (SEU), branche estudiantine de la Phalange. À partir de la décennie 1940, il renonça à toute activité politique pour se consacrer tout entier à la littérature et à l’essai. Selon le journaliste Enrique Domínguez Millán, Borrás faisait partie du groupe, peu nombreux, de phalangistes ayant dédaigné les offres tentatrices du régime franquiste et n’ayant jamais accepté de fonction officielle ni aucune forme de pouvoir ou de prébende. Devenu sceptique en matière politique, n’ayant gardé sur ce plan qu’un profond et viscéral anticommunisme, il vivait uniquement de son travail et se maintenait loin de l’oligarchie gouvernante.

Jugements et hommages En 1949, Federico Carlos Sainz de Robles qualifia Borrás de « l’un des écrivains les plus fins et les plus profonds, au style le plus personnel et le plus brillant de l’actualité littéraire espagnole. Il maîtrise pareillement tous les genres littéraires ; cependant c’est dans la nouvelle qu’il se distingue magnifiquement, à tel point que, hormis la comtesse de Pardo Bazán, nul n’a égalé Borrás dans la profondeur, l’agrément, la grâce poétique, le drame humain et le style vibrant des courts récits » Cité par ..

En 1953, Borrás fut honoré du titre de journaliste d’honneur et nommé en 1966 chroniqueur officiel de la ville de Madrid. Cette même année 1966, il se vit décerner le Prix national de littérature (Premio Nacional de Literatura) et le Prix national de journalisme. Peu après sa mort, la municipalité de Madrid baptisa de son nom la rue où il avait vécu pendant une grande partie de sa vie, et le Círculo de Bellas Artes plaça à l’angle de ladite rue une plaque commémorative.

Œuvre vignette|redresse|Caricaturé par Tovar pour un numéro de la revue La Novela Teatral (1920).Outre un grand nombre d’articles de presse, l’œuvre de Tomás Borrás, auteur prolifique, comprend des romans, des nouvelles, des poèmes, des essais et des biographies (totalisant plus d’une quarantaine de volumes), et quelque 80 comédies et pièces de théâtre..

Essais

Nouvelles et courts récits Borrás donna le titre de Cuentos gnómicos à un ensemble de récits, dont la longueur varie de quatre à moins d’une page et qui se répartissent sur treize volumes, dont le premier, Unos y otros fantasmas, date de 1940 et le dernier, Agua salada en agua dulce, de 1969Un choix de 64 de ces nouvelles a été édité sous le titre de Cuentos gnómicos en 2013. Voir la recension de Javier Barreiro sur son site personnel..

Romans Liste non exhaustive : La pared de tela de araña (1924) La mujer de sal (1925) El rey de los Estados Unidos (1935) Checas de Madrid (1940) La sangre de las almas (1947) Luna de enero y el amor primero (1953) Madrid teñido de rojo (1962)

Théâtre vignette|Affiche de l'« opéra de chambre » Fantochines (1923).