Le terme méduse est un nom vernaculaire désignant les formes libres de nombreux groupes de cnidaires et qui s'opposent donc aux formes polypes, sessiles. En apparence, ces animaux gélatineux sont très frustes. Ils sont dépourvus de squelette, de cerveau et de poumon mais, en réalité, leur structure est complexe, et ils peuvent posséder des structures sensorielles très élaborées comme des ocelles, rassemblées au sein de rhopalies.

Les méduses sont généralement des prédatrices, elles paralysent leurs proies grâce à leurs cnidocystes. Certaines appartenant à la classe des Cubozoa peuvent être mortelles pour l'Homme.

Les méduses sont par ailleurs considérées comme un caractère propre à l'un des deux groupes de cnidaires, appelé en conséquence Medusozoa (composé des classes : Cubozoa, Scyphozoa et Hydrozoa), l'autre groupe étant celui des Anthozoa. Cependant, l'origine évolutive exacte de la forme méduse est encore mal comprise, le génome de nombreuses espèces n'étant pas encore séquencé..

Dans le cycle de vie de certains groupes de cnidaires, la forme méduse peut alterner avec la phase polype généralement sessile et benthique, mais d'autres vivent uniquement à l'état de méduse. La forme libre est assimilée au zooplancton car si les contractions musculaires assurent la propulsion, les mouvements natatoires lents font que les méduses se laissent généralement entraîner par les courants. Les Scyphozoaires sont les vraies méduses, avec un stade polype fixé très réduit et parfois absent, qui vivent dans les eaux salées, en haute mer ou dans les régions néritiques. Les Staurozoaires, les Cubozoaires et les Hydrozoaires, caractérisés par l'alternance successive de formes polypes (asexués) et de formes méduses (sexuées), ont également des espèces essentiellement marines à l'exception de l'ordre des Hydroida qui vit en eau douce.

Il existe environ de méduses répertoriées au début du , essentiellement des hydroméduses.

Malgré l'équivocité des émotions qu'elles suscitent, entre dégoût, effroi et fascination, une mauvaise réputation accompagne le plus souvent les méduses, en raison de leur caractère urticant et envahissant, de leur mucus gluant, et par le fait qu'elles rappellent la peur ancestrale liée aux profondeurs abyssales de l'océan.. Cette perception souvent négative a longtemps entravé l'évaluation des services écosystémiques rendus par ces animaux. Dans certaines régions, les perturbations du milieu peuvent également donner lieu à des pullulations parfois problématiques.

Histoire vignette|Les cheveux-serpents de Méduse à l'origine du nom de l'animal. vignette|Illustrations représentant des Discomedusae, issues des Formes artistiques de la nature d'Ernst Haeckel (1904). vignette|gauche|Chrysaora melanaster (nom mythologique donné par François Péron). Pendant des siècles, les méduses sont largement méconnues des zoologistes qui, en raison de la simplicité de leur structure proche de certaines plantes, utilisent volontiers pour les décrire un vocabulaire emprunté au monde végétal et les incluent dans l'embranchement des zoophytes (littéralement plante-animal).. Ainsi, dans sa première édition (1735) du Systema Naturae, Linné, en bon botaniste, place les méduses dans l'ordre des Zoophyta, désignant les tentacules comme les étamines des méduses (), leurs bras oraux comme les pistils ().. Les méduses sont classées dans ce taxon jusqu'au , comme le montre la collection du Règne animal de Georges Cuvier en 1817..

C'est Linné qui le premier en 1746. leur assigne le nom générique de méduse alors que ce nom mythologique avait d'abord été donné par des amateurs d'histoire naturelle à des ophiures gorgonocéphales du genre Euryale (nom d'une autre gorgone dans la mythologie, sœur de Méduse).. Le savant suédois leur donne ce nom à cause de leurs tentacules qui s'étirent puis se rétractent comme la reptation ondulatoire des serpents couvrant la tête de Méduse, l'une des trois Gorgones de la mythologie grecque, n'utilisant le terme de « méduse » que pour un seul genre, classé parmi les vers, dans lequel il range les dix-huit espèces connues à l'époque.. L'analogie avec la Gorgone porte aussi sur l'habitat, le naturaliste François Péron pensant que la disparition saisonnière des méduses est liée à leur migration dans les ténèbres abyssales où se réfugient les trois Gorgones.. L'élève de Linné, Pehr Forsskål, décrit une vingtaine d'espèces collectées lors de son périple en Méditerranée et en mer Rouge, toutes incluses dans ce grand genre Medusa. Réaumur qui étudie une méduse bleue sur les côtes de La Rochelle l'appelle « gelée de mer » en 1710, d'où le terme anglais de (littéralement « poisson-gelée ») pour désigner l'ensemble des méduses et l'expression gélification des océans.. Le zoologue Georges Cuvier crée en 1800 le deuxième genre, Rhizostoma (signifiant littéralement bouche en forme de racines), pour une méduse des côtes françaises atlantiques..

La Révolution française et son nouvel univers mental où dominent rationalisme et laïcité, ont contribué au développement de l'histoire naturelle, et notamment à l'essor des études sur les méduses.. Lamarck décrète en 1809La vie dérive de la nature mais n'est pas directement créée par Dieu. Elle . Jean-Baptiste de Monet de Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, Gérard Paul Deshayes et Milne Edwards, 1835, que la vie commence dans les masses gélatineuses qui dérivent dans l'océan.. Avec son soutien, les naturalistes François Péron et de Charles Alexandre Lesueur dénombrent jusqu'à différentes de méduses à la suite de l'expédition Baudin dans les Terres australes, Péron attribuant à ces spécimens des noms gravitant autour des Gorgones : ses Phorcynia et ses Cetosia sont dédiées aux parents des Gorgones ; les rayons dorés de Chrysaora rappellent l'épée d'or de Chrysaor, fils de Poséidon et de Méduse ; les six tentacules de Geryonia évoquent les six bras du géant Géryon, fils de Chrysaor.. La monographie ultérieure de ces deux naturalistes en 1810 décrit de méduses qu'ils partagent en F. Péron et C. A. Lesueur, Tableau des caractères génériques et spécifiques de toutes les espèces de méduses connues jusqu’à ce jour, Annales du muséum d’histoire naturelle, t.14, 1810, . Dans sa monumentale monographie (1880), Ernst Haeckel fait constamment référence aux textes de Péron et aux planches de Lesueur.. En 1899, Haeckel publie son célèbre Formes artistiques de la nature, qui fait la part belle aux méduses jusque sur sa couverture, et dont les planches de travail inspirent les maîtres de l’Art nouveau comme le sculpteur Constant Roux qui réalise le lustre-méduseLustre-méduse au plafond du salon d'honneur du Musée océanographique exécuté par la Maison Baguès en 1904 pour le Musée océanographique de Monaco.. À Iéna, le biologiste et philosophe allemand nomme sa maison la , en l'honneur de ces invertébrés et décore les plafonds de sa résidence avec ces animaux..

Alors que la description naturaliste se révèle particulièrement difficile au , en raison de la fragilité des spécimens récoltés, les expéditions scientifiques du siècle suivant continuent à découvrir de nouvelles espèces, leur recensement s'appuyant sur les publications scientifiques et la description par les chercheurs. Au , les méduses continuent de livrer leurs secrets, notamment sur le fonctionnement de leurs nématocystes ou leurs cycles de vie qui restent inconnus pour la plupart. L'étude de leur biologie, de l'anatomie au fonctionnement des cellules, montre que ces animaux considérés comme « primitifs » préfigurent les systèmes circulatoires des vertébrés (sens de circulation des fluides vitaux chez Aurelia), leurs yeux (concentration des organes des sens et des neurones sensitifs qui évoquent une ébauche de céphalisation) et leurs muscles (cellules musculaires striées).. Les chercheurs y reconnaissent également des caractères évolués comme la segmentation du corps par strobilation, la production d'hormones pour la nidation des œufs, la symétrie bilatérale chez quelques espèces (les genres et Solmundella n'ont que deux tentacules diamétralement opposés), et même du collagène de type humain.

Anatomie Axes, surfaces et pôles d'une méduse vignette|lang=fr|Principaux axes et surfaces d'une méduse.

Le terme « méduse » s'applique généralement au stade pélagique de nombreux groupes de cnidaires, qui pour des raisons essentiellement de convergence évolutive ont développé une forme de cloche contractile, avec une bouche en position inféro-centrale, entourée de bras servant à capturer la nourriture. La méduse n'a ni droite ni gauche, sa symétrie radiaire la distingue des animaux à symétrie bilatérale. Sur cette base, une grande complexité de formes a évolué, impliquant également le ratio entre les stades planctonique et benthique.

Caractéristiques vignette|Anatomie d'une méduse hydrozoaire : 1 Ectoderme ; 2 Mésoglée ; 3 Endoderme ; 4 Estomac ; 5 Canal radial ; 6 Canal circulaire ; 7 Tentacule ; 8 Velum ; 9 Anneau nerveux externe ; 10 Anneau nerveux interne ; 11 Gonades ; 12 Manubrium ; 13 Bouche ; 14 Surface aborale ; 15 Surface orale.

Au niveau morphologique, une méduse « classique » (scyphozoaire) est essentiellement formée d'une ombrelle en forme de cloche qui comprend une sous-ombrelle et une ex-ombrelle, de tentacules (généralement quatre ou un multiple de quatre, certaines comme la grande méduse bleue n'en ayant pas)., qui débouchent dans un canal circulaire qui fait le tour de l'ombrelle et d'un axe vertical, le manubrium, sorte de trompe pendant sous la cavité sous-ombrellaire et à l'extrémité duquel se trouve la cavité buccale parfois bordée d'appendices (appelés bras buccaux ou bras oraux, lisses ou frangés en chou-fleur) recueillant le plancton ou le necton.. La plus grande méduse connue (tentacules compris) est Cyanea capillata : son ombrelle a un diamètre de à qui héberge souvent de jeunes poissons à l'abri de ses 800 fins tentacules pouvant mesurer de long..

Au niveau anatomique, les méduses sont des Cnidaires, animaux diploblastiques formés à partir de deux feuillets cellulaires embryonnaires seulement, l'endoderme et l'ectoderme (contrairement aux triploblastiques, qui en ont trois), séparés par une masse gélatineuse, la mésoglée. Des prolongements de l'estomac, les canaux radiaires, rayonnent dans l'ombrelle et rejoignent un canal circulaire marginal bordant l'ombrelle. Les produits de la digestion circulent en sens centrifuge dans les canaux radiaires jusqu'au canal marginal, puis le courant s'inverse pour ramener les produits de l'excrétion vers la cavité orale où ils sont expulsés sous forme de pelotes muqueuses..

Le poids de leur corps est généralement composé de 95 à 98 % d'eau et de 2 à 5 % de matières sèchesEssentiellement des protéines. (contre 63 % d'eau pour le corps humain), cette composition variant en fonction de l'espèce et de la salinité du milieu. Ainsi Aurelia aurita contient de 95,3 à 95,8 % d'eau en Méditerranée, 97,9 % dans la mer du Nord et 98,2 % en mer Baltique.. Le corps mou des méduses est constitué d'une substance gélatineuse, la mésoglée, qui contient, outre ses 98 % d'eau, du collagène (similaire au collagène humainD'où son utilisation dans les crèmes anti-rides, comme cicatrisant ou reconstitution de fausses peaux.), des cellules totipotentes indifférenciées qui se transforment pour reconstituer un tissu lésé..

Leur masse gélatineuse a une densité d’eau voisine de celle de l’eau de mer, ce qui explique que la majorité des méduses se maintiennent en équilibre dans la couche d'eau superficielle de la zone littorale, bien que certaines se rencontrent à plus de de profondeur, telle Tiburonia granrojo, espèce abyssale de Scyphoméduse découverte en 1993 en Californie, Deepstaria enigmatica à , Deepstaria enigmatica à ..