La Bulle spéculative de 1968 dans l'informatique a vu sur la Bourse de Wall Street un envol des cours des sociétés du secteur de l'informatique, en particulier des plus petites. Elles s'étaient faites plus nombreuses en Bourse à partir de 1965, notamment dans un secteur émergent, celui du logiciel, qui vit dans les années 1960 sa première reconnaissance publique. Malgré les assassinats, les villes en flammes, les sit-in étudiants et les manifestations politiques, le marché boursier n’a cessé de monter jusqu'en : le S&P 500 prend 16 %, mais la hausse bénéficie surtout aux petites sociétés innovantes, avant une correction boursière qui dure jusqu'au , prenant de l'ampleur au printemps 1970, comparée au krach des actions technologiques de 2000-2002.
Avec l'engouement pour des "actions glamour, comme IBM, Texas Instruments et Xerox" ; la bulle reflète "un problème d’évaluation et de spéculation" assez "semblable" à celui de "la fin des années 1990", selon James Stack, président d'InvesTech Research and Stack"We Looked At How The Stock Market Performed Under Every U.S. President Since Truman" par Sergei Klebnikov, Forbes le 23 juillet 2020, . La période du au avait vu le Dow Jones progresser de 24% et il aurait dû s'assagir en 1968, d'autant que la politique monétaire était resserrée, tout comme la politique budgétaire avec des hausses d'impôts sur les hauts-revenus à l'été 1968.
En 1965, l'entrée en Bourse d'Applied Data Research, un des premiers éditeurs de logiciels indépendants, a joué un rôle important dans l'attrait pour les placements boursiers car elle est couplée avec la première demande d'un brevet pour un logiciel, effectuée en pour Autoflow, afin de se protéger d'IBM, qui espérait copier et proposer gratuitement ce logiciel à ses clientsTémoignage, en 1988, de Martin A. Goetz, le premier homme à déposer un brevet pour un logiciel en avril 1965, Musée de l'histoire de l'informatique . Son action est multipliée par cinq en trois ans car ce logiciel génère des revenus significatifs dès 1966Martin A. Goetz Interviewé par Luanne Johnson pour le musée de l'histoire de l'informatique, le 28 mars 1996 . Spéculations politiques Les spéculations politiques sont une habitude des marchés boursiers américains, ainsi en les actions avaient chuté de 6,5 % en un seul jour lorsque Eisenhower a subi une crise cardiaque soudaine. Sur la période globale du mandat de Lyndon Johnson, le Dow Jones a pris 46%, soit moins que sous Clinton, Obama et Truman, mais mieux que sous Kennedy et Carter. Selon Jeremy Siegel, le professeur de finance Russell E. Palmer à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, de 1952 à , les rendements boursiers réels annualisés sous les démocrates ont été de 10,6 % comparativement à 4,8 % pour les républicains, le meilleur rendement cumulé du marché boursier revenant à la période Bill Clinton, avec près de 210 % et la pire celle de George W. Bush, avec -40 %.
Sur les émeutes urbaines Les émeutes urbaines étaient récurrentes chaque été depuis celles de Harlem en 1964, mais après l’assassinat de Martin Luther King en , le pire des nombreux événements terribles de cette année-là, elles ont eu lieu "dans 125 villes américaines et la célèbre division d'infanterie du 82ème Airborne arpente les rues. Quelques semaines plus tard, c'est l'assassinat de Robert F. Kennedy, le : le chroniqueur financier de Barron's Randall Forsight, alors lycéen, "craint que la société ne soit en train de s’effondrer".
Les émeutes urbaines exacerbent les tensions au sein du parti démocrate, qui se présente avec deux candidats à cette élection, le démocrate modéré William Wallace, représentant du Sud, obtenant finalement plus de 10% des voix. Sur la fin de la guerre du Vietnam Le président américain Lyndon B. Johnson créé la stupeur en se retirant de la course présidentielle le , retrait couplé au souhait d'arrêter les bombardements au Vietnam, et laissant cependant sept mois à son remplaçant pour faire campagne"Guerre du Vietnam, maladie : Lyndon Johnson, l’autre président qui s’est retiré de la course" par Mayeul Aldebert le 22 juillet 2024 dans Le Figaro , sans imaginer la victoire surprise du républicain Richard Nixon à l'élection présidentielle américaine de novembre 1968. La Bourse de New York a "fortement progressé" après cette double annonce.
L’opposition à la guerre du Vietnam n'avait cessé d'augmenter, prenant une forme moins pacifique, et débouchant sur "des affrontements violents à la convention démocrate de Chicago".
En août, le Wall Street Journal, affirme que Lyndon B. Johnson est prêt "à ordonner un arrêt complet des bombardements contre le Vietnam du Nord, en échange d'une " promesse secrète " des Nord-Vietnamiens de ne plus lancer d'attaques contre les villes sud - vietnamienne"M. Johnson chercherait un accord avec Hanoï sur la cessation des bombardements pour pouvoir se rendre rapidement à Moscou" Le Monde du 12 août 1968 , et veut se faire inviter à Moscou, en vue de régler définitivement le conflit vietnamien, mais juste après un article du New York Times, "les représentants de Hanoï tendent à minimiser l'importance" de l'information. Au même moment, Richard Nixon a annoncé qu'il ne se rendrait pas, comme il l'avait promis au début de la semaine, en Union soviétique.
Nixon va , afin de priver l’administration sortante d'une "victoire diplomatique" et ainsi affaiblir les chances du candidat Hubert HumphreySelon de nombreux médias, principalement le New York Times, puis la biographie de 2017 de Nixon par John Farrell , comme évoqué par Luke A. Nichter, professeur d’histoire à l’Université Chapman, dans « L’année qui a brisé la politique : collusion et chaos lors de l’élection présidentielle de 1968 »"1968 Review: Nixon, Paris and Truth" par Barton Swaim le 16 août 2023 dans Wall Stret Journal . Haldeman, chef de cabinet de la campagne de Nixon, se voit ordonner à la fin d’ de trouver des moyens de saboter les pourparlers de paix productifs, afin qu’un électorat américain frustré se tourne vers les républicains comme leur seul espoir de mettre fin à la guerre"When a Candidate Conspired With a Foreign Power to Win An Election", article par John A. Farrell dans Politico Magazine .
Finalement, Richard Nixon bat Hubert Humphrey par seulement d'écart, alors que lors de la précédente, l'élection présidentielle américaine de 1964, le démocrate Lyndon Johnson avait balayé Barry Goldwater par d'écart, le deuxième plus important de l'histoire.
Ce retournement a coïncidé avec celui du marché qui a cessé de monter en , la nouvelle administration étant moins favorable à la déreglementation et à l'idée d'un réseau public et ouvert à tous pour le transport de données sur les lignes téléphoniques à l'échelle nationale, dans le sillage de ce qui a été annoncé en par ATT mais qui était encore en dans l'attente du feu vert de la Commission fédérale des communications (FCC).
Jusqu'à ce résultat électoral inattendu, la commission de contrôle anti-trust chargée de contrôler la loi américaine anti-trust et combattre les situations d'abus ou de monopole s'était montrée offensive, notamment en quand elle avait, avec le concours de l'avocat progressiste Ralph Nader réussi à faire reculer ITT, ouvrant la voie en à la procédure lancée par Control Data contre IBM. Spéculations sur l'économie américaine Le mythe de la "croissance rapide" L’économie américaine vivait "une des expansions les plus robustes de l’histoire", stimulée par les programmes de la Grande Société et les dépenses liées à la guerre du Vietnam.
Selon la Dun’s Business Review de , un "mythe" de la "croissance rapide" a conduit les investisseurs à rêver de taux de croissance annuels proches de 30% et pouvant "durer pendant une période prolongée". Mais après cette "période d’euphorie excessive", qui a propulsé à la fin des années 1960 les actions technologiques dans l’espace, au moment des premiers vols lunaires d’Apollo, en bénéficiant du mantra de "cette fois, c’est différent", un krach des actions technologiques est survenu.
Les revenus des ménages ont augmenté de 9,8 %, en rythme annuel, au premier semestre 1968. Pour réduire le déficit, le Congrès a adopté une surtaxe de 10 % sur les hauts revenus à la mi-1968, ce qui n’a guère freiné leurs dépenses, tandis que la production a été entravée par des goulets d’étranglement et des grèves, selon un rapport de la Réserve fédérale de St. Louis. Les taux d’intérêt ont augmenté, mais la banque centrale a "répondu à l’augmentation de la demande de crédit "en laissant croître son bilan "à un taux annuel de près de 10 %". La masse monétaire a augmenté à un taux annuel de 9,7 %, créant "une liquidité abondante alimentant une économie forte".
En 1968, la "surabondance de dollars résultant des politiques budgétaires américaines" a provoqué les "premières fissures dans le système de Bretton Woods, amenant ultérieurement le président républicain Richard Nixon à mettre fin à la convertibilité du dollar en or le , ce qui "causera une grande consternation".
L’inflation et les taux d’intérêt ont "bondi en 1969", et le marché boursier avait chuté de plus de 30 % à la mi-1969, depuis son "sommet de fin 1968, alors que la Fed a fortement resserrée sa politique monétaire" Dans la foulée, "l’économie a connu une brève récession de à ", avec un taux de chômage en hausse mais qui est resté "modéré", à 5,5% de la population active"Article historique de Randall Forsight dans Barron's le 3 juin 2020
En 1968, le Congrès s’est fixé comme objectif budgétaire de réduire l'excès de croissance de la demande en réduisant les dépenses fédérales de 6%et en instaurant une augmentation temporaire d’un an des impôts, sous la forme d’une surtaxe de 10%, coup de frein suffisant pour faire craindre aux keynésiens qu'il était excessif. En , l'inflation est à seulement 3,3% et la hausse des prix de 4% sur l'année. Les sondages auprès des entreprises montrent en qu'elles prévoient d'augmenter leurs investissements de 9%, puis en de 14%, au point qu' à partir de les taux sur le marché interbancaire américain se tendent, incitant au recours aux eurodollars.
Spéculations industrielles Premier brevet logiciel de l'histoire Autre étape importante, le quand le premier brevet logiciel de l'histoire est finalement accordé, après trois ans d'attente, à Applied Data Research"Martin Goetz, premier homme à avoir déposé un brevet pour un logiciel, est mort" par Julien Baldacchino, le 23 octobre 2023 sur France Inter , qui est la vedette de la bulle spéculative de 1968 dans l'informatique.
Innovations de Control Data et Scientific Data Systems Mais d'autres titres se font aussi remarquer, Control Data, déjà la valeur phare de la précédente bulle au début des années 1960, et Scientific Data Systems (SDS). Ils vendent tous deux des ordinateurs d'architecture simple, puissante et peu couteuse, car très investie dans les circuits intégrés et l'abondance de mémoire. Tous deux préfèrent confier une partie des développements logiciels à des prestataires, ce qui permet à leur cours de Bourse de nourrir cette bulle spéculative. Nouveau service de données à large bande Un nouveau service de données à large bande commutées d’usage courant, a été annoncé en par ATT mais était encore en septembre dans l'attente du feu vert de la Commission fédérale des communications (FCC). Il offre des liaisons de données à des vitesses allant jusqu’à 50 kilobits par seconde, plus que la vitesse maximale actuelle offerte jusque-làArticle de Robert L. Davies, responsable du département du planning de la transmission de données Bell Telephone laboratorie dans Datamation de septembre 1968 .