thumb|Les réservoirs de Shibushi dans la préfecture de Kagoshima, l'un des dix sites de la réserve stratégique de pétrole du Japon.

Une réserve stratégique de pétrole (RSP) est un stock de pétrole à la disposition d'un État, détenu soit directement par lui, soit par une compagnie pétrolière dans le cadre de contraintes imposées par l'État. Elle donne à un pays importateur de pétrole une certaine marge de manœuvre en cas d'interruption de ses approvisionnements.

Contexte Depuis la découverte des grands puits de pétrole du Sud des États-Unis à la fin du , la houille a perdu sa place de première source d'énergie. Aucun secteur de l’économie des pays industrialisés, à commencer par l’agriculture et les transports, ne peut se passer aujourd’hui des produits pétroliers. Comme une grosse partie des ressources pétrolières est concentrée dans la région agitée du Proche-Orient, le pétrole doit être acheminé par d’énormes navires-citernes et de très longs pipelines vers les pays consommateurs. En 1973, une baisse concertée de la production des pays membres de l’OPEP provoqua le premier choc pétrolier par une hausse brutale et durable du cours du baril. Les pays consommateurs, dépourvus jusque-là de réserves stratégiques, ne surent s’opposer à cette entente.

Agence internationale de l'énergie Aussi les 16 nations les plus industrialisées (rejointes depuis par 13 autres pays) se groupèrent-elles au sein d'une Agence internationale de l'énergie (AIE), afin de coordonner leurs politiques énergétiques et de mettre sur pied une économie raisonnée de la ressourceD'après ..

L'Agence internationale de l'énergie, qui dépend de l'OCDE, demande via Internet Archive. à ses membres de conserver des réserves équivalente à au moins 90 jours d'importations nettes de l'année précédente. Les trois membres qui sont exportateurs nets de pétrole (Norvège, Danemark et Canada) n'ont donc aucune obligation en la matière. Dans ce calcul, l'évaluation des importations, comme celle des réserves, comprend le brut comme les produits raffinés. L'OCDE précise également que ce volume minimal est calculé sans inclure le pétrole détenu par les utilisateurs finaux (stocks dits tertiaires : réserves des centrales électriques, contenu des cuves de chauffage, etc.), se trouvant dans des pétroliers en mer, réservé à l'armée ou présent dans les stations-services. En revanche, des réserves situées hors du territoire dans le cadre d'accords bilatéraux peuvent être incluses. Les réserves au sens géologique (pétrole non encore extrait), n'étant pas disponibles rapidement, ne sont pas incluses.

Les pays membres de l'AIE coopèrent également pour l'utilisation de leurs réserves stratégiques. C'est par exemple le cas en 2011 lors de l'interruption de la production dû à la situation en Libye : une décision est prise de concert de prélever du pétrole dans ces réserves. via Internet Archive..

Les grands pays non membres de l'AIE (notamment l'Inde et la Chine) ont, au début du , constitué eux aussi des réserves stratégiques.

En 2020, l'ensemble des capacités mondiales de stockage de pétrole est estimée par Rystad Energy à 4,5 milliards de barils. Cela incluent les réserves stratégiques à la disposition des États et correspond à 45 jours de consommation mondiale (100,1 millions de barils par jour en moyenne en 2019)..

Réserves stratégiques par pays États-Unis

La réserve stratégique de pétrole (RSP) des États-Unis est une des plus grande réserve connue au monde avec une capacité d'au plus 727 millions de barils de pétrole, soit de mètres cubes de pétrole brut et une capacité autorisée fin 2017 de .. Elle est gérée par le Bureau des réserves pétrolières (Office of Petroleum Reserves - OPR) du département de l'Énergie des États-Unis. qui a, en 2017, un budget annuel de 223 millions de dollars. et emploie 975 personnes en 2013. Selon le département de l'Énergie des États-Unis Department of Energy, en , la RSP contient 687 Mbarils ; au , elle est de 635 Mbarils..

Union européenne Pour les pays membres, une directive européenne remontant à 1968consultable ici demande de conserver des réserves de pétrole ou de produits pétroliers pour l'équivalent de 65 jours de consommation intérieure, avec des exemptions partielles pour les États qui sont eux-mêmes producteurs de pétrole.

Allemagne En 2005, les réserves stratégiques de l’Allemagne se montaient à 25,2 millions de tonnes via Internet Archive, dont de tonnes de pétrole brut et de tonnes d'hydrocarbures raffinés. Ces réserves doivent permettre au pays de soutenir sa consommation pendant 90 jours. Les stockages de pétrole brut se trouvent majoritairement dans des cavernes souterraines de Basse-Saxe, entre et de profondeur. Ces cavités ont été aménagées dans des poches géologiques de sel gemme. Un puits de stockage particulièrement important est celui géré par la Sté IVG dans la caverne souterraine d’Etzel. Les produits pétroliers semi-raffinés sont stockés dans des réservoirs aériens parsemés à travers tout le territoire. La valeur de ces réserves peut être estimée, en se fondant sur un prix de le baril, à onze milliards d’euros environ.

Outre ces réserves stratégiques, entre 1974 en 1981, l'Allemagne s'était constitué une réserve fédérale de de tonnes de pétrole, entreposée dans les stockages souterrains des environs de Wilhelmshaven, Brême, Hambourg, etc. Le gouvernement fédéral a vendu ces réserves en 1997. En 2010, l'Allemagne stocke des produits pétroliers élaborés comme l'essence, le gazole, le fioul, le kérosène et le fioul lourd qui, parce qu'ils sont déjà raffinés, sont rapidement utilisables.

Quoique les directives du Conseil de prévoyance pour l'épargne pétrolière (Erdölbevorratungsverbandes, EBV en abrégé) n'imposent qu'une autonomie de 90 jours, le total des réserves allemandes en pétrole brut et en produits semi-raffinés est régulièrement supérieur. D'importantes quantités d'hydrocarbures sont stockées par les consommateurs, notamment pour le fioul domestique à usage de chauffage. De plus les raffineries constituent un stock d’avance pour assurer la continuité de leur exploitation.

C'est la loi fédérale du (BGBl. vol. I, ), dite « loi de prévoyance sur les produits pétroliers » (Erdölbevorratungsgesetz – ErdölBevG) qui en Allemagne régit désormais les stocks souterrains et l'EBV. Les stocks sont organisés et supervisés par l'EBV, dont sont membres de plein droit toutes les grandes entreprises allemandes d’importation et de transformation des produits pétroliers, au premier rang desquelles les grandes compagnies pétrolières. Cet EBV est une personne morale de droit public, fondé en 1978 par les compagnies pétrolières allemandes et les importateurs de pétrole sous les auspices du gouvernement fédéral, ce dernier ayant dès 1966 contraint les groupes industriels à constituer à leurs frais une réserve stratégique de brut, en cas de guerre. Le siège de l'EBV se trouve à Hambourg. Les surcoûts de stockage sont répercutés à la revente à raison de 0,5 % par litre (d'essence, de gazole ou de fioul, selon le cas). L’EBV ne peut augmenter ses réserves qu'avec l'accord du Ministère fédéral de l'Économie et au cours du marché. L’IEA et l'Union européenne ont un droit de regard. En 1991, au cours de la guerre du Golfe, l'Allemagne a mis sur le marché une partie de ses réserves pétrolières, au prix de le baril.

Après l’ouragan Katrina en 2005 et la flambée brutale du prix du brut qui s'est ensuivie, l'Allemagne a mis sur le marché de pétrole. La chute des exportations de la Libye en 2011 a encore incité le gouvernement fédéral à entamer une partie des réserves : l'Allemagne a participé à l'effort de l'AIE à hauteur de 4,3 millions de barils.

Autriche L'Autriche oblige chaque importateur de pétrole ou de produits pétroliers à conserver des stocks équivalents à 35 % des ventes de l'année précédente. La plupart de ces sociétés se sont réunies pour gérer leurs stocks en commun via une entreprise à but non lucratif, Erdöl-Lagergesellschaft m.b.H. Cette entité possède un grand nombre de parcs de réservoirs à travers le pays, ainsi qu'à Trieste en Italie, port d'où part le pipeline qui alimente l'unique raffinerie autrichienne.

Belgique La Belgique a transféré en 2007 la gestion de ses réserves de l'industrie vers une nouvelle agence publique, APETRA. À partir de cette date, l'obligation de stockage pour les industriels a été réduite graduellement. Une partie des stocks d'APETRA se trouvent en réalité dans des pays voisins, dans le cadre d'accords bilatéraux. En Belgique des stocks se trouvent à Anvers, Feluy, Gand et Liège.

France En France, les stocks stratégiques sont gérés par le Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers instauré par la loi Billardon du portant réforme du régime pétrolier.. Chaque société distribuant des carburants en France doit mettre à disposition en permanence un volume équivalent à 29,5 % de ses ventes de l'année précédente (soit légèrement plus que les 90 jours demandés par l'AIE). La loi prévoit également que la France dispose de 55 jours de réserves de carburant aviation..

Les stocks stratégiques instaurés par la loi de 1992 sont entièrement financés par les sociétés pétrolières qui mettent à la consommation. Une partie, 15 % en moyenne en 2017, est assurée directement par les sociétés. Le reste, 85 %, est réalisé par une filiale commune de statut entièrement privé, la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (SAGESS).

Contrairement aux réserves américaines ou japonaises, regroupées dans des dépôts de très grande taille, la RSP française est éparpillée dans 235 sites de stockage répartis sur l'ensemble du territoire.. Un important dépôt souterrain existe cependant à Manosque, géré par Géosel. Dans les faits, les stocks collectifs de la SAGESS, entièrement financés par endettement, seuls réellement mobilisables en cas de crise, sont répartis sur 81 sites dont la vocation mixte, commerciale et stratégique, contribue à l'immédiate disponibilité des stocks.

Ce système, qui permet de disposer de stocks efficaces sans aucun financement, souffre de fragilités. La part croissante confiée à la SAGESS (elle ne représentait en 1992 qu'un quart des stocks) dans le cadre d'une politique publique de court terme permet désormais aux opérateurs une quasi totale défaisance de leur obligation et les déresponsabilise du maintien d'une infrastructure logistique. L'infrastructure pétrolière de l'intérieur s'amenuise ainsi progressivement, sous l'effet principal des prescriptions environnementales fixées par des administrations locales sans vue nationale, tandis que le transport par camions citernes sur de longues distances (plusieurs centaines de kilomètres) s'est substitué au transport par voie ferrée en augmentant les dangers de sinistres pour le public. Le fait que, sous la pression des règles de comptabilité nationale issues de la Communauté européenne, le ministère des finances ait interdit. l'endettement comme moyen de financement des stocks collectifs, laisse actuellement ce système sans autre perspective qu'un doublement de la pression économique sur les consommateurs.

Ces stocks collectifs sont régulièrement utilisés pour parer les blocages sociaux de la distribution pétrolière, utilisés de façon récurrente comme moyen de pression politique en France (1992, 1995, 1998, 2005, 2010, 2013, 2016). Fin , la France puise dans ses réserves stratégiques de produits raffinés pour faire face à un début de pénurie de carburants provoquée par le blocage de raffineries, de sites de stockage et des ports dans le cadre de la mobilisation contre la loi Travail..

Italie