Cyril Robichez (1920-2001) est un acteur, metteur en scène et directeur de théâtre. Homme de terroir et de terrain, il a été un des pionniers de la décentralisation théâtrale. Il a œuvré une bonne partie de sa vie pour ouvrir le théâtre au public le plus large possible, en participant à la création de scènes locales dans sa région natale le Nord-Pas-de-Calais. Son nom est définitivement associé au Théâtre populaire des Flandres créé en 1953, ainsi qu'étroitement lié à la renaissance de la vie culturelle dans les départements du Nord, et à de nombreuses innovations dans le domaine du théâtre.

Biographie Gaston-Pierre-Marie-Joseph dit Cyril Robichez nait à Roubaix le , fils de Louis-Ernest-Léon Robichez, négociant en lingerie, originaire d'Aire-sur-la-Lys et Marguerite-Joséphine-Marie-Benoite Verdonck, commerçante en lingerie.

Cyril Robichez est fils (son père est à un moment donné directeur du Journal de Roubaix), frère (deux frères Jean et Léon sont journalistes et formés à l'École supérieure de journalisme de Lille), et mari de journaliste. De plus son frère Léon est un dirigeant local du Mouvement Républicain Populaire, maire de Marcq-en Barœul de 1945 à 1947 et de 1948 à 1959.

Isabelle Dominguez le dit fils d'un journaliste et d'une commerçante.

Il a été animateur culturel chez les scouts israélites.

Il obtient un diplôme d'ingénieur agricole. Il ne va jamais exercer ce métier.

Juste après l'obtention de son diplôme d'ingénieur, en 1939, il s'engage dans l'armée de l'air, en tant que navigant bombardier mitrailleur.

Puis suivent des années où il touche un peu à tout. En 1942, il est élève de l'école Jeune France.. Réfugié à Lyon, il fait la rencontre de créateurs et d'hommes de théâtre : Maurice Martenot, Jean-Marie Soutou, Emmanuel Mounier, Jean Doat, Jean-Marie Serreau. Il y rencontre également sa future femme.

Il épouse à Limoges le Maria Marguerite Mourier (1923-2001), dite Guite Mounier, ou encore Geneviève Dermerch de son nom de plume (elle est journaliste). Fille d'un banquier de Limoges, ou d'un directeur d'école (devenu banquier par la suite?), d'abord étudiante aux beaux-Arts, elle se dirige ensuite vers le journalisme et va être grand reporter à La Voix du Nord pendant plusieurs années. Son pseudo vient du nom d'un petit village de Tunisie.

Les époux Robichez vont avoir quatre enfants dont une fille tuée dans un accident de la circulation.

Le couple se retrouve conseiller ou animateur à la jeunesse en Tunisie, en tant qu'attaché culturel auprès de la Résidence française à Tunis (Résident général de France en Tunisie). Ils y pratiquent l'ébauche d'une formation artistique et de la mise en scène avant de rentrer en métropole, suite à l'arrivée des Allemands. Il travaille régulièrement avec Jean Doat, Claude Martin, Pierre Assy, Jean-Marie Serreau.

En 1943, Cyril Robichez fuit le Service du travail obligatoire (STO), s'engage dans la Résistance, et gagne le maquis, dans la région de Briançon et dans le Limousin. Son épouse le rejoint et s'engage dans le même combat, en tant qu'agent de liaison entre deux maquis et en dissimulant chez elle des Juifs

Après la guerre, il gagne Paris et le Théâtre de la Ville-Sarah-Bernhardt dirigé par Charles Dullin, avec lequel il participe à une tournée en Allemagne fédérale

Il suit le mouvement de décentralisation théâtrale favorisé par Jeanne Laurent. En 1947, il est assistant de direction du premier centre dramatique du Nord à Saint- Quentin. Son épouse est secrétaire générale.

En 1948, il est de retour de façon définitive dans le Nord où il va donner libre cours à sa passion pour le théâtre et l'action culturelle. La grande aventure de sa vie est la création à Lille en 1953 du Théâtre Populaire des Flandres, qu'il anime pendant plus de . Son épouse travaille dans différents journaux ou magazines avant d'intégrer La Voix du Nord, où elle tient une chronique régulière, effectue des enquêtes sociales et familiales dans la région ou en s'intéressant aux Nordistes du bout du monde. Son combat pour la promotion des femmes lui vaut la Légion d'honneur en 1986.

Avant que ne vienne l'heure de la retraite, Cyril Robichez a été délégué au Théâtre et à l'Action culturelle à la Direction régionale des Affaires culturelles de la Région Nord-Pas-de-Calais. Il a également été chargé de mission auprès du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais.

Cyril Robichez meurt à Lille le , âgé de . Son épouse, en retraite depuis le , décède trois mois après son mari le à Lille, atteinte de la maladie de Parkinson.

La ville de Lille rend hommage à Cyril Robichez le par l'entremise de son maire Pierre Mauroy.

Après sa mort, ses enfants ont confié à l'université de Lille, Institut de recherches historiques du Septentrion, CRHEN-O (Centre de Recherche sur l'Histoire de l'Europe du Nord-Ouest), ses archives et ses livres. Les ouvrages de différente nature recouvrent de nombreux domaines (théâtre, cinéma, marionnettes, cirque, musique , mais aussi biographies, littérature générale, poésie) et côtoient un grand nombre de revues tout aussi variées.

Le Théâtre Populaire des Flandres Il revient dans sa région natale en 1948 et fonde en 1953 le Théâtre populaire des Flandres (TPF), premier centre dramatique national du Nord-Pas-de-Calais. En application de sa volonté d'ouvrir le théâtre à un public le plus large possible, la première représentation a lieu à Hénin-Liétard devenue depuis Hénin-Beaumont, le . La pièce de J. Davrincourt Les Bourgeois de Calais, est présentée devant 5000 mineurs, en plein air, la scène et la salle improvisées étant simplement protégées par des palissades. La création est entièrement originale : les acteurs, le créateur, le compositeur de la musique originale, jusqu'au costumier, sont de la région.

Cyril Robichez va diriger le TPF pendant plus de trente ans.

Sous l'égide du TPF, il fonde et anime dans la région plusieurs manifestations ou théâtres. Il parcourt sans arrêt la région, va au devant des publics

En 1949, il fonde à Lille un théâtre de marionnettes (théâtre de marionnettes), le Théâtre du Petit Lion, ce qui lui permet de tourner la difficulté de ne pas avoir de comédiens. Dans les années 1990, il participe également au renouveau du petit théâtre de marionnettes lillois : Le P'tit Jacques.. Une fille de Geneviève Dermech et de Cyril Robichez s'est inspirée du travail de marionnettiste de son père pour co-réaliser un livre pour la jeunesse.

Au nom et sous l'égide du TPF, il fait renaitre principalement à partir de 1953 toute une vie culturelle dans les départements du Nord de la France. Il montre à ce titre une activité inlassable et crée ou participe à la création de diverses troupes ou festivals : le théâtre de marionnettes déjà cité, Le P'tit Jacques, le premier festival de théâtre de Lille, les Nuits de Flandre en 1975 dans la cour de l'Hospice Comtesse, le théâtre forain ambulant qu'il crée, et où il rencontre les novateurs du moment. On lui doit encore le Carrefour international du théâtre, où jusqu'à 40 troupes de théâtre françaises et étrangères, dont certaines mondialement connues ont participé.

L'objectif est de pouvoir aller à la rencontre des publics ouvriers et paysans, d'où l'intérêt du théâtre forain itinérant. Il considère que le rôle de l'artiste est d'être au milieu des autres, au cœur de la vie. Cette action était loin d'être évidente à ses débuts. La culture n'était pas considérée comme légitime, voire même inutile aux yeux de certains pour lesquels la région avait surtout besoin de travail, a fortiori dans les années suivant la deuxième guerre mondiale où les mots d'ordre étaient produire, reconstruire, restaurer la richesse passée.

Il s'en explique dans son livre La raison de ma folieCyril Robichez, La raison de ma folie, p. 14. :

Il va donc à la rencontre de ce peuple, avec, par exemple, une prise de parole face aux délégués syndicaux, aux responsables des comités d'entreprise, aux associations de différentes usines ou ateliersCyril Robichez, La raison de ma folie, p.15..

Au départ, le TPF est itinérant, faute de disposer d'une salle permanente satisfaisante. Tous les locaux sont bons pour diffuser la culture théâtrale, d'un préau d'école à une salle de sport. Les obstacles sont quotidiens mais le public suit et récompense la troupe des efforts accomplis, le plus souvent dans la difficulté.

Cyril Robichez se fonde sur un principe essentiel :

Pendant plusieurs années, après les séances de théâtre itinérant, les représentations ont lieu au Petit théâtre du Pont-Neuf, petite salle, aménagée par la troupe, et malgré tout inadaptée, ne pouvant contenir que 140 personnes, ce qui exclut toute possibilité de rentabilité. Ne souhaitant pas recourir au privé, Robichez multiplie pendant des années, les appels à la mise à disposition d'une salle digne de ce nom par une personne publique.

Dès 1955, il ouvre un cours d'art dramatique qui se transforme en Théâtre-École en . On y ajoute à ce moment l'enseignement de la guitare et de la danse. Différents professeurs interviennent. L'école accueille jusqu'à deux cents élèves par saisonCyril Robichez, La raison de ma folie, p.19..

En 1963, pour l'anniversaire de ses dix ans, le Théâtre populaire de Flandres est reconnu troupe permanente par le ministère de la CultureLa_Voix_du_Nord. Hors série du . Cent ans de vie dans la région. Tome 4 : 1958-1975, p. 45..

En 1968, le Petit théâtre du Pont-Neuf présente Le marchand d'étoiles de Geneviève Serreau, dans une mise en scène de Cyril Robichez. Il s'agit d'une innovation supplémentaire voulue par lui. Les décors proviennent des maquettes des enfants des écoles de la ville, sélectionnées suite à un concours organisé en liaison avec l'Inspecteur d'Académie. C'est la première fois à Lille qu'un spectacle pour enfants est présenté par des comédiens adultes. Jusque là, les spectacles pour enfants étaient donnés par d'autres enfants, « dressés » à cette fin. Par la suite, chaque Noël, le Petit théâtre du Pont-Neuf présente un spectacle pour la jeunesseCyril Robichez, La raison de ma folie, p.17..

Le TPF pourra finalement pendant un temps à partir de 1973 utiliser les locaux qui vont devenir ultérieurement le siège du Théâtre du Nord. Le théâtre Roger Salengro, ancienne salle de sport transformée suite à l'accord de la municipalité de Lille en salle de théâtre, accueille le TPF, âgé de 20 ans mais au bord du gouffre.

En 1975, la troupe du TPF est promue au rang de Centre dramatique national.

En 1981, Cyril Robichez vit la mise à mort de son œuvre : le ministère de la Culture ne renouvelle pas son contrat de directeur du centre. Le théâtre dans le Nord devient national avec le Théâtre de la Salamandre de Gildas Bourget, nommé directeur du Centre dramatique national du Nord à Tourcoing.

Cyril Robichez tire sa révérence avec une dernière création au titre aussi symbolique que prophétique Le roi se meurt.

Le TPF a formé des acteurs tels que Fred Personne, Renaud Verley, Ronny Couteure.

Parmi les personnages du théâtre et du cinéma passés par le TPF, ayant travaillé avec Cyril Robichez, peuvent être cités Jean-Marc Chotteau, Renaud Verley, Jenny Clève, Noël Simsolo, Guy Mairesse, Ronny Couteure, Anne Kerylen. Metteur en scène et comédien de théâtre « Un homme de passion qui rêve d'un théâtre ouvert à tous », indique en sous-titre Isabelle Dominguez.

Cette remarque résume la carrière et la volonté de Cyril Robichez, personnage « tonitruant et haut en couleur ».

La troupe du Théâtre Populaire des Flandres méritait aux yeux de certains auteurs le titre de « ».

Son répertoire de prédilection était Molière, Bertolt Brecht, Eugène Ionesco, René de Obaldia, sans négliger pour autant d'autres auteurs, à commencer par le local Léopold Simons.

Lui-même se présentait comme un homme de théâtre du Nord. Il voulait « faire du théâtre chez moi parce que ça manquait beaucoup à cette région ».