Le kasàlà (pl. tusula) est une forme de poème chanté qui raconte les louanges d'une tribu et de ses ancêtres. C'est un genre littéraire traditionnel et oral des Lubas du Kasaï en Afrique subsaharienne faisant partie des traditions panégyriques et autopanégyriques africaines.

Histoire L'origine du kasàlà semble se confondre avec celles du peuple luba. Sa valeur historique est reconnue comme corpus riche de récits de vie, autant pour les guerres et événements lointains que pour les temps modernes. Pour exemple, des conteuses congolaises célèbres se sont produites lorsque les ba-Luba s'opposèrent au gouvernement central en 1960. Le kasàlà est un facteur de cohésion sociale car il rappelle les hauts faits de la lignée et du clan.

Description Le kasàlà (pl. tusula) est une forme de poème chanté qui raconte les louanges d'une tribu et de ses ancêtres. C'est un genre littéraire traditionnel et oral des Lubas du Kasaï en Afrique subsaharienne faisant partie des traditions panégyriques et autopanégyriques africaines.

Le poème évoque les faits historiques d'un clan et est chanté dans certaines circonstances spécifiques, telles que le départ à la guerre, le défrichage d'un champ, les réceptions et fêtes officielles, ainsi que les funérailles. Ces événements requièrent du courage (bukitu), de la force physique (dikanda), de l'effort (bunyengabaji). Le chantre, la personne qui crée et/ou exécute le kasala, est appelé en ciluba « mwéné kásala », qui se traduit par « celui qui possède le kasàlà ».

Apprentissage Traditionnellement, le kasàlà était considéré comme un don et ne s'apprenait pas dans une école. L'apprentissage se fait en s’imprégnant de l'art du kasàlà en allant écouter des spécialistes avant de commencer à s'exécuter en public. Si le chantre peut être aussi bien un homme qu'une femme, un homme apprendra en général auprès d'un spécialiste qu'il considérera comme son maître, tandis qu'une femme commencera à apprendre au sein de groupes de pleureuses professionnelles lors de funérailles. Le poème est chanté ou récité de manière très rythmée et sur un ton aigu, et comporte toute une succession de noms propres.

Dans le kasàlà, le chantre évoque à la fois le héros du moment (dit « héros circonstanciel »), en l'honneur de qui l'événement a lieu (le défunt lors de funérailles, le guerrier dans le contexte d'un combat, le chef lors d'une cérémonie officielle ou toute personne, qui même sans considération sociale particulière, se retrouve au centre dans le contexte d'un événement particulier) et aussi les héros dit « claniques », qui sont liés au héros du moment de par leur parenté et leur clan.

Objectifs du kasàlà Traditionnellement, le but premier du kasàlà est d'émouvoir, pour provoquer des réactions en lien avec les circonstances dans lesquelles le poème est chanté : par exemple donner de la force aux guerriers ou offrir une oraison funèbre lors d'un décès. Les thèmes du kasàlà peuvent être groupés en trois catégories: les héros claniques liés au héros du moment, les événements en lien avec le clan (comme des batailles remportées, des famines ou épidémies de maladies dont le clan a souffert) et enfin des thèmes sans lien avec le clan mais avec la nature ou la sensibilité personnelle du chantre. C'est dans le troisième thème que la poésie du kasàlà s'exprime avec le plus de force. Par ailleurs, le poète fera également sa propre louange dans des passages plus ou moins longs du kasàlà.

Aspects littéraires Au niveau phonique, le kasàlà est fortement codifié. Les transcriptions de ces textes issus de la littérature orale se font en vers, pour correspondre au débit rythmé. L'homophonie est un élément important, qui se situe soit sur les tons (rimes tonales) ou sur les sons (assonances, allitérations).

Au niveau sémantique, l'évocation du héros est au centre du kasàlà. Pour mettre en avant les qualités caractéristiques de son héros, le chantre va utiliser des images valorisantes et expressives, sous forme de comparaisons, de métaphores (principalement issues du monde animal), de métonymie ou de synecdoques. Ces procédés témoignent d'un phénomène de transfert de sens, qui donne une puissance particulière à l'évocation. Le chantre a également recours à des éléments descriptifs qui sont extérieurs au héros en question et s'appliquent à beaucoup de personnes. Ces éléments le mettent en lien avec ses ancêtres, ses descendants, sa tribu, son lieu d'origine.Fis

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya, professeure, écrivaine et poétesse congolaise, a mis le kasàlà au cœur de son travail et de sa recherche. Il se retrouve tant dans ses recueils de poésie publiés que dans sa thèse d'ethnologie.

Fiston Mwanza Mujila a utilisé la forme poétique du kasàlà dans son œuvre.

Prolongements contemporains Le kasàlà est aujourd'hui repris dans divers domaines, notamment comme approche de recherche artistique et historique ou comme pratique psychosociologique visant la transformation de la personne. Dans cette dernière approche, il est souvent fait une distinction entre kasàlà de soi et kasàlà de l'autre.

Le kasàlà a également inspiré des approches pédagogiques novatrices visant à renforcer la confiance en soi. Dans son livre Souviens-toi de ta noblesse, Marie Milis raconte comment elle a découvert la pratique africaine du kasàlà auprès du linguiste Jean Kabuta. Elle a alors formalisé ce qu'elle a appelé l'autolouange comme méthode à visée pédagogique permettant de restituer confiance et estime de soi et de l’autre à des jeunes en échec scolaire.

Bibliographie

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Clémentine Nzuji, Kasalà. Chant héroïque luba, Lubumbashi, Presses universitaires du Zaïre, 1974. Clémentine Nzuji, Kasala et autres poèmes, Kinshasa : Mandore, 1969, 53 p.

Références

Voir aussi

Lubas Balubas du Kasaï Empire Luba Missa Luba Clémentine Nzuji Jean Lavoué Fiston Mwanza Mujila

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