Le ou est un gusuku ryūkyūan situé à Chatan sur l’île Okinawa. Il est construit sur une colline en calcaire de Ryūkyū avec une altitude maximale de , et comprend cinq enceintes pour une aire totale de carrés. Il est naturellement protégé par une falaise de 10 à de haut au nord et par une falaise à deux niveaux au sud, avec la rivière Shirahi-gawa qui coule vers l’ouest au pied de la falaise nord.

Il a été une importante forteresse du Royaume de Chūzan entre la deuxième moitié du et la première moitié du . C’est le cinquième plus grand gusuku de l’île Okinawa, après Shuri, Nakijin, Itokazu et Nanzan. Après la Seconde Guerre Mondiale il a été inclus dans les terres réquisitionnées pour la construction du Camp Zukeran. Il n’a été rétrocédé à Chatan que le . L’accès est toujours strictement contrôlé par le Bureau de la Défense japonais. Depuis la destruction du gusuku d’Ichi, le gusuku de Chatan est le seul gusuku du bourg de Chatan. Il a été désigné Site Historique National en 2020.

Emplacement

Le gusuku de Chatan est situé à Chatan, un bourg sur la côte ouest de l’île Okinawa. Il est situé légèrement au sud du centre de la ville, faisant face à la côte, sur une colline de calcaire qui s’étend est-ouest à proximité de l’estuaire de la rivière Shirahi-gawa. La colline mesure environ de long, de large et de haut .

Le paysage alentour a été largement modifié lors de l’installation du Camp Zukeran. Le gusuku est actuellement bordé au nord par la rivière Shirahi-gawa, à l’ouest par la Route Nationale 58 et au sud par la Route Nationale 130.

Avant la Seconde Guerre mondiale, il était entouré par les villages de Kuwae (au nord), Chatan, Rindō et Tamēshi (au sud). La pointe occidentale de la colline a été rabotée pour construire la Route Nationale 58.

Le gusuku le plus proche (à l’exception du gusuku d’Ichi, qui était un avant-poste du gusuku de Chatan) est le gusuku de Hini, situé à vers l’est, à Kitanakagusuku. Le gusuku de Hini a également livré du matériel archéologique de la transition entre le Kaizuka Récent et le début de la période Gusuku et son développement semble être contemporain de celui du gusuku de Chatan.

Histoire

Résumé Le gusuku de Chatan est une forteresse de Chūzan qui a été utilisée entre la deuxième moitié du pendant la période Gusuku et la première moitié du pendant la période du Royaume de Ryūkyū. Contrairement à la plupart des gusukus, il a continué à être utilisé pendant la seconde dynastie Shō. Il est également appelé et fonctionnait avec un avant-poste sur l’autre rive de la rivière Shirahi-gawa, le . Il semble avoir perdu sa fonction de centre administratif régional lorsque le a été construit au pied de la colline à la fin du . Le gusuku a été déserté quelques décennies plus tard au mais a conservé un aspect défensif qui a été utilisé dans la résistance du royaume contre l’invasion de Satsuma en 1609. Le gusuku a conservé ensuite uniquement son rôle de centre religieux et est devenu un emplacement recherché pour les activités funéraires, comme en témoignent les quatre-vingt-deux tombes identifiées dans ses falaises.

Période Gusuku

Il n’y a aucun document historique en relation avec la construction du gusuku de Chatan, mais il existe plusieurs traditions orales qui ont été compilées plus tard.

Ces traditions indiquent que le premier seigneur du gusuku de Chatan était . « Kaniman » est un nom commun généralement attribué aux personnes ayant un lien avec le travail du fer au début de la période Gusuku sur l’île Okinawa. Le , publié en 1933 par mentionne que pendant le règne du roi Eisō (1229-1299), le fils aîné de la maison de la Noro de Chatan s’appelait Kaniman Aji. Une tombe traditionnellement attribuée à Kaniman Aji existe, dans une grotte dans la falaise nord du gusuku, faisant face à la rivière Shirahi-gawa. Les personnes qui se sont réfugiées dans la tombe pendant la Seconde Guerre mondiale ont rapporté qu’elle contenait une large quantité d’ossements, ce qui suggère qu’il s’agissait d’une tombe collective. L’inscription sur la stèle devant la tombe indiquait « tombe sacrée de Kaniman Aji, contenant les générations des seigneurs historiques du gusuku de Chatan », ce qui suggère également que plusieurs générations de seigneurs appelés « Kaniman Aji » étaient enterrées à cet endroit.

La tradition dit que (le dernier) Kaniman Aji est défait par , qui est à son tour battu par , avant que le fils de Ūkā Aji ne reprenne le pouvoir quand les anciens vassaux de son père battent Tancha Ufunushi. Ces conflits sont le sujet de la pièce de kumi odori intitulée .

Comme tous ces noms sont des titres, transmis de père en fils, on ne peut pas savoir combien de générations de Kaniman Aji ou Ūkā Aji ont vraiment occupé le gusuku de Chatan. De plus, les documents généalogiques de plusieurs anciennes familles de Chatan indiquent qu’ils sont à la fois des descendants de Kaniman Aji et Ūkā Aji, ce qui a donné naissance à la théorie qu’ils étaient en fait de la même famille, voire la même personne.

Ūkā Aji est à l’origine de l’autre nom du gusuku de Chatan, Ūkā Gusuku (Ūkā, lit. « grosse rivière » est un autre nom de la rivière Shirahi-gawa). Cette famille semble avoir été les constructeurs principaux du gusuku de Chatan, aux s. Étant donné la taille du gusuku, il semble que la famille d’Ūkā Aji ait été particulièrement puissante. Ce qui arrive après cette période de luttes pour le pouvoir n’est pas clair, mais pendant le règne de Shō Shin (vers 1500), les seigneurs du magiri de Chatan sont nommés « Chatan Aji » (et quelquefois « Chatan Ōkawa Aji »). Il n’est pas prouvé que ces personnes nommées Chatan Aji soient des descendants directs de la famille d’Ūkā Aji.

Le quinzième volume du Omoro Sōshi (compilé en 1623) mentionne les seigneurs du gusuku de Chatan comme « kitatan-no-teda » (15/55, 56) et « kitatan-no-yo-no-nushi » (15/57, 58), ce qui signifie respectivement « le soleil de Chatan » et « le seigneur-du-monde de Chatan ». Ces termes sont fréquemment appliqués à des rois dans le même ouvrage, montrant que les seigneurs de Chatan étaient probablement particulièrement puissants. Il n’est pas possible cependant de savoir auquel des ajis le Omoro Sōshi fait référence.

Période du Royaume Pendant l’invasion par Satsuma en 1609, le gusuku de Chatan est défendu par Yō est le nom de son clan, Chōhō son prénom en chinois. Sashiki est un nom de lieu (fief). Chikudun est un rang aristocratique. Kōdō est son prénom en japonais. cf. :en:Okinawan name#Historical names, qui oppose une résistance acharnée à l’envahisseur. Il se battait encore et tenait sa position quand il apprend que Shuri est tombé, et il se suicide de chagrin. Sa tombe est aussi située dans la falaise nord du gusuku de Chatan. Le gusuku d’Ichi, l’avant-poste du gusuku de Chatan situé sur l’autre rive de la rivière Shirahi-gawa, a également joué un rôle important durant cette bataille.

Après l’invasion, la forteresse a été complètement abandonnée et certains terrains dans ses enceintes ont servi de champs agricoles. Quand le a été rebâti en pierres en 1821, les pierres des murailles du gusuku de Chatan ont été utilisées. Il semble que les pierres de ces murailles aient également été utilisées pour la construction du .

Rétrocession et classement Après la Seconde Guerre mondiale, la zone du gusuku de Chatan a été saisie par les forces américaines et a été incluse dans le Camp Zukeran (renommé ensuite Camp Foster). Le , le « Plan de consolidation pour les infrastructures et régions à Okinawa » décide que le Camp Foster sera inclus dans les terres réquisitionnées qui doivent être rétrocédées à Okinawa « après 2019 ». La rétrocession devra se faire graduellement et la rétrocession de la zone comprenant le gusuku de Chatan est planifiée pour 2020. Elle a effectivement été rétrocédée au Japon le , mais l’accès est toujours strictement contrôlé par le Bureau de la Défense japonais.

Le gusuku de Chatan a été désigné Site Historique National le . Le bourg de Chatan envisage actuellement la création d’un parc historique qui présenterait au public les vestiges archéologiques.

Vestiges archéologiques

Avant la construction de la forteresse

Il y avait un village sur la colline du gusuku de Chatan avant qu’il ne devienne une forteresse, à la transition entre la période pré-agricole du Kaizuka Récent et la période agricole Gusuku, avant et pendant le . Le site a livré de nombreux trous de poteaux et éléments de mobilier de cette période, en particulier des tessons de poterie de type à « fonds plats resserrés » , produite localement. Il existe seulement un nombre limité de gusukus pour lesquels une occupation du Kaizuka Récent précédant la transformation en forteresse est attestée : le et le dans le centre de l’île d’Okinawa et le dans le sud.

Du point de vue du mobilier archéologique représentatif, la chronologie à la transition entre le Kaizuka Récent et le Gusuku Ancien sur l’île d’Okinawa montre généralement un glissement depuis la poterie de type à « fonds plats resserrés » produite localement au début du vers l’« assemblage du Gusuku Ancien » aux s (pots en stéatite, porcelaine chinoise blanche et céramique Kamuiyaki), avant l’introduction de la porcelaine céladon chinoise pendant le . Le mobilier collecté sur la colline du gusuku de Chatan passe directement de la poterie locale de la fin de la période Kaizuka au céladon. Quelques tessons de céladon du ont été trouvés, mais la plupart datent des s. La quantité de matériel importé de l’extérieur de l’île daté du s dans les sites archéologiques des terres basses à proximité, comme Kumuibaru ou Kushikanikubaru, est au contraire très importante, indiquant que le centre du pouvoir n’avait pas encore été déplacé en haut de la colline à cette période.

La forteresse de Chatan Gusuku thumb|Plan de Chatan Gusuku

La forteresse fait usage d’une colline naturelle de calcaire proche de l’estuaire de la rivière Shirahi-gawa, depuis laquelle il est possible de voir le château de Nakagusuku, le château d'Urasoe et le château de Shuri. La rivière est particulièrement large à cet endroit et la falaise particulièrement abrupte. Il existait auparavant deux autres collines plus petites à l’est, toutes reliées par un chemin de crête. Les deux petites collines ont été rasées par les forces américaines après la Seconde Guerre mondiale et le gusuku de Chatan apparaît à présent comme une colline unique dominant le paysage. Les fouilles archéologiques ont montré qu’au , l’océan venait jusqu’au pied du gusuku.

Le gusuku compte cinq enceintes toutes assez bien conservées. Les enceintes sont numérotées 1 à 4 d’est en ouest, avec la cinquième enceinte au nord de la quatrième enceinte. La première enceinte occupe le point le plus haut du gusuku, l’altitude déclinant vers l’ouest. Les enceintes sont définies comme des surfaces relativement planes séparées par des partitions obtenues en remplissant les espaces dans les falaises naturelles du substrat calcaire avec des murs de pierre. Cette technique de construction du gusuku, avec très peu de modification du paysage naturel, est l’une des caractéristiques du gusuku de Chatan. Comme il y a moins d’affleurements calcaire dans les enceintes les plus basses, la proportion de murs de pierre dans les partitions entre enceintes augmente de la première à la quatrième enceinte. Les murs sont mieux conservés dans la partie orientale du gusuku. Certains des murs de pierre sont conservés jusqu’à de haut, et peuvent mesurer jusqu’à de large. Ils sont en opus incertum ou en opus quadratum, les pierres taillées pouvant être dans certains murs en calcaire et dans d’autres en calcaire corallien.

Les différents ajis mentionnés dans le paragraphe sur l’histoire ont probablement construit la forteresse graduellement entre le . La plupart des vestiges archéologiques découverts datent des s. Le bâtiment résidentiel principal, qui a été trouvé dans la deuxième enceinte, semble avoir été construit au début du .