est un film japonais réalisé par Mikio Naruse, sorti en 1961..

Synopsis Les Kōno forment une famille unie : Keijirō, enseignant à l'université, son épouse Ayako, et leurs deux enfants, Hiroko, étudiante, et Susumu, collégien. Ayako est propriétaire d'un bar de Ginza. Mais Keijirō entretient depuis la guerre une liaison avec Miho Nishigaki (flash-backs), qui gère ce bar et reverse chaque mois à Ayako une part des recettes. Miho, dont toute la famille a péri sous les bombes d'un B-29 pendant la guerre, vit avec sa grand-mère Shino, ancienne geisha. Hiroko et Susumu ont en réalité été mis au monde par Miho. Ayako, rendue stérile à dix-neuf ans par une grave maladie, les a élevés comme s'ils étaient les siens. C'est Shino qui avait conseillé à sa petite-fille d'abandonner ses enfants pour leur donner une vie familiale traditionnelle. Les deux adolescents ignorent tout de leurs véritables origines.

L'équilibre se fissure le jour où, au ryokan où elle est descendue avec Keijirō, Miho mesure la lâcheté de son amant qui s'y trouve démasqué par ses propres étudiants. Décidée à rompre, elle réclame en compensation soit le bar, soit trois millions de yens ; devant le refus d'Ayako, elle exige la garde de ses enfants biologiques, ou au moins celle de Susumu. La révélation de la vérité, faite à Susumu par Fukuko, une amie de Miho, puis rapportée par lui à Hiroko, conduit à une confrontation entre les trois adultes. Indignés par l'égoïsme de leurs parents, les enfants quittent le domicile et s'entretiennent devant un passage à niveau où le signal clignotant strie leurs visages de rouge, tandis que retentit le grondement d'un train. Miho doit abandonner le bar pour une maigre compensation de cinq cent mille yens, Ayako envisage le divorce et Keijirō est exposé à la moquerie de ses étudiants. Les enfants, eux, semblent s'accommoder de la situation : Hiroko s'installe dans une résidence universitaire, et lorsque Susumu vient lui rendre visite, ils décident d'aller au cinéma.

Fiche technique Ces informations proviennent du générique du film, de la base IMDb, de la fiche Wikipédia japonaise et des bases de données japonaises NFAJ et EIREN. Titre français : Comme épouse et comme femme Titre original : Titres anglais : As a Wife, As a Woman, Poignant Story, The Other Woman Réalisation : Mikio Naruse Scénario : et Zenzō Matsuyama Photographie : Jun Yasumoto Lumière : Chōshirō Ishii Décors : Montage : Eiji Ōi Musique : Ichirō Saitō Assistant réalisateur : Masazumi Kawanishi Production : Sanezumi Fujimoto et Hidehisa Suga Société de production : Tōhō Pays de production : Langue originale : japonais Format : couleurs Eastmancolor — (2,35:1) — 35 mm — Perspecta Stereophonic Sound (son monophonique optique encodé) Genre : drame Durée : (métrage : 2 914 m) Date de sortie : Japon : . États-Unis :

Distribution Hideko Takamine : Miho Nishigaki, mama-san du bar à Ginza (38 ans) Chikage Awashima : Ayako Kōno, épouse de Keijirō et propriétaire du bar Masayuki Mori : Keijirō Kōno, professeur à l'université, époux d'Ayako depuis 24 ans Yuriko Hoshi : Hiroko Kōno, fille officielle de Keijirō et Ayako, étudiante (18 ans) Kenzaburō Ōsawa : Susumu Kōno, fils officiel de Keijirō et Ayako, collégien Tatsuya Nakadai : Minami, avocat, client habitué et admirateur de Miho Kumi Mizuno : Ruriko, hôtesse du bar de Miho, « espionne » d’Ayako Keiko Awaji : Fukuko, amie de Miho qui tient un ryōtei Chōko Iida : Shino Nishigaki, grand-mère de Miho, ancienne geisha « en vue » () Yatsuko Tan'ami : Hanae, amie de Miho, patronne d'un ryokan Chieko Nakakita : Toshiko Furuya, parente d'Ayako, veuve et mère Fumio Sakashita : Takashi Furuya, fils de Toshiko, passionné d'entomologie Natsuko Kahara : Mine, gouvernante de la famille Kōno Nobuo Nakamura : Kimura, client régulier du bar de Miho : Toshibō, amie de Miho, passée du statut de concubine à celui d'épouse légitime : Kyōko, amie de Miho, propriétaire de deux salons de coiffure : Kusuhara, président d'une grande entreprise, protecteur de Fukuko

Appréciations Audie Bock décrit le film comme un « mélodrame autour d'une jeune femme qui devient la maîtresse d'un riche professeur. Celui-ci recueille les deux enfants qu'elle lui donne dans son propre foyer sans enfant et l'installe comme patronne d'un bar. Son épouse découvre la liaison et tente d'empêcher la jeune femme de reprendre ses enfants. Thème qui remonte à son film Sans liens de parenté de 1932.»  (Audie Bock, Japanese Film Directors, Kodansha, 1978, p. 135)"Le film est majestueux et élégant, et les flash-backs sont habilement intégrés, reliant passé et présent par des indices visuels ; en même temps, ses ressorts dramatiques sont tendus à l'extrême, sans autre relâchement qu'un feu rouge clignotant." Russell, p. 356

"Comme une épouse, comme une femme est en couleur — et c'est une palette extraordinairement sourde de verts, de bruns et de beiges. Les très rares touches de rouge — sur la robe d'une hôtesse de bar, ou sur un obi, et dans un feu de circulation clignotant au moment du climax dramatique du film — deviennent des accents dynamiques dans cette mise en scène pratiquement monochrome." Russell, p. 354

"L'histoire de Comme une épouse reprend là où Quand une femme monte l'escalier s'arrête, avec Takamine offrant un cadeau d'adieu à l'épouse de Masayuki Mori. Takamine et Mori jouent bien sûr des personnages différents, dans un univers narratif différent, mais la situation d'ouverture est comme s'ils avaient poursuivi leur liaison pendant dix ans et qu'elle tournait maintenant à l'aigre." Russell, p.354

"Comme une épouse, comme une femme était basé sur des études de cas du tribunal des affaires familiales et fut discuté lors d'une table ronde dans la revue Scénario (Screenplay) qui accompagnait la publication du scénario le même mois que la sortie du film (mai 1961). De cet échange entre le producteur Fujimoto, le scénariste Ide, Hideko Ohama du tribunal des affaires familiales, et trois « femmes ordinaires » — une femme au foyer, une gérante de club d'hôtesses et une employée de bureau — il ressort que le film se voulait avoir une valeur éducative." Russell, p.354

"Comme une épouse, comme une femme pose des questions sérieuses sur le travail des femmes et la responsabilité sociale, ainsi que sur les inégalités de genre d'un système familial qui, plus ou moins, tolère les liaisons extra-conjugales des hommes. Toutes ces questions sont reprises dans la table ronde, y compris l'observation selon laquelle, typiquement, de telles situations dans la vie réelle se poursuivent sous la surface de la réalité et aboutissent rarement à un divorce. Dans un article séparé du même numéro de Scénario, Ide Toshiro note que bien qu'il ait soumis des scénarios se terminant par un divorce pour de nombreux films d'épouses (tsuma-mono) précédents, notamment Le Repas, Épouse et Le Cœur d'une épouse, ces fins avaient toujours été modifiées par les producteurs. C'était la première fois qu'une telle conclusion était acceptée, et il se demande pourquoi la désintégration de la famille est devenue un sujet si bienvenu. « Est-ce là un progrès ? », s'interroge-t-il. » Russell, p. 356

L'histoire d'un homme avec deux « épouses » est une histoire qui revient dans les films de Naruse des années 1930 Sans liens de parenté, Ma femme, sois comme une rose et La Fille dont on parle. Dans les années 1960, le centre d'intérêt est passé de l'expressionnisme mélodramatique de ces films à un examen des inégalités systémiques de la société japonaise. Les institutions de la famille et du mizu shōbai, ainsi que les systèmes juridiques de l'adoption et des tribunaux des affaires familiales, soutiennent et permettent effectivement à un homme d'avoir à la fois une épouse et une maîtresse. Les hiérarchies de classe et de genre dans lesquelles le rôle de l'épouse est privilégié par rapport à celui de la maîtresse sont maintenues par l'autorité incontestée du père et de l'héritier mâle, bien que dans une famille comme celle de Keijirō dans Comme une épouse, comme une femme, cela se révèle être un centre vide. Russell, p. 356

Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio : Women and Japanese Modernity, Durham : Duke University Press, 2008.

Notes et références

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