L'hôtel de la Marine (initialement hôtel du Garde-Meuble de la Couronne) est un bâtiment historique, ainsi qu'un lieu d'exposition, situé au 2 place de la Concorde, dans le de Paris.
Situé à l'Est d'un ensemble symétrique de deux bâtiments encadrant la rue Royale, cet édifice abrite, avant la Révolution, le Garde-Meuble de la Couronne placé sous l'autorité d'un intendant. Ce garde-meuble ne se limite pas aux mobiliers : il conserve également les Joyaux de la Couronne, des étoffes précieuses, des tapisseries et des armes d'apparat, tout en accueillant des salles d'exposition consacrées aux arts décoratifs. Par la suite, le bâtiment devient le siège de l'état-major et du quartier général de la Marine. Restauré entre 2017 et le début de l’année 2021, il voit le départ des services militaires et s'ouvre désormais au public. Les visiteurs peuvent y découvrir les anciens appartements des intendants, la loggia surplombant la place, les salons d’apparat et d’exposition, ainsi que le musée de la Collection Al Thani et des expositions temporaires.
Le pendant occidental de l'ensemble, initialement destiné à accueillir l'« hôtel des Monnaies », projet finalement abandonné, se compose de quatre hôtels particuliers : au , l'hôtel de Coislin ; au , l'hôtel du Plessis-Bellière ; au , l'hôtel Cartier ; au , l'hôtel de Crillon. Aujourd'hui, cet ensemble abrite notamment le palace hôtelier éponyme, l'Automobile Club de France ainsi que l'Académie de marine.
Historique
1748 : Gabriel édifie un décor à la gloire du roi vignette|320px|Décoration sculptée La Félicité publique de Nicolas Coustou et Michel-Ange Slodtz, fronton oriental de l'hôtel de la MarineAllégorie de la Félicité publique représentée par une femme assise et couronnée de fleurs. Entourée d'enfants jouant de la musique, elle pose la main droite sur un grand médaillon, où devait être placé un portrait du roi, autour duquel des enfants disposent des guirlandes.. vignette|320px|La Magnificence, fronton occidental (à droite). Cf ..
En 1748, Louis XV gouverne seul depuis cinq ans à la suite de la mort du Cardinal de Fleury. Il cherche à affirmer et consolider son pouvoir personnel face à l'ombre tutélaire du règne légendaire de Louis XIV et aux splendeurs et décadences de la Régence. Particulièrement prospères grâce au commerce maritime extérieur, les revenus de la France grimpent de 80 à 308 millions de livres entre 1716 et 1748. Le roi lance alors une série de grands travaux industriels, religieux ou de prestige dans tout le royaume.
À Paris, les échevins de Paris se proposent d'offrir au Souverain un monument dédié à sa gloire personnelle sous la forme d'une statue équestre en Imperator romain comme il était souvent d'usage. Cette statue est commandée à Edmé Bouchardon mais le projet s'élargit à la construction d’une place une esplanade monumentale dédiée à la gloire du Roi sur le modèle des places des Conquêtes (place Vendôme), de la place Royale (devenue la place des Vosges) consacrée à Louis XIII, de la place Dauphine ou de la place des Victoires consacrée à Louis XIV.
Plusieurs emplacements sont envisagés et après maintes hésitations, le Roi choisit finalement l'espace marécageux situé au pied de la colline du Roule entre le bois malfamé des Champs-Élysées et l'extrémité ouest du parc de son château des Tuileries. Un concours d’architecture est alors lancé pour l’aménagement de cette place au terme duquel dix-neuf propositions sont déposées. Aucune ne satisfait le roi et il en est de même du second concours organisé.
En 1753, Ange-Jacques Gabriel, Premier architecte du Roi, propose, à la demande du monarque, une synthèse des différents projets pour créer les plans définitifs de la future place Louis-XV (devenue en 1830, sous la monarchie de Juillet, la place de la Concorde) : La statue du roi sera au centre, représenté à la romaine, c’est-à-dire chevauchant sans selle et sans étriers (à cru). La place cernée de jardins en fossés secs sera bordée de balustrades. À l’ouest, la place s’ouvrira sur trois avenues : Le Cours la Reine vers le sud-ouest. Créé par Catherine de Médicis il sera replanté et longe la Seine vers Saint-Cloud, Meudon et Versailles. Le Grand-Cour ou Avenue du Roule vers l'Ouest. Il s'inscrit en prolongement de la perspective de Le Nôtre vers la Colline du Roule et Nanterre (actuelle Avenue des Champs-Élysées). L'Avenue de l'Élysée vers le nord-ouest. Prévue mais non réalisée elle devait s'orienter vers Asnières. Elle sera finalement ouverte en 1818 mais en parallèle des Champs-Élysées et prendra le nom d'Avenue Gabriel en hommage à l'architecte du Roi. À l'est l'entrée vers les Jardins Royaux et le Palais des Tuileries est légèrement réaménagée. Au sud : l'ouverture vers la Seine reste libre de toute construction. Au nord : deux palais jumeaux aux façades classiques monumentales encadreront de part et d’autre la rue Royale.
En 1757, seules les façades des hôtels sont édifiées, telles un décor fermant la place Louis-XV au Nord, sans qu'aucun bâtiment ne soit construit derrière elles.
1765 : un écrin pour les collections du Roi vignette|Antichambre carrelée des appartements des Intendants du garde-meuble de la Couronne.
En 1765, les façades qui ne sont encore que des décors vont finalement trouver une affectation et ce sont deux palais jumeaux qui vont commencer à s'élever de part et d'autre de la rue Royale.
La construction du bâtiment derrière les façades d'Ange-Jacques Gabriel va durer de 1757 à 1774 sous la direction de l'architecte et contrôleur général des Bâtiments du roi, Louis-François Trouard. Cependant, il reste encore à trouver une affectation aux bâtiments. Ce sera chose faite en 1767.
Le palais occidental doit accueillir l'hôtel des Monnaies mais, trop éloigné du centre des affaires, il est finalement subdivisé en quatre lots avec charge aux acquéreurs d'y construire des maisons particulières à leur frais.
Le palais oriental (futur hôtel de la Marine) est quant à lui destiné à être l'hôtel du Garde-Meuble de la Couronne (Administration chargée du mobilier du Roi). Censé n’occuper qu’une partie du bâtiment, le Garde-Meuble investit l'ensemble des murs en 1767 jusqu'à la Révolution. À partir de la révolution française, il devient durant deux siècles l'hôtel de la Marine.
Ancêtre du Mobilier national et du Musée des arts décoratifs, le Garde-Meuble de la Couronne englobe dès l'origine des salles d'exposition : c'est de fait un des premiers musées de Paris. L'administration installée désormais dans ce bâtiment, pilotée par un intendant, était aussi chargé du choix, de l’achat et de la conservation du mobilier et des collections du Roi : armes et armures (ce qui était connue de la population parisienne de l'époque et qui explique certains événements de la Révotion lorsque cette population était à la recherche d'armes), cadeaux diplomatiques, étoffes, tentures et tapisseries, vases de pierres dures, porcelaines, chinoiseries, bronzes, biscuits... mais aussi batteries de cuisine et linges de maison.
Enfin le Garde-Meuble conserve les diamants de la Couronne de France et les bijoux personnels du Roi et de la Famille Royale.
Fontanieu constitue la vitrine des Arts Décoratifs du vignette|La chambre de Pierre-Élisabeth de Fontanieu, après la rénovation de 2016-2021. vignette|Salle à manger des appartements des Intendants.
Le Contrôleur général du Garde-Meuble du Roi et Intendant de celui-ci, Pierre-Élisabeth de Fontanieu, fait aménager l’Hôtel afin de satisfaire aux différents besoins de son administration : entrepôt, ateliers, appartements de fonction, galeries d'exposition.
Il va y regrouper avec un goût sûr et averti la quintessence de ce qu'il y a de plus luxueux, raffiné et innovant en termes d'arts décoratifs et d'aménagements intérieurs au orientant ainsi le goût français et européen et le poussant à un niveau d'excellence inégalé.
Marchands, artistes, artisans, mécènes défilent au Garde-Meuble et sont reçus dans des pièces d'exposition parfois plus richement décorées que les maisons royales.
L'hôtel abrite également plusieurs appartements, dont le logement de l'intendant du Garde-Meuble. On y trouve également la chapelle dite du cardinal de Richelieu, une buanderie, une bibliothèque, des ateliers et des écuries.
1777 : le premier musée d'Arts décoratifs ouvre ses portes au public En 1777, Fontanieu inaugure également le principe de l'exposition et du musée en ouvrant des galeries dédiées au public un jour par mois chaque mois entre 9 heures et 13 heures (du premier dimanche après Pâques jusqu'au ).
Ce premier musée public bâti sur le principe des cabinets de curiosités comprend à l'origine trois salles d'exposition : La Salle d'Armes qui présente une collection d'armures et armes des Rois de France (aujourd'hui aux Invalides et au Louvre); La Galerie des Grands Meubles qui conserve dans de grandes armoires des étoffes et une collection de tapisseries unique au monde (aujourd'hui au Louvre, au Mobilier National et dans les Palais Nationaux) La Salle des Bijoux qui réunit des vases de pierres de couleurs et de cristal de roche, l'orfèvrerie, des présents diplomatiques ainsi que les joyaux de la Couronne dont des diamants montés en parure enfermés dans des vitrinesStéphane Castelluccio, « Hôtel de la Marine : la France à l'encan ? », La Tribune de l'art, 9 mars 2009.. Pierre-Élisabeth de Fontanieu demande à se retirer en 1784 pour raisons de santé et meurt la même année.
1784 : Thierry de Ville d'Avray instaure le principe d'une régie vignette|Le grand cabinet de travail de Thierry de Ville-d'Avray, après la rénovation de 2016-2021. Marc-Antoine Thierry de Ville-d'Avray, premier valet de chambre du Roi remplace le marquis de Fontanieu en 1784.
Dès le début de son administration, il rédige un règlement pour les commandes, les prêts de meubles et la gestion de l'établissement. Au lieu de commander les meubles à des artisans indépendants, il choisit de s'adresser à une régie placée sous la surveillance du sculpteur Jean Hauré.
On y trouve des ébénistes tels que Guillaume Benneman, des menuisiers dont Jean-Claude Sené et Jean-Baptiste Boulard, des sculpteurs comme Nicolas Vallois et François Chatard, des bronziers parmi lesquels Pierre-Philippe Thomire, Etienne-Jean Forestier et André Ravrio ou encore des tapissiers tels que Claude-François Capin.
Ce système permet de faire des économies mais favorise un certain clientélisme et favoritisme qui génèrent des jalousies. Fraichement anobli et avec un caractère très arriviste, le baron de Ville d'Avray, Intendant du Garde-Meuble de la Couronne, fait rapidement fortune, son arrivisme attise la jalousie autour de lui et sa gestion du Garde-Meuble est parfois remise en question.
La Révolution : un balcon sur l'Histoire et un changement de destination
13 juillet 1789 : les canons du Siam contre la Bastille À partir du , le Roi concentre quelques troupes autour de Paris, puis procède au renvoi de Jacques Necker, son ministre des Finances, populaire dans la Capitale. La nouvelle de ce renvoi est connue des parisiens le . Le régiment du Royal-Allemand charge des émeutiers sur la place Louis XV et aux Tuileries. Ces émeutiers cherchent alors des armes pour se défendre. Des armuriers sont pillés. Au matin du , certains de ces émeutiers parisiens s'introduisent dans le bâtiment de l'hôtel à la recherche d’armes (ils se rendront ensuite à l'hôtel des Invalides). L'intendant Thierry de Ville d'Avray est absent et c'est son adjoint qui fait face aux Révolutionnaires. Habilement, il les oriente vers la Salle d'Armes pour détourner les convoitises des bijoux et objets plus précieux. Les insurgés ressortent avec pics et épées de parade ainsi que des canons d'apparat offerts à Louis XIV par le Roi de Siam en 1684. Montés sur des affûts damasquinés en argent et de taille symbolique, ils se révèleront particulièrement inefficaces.
11-16 septembre 1792 : le casse du siècle
Les faits