La basilique Sainte-Marie-des-Anges-et-des-Martyrs (en italien : basilica Santa Maria degli Angeli e dei Martiri) est une basilique religieuse catholique de Rome, située place de la République, non loin de la gare de Roma Termini. La basilique est dédiée aux martyrs chrétiens, réputés avoir construit les thermes de Dioclétien.

L'église actuelle occupe les anciennes salles du caldarium (façade, entrée), du tepidarium et surtout de l'immense frigidarium (ou salle basilicale) des thermes.

Elle conserve une ligne méridienne monumentale, ajoutée au .

Le royaume d'Italie (1861-1946) avait fait de Sainte-Marie-des-Anges son église officielle. Encore aujourd'hui la république italienne utilise la basilique pour des cérémonies nationales.

Historique vignette|Plan des thermes : 1. Caldarium ; 2. Tepidarium ; 3. Frigidarium ; 4. Natatio ; 5. Palaestra ; 6. Entrée ; 7. Exèdre.L'église actuelle occupe les parties (1), (2) et (3). Le chœur à abside a été construit sur l'emplacement dunatatio (4). Le bâtiment est né de l'aménagement en 1562, par Michel-Ange, alors âgé de 86 ans, de la salle centrale (frigidarium) des thermes de Dioclétien, par ordre du pape Pie IV à la demande du prêtre sicilien Antonio del Duca, oncle du fidèle disciple de Michel-Ange, Giacomo Del Duca.

Antonio Del Duca a longtemps encouragé la construction, à la suite d'une vision qu'il eut à l' été 1541 d'une « neige légère plutôt que blanche » qui s'élevait des thermes de Dioclétien avec les sept martyrs au centre (Saturnin de Toulouse, Cyriaque de Rome, Largo, Smaragde de Ravenne, Sisinnio, Trasone et Marcel Ier) ; cela l'aurait convaincu qu'un temple dédié aux sept anges devait être construit ; ainsi fait-il inscrire le nom des sept archanges sur les colonnes intérieures, récupérées du frigidarium. Il commence à imaginer une éventuelle construction d'une église dédiée aux sept anges et aux sept martyrs, mais le pape Paul III ne soutient pas son idée, p. 7-9 , Introduzione - Cenni storico-artistici.

En 1543, Antonio del Duca fait réaliser un tableau de la Vierge aux sept anges, copie de la mosaïque de la basilique Saint-Marc. Le tableau est aujourd'hui placé au centre de l'abside de la basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri. Cependant, pour voir, même brièvement, le rêve de la construction de cette basilique se réaliser, Antonio doit attendre longtemps car avec l'élection de Jules III les neveux du pape ont construit un enclos de chasse et un manège à l'intérieur des thermes.

Par une bulle pontificale du , Jules III promulgue le changement de statut des thermes déclarés église, mais le peuple et la noblesse continuent d'utiliser le bâtiment à des fins profanes. Élu pape en , Pie IV, dont les projets urbanistiques prévoient notamment la christianisation du complexe thermal, met un terme à cette situation. L'église doit être désormais confiée à un ordre monastique ; sans doute au regard des environs encore non bâtis qui s'apparentent plutôt à une contrée sauvage, Pie IV opte pour les chartreux. La zone s'urbanise rapidement et, peu avant sa mort Pie IV lui même confère encore un nouveau profil à sa création en l'élevant au rang d'église cardinalice. Elle prend le nom de Beatissimae Virgini et omnium Angelorum et Martyrum. Le titre passe aux mains du neveu du pontife, Giovanni Antonio SerbelloniZöllner, Thoenes, pp. 742-744..

Par une bulle du , Pie IV déclare les thermes propriété pontificale et exclut tout forme de droit de regard pour la commune de Rome ; en revanche, les Chartreux se voient tenus d'y construire non seulement un couvent, mais aussi, pour apaiser les Conservateurs, de veiller à l'entretien et à la préservation du monument antique. Le , accompagné de vingt cardinaux, d'autres membres du clergé et de représentants du sénat et du peuple de Rome, le pape pose la première pierre de l'autel ; une médaille et une plaque de marbre annoncent la purification de l'édifice païen et sa dédicace à la Sainte Vierge.

En , Pie IV visite le chantier et incite les cardinaux qui l'accompagnent à patronner les chapelles latérales.

Projet de Michel-Ange thumb|Gravure sur bois de Girolamo Francino (1588). thumb|Intérieur de la basilique, gravure de Giovanni Battista Piranesi. Pie IV confie le projet en 1561 à un Michel-Ange vieillissant, qui travaille toujours à cette époque à la basilique Saint-Pierre, « Progetto michelangiolesco », . D'après Giuseppe Catalani, le pape se serait adressé directement à l'artiste et lui aurait demandé un projet de transformation assorti d'un devis approximatif : les propositions de Michel-Ange furent peut-être formulées pendant la visite commune du site qui s'ensuivit. Elles correspondent à toutes les exigences fonctionnelles et économiques, mais témoignent aussi de cette compréhension de la structure du dispositif antique qui manquait à un Del Duca. Peut-être Michel-Ange eut-il aussi présent à l'esprit la description des thermes de Dioclétien par Leon Battista Alberti (De re aedificatoria VIII, 10), dans laquelle les espaces attenants à la salle centrale, côté sud-ouest, sont qualifiés de « vestibula ». Le recalage de l'entrée sur cet axe rend à la croisée carrée de la grande salle son rôle central dans le complexe général. De plus, la transformation se borne à la recréation, mieux, à la préservation de l'espace principal ; les espaces annexes sont réduits à quatre grandes chapelles latérales et un bras de transept. Le rapprochement avec le projet de Saint-Pierre de Michel-Ange s'impose.

Michel-Ange intervient dans le complexe thermal en restaurant la salle du tepidarium et en faisant preuve d'une attitude moderne et non destructrice envers les vestiges archéologiques. Il se borne à délimiter, avec quelques cloisons muralesDavid Karmon, Michelangelo's "Minimalism" in the Design of Santa Maria degli Angeli, in "Annali di architettura" n. 19, 2008; Alessandro Brodini, Santa Maria degli Angeli, in Mauro Mussolin (a cura di), Michelangelo Architetto a Roma, Catalogo della Mostra, 2009, ., trois travées contiguës, couvertes de voûtes croisées, auxquelles s'ajoutent deux chapelles latérales carrées, créant ainsi un édifice ecclésiastique singulier pour son époque, avec un espace dilaté latéralement plutôt que longitudinalement, malgré l'avis des commanditaires. L'axe principal part du vestibule, obtenu à partir d'une petite pièce servant de nymphée, passant par le calidarium et se terminait par le chœur créé dans la zone du natatio. À l'époque de Michel-Ange, il y a deux autres entrées sur les côtés du transept.

Les voûtes jusqu'alors exposées à ciel ouvert sont couvertes d'une toiture, les intrados de la voussure sont enduits et uniment blanchis, un des grands chapiteaux de colonne est renouvelé ; des murs sont levés pour fermer les espaces latéraux, sur les deux côtés larges de la salle sont aménagées des entrées annexes. Le maître-autel trouve sa place sous l'arc central du côté nord-est, face à l'entrée principale, entre deux colonnes sans doute antiques supportant l'entablement. Le chœur monastique, long espace rectangulaire couvert d'une voûte en berceau et se terminant en abside, est rebâti.

Aucun élément ne fait apparaître que Michel-Ange ou un de ses assistants aient été chargés de la direction des travaux.

Après la mort du pape en , les travaux semblent interrompus ; en est établi un bilan définitif. Quant à savoir s'il était dans les intentions de Pie IV de laisser l'édifice aussi dépourvu de décors que Michel-Ange semble l'avoir voulu, la question reste ouverte.

Les travaux se poursuivent après la mort de Michel-Ange sous la direction de Giacomo Del Duca, neveu d'Antonio, jusqu'au milieu du lorsque les entrées latérales du transept sont fermées par les chapelles San Bruno et Niccolò Albergati.

Interventions de Luigi Vanvitelli L’architecte napolitain Luigi Vanvitelli prend la suite en 1749, qui décore l'intérieur sobre voulu par Michel-Ange dans le style de l'époque, dont il ne reste aucune documentation. Vanvitelli recrée également une uniformité architecturale qui avait été perdue lors de diverses interventions après Michel-Ange, « Intervento vanvitelliano », .

Une composition est créée dans le passage entre le vestibule et la croisée du transept et entre la croisée du transept elle-même et le clôture de chœur à travers les huit colonnes de maçonnerie. À la place de l'exèdre, il crée une façade avec un tympan, architecture typique de la structure thermale romaine que Vanvitelli relie à l'église au moyen de lésènes et de bandes horizontales. De plus, Vanvitelli fait venir toutes les peintures de la basilique vaticane : il prend en charge le transport à Santa Maria degli Angeli des grands retables de la basilique Saint-Pierre, remplacés par des copies en mosaïque pour des raisons de conservation (ils étaient menacés par l'humidité). Santa Maria degli Angeli devient ainsi très riche en œuvres d'art avec des peintures du , du Martyre de saint Sébastien du Dominiquin, à la Chute de Simon Magus de Pompeo Batoni, au Baptême de Jésus de Carlo Maratta, à la messe de saint Basile de Pierre Subleyras. Dans le transept se trouve également un retable de Giovanni Odazzi.

La façade qu’il construisit fut démontée au début du .

Après Vanvitelli Salvator Rosa, Carlo Maratta, Armando Diaz, Paolo Emilio Thaon di Revel, Vittorio Emanuele Orlando et le pape Pie IV sont enterrés dans l'église. Actuellement, elle est souvent utilisée pour les obsèques nationales ou pour les membres de l'armée de terre italienne. La basilique fut le cadre du mariage de Victor-Emmanuel III, roi d'Italie (encore prince héréditaire au moment du mariage) et de la princesse Hélène de Monténégro, fille de Nicolas Ier (roi de Monténégro). Dans le monastère annexé des Chartreux, partie également des thermes de Dioclétien, une des sections du Musée national romain a été aménagée.

Lors de la proclamation du royaume d'Italie, les pères chartreux doivent quitter l'église et son monastère ; dans un premier temps, la zone du cloître est laissée aux militaires, puis aux frères de saint François de Paule et enfin au clergé diocésain. Avec le mariage de Victor-Emmanuel III, la basilique devient une église d'État, rang qu'elle conserve encore aujourd'hui. Le , Benoît XV élève l'église au rang de basilique mineure.

Entrée extérieure thumb|Entrée. Les restaurations du début du suppriment la façade de Vanvitelli en 1911 et la remplacent par une niche en forme d'exèdre avec deux entrées voûtées, dans le but de restaurer l'apparence d'origine. Le , les anciennes portes en bois ont été remplacées par de nouvelles portes fabriquées par le polonais Igor Mitoraj,« Ingresso », .

La porte de droite a pour thème l'Annonciation : le battant de gauche représente un ange et celui de droite représente Marie (mère de Jésus), le fond figure le monde. Un groupe d'anges est représenté sur la lunette avec seulement la tête bandée et un corps de jeune femme sans tête, « Le porte bronzee di Igor Mitoraj », .

La porte de gauche a pour thème la Résurrection : le battant de gauche représente la crucifixion (une figure humaine dans laquelle la figure d'une croix est profondément creusée) avec en arrière-plan, une tête bandée et un palmier. Sur la lunette, des figures représentant les martyrs.

Les lunettes rappellent le nom de la basilique avec les anges et les martyrs. Au dos des portes, des panneaux représentent quatre archanges.

Vestibule thumb|Intérieur du vestibule. Il s'agit d'une salle circulaire couronnée d'un plafond en forme de dôme. À l'époque de la Rome antique, le nymphée des thermes de Dioclétien y était probablement installé. Cette salle était logée entre le calidarium, aujourd'hui disparu, et le tepidarium, la salle tiède des thermes, et a été incluse dans l'axe longitudinal de l'église par Michel-Ange, qui a inséré quatre édicules avec un tympan, qui conservent des monuments funéraires, « Vestibolo circolare », .

Monuments funéraires thumb|Tombe de Salvator Rosa.