Florence Nightingale, née le à Florence (Grand-duché de Toscane) et morte le à Mayfair (Royaume-Uni), est une infirmière britannique, pionnière des soins infirmiers modernes et de l'utilisation des statistiques dans le domaine du médicalFlorence Nightingale - La légende.Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée. Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation, vol. XXVIII, n° 1, mars 1998, p. 173-189. ©UNESCO : Bureau international d’éducation, 200..
Biographie Origines familiales vignette|Embley Park, résidence familiale de Florence Nightingale, devenue une école. Florence Nightingale est issue d'une famille riche de la haute société britannique. Son père, William Edward Shore (1794-1875), hérite en 1815 de son oncle maternel, Peter Nightingale : il reçoit son domaine de Lea Hurst dans le Derbyshire, mais aussi le nom et les armes de Nightingale. La mère de Florence Nightingale est Frances Fanny Smith (1789-1880), fille de l'abolitionniste William Smith..
William Nightingale et Fanny Smith se marient en 1818 et partent pour un voyage en Europe qui va durer deux ans. En 1819, leur premier enfant, une fille dénommée Frances Parthenope Verney (alias Lady Verney), naît à Naples, dans le quartier de ParthenopeParthenope est le nom de la colonie grecque qui deviendra Naples. ; elle deviendra écrivaine et journaliste.. Leur deuxième enfant naît en 1820 à la Villa Colombia à Florence, dont elle tient aussi son prénomLa ville de Florence s'appelle aussi Florence en anglais...
La famille rentre en Angleterre à la fin de 1820 et s'installe à Lea Hurst. En 1825, William Nightingale achète à Romsey (Hampshire) une propriété plus propice au séjour en hiver, Embley Park, qui devient la résidence familiale principale.
Jeunesse (1820-1844) Florence Nightingale est éduquée par ses parents. À l'âge de , elle connaît très bien le français, écrivant pour sa mère une prière dans cette langueBostridge, .. À partir de 1831, son père prend en charge son instruction, lui apprenant le latin, le grec, l'allemand, l'italien, ainsi que l'histoire et la philosophie..
Les Nightingale sont membres de l'Église unitarienne., une confession chrétienne libérale et peu dogmatique, dont certains éléments marquent par la suite la vie de Florence Nightingale : croyance au progrès social, importance de se mettre au service de la communautéBostridge, .. Des lettres des années 1830 indiquent qu'à cette époque, les Nightingale organisent et financent des soins médicaux aux villageois des environs de Lea HurstBostridge, .. Le journal de Florence Nightingale montre qu'elle est déjà sensible au problème des conditions de vie des pauvres, notamment en relation avec le suicide d'une jeune mère.
En , une épidémie de grippe frappe le sud de l'Angleterre. Florence Nightingale, qui n'est pas atteinte, se consacre pendant quatre semaines à des soins intensifs aux malades de son entourage, jouant le rôle « d'infirmière, gouvernante, soutien moral et médecin »Lettre à sa sœur, citée par Bostridge, .. Survient alors un événement important de sa vie : le , à Embley Park, elle écrit dans son journal : « Dieu m'a parlé et m'a appelée à son serviceEn anglais : « God spoke to me and called me to his service », cité par M. E. Holliday et D. L. Parker, « Florence Nightingale, feminism and nursing », dans Journal of Advanced Nursing, 1997, .. »
À la fin de 1837, la famille Nightingale part pour un voyage d'un an et demi en France et en Italie, revenant en Angleterre en Collected Works, volume 7, .. Au début de mai, Florence Nightingale est présentée à la cour de la reine Victoria. En juin, elle commence à étudier les mathématiques, durant le séjour à Lea Hurst d'un cousin étudiant cette discipline à OxfordDossey, .. Ses parents, surtout sa mère qui souhaiterait la voir prendre un mari, sont d'abord assez réticents quant à ce nouveau centre d'intérêt, mais Florence Nightingale obtient, grâce à l'influence de sa tante Mai Smith, qu'on lui donne un précepteurBostridge, .. Elle est aussi l'élève du mathématicien James Joseph SylvesterCf. biographie de Sylvester sur le site MacTutor (université de Saint-Andrews).
Des lettres de cette époque montrent qu'elle juge banale la vie qu'elle mène de 1839 à 1844. Les séjours à Lea Hurst et Embley Park sont interrompus par des visites de longue durée chez des parents ou des relations et par les séjours à Londres pendant la saison mondaine (période des bals). Les Nightingale ne parviennent pas à faire venir chez eux des membres de la haute noblesse britannique, mais reçoivent tout de même des visiteurs notables : lord Palmerston, Leopold von Ranke, Charles Darwin, Anne Isabella Milbanke, veuve de lord Byron, et sa fille Ada LovelaceBostridge, ., ainsi que l'ambassadeur de Prusse Christian von Bunsen, dont l'influence sur elle a été grandeBostridge, ..
Les années décisives (1844-1854) Rencontre avec Samuel Gridley Howe L'année 1844 est marquée par sa rencontre avec le médecin américain Samuel Gridley HoweSamuel Gridley Howe (1801-1876) : médecin, défenseur des droits civiques, philhellène. et son épouse Julia Ward, écrivaine. Howe est le fondateur des premières écoles pour aveugles aux États-Unis. À la question de Florence : est-ce qu'il trouverait inconvenant qu'une jeune fille comme elle (de la haute société) devienne infirmière, il répondCitation anglaise : « My dear Miss Florence, it would be unusual, and in England whatever is unusual is apt to be thought unsuitable; but I say to you, go forward if you have a vocation for that way of life; act up to your inspiration, and you will find that there is never anything unbecoming or unladylike in doing your duty for the good of others… », cité par Dossey, . que, bien que cela soit inhabituel et incongru en Angleterre, si elle a cette vocation, elle doit suivre ce qu'elle juge être son devoir.
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Premiers pas vers le métier d'infirmière C'est durant l'été 1845 qu'elle annonce à ses parents sa décision de se consacrer au métier d'infirmière. Ayant été témoin peu avant de la mort d'un malade en raison de l'incompétence d'une soignante, elle estime qu'il y a un besoin pressant d'instituer une formation d'infirmière ; elle a l'intention de suivre une formation de trois mois à l'hôpital de Salisbury, puis de fonder elle-même un établissement de soins où travailleraient un équivalent protestant aux sœurs soignantes catholiques.
Ce projet rencontre d'abord une opposition absolue. Le principe dans la bonne société est que les malades sont soignés chez eux ; les hôpitaux sont pour les pauvres.
Elle réitère sa demande au début de 1846, en s'adressant cette fois par écrit à son père, ne voulant pas s'exposer aux tracas d'une discussion directe. Mais ses parents refusent de nouveauBostridge, p. 101..
En , elle visite cependant l'hôpital fondé à Londres par Christian von Bunsen, le premier hôpital où elle soit alléeBostridge, p. 85.. Elle lit des ouvrages sur les hôpitaux et les questions de santé publique, sujets qui sont l'objet d'une intense réflexion dans les années 1840 ; elle a probablement lu le rapport d'Edwin Chadwick Report on the Sanitary Conditions of the Labouring Class of Great Britain, publié en 1842Bostridge, p. 74..
La période des voyages (1847-1850) Au milieu des années 1840, Florence Nightingale est courtisée par Richard Monckton Milnes, homme politique et poèteRichard Monckton Milnes (1809-1885), Baron Houghton.. Elle apprécie sa personnalité et son engagement dans la lutte contre la famine en Irlande. Remettant sa décision à une date ultérieure, elle part en voyage à Rome avec un couple ami des Nightingale, Charles et Selina BracebridgeBostridge, .. Ceux-ci lui laissent une grande liberté et elle en profite pour visiter plusieurs hôpitaux.
À Rome, elle rencontre Sidney HerbertSidney Herbert (1810-1861), 1st Baron Herbert of Lea., un brillant homme politique qui a été secrétaire à la Guerre de 1845 à 1846, poste qu'il occupera à nouveau lors de la guerre de Crimée. Herbert est déjà marié, mais Florence Nightingale et lui éprouvent immédiatement une attirance réciproque et resteront très proches tout au long de leur vie. Herbert jouera un rôle décisif dans la carrière de Florence Nightingale en aidant ses actions pionnières en Crimée dans le domaine des soins infirmiers, et elle sera pour lui une conseillère essentielle pour sa carrière politique.
Au retour de Rome, elle repousse le projet de mariage de Milnes, mais de façon peu catégorique. Leur relation prendra réellement fin seulement en 1851, lorsque Milnes se fiancera avec Annabel Crewe.
À cette époque, Florence Nightingale entretient également des relations étroites avec Benjamin JowettBenjamin Jowett (1817-1893) : professeur à Oxford, puis administrateur de l'université., en particulier vers l'époque où elle envisage de faire un legs afin d'établir à l'université d'Oxford une chaire de statistiques appliquéesJohn Bibby, Notes towards a history of teaching statistics, 1986..
À la fin de 1849, elle part de nouveau en voyage avec les Bracebridge, cette fois en Grèce et en Égypte. Elle a laissé sur ces voyages des écrits assez abondantsSon journal, des lettres à sa famille. Cf. bibliographie : Florence Nightingale in Egypt and Greece.. En , par exemple, elle remonte le Nil jusqu'à Abou Simbel, dont elle écrit : « Je pense que je n'ai jamais rien vu qui m'ait plus touché »Cité sur la page anglaise : « I don't think I ever saw anything which affected me much more than this. ». À Thèbes, elle ressent de nouveau avec force un appel divin.
Kaiserswerth (1850-1851) Durant le trajet de retour, les voyageurs passent deux semaines à Kaiserswerth, près de Düsseldorf en Prusse, où se trouve un hôpital établi par Theodor FliednerTheodor Fliedner (1800-1864) : pasteur évangélique luthérien, fondateur en 1836 de la communauté des diaconesses de Kaiserswerth. et géré par un ordre de diaconesses, dont Christian von Bunsen lui avait parlé dès 1846. Elle est profondément impressionnée par la qualité des soins ainsi que par le dévouement et les pratiques des sœurs..
Au début de 1851, elle obtient enfin l'autorisation de ses parents pour suivre une formation de trois mois en tant que sœur de Kaiserswerth. Cette autorisation résulte sans doute d'une crainte de ses parents pour la vie de Florence Nightingale, étant donné qu'elle a sombré dans une grave dépression après son retour de voyageBostridge, .. Pendant son stage à Kaiserwerth, elle apprend à soigner les blessures, à préparer les médicaments ; elle rencontre les mourants et est assistante à des opérationsDossey, .. Elle rentre convaincue de pouvoir mener à bien ses projets. Elle rapporte avoir éprouvé la plus importante et intense expérience de son appel divin.
Un peu plus tard au cours de l'année, elle publie son premier livre : The Institution of Kaiserswerth on the Rhine, for the Practical Training of Deaconesses.
Débuts dans la carrière d'infirmière (1852-1854) C'est à la fin de 1852 que les parents Nightingale acceptent pleinement ses projetsLettre de Fanny Nightingale à Mai Smith, citée par Bostridge, .. Elle part alors faire des stages hospitaliers à Paris, qu'elle interrompt en pour assister sa grand-mère mourante. En avril, elle accepte l'offre qui lui a été faite, quelque temps avant, de diriger un centre de soins à Londres.
Le , Florence Nightingale prend donc le poste de surintendante à l'Institute for the Care of Sick Gentlewomen (Institut pour les soins aux dames malades), situé au 1, Upper Harley Street à Londres, où elle loge. Elle n'est pas rémunérée ; elle vit grâce à la pension que son père lui verse ( par an), ce qui lui permet de vivre confortablement.