Païta (Pweyta en nââ drubéa) est une commune française de Nouvelle-Calédonie, située dans la province Sud, sur la côte ouest de la Grande Terre. Elle fait partie du Grand Nouméa dont elle constitue la périphérie restée la plus rurale. L'aéroport international de Nouméa - La Tontouta est situé sur son territoire.

La commune fait partie de l'aire coutumière Djubéa-Kaponé.

Étymologie Le toponyme de « Païta » se prononce « pweyta » en langue nââ drubéa. Il a été choisi par l'arpenteur allemand Erlickt, agent de James Paddon, en 1859 pour désigner le village dit aussi « Paddonville »Charles LEMIRE, LIGARAN, Voyage à pied en Nouvelle-Calédonie et Description des Nouvelles-Hébrides, Primento, 2015, 316 pages. Il s'agit par ailleurs d'un nom ou surnom fréquent dans la famille du chef Kuindo du clan dominant de la région, les Kambwa, et que ses descendants prennent comme patronyme après la création de l'état civil coutumier. D'après l'ethnologue Jean Guiart, « Pweyta est un terme de respect » désignant le chefJean GUIART, Heurs et malheurs du pays de Numea ou du péché originel, Nouméa, Le Rocher à la voile, 2000, p. 71]. Une autre étymologie, jugée « fantaisiste » par Jean Guiart, est invoquée au par le voyageur, géographe et naturaliste Charles Lemire, mais est reprise à la fin du par l'un des représentants de la chefferie traditionnelle Kambwa et dirigeant indépendantiste Gabriel Païta. L'appellation ferait alors référence à une altération de l'anglais « fight » en faïta, qui aurait été pris (ou donné) comme surnom par Kuindo. Gabriel Païta, un des descendants de ce dernier, cite ainsi les origines possibles suivantes pour ce nom : « Le nom de Païta serait une simple altération de pota (ou poïta), le mot qui désigne la rivière, et qu'on peut faire précéder, en signe de respect, de Tche, l'équivalent kanak du Tui de la noblesse tongienne ou d'autres particules Ti et Si ailleurs en Océanie. Pourtant [...] il pourrait également s'agir d'une prononciation déformée du verbe anglais to fight, puisque Paddon avait affublé Kwindo, l'ancêtre belliqueux, du sobriquet de "Jack fight". Le titre était sans doute mérité, car on ne capturait pas aisément Kwindo - littéralement "la sauterelle des joncs" -, un guerrier réputé insaisissable... »Gabriel PAÏTA et Jérôme CAZAUMAYOU, Gabriel Païta : témoignage kanak : d'Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie, 1929-1999, Paris, L'Harmattan, 1999, p. 27.

Géographie

Couvrant , elle est la douzième commune la plus étendue sur les 33 que compte la Nouvelle-Calédonie. Elle est bordée par les communes de Dumbéa au sud-est (séparée par le col de Katiramona et la rivière Dumbéa) et de Boulouparis au nord-ouest (au-delà du fleuve Tontouta), et, sur l'autre côte de la Grande Terre de l'autre côté de la Chaîne centrale, par Thio et Yaté.

vignette|Paysage naturel à Païta. Le point culminant de la commune est le mont Humboldt qui atteint d'altitude, le second plus haut sommet de Nouvelle-Calédonie derrière le mont Panié. Les contreforts de son massif et de celui du mont Mou voisin () s'étagent ensuite progressivement en plateaux et collines jusqu'aux plaines de Païta (moitié sud-est de la commune) et de Saint-Vincent (moitié nord-ouest, correspondant aux parties aval des vallées de La Tontouta et de La Tamoa), séparées l'une de l'autre par le col de la Pirogue.

La géographie urbaine de Païta est paradoxale. D'une part le centre-ville de la commune (ancien village chef-lieu de la commune) s'est affirmé par d'importants travaux de « requalification » en 2006. Mais d'autre part, la croissance urbaine de la commune, la plus importante du Grand Nouméa avec 5,3 % de croissance annuelleDiagnostic du plan de déplacement de l'agglomération du Grand Nouméa, non disponible sur Internet actuellement, apparaît particulièrement peu maitrisée avec de nombreuses opérations de lotissements. Autour de la voie express n°2 Païta semble faire le pari, en ce , de se bâtir autour de l'automobile, ce qui tend à l'éclatement des localisations de l'habitat. Toutefois, il convient de remarquer que la ville, avec l'ouverture de plusieurs zones industrielles, ne se complaît pas dans la fonction d'une cité purement résidentielle, avec notamment un ratio emplois/habitants de 0,7 bien supérieur aux autres communes périphériques de la capitale calédonienne. Toutefois, le développement urbain de la ville ne s'opère pas de façon à répondre à un objectif de maîtrise de l'étalement urbain par la constitution, pour le Grand Nouméa, d'une polycentralité, tel que décrit dans le Plan d'Aménagement et de Développement Durable de l'agglomération dumbean.files.wordpress.com, août 2009, en particulier, si le projet de liaison autoroutière entre Païta Nord et Tontouta venait à voir le jour.

Climat

Histoire thumb|left|Pétroglyphes au col de Katiramona

La période pré-coloniale La présence de pétroglyphes (sculptures rupestres dont les formes géométriques, cruciformes ou animales stéréotypées restent un mystère pour les archéologues quant à leur signification) au col de Katiramona. et de tumuli (vaste dômes de terre d'origine entourant une colonne de calcaire semblable à une sorte de « chaux », datés entre et avant nos jours et dont l'origine humaine suscite le débat au sein de la communauté scientifiqueC. SAND, « Le temps d'avant » : la préhistoire de la Nouvelle-Calédonie : contribution à l'étude des modalités d'adaptation et d'évolution des sociétés océaniennes dans un archipel du Sud de la Mélanésie, éd. L'Harmattan, Paris, 1995, p.49-51}), ainsi que les traces de tarodières au col de la Pirogue et à Bangou ou de billons d'ignames à l'entrée de l'actuel village-centre de Païta semblent témoigner d'un peuplement pré-colonial assez ancien. Le site de Naïa, situé sur le littoral de la commune, a donné son nom à deux types de poteries développées entre le début du et l'arrivée des Européens aux (appelée d'ailleurs période de « Naïa Oundjo » par les historiens), dites 'Naïa I (poteries à anses retrouvées essentiellement dans le sud de la côte ouest entre Bourail et l'île Ouen dans des zones exclusivement littorales) et Naïa II (poteries de petite taille et à pustules localisées elles aussi essentiellement dans le sud, sur le littoral mais également à l'intérieur des terres). Les archéologues fixent aux environs de l'an 1000 la fixation définitive des principaux traits culturels de la civilisation kanak, qui a désormais profondément transformé le paysage de la région par la pratique de l'horticulture et la culture sur brûlis. Au , les organisations traditionnelles sont pleinement mises en place. Les hommes s'organisent en clans terriens, sous l'autorité de l'aîné de la famille aînée (« le frère aîné »), se regroupent en petits hameaux ou parfois en villages plus importantsAlain SAUSSOL, « Chapitre 2. Le Pays kanak », dans Roger BOULAY, Alban BENSA et Alain SAUSSOL, La maison kanak, Marseille, Parenthèses (Architectures traditionnelles, 5), 1990, p. 22, et se répartissent entre clans de pêcheurs sur le littoral et clans de l'intérieur.

À une période indéterminée, mais que la tradition orale fait remonter à plusieurs siècles avant l'arrivée des Européens (au moins 1572 selon le grand-chef Ignace PaïtaEntretien du grand-chef Ignace Païta avec C.Schoenholtzer, « Grand chef Ignace Paita : "Seul le peuple kanak est propriétaire de sa terre" », Les Nouvelles calédoniennes, 27/12/2011), un clan de guerriers, les Kambwa (ou Houassios ou Manangoes), probablement originaire du Nord de la Grande Terre, installe une chefferie fédérant les clans terriens préexistants selon des limites territoriales fluctuantes en fonction des identités et intérêts politiques des interlocuteurs mais comprenant toujours au moins l'actuelle commune de Païta : c'est la chefferie Kambwa Wécho Pweyta. Selon un membre de ce clan, Gabriel Païta : « Les Kambwa sont des Paicî dont la chefferie s'étend de Ouitchambo [sur le territoire de l'actuelle commune de Boulouparis] à l'île des Pins ; il leur a fallu mille ans pour venir de la vallée de la Tchamba [sur le territoire de l'actuelle commune de Poindimié]. Ils se sont mélangés à la population autochtone de la région de Nouméa, composée de petits hommes velus, à la peau rouge », appelés Tua en nââ drubéa ou Gorona en paicî. Pour un autre informateur Kambwa, Raymond Koindredi : « Le Kambwa, c'est un guerrier, c'est l'homme qui vient d'où, on n'en sait rien. On le fait venir de l'extrême nord, où il aurait traversé [la chaîne]. Parce qu'on trouve des termes de notre langue du côté de Pouébo, Touho. C'est une langue mère, une langue ancienne très difficile. À Canala, j'ai retrouvé aussi beaucoup de termes de la langue d'ici, des termes essentiels. [...] Ils arrivent, ils prennent ce qu'il y a à prendre, ce sont des soldats. Ce qui les intéresse, ce sont les soldats, pour le combat. Et puis après, ils regardent et permettent aux gens de rester sur leurs terres. Ils disent : "Quand on aura besoin de vous pour manger, pour nous aider, on vous appelle." C'est pour cela que les tribus d'ici ont toujours été bien traitées ». Enfin, pour la chefferie rivale sur les plans coutumiers et politiques des Kambwa depuis la fin du , les Morari du Mont-Dore : « La Dumbéa forme la limite du territoire des Kambwa. Ils sont à Païta »Dorothée DUSSY, « La Mémoire kanak de Nouméa », dans, p. 154-155 et 157-158.

Les Kanaks de Païta face à la colonisation thumb|right|300px|Le « Roi Jacques et sa Reine » (King Jacques and his Queen), photographiés par le météorologue anglo-australien Clement Lindley Wragge, au village mélanésien près de Saint-Vincent, à la fin du . Au moment de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France en 1853, le chef des Kambwa et donc de leur territoire dans la région de Païta voire au-delà se dénomme Kuindo, surnommé « Jack » par les Anglais ou « Pweyta ». Son influence est reconnue par la tradition orale autant que par les récits des Européens contemporains. Après la fondation de Fort-de-France le , le capitaine de vaisseau Tardy de Montravel, qui recherche à définir des interlocuteurs mélanésiens capables de légitimer le contrôle français sur la région du nouveau chef-lieu colonial, reconnaît le « Quindoua » (Kuindo) comme « chef de la tribu de Numéa », en échange de quoi ce dernier « reconnaît et accepte librement la souveraineté de sa Majesté Napoléon III Empereur des Français sur la Nouvelle-Calédonie, et je m'engage en reconnaissance de la protection que m'assure ma nouvelle nationalité, à protéger et à faire respecter tout sujet français, ou autre étranger qui viendrait s'établir sur le territoire de ma tribu ou qui s'y trouverait accidentellement ».. Pour autant, l'impossibilité d'une compréhension des concepts occidentaux induits par cette déclaration très différente des conceptions de l'autorité et de la propriété dans le monde kanak, provoque rapidement des heurts et des tensions entre le nouveau pouvoir colonial et les autorités coutumières traditionnelles. L’arrêté du du commandant pour la Nouvelle-Calédonie, Joseph du Bouzet, institue la propriété de l’État français sur toutes les terres, ce qui met le feu aux poudres. Kuindo mène une action militaire contre les Français entre 1856 et 1857, finalement réprimée. Le village servant de résidence à Kuindo, Samaté, est brûlé en . Le , le chef Kuindo se rend et livre ses deux fils, Pweyta et Baï, qui sont francisés (Louis et Alphonse) et éduqués à l’école indigène de Nouméa, avant de décéder respectivement le et le . Kuindo est finalement tué en , par des membres de sa tribu lui reprochant sa capitulation face aux Français et la vente de terres à la compagnie Vidal..