Yaté est une commune française de Nouvelle-Calédonie située au sud de l'île, à de Nouméa, petite par la population, mais grande par la superficie ( la plus vaste de France). Le territoire de la commune de Yaté, qui comprend aussi Goro, se caractérise par la beauté sauvage et souvent rouge (en raison des latérites) de ses paysages, par sa richesse écologique, protégée au sein de nombreuses réserves et d'un parc provincial, par l'abondance de rivières et de retenues d'eau malgré une apparente aridité. C'est le paradis de la randonnée pédestre et de l'excursion en véhicule tout-terrain. Le village même de Yaté est un petit village traditionnel à l'abri de la baie de Waho, sur le littoral oriental.

La commune fait partie de l'aire coutumière Djubéa-Kaponé.

Géographie

Le Massif de Kouakoué constitue le point culminant de la commune avec une hauteur maximale de . Avec ses (soit légèrement plus que la superficie du Val-d'Oise et un peu moins de celle de la Guadeloupe), elle est la plus vaste commune de Nouvelle-Calédonie, et la de France. Elle est recouverte par des paysages dits de « maquis miniers » (végétation buissonnante sur le sol ferreux des plaines et collines). Le réseau hydrographique du Grand Sud est complexe et dense, offrant un système de nombreux cours d'eau, « creek » (synonyme de « ru »), lacs (dont un artificiel lié à la construction du barrage, le plus grand de Nouvelle-Calédonie), cascades et chutes.

Les communes limitrophes sont : côte est : Thio, côte est et ouest : Mont-Dore, côte ouest : Dumbéa, Païta.

Climat Yaté possède un climat équatorial (Köppen: Af); se caracterisé par d'Alizés et sa position au vent de la Chaîne centrale.

Histoire Le premier contact avec les Européens

En 1774, l'explorateur anglais James Cook aborde l'îlot Améré au large de la baie de Goro.

Les débuts de la présence européenne et les guerres tribales (1774-1863) Avant les débuts de la colonisation, le territoire est l'objet d'affrontements entre les Européens et les tribus de l'île des Pins.

Toutes les tentatives d'évangélisation de la région de Yaté échouent : missions protestantes, en 1841, En 1845, le teacher tongien Ta'unga.. est évacué de Touaourou (où il est arrivé en ), par le Camden, sur l'île de Maré, missions catholiques : en 1849, la mission de Pouébo et Balade se replie sur l'île des Pins, tente Yaté (), Ouvéa (Halgan), puis Hienghène, et finalement choisit Yaté, pour y « aller fonder une réduction composée de tous les chrétiens de l'île; vingt-trois néophytes l'accompagnent » (Verguet, ), le . La population locale apprécie modérément, les plantations sont ravagées. Le site est définitivement abandonné le . Puis en septembre 1860, nouvelle tentative d'évangélisation selon le témoignage du Père Poupinel dans une lettre du : "il y a dix-huit mois on y a placé des catéchistes indigènes qui apprennent aux habitants les prières, les cantiques et les premiers éléments de la foiAnnales de la Propagation de la foi, recueil périodique des évêques et des missionnaires des missions de deux mondes, et de tous les documents relatifs aux missions et à l'œuvre de la propagation de la foi, tome , page 394.." En octobre-, une épidémie entraîne une hécatombe sur toute la côte est et à l'île des Pins, la région de Yaté n'est pas épargnée, ce qui provoque peut-être le massacre d'un catéchiste, tenu pour responsable. Il n'y a pas de missionnaire à demeure. Yaté est l'objet de visites périodiques de la part du Père Goujon qui se déplace de l'île des Pins, et de celle du Père Chapuy qui réside de façon permanente à l'île Ouen"Yaté 1840 à 1870. Les débuts de la présence européenne et l'expérience d'un phalanstère" de Joël Dauphiné, publié dans la revue "Point d'histoire " du Centre de Documentation Pédagogique de Nouvelle-Calédonie, février 1999, page 66..

Il semble que Damé ou Daamé, jeune chef de guerre originaire d'une tribu établie dans les environs de l'actuelle réserve de Saint-Louis, aspire à l'indépendance de son clan. Il se révolte contre l'autorité du grand chef Kuindo qui étendait son influence du Mont-Dore jusqu'à la baie de Saint-Vincent. Vaincu, il se réfugie à Touaourou et à Yaté où il semble bien accueilli. Il se serait ensuite débarrassé de ses hôtes, les Yatés et les Unias (ou Doggis) avec l'aide des gens de Goro, de Touaourou et de l'île Ouen. Enfin, il maintient soigneusement son alliance avec les Kouniés de l'île des Pins ; lorsque ces derniers viennent effectuer quelque razzia sur le littoral, il est mystérieusement averti et se tient tranquille dans les montagnes, à l'abri, sans intervention"Yaté 1840 à 1870. Les débuts de la présence européenne et l'expérience d'un phalanstère" de Joël Dauphiné, publié dans la revue "Point d'histoire " du Centre de Documentation Pédagogique de Nouvelle-Calédonie, février 1999, page 63. .

La société agricole de Yaté (1864-1870)

La Société Agricole de Yaté a été voulue, préparée et créée par le gouverneur Charles Guillain (1808-1875). Alors que la frégate La Sibylle, au bord de laquelle se trouve la majeure partie de ses futurs sociétaires, recrutés par le gouvernement par annonces publiées dans les journauxVoir notamment le journal La Presse du 26 février 1863, consultable sur www.gallica.bnf.fr, n'arrivera en Nouvelle-Calédonie que le , par un arrêté de dépossession en date du , le gouverneur confisque les terres de Yaté, au prétexte que six membres de sa tribu, réquisitionnés pour effectuer des travaux à Port-de-France, ont déserté leur chantier. Ces terres avaient été explorées en à sa demande par le lieutenant de vaisseau Léon Chambeyron (1827-1891).

Les terres de Yaté sont ainsi décrites dans le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie du : "Le territoire de Yaté, situé sur la côte Sud-Est au pied de la montagne de Coronation et récemment confisqué à la tribu récalcitrante qui l'habitait, territoire fertile, bien arrosé, abrité du vent du large par une zone forestière au-dessus de laquelle surgissent d'élégants et surtout de nombreux cocotiers, a été fixé pour l'établissement de la Société. On sait que la plaine de Yaté a de profondeur sur d'étendue."

Contrairement à ce qui se pratique alors, le gouverneur, s'inspirant de la doctrine de Saint-Simon (1760-1825), décide non pas l'attribution de concessions individuelles, mais la création d'une société avec mise en commun des moyens de production et partage des bénéfices, d'où l'appellation de « phalanstère » par ses détracteurs, pas vraiment fouriériste.

La société est créée par arrêté du gouverneur en date du , il lui est concédé . Elle est constituée de vingt personnes : Narcisse-Anténor Leloup, nommé directeur, et son épouse, Aubert et son épouse, Lucien Ozoux, Félix Anquetin, Alphonse Victor Bauquet, François George, Albert Ozoux, Charles Leny, Alphonse Percheron, Jacques-Marie Joncourt, Marc Le Luherne, Henri Bauchereau, Guillaume Le Gac, Yves Riou, Isidore Bruneau, Alexandre Hébert, Joseph Doué et Théodore Doué. Et, en , trois nouveaux associés : Barnabé Canal, Louis-Frédéric Chevallier et Philippe Duffaut.

Les colons arrivent à Yaté le . Le , en faisant brûler des herbes, il est mis feu accidentellement à la case dans laquelle se trouvaient les approvisionnements, les semences et les outils.

En , le directeur"Pionnier de Nouvelle-Calédonie 1863-1867" recueil des lettres de Narcisse-Anténor Leloup. Témoignage présenté et annoté par son descendant Jean-Charles Leloup, éditions L'Harmattan, mai 2016, 233 pages, page 47. indique qu'ils ont réussi à faire une route d'un kilomètre avec un pont pour voitures, un four, une forge, dix cases de 10 à de long, le défrichement et l'ensemencement de six hectares, soit en maïs, en avoine et en pommes de terre, un parc avec abris pour les bœufs et vaches, un parc avec abris pour les cochons, plus de deux kilomètres de fossés pour les eaux de pluie.

En , le directeur indique qu'ils ne sont plus qu'une dizaine de travailleurs, "les autres se sont lassés de cette vie de privations et de monotonie. Le travail de la terre ne leur allait plus ; tous étaient des ouvriers des villes, habitués aux bien-être et aux distractions"Pionnier de Nouvelle-Calédonie 1863-1867" recueil des lettres de Narcisse-Anténor Leloup. Témoignage présenté et annoté par son descendant Jean-Charles Leloup, éditions L'Harmattan, mai 2016, 233 pages, page 73.."

Le , le Conseil d'administration de la Nouvelle-Calédonie constate les premiers échecs de la colonie : "Un incendie qui a dévoré des vivres et du matériel pour une somme de , des semences brûlées par une terre trop forte et qui n'avait subi qu'un seul labour, les ravages causés par les rats, l'ignorance des associés des méthodes de culture, enfin leur apprentissage d'un métier inconnu à tous, ont conduit la société à ne pouvoir réaliser après un an de prise de possession que cinq à six cents francs de maïs" et décide de lui verser une avance de Centre des Archives d'outre-mer, FM/SG/NC 151.

Le , un ouragan ravage la colonie, ainsi qu'en témoigne son directeur : "de minuit à 4 heures, six cases furent renversées... A chaque instant, nous nous attendions à voir notre habitation emportée, et à nous trouver avec nos enfants sans abri au milieu de cette convulsion de la nature. Enfin le matin ramena un peu de tranquillité parmi nous ; la tempête continua encore plus de 24 heures, mais sans autant de furie, et nous pûmes contempler cette scène de désolation. De nos quatorze constructions, il n'en restait que trois sans avaries, toutes les autres étaient ou complètement rasées ou tellement endommagées que nous dûmes les jeter à terre. Mais le plus désolant fut l'aspect de nos jardins et de nos cultures ; quatre hectares de maïs prêt à récolter étaient brûlés comme si le feu y eût passé. La moitié de nos bananiers étaient par terre ; une vingtaine de cocotiers gisaient sur le sol"Pionnier de Nouvelle-Calédonie 1863-1867" recueil des lettres de Narcisse-Anténor Leloup. Témoignage présenté et annoté par son descendant Jean-Charles Leloup, éditions L'Harmattan, mai 2016, 233 pages, page 79.."

En , le directeur se plaint "d'un oubli complet de notre petite société par M. le Gouverneur, si bien que pendant ces trois mois, n'ayant reçu la visite d'aucun caboteur, nous nous sommes trouvés sans farine et sans pain"Pionnier de Nouvelle-Calédonie 1863-1867" recueil des lettres de Narcisse-Anténor Leloup. Témoignage présenté et annoté par son descendant Jean-Charles Leloup, éditions L'Harmattan, mai 2016, 233 pages, page 99.", et est contraint de mettre sa femme et ses enfants à l'abri à Port-de-France après plusieurs massacres de colon et marins (Taillard, l'équipage du caboteur La-Reine-des-Iles et celui du cotre Le Secret) par des kanaks.

En , un deuxième gendarme est envoyé seconder à Yaté le gendarme Venturini (lequel sera tué par des kanaks en 1866)"Yaté 1840 à 1870. Les débuts de la présence européenne et l'expérience d'un phalanstère" de Joël Dauphiné, publié dans la revue "Point d'histoire " du Centre de Documentation Pédagogique de Nouvelle-Calédonie, février 1999, page 75..

En , le juge de paix Lemendec se rend à Yaté pour y étudier la situation des colons. Dans les semaines qui suivent, de nouveaux colons rejoignent Yaté : Lecren (et ses trois filles) et Delhumeau.

En 1867, le directeur Narcisse-Anténor Leloup assigne en justice l'administration coloniale dont le conseil d'administration avait décidé de "confier" le cheptel bovin de la société à un ancien sociétaire nommé Salmon parce que celui-ci divaguait et occasionnait des dégâts dans les cultures d'autres colons. Après transaction, le cheptel est rendu à la société, mais il devra être parqué.