Le Monument au maréchal Gallieni est une statue située sur la place Vauban, à Paris. Inauguré en 1926 et créé par le sculpteur Jean Boucher, le monument rend hommage au maréchal Joseph Gallieni pour sa participation à la défense de Paris pendant la Première Guerre mondiale.

D'abord situé sur l'esplanade des Invalides, le monument est déplacé vers la place Vauban à l'occasion de l'exposition universelle de 1937. Régulièrement vandalisé lors de manifestations, il est également critiqué depuis 2020 par des organisations antiracistes et décoloniales, qui en demandent le retrait de l'espace public à cause de la participation de Gallieni à la colonisation.

Contexte et création Carrière coloniale et militaire de Gallieni Joseph Gallieni rejoint l'armée en 1870, et démarre sa carrière dans les colonies deux ans plus tard. Il est notamment déployé au Sénégal, au Soudan français et au Tonkin. Il théorise tout au long de sa carrière le concept de , qu'il applique à Madagascar où il occupe le poste de gouverneur de 1896 à 1905. Il y force notamment la reine Ranavalona III à abdiquer et réprime l'insurrection des Menalamba.

Déjà connu du grand public du fait d'avoir publié de nombreux ouvrages détaillant sa carrière, Gallieni devient un général de premier plan lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il est nommé gouverneur militaire de Paris le et demande la réquisition des taxis de la Marne la même année : cette action, bien qu'ayant un impact militaire limité, améliore grandement son image auprès des Parisiens. Il participe aussi à la bataille de la Marne, et est nommé ministre de la Guerre en 1915.

Il meurt en 1916 des suites d'une opération. Après des funérailles nationales organisées cette même année, il est élevé à titre posthume au rang de maréchal de France en 1921.

Financement et édification vignette|left|redresse=0.7|alt=Des enfants déposant des gerbes de fleurs devant la statue de Gallieni à Trilbardou.|Enfants déposant des fleurs devant la statue de Gallieni à Trilbardou, en 1932.

La question de l'édification d'une statue rendant hommage à Gallieni se pose peu de temps après sa mort. Après avoir nommé l'avenue traversant les Invalides en son hommage en 1918, le Conseil de Paris décide de l'édification d'une statue de Gallieni en . Une première statue, réalisée par le sculpteur Eugène Bénet, est achetée par la Ville de Paris la même année : celle-ci est cependant jugée trop petite, et est transférée dans la commune de Trilbardou, où elle est inaugurée en 1924. Cette statue est à nouveau transférée au musée de la Grande Guerre du pays de Meaux en 2015.

Pour remplacer la précédente statue, la Ligue maritime et coloniale française mène à partir de 1921 une souscription visant à financer l'édification d'une plus grande statue. Cette souscription réunit une somme totale de 306 000 francs, dont 40 000 proviennent de subventions accordées par la Ville de Paris. Une commande est alors passée au sculpteur Jean Boucher ; Après une première proposition rejetée car jugée trop proche de la statue de Trilbardou, l'édification du monument est terminée en 1926.

Inauguration et délaissement vignette|right|redresse=0.9|alt=Défilé des polytechniciens devant le monument|Les polytechnieciens défilant devant le monument lors de son inauguration.

Le monument est inauguré le , en présence du président de la République Gaston Doumergue, d'élus, de membres du gouvernement, de militaires et de représentants de puissances étrangères. L'inauguration a lieu à 8 heures du matin afin de ne pas avoir lieu en même temps qu'une manifestation d'opposition contre le règlement de la dette française auprès des États-Unis organisée par des anciens combattants.

Si le monument est le premier dédié à un officier colonial, et ce en pleine guerre du Rif, il est rapidement délaissé : il n'est par exemple pas mobilisé lors des célébrations du 14 Juillet, qui ont lieu trois jours plus tard. L'historienne Emmanuelle Sibeud estime que dès lors le monument : lors des commémorations, ce sont la statue de Trilbardou et un chêne planté en l'honneur de Gallieni dans le jardin du Luxembourg qui sont mobilisés. Le monument n'est alors utilisé que lors d'évènements organisés par l'armée ou par des associations de coloniaux.

Description vignette | left |alt=Une des quatre cariatides soutenant la statue de Gallieni.|La cariatide représentant le Tonkin.

Le monument est constitué d'une statue en bronze de Gallieni soutenue par quatre cariatides en calcaire représentant la Ville de Paris et trois des territoires où a servi Gallieni durant sa carrière : le Tonkin, le Soudan français et Madagascar. Chaque cariatide est représentée par le biais de stéréotypes : celle représentant Paris est ainsi vêtue d'un bonnet phrygien quand celle symbolisant Madagascar est représentée seins nus. L'historienne de l'art June Hargrove considère ainsi que Boucher a utilisé des pour sculpter les cariatides, quand le géographe Jean Rieucau estime que celles-ci représentent des .

Les cariatides reposent elles-mêmes sur un socle en calcaire qui porte à l'avant une inscription rappelant le financement du monument par la Ligue maritime et coloniale et la Ville de Paris. Au dos du socle est inscrite une célèbre citation de Gallieni datée du :

Critiques et vandalismes Avant 2020 Critiques esthétiques et déplacement Le monument est en 1926 mal reçu par les critiques d'art, qui critiquent le choix des matériaux de la statue et son emplacement sur l’esplanade des Invalides. La revue culturelle Comœdia décrit ainsi la statue au lendemain de son inauguration :

L'écrivain Léandre Vaillat considère que cette statue est C'est-à dire une avenue parsemée de statues, réparties des deux côtés de celle-ci. aux Invalides et dénonce . L'anarchiste Jules Rivet est le seul à relier la statue à la colonisation : il écrit que les cariatides tendraient vers Gallieni .

En 1937, le monument est déplacé vers la place Vauban du fait de l'exposition universelle organisée aux Invalides. Un an plus tard, la Commission du Vieux Paris déclare incompatible , bloquant de fait tout retour du monument vers l'esplanade.

Vandalismes Le monument est régulièrement vandalisé, notamment lors de manifestations ou par des militants antimilitaristes. De l'encre est versée sur la cariatide représentant Paris l'année même de l'inauguration du monument, et la cariatide représentant le Tonkin est endommagée en 1930, ce qui demande une intervention de Jean Boucher pour la réparer. Le monument est plus tard à nouveau vandalisé en 1987, lors de manifestations.

À partir de 2020 En 2020 Les critiques et vandalismes visant la statue s'intensifient grandement à partir de 2020, correspondant à une période de grande tension liée au meurtre de George Floyd, aux manifestations qui suivent celui-ci et au mouvement Black Lives Matter en général. Le déboulonnage de statues jugées racistes devient alors un enjeu sociétal important dans les ex-puissances coloniales : on peut citer en France l'exemple des statues martiniquaises de Victor Schœlcher, déboulonnées par des militants décoloniaux en . Ces contestations rencontrent une forte résistance des autorités, y compris en France : Emmanuel Macron déclare par exemple le que et .

Devant l'ampleur des manifestations, la police protège la statue de Gallieni au début du mois de juin. Le , le monument est tagué par des manifestants : ils écrivent sur la statue les inscriptions , ou encore , ce qui endommage le piédestal de la statue. Ces inscriptions sont interprétées par l'historien de l'art Bertrand Tillier comme une réponse aux propos d'Emmanuel Macron.

Deux jours plus tard, la statue est recouverte d'un drap noir par un groupe composé d'une vingtaine de militants décoloniaux, dont la politologue Françoise Vergès et l'ex-footballeur Vikash Dhorasoo. Françoise Vergès décrit la statue comme étant et un symbole . Vikash Dhorasoo estime que et qu'elle devrait se trouver . Cette action provoque l'arrestation de trois personnes.

Après 2020 En le magazine Regards rapporte que le monument a été déboulonné. Après un démenti publié peu de temps après par la mairie du arrondissement, la rédaction de Regards révèle que cette opération est en réalité un cours-métrage réalisé par l'artiste Iván Argote, créé .

Le l'artiste performeuse Deborah De Robertis et cinq autres femmes s'installent sur le monument et versent de la peinture rouge sur celui-ci, censée représenter leurs menstruations. L'ensemble du groupe est arrêté peu de temps après, et exprime sa volonté de . La maire du arrondissement Rachida Dati condamne alors une et affirme que . L'action endommage la statue, et une opération de nettoyage coûtant est nécessaire; celle-ci est menée rapidement mais est interrompue par des groupuscules de droite, dont l'Action française, qui viennent nettoyer la statue à la brosse et à l'eau, ce qui l'endommage encore plus.

Le monument est vandalisé une nouvelles fois en , lors des manifestations contre la réforme des retraites : y sont alors apposés les inscriptions et , qui sont rapidement nettoyées par la Mairie de Paris.

Galerie

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie

Articles connexes Liste des statues de généraux de Paris Liste des mémoriaux de la Première Guerre mondiale en France

Liens externes Nos statues coloniales, partie 2, documentaire d'Histoires Crépues sur Gallieni et sa statue

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