vignette|Pays catalans.

La classification du catalan dans l'ensemble des langues romanes est une question débattue depuis les origines de la linguistique moderne.

Le catalan appartient à la branche romane occidentale des langues indo-européennes, mais son classement plus précis dans l’ensemble roman a fait l’objet de plusieurs polémiques, portant sur la question de savoir s’il devait être rattaché au gallo-roman ou à l’ibéro-roman, et s’il devait être considéré comme une langue indépendante de l’occitan ou comme un dialecte de celui-ci . . .

Le fait que la littérature catalane fût écrite en occitan jusqu’au , que certains écrivains contemporains et manifestations populaires revendiquent l'héritage de la langue d’oc médiévale ont contribué à la confusion.

Un premier débat a eu lieu autour de 1920, puis il a repris vigueur à partir des années 1960 et 1970, en lien avec l’émergence de la dialectométrie. Il n’est toujours pas tranché, et il est délicat de prétendre y mettre fin, étant donné qu'il n’y a pas de consensus sur la définition de frontière au sein des grands continuums linguistiques, et que les conclusions obtenues sont fondamentalement conditionnées par un choix de critères qui pourront paraître arbitraires en fonction de l’opinion des chercheurs qui les mettent en œuvre.

Langue ou dialecte Plusieurs auteurs de renom ont soutenu que le catalan était un dialecte occitan au cours des premières décennies de la linguistique moderne : les romanistes Wilhelm Meyer-Lübke, Friedrich Christian Diez , Gerhard Rohlfs, , Édouard Bourciez, Alfred Morel-Fatio, l’écrivain catalan Manuel Milà i Fontanals et le lexicographe baléare Antoni Maria Alcover Xavier Lamuela, Estandardització i establiment de les llengües, Barcelone, Edicions 62, 1994.Pierre Bec (1995) La langue occitane, coll. Que sais-je?, Paris, Presses universitaires de France [ ed. 1963] Normalization and Encoding of Occitan, Multext-Cataloc, sur le site de l'Université de Provence Aix-Marseille I. .. Dans la première édition de Grammatik der romanischen Sprachen (, 1836), Diez reconnaît 6 langues romanes (italien, roumain, français, occitan, espagnol et portugais)..

Toutefois, une série de travaux ultérieurs apportèrent de nouvelles perspectives, ouvrant le débat sur la question de l’hispanité de la langue catalane, hypothèse notamment défendue par le linguiste suisse , ou d’autres apportant de nouvelles données sur la frontière entre le roussillonnais et l'occitan languedocien. Plus tard, le philologue suisse Walther von Wartburg, commentant un travail de Meyer-Lübke, affirmait qu’. De même, Friedrich Diez révisa ses positions dans la deuxième édition de sa grammaire, en 1856 ; dans la troisième édition publiée en 1863 il déclare ainsi : .. Meyer-Lübke rejoint finalement cette position en 1925 avec la publication de Der Katanische.

En 1950, le philologue castillan Vicente Diego de Navarro affirmait qu’une , cité dans .

L’idée que le catalan est une langue proche mais indépendante de l’occitan fait depuis longtemps l’objet d’un consensus au sein des spécialistes, mais la question de sa classification a fait l'objet d’autres débats et polémiques .

Langue gallo-romane ou ibéro-romane

Une bonne partie des traits évolutifs différentiels du catalan par rapport à l’occitan sont communs avec le castillan. Par exemple : la conservation du ū latin en u (contre [y] en gallo-roman, sous influence germanique, mais il s’agit d’une évolution relativement tardive en occitan) ; réduction de la diphtongue latine au, maintenue en occitan et partiellement en ancien français : aucĕllu(m) (« oiseau ») > ocell, contre aucèl en languedocien (aucèu en provençal moderne, ausèth en gascon), oisel en ancien français ; palatalisation de -ll- (> [ʎ]) et -n- (> [ɲ]) mais simplification en gallo-roman : vīlla(m) > villa en catalan et castillan, vila en occitan, ville ([ˈvil]) en français ; caballu(m) > cavall ([kəˈβaʎ] ct., [kaˈvaʎ] val.), occitan caval / cavau (mais cavath ou plus résiduellement cavalh en gasconSimin Palay, Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes, Éd. du CNRS, Paris, 1980 [ éd.]), français cheval.

Sur le plan du lexique, plusieurs termes anciens révèlent une affinité du catalan avec les solutions ibéro-romanes, par exemple : « maison », « réveiller », callar « se taire », tia « tante », apagar « éteindre », germà , arena ou encore l’absence de descendant populaire du latin ungĕre. Au niveau de la morphologie, une différence notable est la quasi-inexistence du système casuel simplifié à deux cas , bien attesté en français et occitan médiévaux jusqu’au , mais dont on ne retrouve que des traces isolées dans quelques textes catalans primitifs, qui sont peut-être des occitanismes.

Sur cette base, deux écoles se distinguent au sein des premiers romanistes : celle, majoritaire et représentée notamment par Meyer-Lübke et , qui, avec des arguments différents, défendent l’affiliation du catalan au groupe gallo-roman, et celle incarnée par Ramón Menéndez Pidal, père de la philologie hispanique, qui rattache le catalan à l’ensemble ibéro-roman.

Ce dernier s’appuie sur des suivant lesquels il affirme que tous les parlers romans de la péninsule Ibérique présentent un ensemble de coïncidences fondamentales dans leur étape initiale de formation. Par exemple, sur le plan du vocalisme, il soutient que, à l’exception du castillan (qui à l’époque n’a qu’une extension très réduite), tous les idiomes de l’Hispanie présentent une unité fondamentale, y compris le mozarabe, pourtant extrêmement peu documenté. Il soutient également que la palatalisation de l- initial en [ʎ] du catalan constitue un trait car il se retrouve également en asturléonais.

En 1924, Pierre Fouché, dans sa thèse doctorale consacrée au roussillonnais Entrée « Pere Fouché », Gran Enciclopèdia Catalana, soutient que ce parler , les influences du languedocien ou des autres parlers catalans n’ayant qu’une part , ce qui conforte l’idée de l’indépendance du groupe catalan, intermédiaire entre les deux blocs .

Si en 1927, le linguiste navarrais Amado Alonso soutient que le problème de la classification du catalan est encore ouvert, plus tard il se montre plus critique envers les termes mêmes de gallo-roman et d’ibéro-roman : si l’on entend par celui de , dans ce cas le catalan doit être considéré comme une langue ibéro-romane car la thèse inverse, qui fut un temps défendue par Meyer-Lübke , ne correspond pas aux connaissances historiques et linguistiques.

Selon le linguiste valencien Germán Colón et le baléare Francesc de Borja Moll, il fut démontré que cette querelle était vaine et relevait davantage de motivations identitaires que de critères purement linguistiques . Certains participants à la polémique ont suivi une logique qui voulait que le catalan doive être rattaché clairement soit au gallo-roman, soit à l'ibéro-roman.

Les traits strictement ibéro-romans du catalan restent néanmoins limités, et l’affiliation à cette branche est difficilement défendable, sauf à se limiter à des critères strictement géographiques. La palatalisation de l- initial commune au catalan et à l'astur-léonais s'explique peut-être par l’influence d’un vieux substrat sorothaptique (indo-européen).

Propositions ultérieures Par la suite, Gerhard Rohlfs développe une théorie postulant l'unité fondamentale des parlers romans , schématiquement compris entre l’Èbre et la Garonne (haut aragonais, catalan, gascon et occitan).

Parallèlement, Amado Alonso élabore une thèse plus large encore, selon laquelle le catalan participe d’un vaste ensemble incluant toutes les langues romanes occidentales à l'exception du français (au sens large, c’est-à-dire englobant les langues d’oïl). Selon lui, de la même manière que le roumain occupe une place à part dans l’ensemble roman oriental à cause de circonstances historiques particulières, le français se distingue du reste de la Romania occidentale par une faible romanisation, qui se traduit par une plus grande influence du substrat celtique, ainsi que par une germanisation accrue. Ainsi, selon Alonso Amado Alonso, Partición de las lenguas románicas de Occidente, 1944, p. 81-101..

Entre les années 1960 et 1970, l’occitaniste et écrivain gascon Pierre Bec élabore une nouvelle classification des langues romanes, autour du concept de « langues occitano-romanes » comme sous-ensemble du gallo-roman divisé en trois parties : occitan (regroupant nord-occitan et occitan moyen), gascon et catalan.. Dans des travaux ultérieurs, il prolonge cette idée à travers une de l’occitan, avec un groupe aquitano-pyrénéen rassemblant le gascon et le catalan.

Peu de temps après cette proposition, Henri Guiter, directeur de l’Atlas linguistique des Pyrénées Orientales publié en 1966, qui a marqué un jalon important dans la connaissance des parlers de la zone et confirmé l’existence d’une frontière bien marquée entre roussillonnais et languedocien, l’a vigoureusement rejetée.

La taxinomie de Bec permet de résoudre certains écueils de la classification traditionnelle, avec l’avantage notable de donner une place à part au gascon, qui est également problématique de ce point de vue. Elle a rencontré un certain écho, notamment sur les forums, et est de plus en plus fréquemment reprise (en 2010)..

D’autres auteurs ont repris le nouveau regroupement élaboré par Bec, mais en envisageant l’ensemble occitano-roman comme séparé du gallo-roman. Ce point de vue est justifié par le consensus sur l’existence d’un substrat relativement uniforme commun au bloc occitano-catalan, et qui n’est pas applicable au gallo-roman. Dans cette optique, les notions traditionnelles de gallo-roman et d’ibéro-roman sont considérés comme .

L’idée d’un nouveau découpage peut d’une part être critiquée car elle ajoute une complexité peut-être dispensable, mais elle facilite d’autre part le travail de classification en permettant de faire apparaître certaines affinités difficiles à percevoir d’une autre manière.

État de la question Il est admis que le catalan fait son apparition au sein de la famille gallo-romane et que le catalan littéraire jusqu’au est profondément influencé par la langue des troubadours, sorte de koinè d'occitan alors connue sous la dénomination de « provençal » ou « limousin », différente de la langue parlée par le peuple.

L’idée du philologue catalan Antoni Maria Badia i Margarit de considérer le catalan comme une langue paraît raisonnable et présente un avantage méthodologique notable, applicable à de multiples autres cas de la Romania, car chercher à qualifier absolument un idiome en termes essentialistes est non seulement difficile mais aussi source d’erreurs.

Selon le romaniste allemand .

Le catalan montre une indéniable affinité avec le groupe gallo-roman, mais il présente également une série de traits distinctifs (propres ou ibériques) qui tendent à le faire considérer comme un élément nettement caractérisé au sein de cet ensemble, avec une frontière très compacte que des facteurs géographiques seuls peinent à expliquer et qui invalident l’idée d’une forme d’occitan importée. Si le catalan primitif se différenciait peu de l'occitan et était à strictement parler une « langue d’oc », cette proximité reste difficile à évaluer précisément. Les circonstances politiques, avec l'abandon des territoires occitanophones de la couronne d'Aragon au début du accentueront encore l'influence ibérique et contribueront à lui conférer une physionomie distinctive. Dans l’actualité, le catalan est majoritairement décrit comme une langue intermédiaire entre les groupes gallo-roman et ibéro-romanGramàtica del català contemporani, Joan Solà, Maria-Rosa Lloret, Joan Mascaró, Manuel Pérez de Saldanya (dir.), Editorial Empúries, 2002. Entrée « » de la Gran Enciclopèdia Catalana, tout en admettant souvent une plus grande affinité avec le premier, surtout dans ses origines , ou bien, par certains de ceux qui rejettent la classification traditionnelle, comme un élément du diasystème occitano-roman.