Jacques Damala, de son vrai nom : Aristides Damalas (grec : Aριστεíδης Δαμαλάς, orthographes alternatives Aristidis ou Aristide ; – ), était un officier militaire grec, devenu acteur et époux de Sarah Bernhardt dans ses dernières années.

Il est perçu comme insolent, coureur de jupons et semble posséder les qualités d'un Don Juan. L'écrivain Fredy Germanos le décrit comme opportuniste, hédoniste, dont le mariage avec « la Divine » a intensifié les vices (alcool, drogues, vanité, obsession pour les femmes).

Biographie gauche|vignette| Jacques Damala

Damala est né au Pirée, en Grèce, le dans la noble famille Damalas. Il était le deuxième des trois enfants d'Ambrosios Damalas ( - ), un riche magnat de la marine marchande, qui fut plus tard maire d'Ermoupolis et de Pirée et de sa femme, Calliope Ralli ( - ), dont le père, Loukas Rallis, avait également été maire du Pirée et d'Ermoupolis, Syros (il avait également inventé le nom Ermoupoli) et était membre du comité exécutif qui tenta la libération de Chios en 1827, pendant la guerre d'indépendance grecque.

Ambrosios et Calliope ont deux autres fils, Loannis (1845-1916) et Pavlos Damalas (-) ainsi qu'une fille, Eirini (vers 1857-?). La famille déménage à Marseille (France) durant quelques années avant de déménager à Ermoupoli (Syros), après qu'Ambrosios ait été nommé maire de cette ville.

Après avoir terminé ses études à Pirée, Damala passe quatre ans à l'étranger, principalement en Angleterre et en France, où il a poursuivi des études diplomatiques. Il a fait la connaissance des représentants de la haute société, ainsi que du monde du théâtre. Il rêvait de devenir un jour un dramaturge exceptionnel. Il revient en Grèce en 1878 et s'engage dans l'armée. Il s'entraîna plus tard dans le Corps des Pages en Russie, mais finit par abandonner ses études et retourna à Paris.

Au début des années 1880, il obtient un poste d'attaché militaire auprès du corps diplomatique grec. Il acquit rapidement la réputation d'être « l'homme le plus beau d'Europe ». Ses amis le surnommait le « Diplomate Apollon», les maris de Paris le considérait un danger.

Damala acquit la réputation d'être un briseur de cœurs et un impitoyable coureur de jupons. On lui prêtait également des relations avec de jeunes hommes. Il commence une liaison avec la femme d'un banquier parisien, Paul Meisonnier, dont la réputation sera ruinée. Elle sera forcée de quitter la France.

Il aurait poussé deux femmes au divorce et au suicide. L'une de ses liaisons, connue et documentée, concernait la jeune fille d'un magistrat du Vaucluse. Elle avait quitté son domicile pour suivre Damala à Paris, où il l'abandonna à la naissance de leur enfant illégitime. La jeune fille disparut. Après de nombreux scandales, Damala fut réaffecté en Russie.

Rencontre avec Bernhardt et séjour à Saint-Pétersbourg

Avant son transfert, il fut présenté à Sarah Bernhardt par sa demi-sœur Jeanne, peu avant l'été 1881. Damala et Jeanne étaient des consommateurs de morphine connus, associés au monde de la scène.

Damala avait commencé à jouer de petits rôles, en tant que dramaturge amateur, sous le nom de scène de « Daria ». Il fréquentait les théâtres, et d'autres acteurs morphinomanes. Il fréquentait les gens du monde du théâtre, par ambition. Jeanne parla de Damala à S. Bernhardt, et S. Bernhardt voulut le rencontrer. Madame Pierre Berton, dans sa biographie de Sarah Bernhardt, remarque :

S. Bernhardt fut consternée par l'insolence de Damala à son égard, et ne put cacher son attirance. Elle tomba follement amoureuse. Elle s'apprêtait à commencer sa tournée mondiale. Damala étant transféré à Saint-Pétersbourg, elle décida d'organiser un séjour de six mois en Russie, après avoir toujours refusé de s'y produire. Elle résida à Saint-Pétersbourg, en tant qu'invité officielle de l'empereur Alexandre III de Russie, et continua sa romance avec Damala. Leur liaison scandalisa les cercles de la ville.

Mariage et nouvelle carrière gauche|vignette| Jane Hading (à gauche) et Damala dans la pièce Le Maître de Forges, 1883. La relation du couple est tumultueuse. Damala critique et se moque ouvertement de Bernhardt devant ses amis. Sarah en retour le surnomme : « Grec tsigane » pour l'humilier. Elle est tant amoureuse qu'elle tolère ses insultes et lui demande même pardon.

Après sa tournée en Russie, Sarah se produit dans plusieurs pays européens. Damala démissionne du corps diplomatique et la suit.

À Londres, Bernhardt eut une dispute avec Damala. Elle devait interpréter Théodora, de Victorien Sardou. Elle envoya ce télégramme à Sardou : . Quelques heures plus tard, Sardou reçoit un deuxième message : . À Sardou qui lui demanda plus tard pourquoi elle s'était mariée, elle répondit que c'était la seule chose qu'elle n'avait jamais faite encore. Damala a confié à ses amis que c'était elle qui lui avait demandé sa main.

Le mariage eut lieu le , à Londres. Les différences religieuses auraient été un obstacle à un mariage à Paris : Bernhardt était catholique et Damala grec orthodoxe. Le fils de Bernhardt, Maurice, était hostile à Damala et à ce mariage.

S. Bernhardt présenta Damala aux journalistes : . Le mariage fut critiqué et moqué par la presse. Les caricatures de Bernhardt et Damala ont inondé les journaux pendant des mois. Une critique de Les Mères Ennemies montre Bernhardt tenant Damala comme une marionnette, manipulant ses membres.

Le mariage de Damala avec Bernhardt l'a rendu encore plus infidèle. Trois semaines après le mariage, il y eut une dispute : il insistait pour qu'elle change son nom de scène en Sarah Damala. Devant son refus, il a quitté la maison. Pendant quelques jours, il s'est montré en compagnie d'une jeune fille norvégienne. À son retour, Sarah accepta ses excuses.

Lors d'une tournée à Ostende, Damala s'est à nouveau enfui. Deux jours plus tard, il était vu à Bruxelles, accompagné d'une femme belge. Bernhardt lui pardonna de nouveau.

Malgré ces humiliations, elle donnait de l'argent à Damala pour payer ses maîtresses et ses dettes. L'infidélité de son mari était un sujet de commérages. De retour à Paris, Damala décida de devenir dramaturge. Peu après, Bernhardt achèta un théâtre, le Théâtre de l'Ambigu, et nomma Maurice directeur et Damala acteur principal.

Ses contemporains furent intrigués par sa décision de se débarrasser d'acteurs professionnels pour jouer aux côtés d'un amateur peu qualifié. Damala a été décrit comme sans talent, dépourvu de technique, mauvais acteur, sans rythme et avec un accent grec inintelligible. Bernhardt était aveugle à tous ces défauts et lui confia le rôle d'Armand Duval dans La Dame aux Camélias. Elle aurait dit à Alexandre Dumas :

Le couple revient à Paris et interprète La Dame aux Camélias. La performance de Sarah est saluée ; celle de Damala est critiquée. Damala, furieux, blâme Bernhardt.

Séparation En , Bernhardt crée Fédora de Victorien Sardou et reçoit d'excellentes critiques. Sardou avait écrit la pièce pour elle, et avait refusé que Damala y joue. Bernhardt a nommé son mari directeur de sa compagnie de théâtre en tournée (« Head of the Tour »). Le manque de compétences de Damala en matière de gestion entraîna un désastre. Bernhardt dût le démettre de ses fonctions et le réduire au rang de prince consort. Frustré, Damala continua d'humilier et de critiquer Bernhardt. Sa dépendance à la morphine fit chavirer leur mariage.

Le comportement de Damala est devenu fréquemment scandaleux. Un jour, sur scène avec Bernhardt, Damala, sous l'emprise de la drogue, a déchiré sa robe et a exposé ses fesses au public. Le , Bernhardt s'en prend à Damala, refuse de couvrir ses dépenses en femmes et en drogue. Damala répond de manière explosive. Le lendemain matin, il partit, sans prévenir, pour l’Afrique du Nord. Réalisant qu'il ne serait jamais considéré comme autre chose que « M. Sarah Bernhardt », il s'enrôle dans les troupes spahi en Algérie. Bernhardt a dû régler ses dettes.

Au début de 1883, elle part en tournée en Scandinavie en compagnie de son nouvel amant, le dramaturge Jean Richepin. À son retour à Paris, elle découvre Damala dans sa maison. Bernhardt quitta Richepin et le couple se retrouva un temps ; bientôt, le mariage se détériora encore. Un soir où Bernhardt jouait Ophélie en Italie, elle est sortie de scène et a dit : « C'est tout ».

Peu après, elle l'a placé dans une clinique. Six mois plus tard, il revint à nouveau chez elle, au grand désarroi de Richepin. Bernhardt l'a envoyé à nouveau dans une clinique, puis dans un hôtel, dans la banlieue de Paris. Ils ne divorcèrent pas, le mariage dura légalement jusqu'à la mort de Damala en 1889. Bernhardt, très stricte avec ses opinions catholiques, opta pour une séparation semi-légale, en échange d'une pension qu'elle lui envoyait mensuellement.

Après sa séparation d'avec Bernhardt, Damala a tenté de revenir dans le monde diplomatique. Son retour fut difficile et il resta dans le milieu du théâtre. La même année, en 1883, il interprète le rôle le plus mémorable de sa carrière (après Armand) : Philippe Berlay, aux côtés de Jane Hading, dans l'adaptation scénique du roman de Georges Ohnet, Le Maître de Forges . La pièce connut un grand succès et fut jouée toute l'année au Théâtre du Gymnase de Marseille.

Damala a joué dans quelques productions au cours des années suivantes. Il a joué le rôle principal (rôle de Jean Gaussin) dans la comédie Sapho, adaptation scénique par Alphonse Daudet de son propre roman, Sapho, mœurs parisiennes, toujours avec Hading comme partenaire. La pièce a été créée au Gymnase de Paris, le . Damala a joué dans l'adaptation d'un autre roman d'Ohnet, La Comtesse Sarah, en 1887.

Il fut rapidement oublié, voire ignoré par la société parisienne. En , Bernhardt revint à Paris au terme d'une tournée européenne d'un an et reçoit un message de Damala : il est en train de mourir à Marseille et il la supplie de le reprendre. Elle a abandonné ses représentations à Paris, s'est précipitée à Marseille et l'a fait soigner. Elle l'accueillit chez elle et le choisit comme acteur principal dans La Dame aux Camélias. Damala avait promis d'arrêter la morphine. Sa dépendance s’est aggravée. Sa lucidité s'est réduite. Il faillit être arrêté pour s'être exposé nu à l'Hôtel de Ville de Milan. Il a repris son rôle d'Armand, mais, après six semaines de tournée, il s'est effondré et a été transporté à l'hôpital. Peu avant sa mort, Bernhardt lui proposa un autre rôle, dans la pièce Léna, au Théâtre des Variétés. Après la deuxième représentation, il fut incapable de jouer le rôle, en raison de son manque de lucidité désormais permanent et de l'influence continue de l'alcool et des drogues.

Fille illégitime