L'église de Dalby (en suédois : Dalby kyrka), également connue sous le nom d'église de la Sainte-Croix (Heligkorskyrkan i Dalby), est une église protestante luthérienne située à Dalby, dans la commune de Lund, au cœur du comté de Scanie, en Suède. Érigée dans la seconde moitié du , elle est fondée à l'initiative du roi de Danemark.

Des fouilles archéologiques ont mis au jour des vestiges à l’ouest de l’église, considérés par les chercheurs comme les ruines d'un ancien palais royal ou d'un ensemble ecclésiastique. Au , l'église est agrandie et une communauté de chanoines s'y développe, formant un monastère. Au siècle suivant, de nouveaux bâtiments sont érigés, dont certains subsistent au nord de l'église. La Réforme et la dissolution du monastère en 1541 entraînent une période d'abandon et de dégradation : l'abside est démolie en 1686 et la partie est s'effondre dans les années 1750. À partir de la fin du , l'église fait l'objet de recherches archéologiques et de plusieurs campagnes de restauration.

Il subsiste moins de la moitié de la structure originelle de l'église. L'accès principal se fait par un porche ajouté au , et l'édifice est recouvert d'un badigeon blanc, sauf pour certaines parois de la première église. Dans la nef, le pilier sud-ouest présente une niche avec une colonne plus petite, symbolisant Jakin et Boaz, les colonnes légendaires du temple de Salomon. La crypte, inspirée de la cathédrale de Lund, repose sur quatre piliers décorés soutenant des voûtes d'arêtes. L'église de Dalby relève du diocèse de Lund.

Contexte historique et fondation L'église de Dalby compte parmi les plus anciens édifices religieux de Scanie, en plus d'être parfois considérée comme la plus ancienne église en pierre encore en usage en Suède, voire dans l'ensemble des pays nordiques.. Le Necrologium Lundense, manuscrit médiéval enluminé conservé à la bibliothèque de l'université de Lund, attribue sa fondation au roi de Danemark (). À cette époque, Dalby et la Scanie faisaient partie du royaume de Danemark, jusqu'à leur rattachement à la Suède en 1658 à la suite du traité de Roskilde.

D'après le chroniqueur Adam de Brême, vers 1060, à la mort de l'évêque Avoco de Roskilde, le roi Sven crée deux nouveaux diocèses en Scanie : l'un à Lund, confié à l'évêque Henri, et l'autre à Dalby, placé sous la direction de l'évêque Egino. Cependant, six ans plus tard, après le décès d'Henri, Egino est transféré à Lund, ce qui entraîne la suppression du diocèse de Dalby. Malgré cette réorganisation, l'église continue de bénéficier du soutien de la monarchie danoise : le roi y est inhumé en 1080, et le roi y fait d'importantes donations pour son développement.

L'église occupe dès l'origine une place centrale au sein d'un ensemble architectural complexe. Au cours de la première moitié du , une vaste structure en bois est édifiée à environ à l'ouest de l'église, remplacée dans la seconde moitié du siècle par un bâtiment en pierre, auquel s'ajoute peu après un second édifice également en pierre, implanté en angle par rapport au premier. Ces constructions sont généralement considérées comme le cœur d'un domaine royal majeur. Lors des fouilles menées dans les années 1960, l'archéologue Erik Cinthio est le premier à identifier ces vestiges, situés à l'ouest de l'église, comme ceux d'un palais royal. Anders Andrén avance que l'église et les bâtiments environnants appartenaient à un vaste complexe palatial royal, inspiré des modèles carolingien et ottoniens allemands, pouvant inclure également des moulins, des villages, une monnaie royale ainsi qu'un parc à cerfs, dont certains vestiges sont préservés dans les parcs nationaux voisins de Dalby Söderskog et Dalby Norreskog. D'autres interprétations ont été proposées : Sten Anjou, découvreur des ruines, suggère qu'il pourrait s'agir des restes d'un atrium situé devant l'église, tandis que le théologien Stephan Borgehammar avance l'hypothèse d'une cour à colonnes utilisée par les chanoines dans le cadre d'un édifice à vocation ecclésiastique.

Historique de l'édification de l'église Construction et phases d'agrandissement vignette|Plans du rez-de-chaussée illustrant l'évolution approximative de l'église, du haut vers le bas : ; ; ; .|alt=Schémas clairs en vue de dessus montrant l'évolution d'une église de 1000 à 1700.

La date précise de construction de l'église demeure inconnue, mais ses éléments les plus anciens remontent vraisemblablement à la seconde moitié du . L'histoire de son édification est complexe et a fait l'objet de plusieurs réévaluations. Son architecture initiale présente de fortes affinités stylistiques avec la cathédrale de Hildesheim ainsi qu'avec l'édifice antérieur à l'actuelle cathédrale de Roskilde, ce qui suggère la probable intervention de maîtres-maçons originaires de Hildesheim dans sa construction. Originellement, l'église se présente sous la forme d'une basilique, composée d'une nef centrale longue de sept travées, flanquée de deux bas-côtés. Le chancel s'achève par un mur droit orienté à l’est, sans abside. La nef est séparée des bas-côtés par des piliers qui supportent des arcades en plein cintre, tandis que la claire-voie compte six fenêtres de chaque côté, regroupées par paires au-dessus des arcs délimitant la nef et les bas-côtés. L'édifice comporte deux portails, situés respectivement dans les murs sud et nord. Des vestiges muraux découverts au nord et au sud de l'extrémité ouest actuelle de l'édifice pourraient correspondre à un ancien narthex. La crypte fait également partie intégrante de la construction dès ses débuts.

Au , l'église fait l'objet d'un agrandissement et d'un remodelage partiel. La nef est réduite vers l'ouest, tandis que l'extrémité ouest de l'édifice est réaménagée pour adopter la forme d'un massif occidental. La crypte est réaménagée en hall d'entrée, avec la construction des voûtes actuelles et l'ouverture d'un accès vers l'ouest, donnant sur la cour du complexe architectural adjacent. Ce hall, ultérieurement réaffecté en crypte, présente une forte affinité stylistique avec la crypte de la cathédrale de Lund, où l'on retrouve les mêmes marques de tailleurs de pierre. Un étage supplémentaire est édifié au-dessus de la crypte de Dalby, suivant une configuration proche de celle du hall d'entrée, formant ainsi une courte tour. Deux tours d'escalier, situées aux angles nord et sud, assurent la liaison entre ces espaces et la nef. L'étage supérieur de cette tour semble avoir été connecté au complexe bâti à l'ouest de l'église, comme en témoigne la présence d'une entrée à l'étage, côté ouest. Par ailleurs, la décoration qui orne le portail occidental au rez-de-chaussée pourrait provenir à l'origine de cette entrée située au deuxième étage.

Monastère L'évêque Egino fonde une communauté de chanoines liée au mouvement de réforme de son époque. Au , cette communauté devient un monastère masculin appelé Dalby kloster, qui suit la règle de saint Augustin. Entre 1136 et les années 1160, le titre du chef de la communauté change de prévôt à prieur. Pendant la majeure partie du Moyen Âge, le prieuré accueille en moyenne une douzaine de membres, prieur compris, une taille comparable à celle des monastères augustiniens anglais contemporains.

L'implantation progressive du prieuré à Dalby entraîne des transformations majeures de l'église et de son environnement immédiat. L'édifice religieux s'agrandit vers l'est, où sont ajoutées une abside et des voûtes, probablement vers 1234, époque à laquelle des voûtes de conception très similaires sont construites dans la cathédrale de Lund. L'ancien massif occidental à deux niveaux est reconstruit sous la forme de la tour actuelle, et un vaste porche est aménagé à l'extérieur de l'entrée sud, sans doute pour offrir un accès distinct à la communauté laïque, tandis que les chanoines pénètrent dans l'église par le nord. Les bâtiments du monastère prennent place au nord de l'église, organisés autour d'une cour centrale en plan quadrangulaire. Un certain nombre de structures annexes viennent probablement compléter cet ensemble. Ces constructions monastiques sont vraisemblablement érigées au cours du .. Des vestiges de trois d'entre elles subsistent, dont l'ancienne aile ouest, devenue le bâtiment principal du domaine connu sous le nom de Dalby kungsgård, considéré comme la plus ancienne résidence encore habitée de Scanie. L'église et le monastère subissent d'importants dégâts lors d'un incendie en 1388, puis à nouveau au milieu du , au cours d'une offensive menée par des troupes suédoises sous le commandement de .

Dégradation vignette|L'église de Dalby, dessin de Anders Thornborg, .|alt=Esquisse réaliste d'une abbaye en pierre, éclairée doucement et entourée de champs.

À la suite de la Réforme, le monastère est dissous en 1541 et ses terres sont redistribuées, privant ainsi l'église et les bâtiments attenants des moyens financiers nécessaires à leur entretien, ce qui conduit progressivement à leur dégradation. Les biens passent alors sous l'autorité du Danemark, qui convertit le monastère en haras. Après l'intégration de la région au royaume de Suède, l'élevage de chevaux s'y poursuit sous l'égide du gouvernement suédois, jusqu'à la fermeture du haras en 1809. Dès lors, le domaine est exploité comme une ferme ordinaire, tout en demeurant la propriété de l'Administration des biens immobiliers de l'État suédois.

En 1645, au cours de la guerre de Torstenson, le village de Dalby est incendié par les troupes suédoises, et il est fort probable que l'église ait été endommagée lors de cet épisode. En 1686, le roi ordonne la démolition de l'abside, dont les pierres sont réaffectées à des projets de construction à Malmö. Lors de son passage en 1749, Carl von Linné décrit l'église comme « une ruine d'un ancien monastère », témoignant de son état de délabrement. Quelques années plus tard, en 1755 ou 1756, les voûtes orientales s'effondrent, et en 1757 ou 1758, toute la partie est de l'édifice est démolie.

Fouilles archéologiques et restaurations Depuis la fin du , l'édifice fait l'objet d'un intérêt soutenu de la part des archéologues. La première fouille systématique est entreprise en 1891 par Oscar Montelius, à l'extrémité est de l'église. L'année suivante, des travaux de réparation sur la section ouest du mur nord donnent lieu à une nouvelle campagne de fouilles, dirigée par Friedrich Seesselberg. Une quinzaine d'années plus tard, une nouvelle investigation archéologique est conduite au sud de l'édifice. Entre 1919 et 1920, d'autres expertises sont réalisées, notamment sur les maçonneries, avec retrait partiel de l'enduit à la chaux afin de faciliter l'observation. En 1936, des travaux de restauration et de recherches sont menés par l'archéologue Ragnar Blomqvist. L'entrée fait l'objet de travaux de rénovation en 1940-1941, et de vastes fouilles sont effectuées à l'ouest de l'église en 1965 et 1966. Par la suite, la façade est restaurée et les murs font l'objet de nouvelles expertises en 1977, 1984 et 1987.

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