Le système Gribeauval est un système d'artillerie introduit par le lieutenant général Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval au cours du . Ce système révolutionna les canons français, grâce à un nouveau mode de fabrication permettant des pièces plus légères et plus uniformes, sans sacrifier la portée. Le système Gribeauval remplaça progressivement le système Vallière à partir de 1765. Les nouvelles pièces contribuèrent aux victoires militaires françaises pendant les guerres de la Révolution française et les guerres napoléoniennes. Le système comprenait des améliorations apportées aux canons, aux obusiers et aux mortiers. Le système de l' remplaça partiellement les canons de campagne en 1803, et le système Valée supprima complètement le système Gribeauval en 1829.

Développement Le milieu du vit le développement de l'artillerie de campagne mobile. Les ingénieurs en balistique et les techniciens en métallurgie introduisirent des réformes qui réduisirent le poids des tubes, tandis que d'autres spécialistes conçurent des affûts plus légers. Les calibres des pièces furent standardisés, simplifiant ainsi la logistique, auparavant compliquée par la multitude des calibres. Gribeauval était un officier vétéran aguerri au combat, mais aussi un théoricien compétent de l'artillerie. Avec l'avènement du système Gribeauval, les Français disposaient de la meilleure artillerie d'Europe. Un historien l'a qualifié de « probablement le meilleur système d'artillerie en Europe à cette époque ».

Benjamin Robins donna une base scientifique à l'artillerie en 1742. Le bronze, un alliage composé de dix parts de cuivre pour une part d'étain, était préféré pour les canons car plus léger que le fer et plus durable. À cette époque, les canons étaient coulés à vide autour d'un noyau, mais ce dernier bougeait souvent dans le moule, produisant une âme imparfaite. Ce problème fut résolu à la fonderie de La Haye en 1747. Le bernois Jean Maritz commença à couler les canons en un seul bloc plein, puis à percer l'âme à l'aide d'une . Les Hollandais tentèrent de garder ce procédé secret, mais il se répandit rapidement en Europe. Grâce à l'invention de Maritz, les canons pouvaient désormais être fabriqués avec une âme mieux alignée et des tolérances plus strictes. Cela réduisait le « vent » , ce qui signifiait que moins de gaz s'échappait, permettant d'atteindre la même portée et la même puissance avec des charges de poudre à canon plus faibles, et donc une meilleure précision. L'économie de poudre permit aussi d'alléger les tubes, qui purent être fabriqués plus courts, plus minces et plus légers.

L'armée de la monarchie des Habsbourg découvrit que son artillerie était surpassée par les canons prussiens durant la guerre de Succession d'Autriche. En 1744, le nouveau directeur général de l'artillerie, Joseph-Wenceslas, prince de Liechtenstein, entreprit une série de réformes pour améliorer la conception de l'artillerie de campagne autrichienne et former ses artilleurs. Au début de la guerre de Sept Ans, les Autrichiens avaient modernisé leur artillerie avec des canons plus légers et introduit un obusier de très bonne qualité. Ces innovations eurent un tel succès que d'autres nations s'empressèrent de fabriquer des armes similaires. Gribeauval, qui servit dans l'artillerie autrichienne de 1756 à 1762, put observer de près ces nouvelles pièces de campagne. À son retour en France, il fut chargé de réorganiser l'artillerie.

thumb|right|upright=0.6|alt=Dessin en noir et blanc d'un homme de profil portant une perruque de la fin du siècle. Il arbore l'ordre de Saint-Louis sur son uniforme.|Gribeauval.

La France possédait déjà la seule gamme d'artillerie unifiée d'Europe. Auparavant, Jean-Florent de Vallière avait standardisé les canons de jusqu'aux , bien qu'ils fussent tous très lourds. Le système Gribeauval fut introduit par ordre royal le . Le nouveau système se heurta à une forte opposition, notamment de la part du fils de Vallière, Joseph Florent de Vallière, ainsi que d'autres officiers. En raison de cette résistance, le système Gribeauval ne fut pleinement mis en œuvre qu'en 1776. Le canon Rostaing de et les canons de bataillon suédois de furent conservés de l'ancien système.

Les réformes de Gribeauval portaient non seulement sur les canons, mais aussi sur les affûts, les avant-trains, les caisses à munitions et les outils d'accompagnement. Les pièces de campagne du système comprenaient des canons de 4, 8 et , ainsi que des obusiers de 6 et . Les tubes furent coulés plus courts et plus fins, tandis que les affûts furent construits plus légers et plus étroits. Ces améliorations réduisirent considérablement le poids des pièces. Les affûts furent standardisés et conçus avec des pièces interchangeables. Ils comportaient deux positions pour les tourillons : une position avant pour le tir et une position arrière pour le transport. Les chevaux de trait étaient attelés en paires, plutôt qu'en file indienne. Les canons furent équipés d'un viseur arrière gradué et d'une vis de hausse. Ces deux dernières innovations permettaient aux artilleurs de viser plus facilement les pièces.

Le nouveau système intégrait d'autres innovations qui se répandirent largement en Europe. L'une d'elles était le tube à mèche rapide, qui assurait une meilleure mise à feu de la charge de poudre. Parmi les autres améliorations générales figuraient l'adoption de charges préemballées dans des sacs de flanelle, un mélange de poudre plus efficace et l'usage d'un dégorgeoir — un outil spécial permettant de percer les sacs de poudre. Vers 1791, le chimiste français Nicolas Leblanc inventa un procédé de fabrication de la soude permettant de convertir à moindre coût le nitrate de calcium extrait du guano en salpêtre, un ingrédient essentiel de la poudre à canon. Enfin, puisque le maniement des nouvelles pièces exigeait des artilleurs mieux formés, la France mit en place des écoles d'artillerie pour former ses soldats.

Types de pièces Pièces de campagne Les pièces d'artillerie de campagne du système Gribeauval étaient environ deux fois plus légères que les canons Vallière de même calibre, sans pour autant sacrifier leur portée.

– canon de . – canon de . – canon de . – obusier de .

Aucun canon Gribeauval ne fut envoyé aux forces américaines pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. Toutefois, il est probable que les forces françaises aient employé des canons de siège du système Gribeauval durant ce conflit.

À noter que la livre française d'Ancien Régime était environ un dixième plus lourde que la livre anglaise. De même, le pouce français était légèrement plus long que le pouce anglais. Par conséquent, les canons français tiraient des boulets et obus légèrement plus lourds que les pièces anglaises ou américaines de même calibre théorique, si bien qu'un canon français de équivalait approximativement à un canon britannique de .

+Calibres, servants, portées, cadence de tir et munitions des pièces de campagne Gribeauval Nom Calibre Servants Portée à la mitraille Portée efficaceau boulet Portée maximaleau boulet Cadence de tir(par minute) Boulets dansla caisse de flèche Boulets dansle caisson Mitrailles dansle caisson Caissonspar pièce Canon de 15 1 coup 9 48 20 3 Canon de 13 2 coups 15 62 20 2 Canon de 8 2–3 coups 18 100 50 1 Obusier de 13 1 obus 4 49 11 3

L'historien a publié un tableau présentant des chiffres similaires, à ceci près qu'il indique 30 coups de mitraille transportés dans les caissons pour le canon de , et 3 coups de mitraille pour l'obusier de . Scotty Bowden et Charlie Tarbox indiquent des portées de tir à la mitraille en mètres : 600 pour le , 550 pour le , 400 pour le et 250 pour l'obusier de . Les autres portées sont conformes au tableau précédent. Ils mentionnent également un obusier Gribeauval de ayant une portée à la mitraille de et une portée maximale de mètres.

+Longueur, poids, charges et mitrailles des pièces de campagne Gribeauval Nom Longueurdu tube Poidsdu tube Poidsde l'affût Chargeau boulet Bouletspar mitraille (grande) Bouletspar mitraille (petite) Chargede mitraille Canon de 41 112 Canon de 41 112 Canon de 41 63 Obusier de 60 aucune non précisée

Les boîtes à mitraille variaient selon le calibre du canon. Il y avait également deux tailles différentes de balles dans les petites boîtes. Le canon de utilisait des balles de 6 onces dans les grandes boîtes, et de 2 et 3 onces dans les petites. Le canon de utilisait des balles de 4 onces dans les grandes boîtes, et de 1 et 2 onces dans les petites. Le tirait des balles de ¾ et 2 onces dans les petites boîtes. Un obusier de avait un poids de canon de et une charge de poudre de .

Canons de siège et de place Pour l'artillerie de siège et de garnison, Gribeauval conserva les mêmes proportions que celles du système de Vallière de 1732, mais en supprimant les décorations. – Canon de siège de . – Canon de siège de . – Canon de siège de . – Canon de siège de .

Selon un auteur, seuls les canons de siège Gribeauval furent d'abord employés dans les grandes opérations de la guerre d'indépendance américaine. Ils furent utilisés par le corps expéditionnaire français de Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur de Rochambeau, entre 1780 et fin 1782, notamment lors du siège de Yorktown en 1781. Une deuxième source confirme que les canons de siège utilisés à Yorktown étaient des pièces Gribeauval. Le train d'artillerie de siège de Rochambeau comprenait 12 canons de , 8 de et 16 mortiers. Un troisième auteur juge qu'il est discutable que des canons Gribeauval aient été employés à Yorktown, bien qu'il cite une source française affirmant que les pièces étaient bel et bien du système Gribeauval.

Mortiers thumb|right|upright=0.8|alt=Photo d'un mortier court à large âme. Le mortier vert pâle repose sur un affût en fer rouillé.|Mortier Gribeauval de .

Gribeauval conçut également une gamme de mortiers, comme suit. – Mortier de . Mortier court de 10 Gribeauval – Mortier court de . Mortier long de 10 Gribeauval – Mortier long de . Mortier de 8 Gribeauval – Mortier de .

Gribeauval intégra également à son système un mortier lance-pierres de , hérité du système de Vallière. Les mortiers ainsi que les canons de siège de étaient transportés à l'aide de chariots spéciaux dits « chariots à selle ».

+ Spécifications des mortiers Gribeauval Nom Poids du mortier Poids de l'affût Charge de poudre Mortier de pas indiqué Mortier long de Mortier court de Mortier de

Histoire

Au début des guerres de la Révolution française, l'artillerie fut l'arme qui perdit le moins d'officiers par l'émigration. Cela s'explique par le fait que bon nombre de ses officiers étaient issus de familles bourgeoises plutôt qu'aristocratiques. Grâce au système Gribeauval, l'artillerie de campagne française était la meilleure d'Europe. Les artilleurs devaient cependant compter sur des conducteurs civils et des chevaux loués pour transporter leurs pièces sur le champ de bataille. Ce problème ne fut résolu qu'après 1800, lorsque les conducteurs furent intégrés à l'armée comme soldats. Lors de la bataille de Jemappes en 1792, la supériorité française en artillerie contribua à la victoire. Le général en chef Charles François Dumouriez déclara que les soldats français se montraient plus fougueux lorsque leur artillerie dominait celle de l'ennemi, mais que lorsque celle-ci échouait, l'infanterie hésitait à avancer. L'historien Ramsay Weston Phipps nota que l'artillerie française pendant la première coalition était « excellente » et permit de compenser certaines faiblesses des nouvelles armées. Après la bataille de Wattignies en 1793, un observateur allié écrivit que la victoire française était due à « leur artillerie immense ».