Mural del País Valencià (« Fresque du Pays valencien ») est une œuvre poétique de Vicent Andrés Estellés. Il consiste en un vaste chant et un voyage à travers l'histoire, le paysage, les villes, les gens et la culture du peuple valencien. Il se compose de vingt-sept livres, rassemblés en trois ou quatre volumes, totalisant environ pages, et a fait l'objet de plusieurs éditions à titre posthume à partir de 1996.

Contexte et élaboration L’idée de cette œuvre a été motivée par le contexte d’espoir de changement existant à la fin du régime franquiste. Ce contexte explique peut-être un changement de ton et l'apparition de la joie dans la poésie d'Estellés. Avec l'amorce de la transition démocratique, Estellés participe à de nombreuses intiatives culturelles qui lui donnent l'occasion de visiter de nombreuses localités dans tout le Pays Valencien.

Mural del País Valencià s'inspire du Canto general de Pablo Neruda, œuvre qui rend hommage à l'Amérique latine, et auquel un poème du Mural est dédié. Estellés indique que pendant la rédaction du Mural, il était accompagné d'une coupure de presse de l'écrivain chilien et d'une autre de Charles Baudelaire, le Guernica de Pablo Picasso, l'affiche du Congrès de culture catalane de Joan Miró et du souvenir des fresques de David Alfaro Siqueiros et Diego Rivera. De plus, la visite de nombreuses localités du Pays Valencien pour des hommages ou des récitals, souvent accompagné d'Ovidi Montllor, lui donne l'occasion de mieux connaître les terres valenciennes. vignette|Vue de l'Albufera à El Perelló, où Estellés commença la rédaction de .

Estellés commence à écrire dans la maison de plage qu'il possédait à El Perelló (Sueca). La plus grande partie de l'œuvre est écrite entre 1974 et 1978 ; le poème est composé en .

Cependant, il publie d'autres recueils de poésie. En 1978, un premier fragment du Mural est publié,, suivis d'autres comme , ou . Dès 1983, il fait référence au dans le premier des :

vignette|197x197px| Statue d'Estellés à Burjassot. Bien qu'il s'agisse d'une œuvre inachevée, le Mural devient l'œuvre la plus ambitieuse et la plus désirée pour Estellés, comme il l'annonce dans la : Ou encore :

Thématique On retrouve dans Mural del País Valencià les thèmes habituels de la poésie d'Estellés : l'amour, la mort, le sexe, la faim et la politique. Toutefois, ici, ces thèmes ont comme axe vertébrateur le peuple valencien, qui est décrit et honoré sous différents angles (peinture, musique, littérature, histoire, nature, etc.). Les poèmes de la Declaració de principis constituent un résumé de ce que sera l’œuvre tout entière.

Pour créer cette « fresque » de tout le Pays Valencien, il représente les comarques et les villes. Il consacre des livres entiers à certaines villes comme Alzira, Xàtiva, Elche, Alcoi, Borriana ou Morella ; sur l'ensemble de l'œuvre, Estellés projetait de dédier un poème à chaque ville et village du Pays valencien (comme dans les séries Canten els pobles, Es desperta la terra, Els pobles, Nits del País Valencià, L'amor nocturn o València), mais quelques uns durent rester de côté par manque de temps pour achever le travail. Il décrit les villes et leurs habitants à travers leur vie quotidienne, car l'auteur exalte la vie à travers les choses et les actes les plus humbles.

Le premier volume de Mural del País Valencià commence par sa , constituant un résumé de ce que sera l'ensemble de l'œuvre, et traitant de sujets tels que la ville de Valence, Jacques Ier, les rivières, les montagnes, les saints, les traîtres, les fleurs ou les peintres. Le deuxième volume est fait d'allusions à des faits historiques, à des peintres, à Joan Peset, à des anonymes, mais se concentre toutefois principalement sur les localités valenciennes. Le troisième volume comprend des poètes, des hommes politiques, le guerrier de Moixent, les villes et villages, etc.

Dans l'ensemble de l'œuvre, l'écrivain écrit sur une grande variété de personnages, parmi lesquels Jacques I, Ausiàs March, le pape Luna, Vicent Peris, Lluís del Milà, Miguel Hernández, Raimon, Isabel de Villena, , Josep Renau, les agermanats, les maulets, Joan Baptista Peset, Saint Vincent Ferrier, Miquel Grau

Éditions Une partie des poèmes inclus dans Mural del País Valencià ont déjà fait l'objet de publications indépendantes du vivant de l'auteur, les premiers dès 1978.

Estellés a laissé quelques rares notes sur la manière dont l'œuvre devait être présentée. Il a indiqué écrit dans un manuscrit que l'ouvrage devrait être divisé en trois volumes, dont il a donné les noms de deux premiers ; le titre du troisième volume a été choisi par ce dernier, repris d'un des livres. Estellés a également laissé un index basé sur les premiers livres écrits du Mural, où n'apparaissent que la moitié des livres de l'ouvrage définitif. Certains livres apparaissent même dans l'index alors qu'ils n'ont pas été écrits ultérieurement ou n'ont pas été retrouvés. Parmi ceux-ci, certains ont probablement vu leurs titres modifiés, car ils coïncident avec le contenu de certains poèmes inclys. Hormis l'index et les quelques notes qu'il a laissées écrites, les livres qui ne sont pas mentionnés ont été conservés dans l'ordre dans lequel le poète les a laissés et les poèmes individuels ont été inclus dans des livres ayant un thème similaire.

La première édition de Mural del País Valencià est publiée par Tres i Quatre en 1996 sous la direction de Jaume Pérez Montaner. Elle se compose de près de deux mille pages, structurées en vingt-sept livres, répartis en trois volumes de neuf livres chacun (les deux premiers reprenant les titres indiqués préalablement par Estellés) : , et .

À partir de 2022, une deuxième édition révisée, sous la supervision de différents spécialistes, commence à être publiée, cette fois en quatre volumes, dans le cadre du travail autour de l'« œuvre complète révisée » (OCR) lancée par le même éditeur. Le dernier volume paraît en . Il s'agit du et avant-dernier volume de l'OCR.

vignette|Panneau d'un poème de Mural del País Valencià à Burjassot.

Style Estellés se propose d'écrire ce chant avec un style simple afin qu'il puisse atteindre tout le monde. Pour ce faire, en plus de placer nombre de ses poèmes dans des scènes de la vie quotidienne, il utilise également un langage familier. Cependant la langue et le style ne se caractérisent pas seulement par leur langage familier, mais aussi par l'influence de la tradition littéraire d'Ausiàs March, Jordi de Sant Jordi, Roís de Corella, Jaume Roig ou Joanot Martorell, ainsi que d'autres d'auteurs contemporains comme Salvador Espriu. Parmi ces écrivains, se distingue Ausiàs March, la plus grande référence d'Estellés, qui est présent tout au long de son œuvre poétique. Ces écrivains apparaissent eux-mêmes dans certains poèmes, comme mention ou comme protagonistes.

Même en ignorant les poèmes dans lesquels il décrit le paysage, les références aux éléments naturels sont fréquentes dans le Mural, en particulier la terre. La terre n’est pas seulement utilisée comme élément de la nature, mais, par métonymie, elle désigne également le peuple (ou la classe ouvrière) et le pays. Il utilise également d’autres ressources littéraires telles que l’anaphore, l’anachronisme, la métaphore ou l’allégorie. De plus, une recours singulier dont Estellés fait parfois usage est de terminer des poèmes par des vers très abrupts, très directs et avec un langage grossier, en rupture avec le ton construit tout au long du poème.

Marquée par la mort du dictateur Franco et les premières années de la démocratie, le Mural transmet l'optimisme et les espoirs pour l'avenir et qui se reflètent surtout dans le . Une caractéristique de la poésie d'Estellés est la focalisation descriptive sur de petits détails pour instaurer une ambiance ou mettre en situation des personnages. De nombreux poèmes revendiquent la jouissance des plaisirs terrestres, notamment de la nourriture et du sexe, tandis qu'à l’inverse d’autres décrivent des environnements grotesques ou marginaux.

Bien que Mural del País Valencià inclue certains passages tragiques, ils sont écrits depuis la perspective d'un « moi » patriotique valencien et non d'un « moi » autobiographique comme c'est le cas dans la poésie antérieure d'Estellés.

Interprétation En 1989, Jaume Pérez Montaner, spécialiste d'Estellés qui sera le concepteur de la première édition du Mural, avertit déjà des difficultés d'interprétation de l'œuvre. Il insiste notamment sur le danger que représente la tentation d'en faire une interprétation réaliste, de la limiter à une œuvre engagée limitée au contexte historique de sa rédaction. Il considère que tout jugement global de l'œuvre constituerait une interprétation limitée et pleine d'aprioris.

Mural del País Valencià est un chant testimonial et épique qui a été comparé aux œuvres de Pablo Neruda et de Walt Whitman. Avec cette œuvre, le poète entreprend un voyage à travers le passé, le présent et le futur des terres valenciennes. Ainsi, il dédie des poèmes à différents événements et personnages historiques de l'histoire, de la culture et de la société valenciennes pour rappeler ce qui unit le Pays valencien ; Il parle du présent lorsqu'il dépeint les villes et leurs habitants, le paysage ou l'empreinte de la guerre civile et de la dictature et, enfin, le futur apparaît avec les élans de liberté vécus par la population et lui-même. Avec le Mural del País Valencià, Estellés écrit depuis le peuple et projette la construction d’un discours qui donne la parole à des sujets traditionnellement réduits au silence.

Estellés ne veut pas faire de son œuvre un simple catalogue de son territoire, mais vise plutôt à le montrer d’un point de vue personnel et émotionnel. Il utilise ses souvenirs et ses expériences comme prétexte pour parler d’une voix partagée. Il veut être le porte-parole de la communauté, mais sans renoncer à continuer à faire partie du peuple, « un parmi tant d'autres » comme il s'est souvent identifié dans sa poésie. Ainsi, le poète devient le chroniqueur de son temps, des joies et des souffrances du peuple, à qui il laisse cette œuvre en héritage.

En écrivant, Mural del País Valencià, Estellés se perçoit comme le dernier chaînon d'une longue tradition littéraire et culturel en péril d'extinction.

L’évolution du discours patriotique d'Estellés permet de retracer le processus de formation de l’idée de patrie comme l’un des nœuds centraux de la volonté testimoniale du texte. Avec Mural del País Valencià, comme il l'avait commencé bien avant avec Llibre de meravelles, Estellés assume définitivement son statut de personne civique, de poète lié nécessairement au sort d'une communauté qui a besoin d'être reconstruite, dotée de joie et d'espoir et même mythifiée L’intention d’être gardien des évènements de sa communauté et de son territoire transmet la voix du peuple en tant que sujet réduit au silence et constitue par conséquent non seulement un moyen d’expression mais aussi une pratique politique d’énonciation. Le poète exprime le visage invisible de tout un contexte historique via la construction d’une poésie qui pose les bases de l’artefact culturel et politique de la véritable patrie, et en créant un discours, il crée une littérature, comme axe de vertébration politique du territoire en marge des évènements politiques et sociaux : inventorier, sauver, récupérer, refaire, faire revenir les choses ou les noms des choses, l'histoire collective et l'histoire personnelle, les renoncements, les humiliations et les espérances.

Mural del País Valencià se veut une synthèse de toutes les aspirations et les revendications d'un peuple, la lutte pour la défense de l'identité valencienne. Écrit entre 1974 et 1978 mais enraciné dans toute la production antérieure de l'auteur, le Mural porte plus loin ce «» (« un parmi tant d'autres ») lorsqu'il annonce :