Juan García-Margallo y García (Montánchez, Estrémadure, 1839 – Melilla, Maroc, 1893), souvent désigné par le raccourci général Margallo, est un militaire espagnol, actif tant dans la métropole espagnole qu’au Maroc, où il trouva la mort sur le champ de bataille.

Après une formation d’officier d’infanterie, García-Margallo mena une carrière militaire alternativement au Maroc (participant notamment à la guerre de 1859-1860 dans la zone de Ceuta) et dans la métropole espagnole (où il fut appelé à contribuer avec son bataillon à la répression d’une insurrection républicaine en 1866 à Madrid et à combattre dans la Troisième Guerre carliste en 1872). Alors qu’il était gouverneur militaire de la région militaire de Valladolid, et doté du grade de général de brigade, il fut nommé en 1893 au poste de commandant général de Melilla, dans le nord-est du Maroc. À ce titre, et sur ordre de son ministre de tutelle, il se chargea de compléter le cordon de fortifications en cours de réalisation autour de Melilla, sur le périmètre extérieur du glacis concédé par voie de traité à l’Espagne par le sultan du Maroc. En septembre et , le chantier de l’un de ces forts, situé près du site de Sidi Ouariach, considéré comme sacré par les Rifains, fut violemment attaqué par ceux-ci à plusieurs reprises, malgré les objurgations du sultan. Lors de la vaste offensive rifaine du , le général Margallo se retrouva encerclé dans le fort de Cabrerizas Altas et fut tué lorsque sur son ordre et en sa présence fut déployée une batterie de campagne pour soutenir la colonne envoyée à son secours depuis Melilla.

Biographie Origines familiales, formation et débuts dans la carrière militaire Issu d’une vieille famille de la petite noblesse (hidalgos) d’Estrémadure et neveu d’un éminent militaire qui s’était illustré dans la guerre d’Indépendance et dans les colonies, Juan García-Margallo fut inscrit à l’âge de à l’Académie d’infanterie de Tolède, dont il sortit à avec le rang d’enseigne (alférez). Il reçut sa première affectation dans un régiment caserné à Madrid, où il faisait partie d’un bataillon détaché, en service à Saragosse, Huesca et Pampelune..

En , il fut incorporé dans le régiment de chasseurs de Figueras, qui se disposait alors à s’embarquer pour Ceuta, au Maroc, où García-Margallo prit part à diverses opérations militaires, notamment au combat de Sierra Bullones, à des activités visant à protéger les travaux de construction de la route de Tétouan, et à la bataille des Castillejos. Il fut blessé en et récompensé quelques jours plus tard sur le champ de bataille, puis promu lieutenant. Son comportement lors de la prise de Tétouan lui valut de recevoir la croix de Saint-Ferdinand de classe.

Carrière dans la métropole espagnole vignette|Révolte républicaine à la caserne San Gil à Madrid en , à la répression de laquelle García-Margallo fut appelé à apporter son concours. La guerre terminée, García-Margallo retourna, au bout de deux ans en Afrique, à Madrid avec son bataillon, séjournant tantôt dans cette ville, tantôt à Aranjuez. C’est ainsi qu’il assista le aux événements sanglants de Madrid, survenus lorsque, à la suite du pronunciamiento des sergents d’artillerie de la caserne Saint-Gil, des barricades furent dressées par des insurgés républicains dans les rues de la capitale. Le bataillon de García-Margallo dut essuyer le feu durant quatorze heures, où García-Margallo se distingua et fut ensuite promu capitaine. Il avait été tellement bouleversé par cette journée qu’il sollicita d’être mis en disponibilté, avec une solde réduite de moitié, et s’en fut vivre dans sa ville natale pendant près de deux années.

Fin 1868, il se réintégra dans le bataillon de chasseurs de Figueras, qui était en opération en Andalousie en raison des désordres républicains provoqués par le général Antonio Caballero y Fernández de Rodas. Sa conduite à cette occasion valut à García-Margallo de se voir décerner la croix rouge de première classe du Mérite militaire. En octobre de la même année, il lui fut octroyé le grade de commandant.

En , son bataillon fut transféré dans le nord du pays, dans les provinces de Navarre, de Huesca et de Lléida, pour y combattre les milices carlistes, après la destruction desquelles García-Margallo retourna avec son unité à Alcalá de Henares. Vers la fin de l’année, il fut recompensé par un avancement au rang de lieutenant-colonel pour mérites de guerre.

Après avoir fait serment de fidélité et d’obéissance au roi Amédée en , il se transporta en Navarre et au Pays basque en 1872, après l’éclatement de la Troisième Guerre carliste, et participa à nombre de batailles dans les années suivantes. Il se signala par sa vaillance et sa ténacité, et fut gratifié par des promotions et plusieurs décorations et titres.

Le conflit terminé, García-Margallo fut versé dans un bataillon à Valladolid. Il monta au rang de colonel en 1883 et de général de brigade d’infanterie en 1890, avant d’être nommé gouverneur militaire de la région Léon-Valladolid. En enfin, García-Margallo fut désigné gouverneur militaire de la place de Melilla, puis, en 1893, commandant général de celle-ci.

Activité au Maroc : gouverneur militaire de Melilla Contexte historique : construction d’un cordon de forts autour de Melilla vignette|La localité de Farkhana, avec au second plan à gauche la coupole de la koubba de Sidi Ouariach. On aperçoit la clôture marquant la frontière entre la zone espagnole de Melilla et le territoire marocain. Tout au fond, le massif de Gourougou. Regard orienté vers le sud. Le traité signé en entre le Maroc et l’Espagne faisait pour la première fois référence à un élargissement des limites territoriales de la place (ou préside) de Melilla, le souverain marocain consentant en effet à ceder à l’Espagne une bande de territoire (campo neutral) autour de Melilla, d’une étendue suffisante pour servir de glacis et assurer la défense et la tranquillité du préside. Dans le traité d’avril de l’année suivante, dit « traité de Paix et d’Amitié », le sultan accordait le droit pour les Espagnols d’élever des ouvrages de fortification dans les nouveaux territoires concédés. Depuis lors se posait à Melilla le problème de la délimitation et de la largeur du glacis cédé à l’Espagne en exécution de ces traités.

Les autorités espagnoles s’étaient d’ores et déjà mises en devoir d’aménager un chapelet de fortifications longeant le périmètre de la zone de Melilla. Dans ce cadre, la construction du fort de Cabrerizas Altas avait été achevée en 1893, et il ne restait plus alors, pour compléter le périmètre défensif, qu’à fortifier la petit plateau nommé Sidi Ouariach (Sidi Aguariach pour les Espagnols). Cependant, au pied dudit plateau se trouvait une qoubba (mausolée à coupole) et un petit cimetière maure où était enterré Sidi Ouariach, ermite très vénéré dans les kabilas (tribus rifaines) de Qel'aya. Le site étant réputé lieu saint, les autochtones ne pouvaient tolérer la présence d’Espagnols à proximité.

En , nonobstant que le pacha de la zone eût prié Margallo de ne plus construire de fortifications avant la conclusion d’un accord entre les gouvernements marocain et espagnol, l’ordre fut donné de poursuivre les travaux après qu’un conseil consultatif réuni par le gouvernement espagnol émit l’avis que Sidi Ouariach était un endroit propice à accueillir un ouvrage de fortification.

Réaction rifaine : première vague d’attaques (28 septembre - 3 octobre 1893) Aussi, les travaux furent engagés le , mais le travail accompli détruit au cours de la nuit suivante. Le lendemain, sans pour autant suspendre les travaux, García-Margallo en avisa le ministre de la Guerre José López Domínguez et donna ordre, au cas où (selon toute attente) de tels faits venaient à se reproduire, de réagir avec fermeté, en détruisant les hameaux alentour. Dans le même temps, il écrivit au pacha pour le mettre en garde contre toute récurrence de tels actes.

L’attaque rifaine fut néanmoins répétée la nuit suivante, où furent à nouveau détruits les travaux du fort et de la route y conduisant ; de surcroît, une briqueterie proche de Melilla fut prise pour cible, les projectiles atteignant même la première enceinte, où un soldat fut blessé. García-Margallo appela le pacha, lui enjoignant de faire intervenir les gardes maures des confins, mais celui-ci allégua ne pas disposer de forces suffisantes et demanda que les travaux soient interrompus jusqu’à ce que le gouvernement espagnol ait donné suite à la requête qu’il se proposait de lui adresser. García-Margallo refusa avec énergie, et disposa que les travaux soient poursuivis, voire accélérés, afin que le mur du corps de garde et du réduit soit pourvu de créneaux suffisamment élevés, et laissa sur le chantier dans la nuit du un détachement de sous les ordres de deux lieutenants.

vignette|350px|Carte de la zone de Melilla, avec son système de fortification à sa périphérie. Le nord est à droite sur la carte. Y sont figurés : la ville de Melilla (à l’est, sur son promontoire en bordure de mer) ; la zone de Melilla, avec à sa périphérie le glacis ou « zone neutre » (campo neutral, couleur claire) ; le fort de Sidi Ouariach (Sidi Aguariach en espagnol, rebaptisé plus tard « fort de l’Immaculée Conception »), sur la ligne médiane verticale (imaginaire), où celle-ci coupe à l’ouest (en haut sur la carte) la frontière de la zone de Melilla ; jouxtant le fort, le cimetière et la koubba de Sidi Ouariach ; plus au nord et au nord-est, les forts de Cabrerizas Altas et de Rostrogordo ; plus au sud, le fort de Cabrerizas Bajas (entièrement détruit par l’explosion de son entrepôt de poudre en 1928.) ; plus au sud encore, de l’autre côté du fleuve Río de Oro, le fort de Camellos ; au sud-est, à l’embouchure du Río de Oro, le fort Saint-Laurent (Fuerte de San Lorenzo). La nuit du au se passa sans incident, ce dont le général Margallo avisa le gouvernement. Le ministre de la Guerre lui répondit par un télégramme l’autorisant à « s’imposer avec vigueur », en fonction des circonstances, et l’exhortant à œuvrer « en accord avec ce que lui dicte son esprit et son honneur ». Le , les travaux au réduit furent repris, le rendant plus apte désormais à protéger la petite garnison. La nuit qui suivit, il n’y eut pas d’attaque rifaine, hormis quelques tirs sans conséquence auxquels le détachement ne jugea pas opportun de riposter. Aussi, tout en prenant des précautions, et sans suspendre les travaux de construction, García-Margallo put-il dans la matinée du donner à son ministre de tutelle connaissance de la tranquillité alors régnante. Lors d’une conférence télégraphique le même jour, le ministre, après avoir félicité Margallo, approuva les mesures prises par celui-ci et l’autorisa, si les hostilités continuaient, de causer tout dommage possible aux agresseurs, l’invitant en même temps à solliciter tout ce dont il aurait besoin pour la sécurité de la place de Melilla et des forts.