La Collection Khalili d'art islamique est l'une des plus vastes et prestigieuses collections privées consacrées à l'art islamique au monde. Elle fait partie des huit collections constituées, conservées, publiées et exposées par le professeur Nasser David Khalili, collectionneur, philanthrope et érudit d’origine irano-britannique, et dont chacune de ces collections est considérée comme l’une des plus importantes dans son domaine. La collection d'art islamique comprend objets retraçant l’histoire de l’art islamique sur une période de près de , de l’an 700 jusqu’à la fin du .
Des expositions exclusivement consacrées à cette collection ont été organisées à l’Art Gallery of New South Wales de Sydney, à l’Institut du Monde Arabe à Paris, à la Nieuwe Kerk d’Amsterdam, ainsi que dans de nombreux autres musées et institutions à travers le monde. Une exposition présentée en 2008 à l’Emirates Palace d’Abou Dabi a été, à l’époque, la plus grande exposition d’art islamique jamais organisée.
Le Wall Street Journal a qualifié cette collection de plus grande collection d’art islamique existante. Selon Edward Gibbs, président pour le Moyen-Orient et l’Inde chez Sotheby's, il s’agit de la meilleure collection de ce type détenue par un particulier.
Histoire Installé au Royaume-Uni et originaire d’Iran, Nasser David Khalili a constitué huit collections d’art distinctes, chacune étant considérée comme l’une des plus importantes dans son domaine. Ensemble, ces collections rassemblent objets. Il a commencé à collectionner l’art islamique en 1970. Les collections privées se concentrent généralement soit sur l’acquisition de séries complètes d’objets, soit sur la sélection de pièces d’une qualité esthétique exceptionnelle ; la collection de Khalili combine ces deux approches. La collection d’art islamique est l’une des deux collections axées sur l’islam, aux côtés de la Collection Khalili du Hajj et des arts du pèlerinage. Des émaux islamiques figurent également dans la Collection Khalili des émaux du monde. En collectionnant l’art islamique, Khalili a découvert la damasquinure, une technique où des décorations en or ou en argent sont incrustées dans une surface de fer ; cela l’a conduit à constituer une Collection Khalili des objets métalliques damasquinés espagnols
En plus de collecter, conserver, publier et exposer ces œuvres, Khalili a financé la création d’un centre de recherche en art islamique à l’Université d’Oxford, ainsi que la première chaire universitaire dans cette discipline, à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de Londres. Il est également l’auteur d’une histoire de l’art et de l’architecture islamiques publiée en quatre langues. Khalili a décrit l’art islamique comme « l’art le plus beau et le plus diversifié ». Il affirme vouloir utiliser l’art et la culture « pour créer une bonne entente entre l’Occident et le monde musulman ».
Aperçu de la collection En plus de copies du Coran, de manuscrits rares et illustrés, la collection comprend des albums et des peintures, des miniatures, des objets en laque, des céramiques, du verre et du cristal de roche, des œuvres en métal, des armes et des armures, des bijoux, des tapis et des textiles, plus de 15 000 pièces de monnaie ainsi que des éléments architecturaux. Elle renferme également des folios de manuscrits ornés de miniatures persanes, dont le Grand Shah Nameh de Shah Tahmasp, le Shâh Nâmeh Demotte et le plus ancien manuscrit d’histoire universelle, le Jami al-tawarikh.
Parmi les armes et armures figure une selle en or du datant de l’époque de Gengis Khan.
La collection de céramiques, qui compte environ 2 000 pièces, est particulièrement riche en poteries bleues et blanches de l’époque timouride ainsi qu’en poteries antérieures aux Mongols provenant de Bamiyan. La collection de bijoux comprend plus de 600 bagues. Environ 200 objets sont liés à la science et à la médecine islamiques médiévales, notamment des instruments astronomiques pour déterminer la qibla (direction de La Mecque), des outils, des balances, des poids et des « bols magiques » destinés à un usage médical. Parmi ces instruments scientifiques, on trouve un globe céleste fabriqué en 1285–1286 et un astrolabe du XVIIe siècle commandé par l’empereur moghol Shah Jahan.
Objets de la collection Corans La collection de corans complets et de folios individuels comprend 98 manuscrits datant d’avant l’an 1000 apr. J.-C., 56 datant de la période allant de 1000 à 1400, 60 entre 1400 et 1600, et plus de 150 postérieurs à 1600.
L’historien Robert Irwin a décrit cette collection comme « l’une des plus vastes et des plus représentatives de manuscrits coraniques au monde », et elle constitue la plus grande collection privée.
Parmi les objets les plus anciens de la collection figurent des exemplaires complets conservant encore leur reliure d’origine. La collection comprend également un folio individuel provenant du Codex Parisino-petropolitanus, l’un des plus anciens manuscrits coraniques encore existants.
On y trouve deux folios du Coran bleu du , le seul Coran subsistant réalisé sur vélin teint à l’indigo.
Une section d’un Coran du porte la signature du calligraphe Yaqut al-Musta'simi, considéré comme l’un des plus grands maîtres de la calligraphie coranique classique.
Un Coran exceptionnellement grand en un seul volume, daté de 1552 apr. J.-C., faisait partie de la bibliothèque impériale moghole sous les règnes d’Aurangzeb et de Bahâdur Shâh, dont il porte les sceaux. On pense qu’il a été commandé par le Tahmasp Ier.
Un Coran en un seul volume du , œuvre du calligraphe , a appartenu à la princesse ottomane .
Manuscrits illustrés et miniatures Les manuscrits illustrés de la collection comprennent des copies complètes ainsi que des folios détachés provenant d’Iran, d’Inde et de Turquie. On y trouve plusieurs exemplaires complets ou folios du Shahnameh (Livre des Rois), épopée nationale de l’Iran mêlant éléments historiques et mythologiques dans son texte et ses illustrations. Cela inclut dix folios illustrés du Grand Shah Nameh de Shah Tahmasp (vers 1520), quatre du Shahnameh Eckstein de la fin du XVIe siècle, et un parmi les 57 folios encore conservés du Shâh Nâmeh Demotte (vers les années 1330).
La collection comporte plusieurs exemplaires du Khamsé, qui rassemble cinq poèmes épiques. Un diwan du poète du XIVe siècle Hafez, daté de l’an 924 de l’hégire (1567–1568 apr. J.-C.), contient deux peintures enluminées. Parmi les nombreux folios détachés provenant d’Iran, notamment d’Ispahan au XVIIe siècle, figurent des œuvres de Reza Abbasi, Moïn Mosavver, Mohammad Zaman, et .
Un exemplaire du XVe siècle du Masnavi, poème du savant et mystique Rûmî, est enluminé à l’encre, à l’aquarelle et à l’or. Les folios du XVe siècle provenant de l'Empire ottoman incluent deux feuillets d’un Siyar-i Nabi (biographie du prophète Mahomet) commandé par le sultan Mourad III.
Certains folios proviennent d’ouvrages d’histoire dynastique ou universelle, notamment deux issus du plus ancien exemplaire illustré connu du Zafarnameh de Sharaf ad-Din Ali Yazdi, datant de 1436 apr. J.-C. On y trouve également une section du plus ancien manuscrit connu du Jami al-tawarikh, histoire universelle rédigée par Rashid al-Din ; l’autre partie survivante de ce manuscrit est conservée à la bibliothèque de l’université d'Édimbourg.
Une peinture issue du (chronique du règne royal) représente Shah Jahan entouré de sa famille et de sa cour, assistant à un combat d’éléphants.
Parmi les 76 peintures indiennes de la collection, nombreuses sont celles commandées par les empereurs moghols. Elles incluent deux folios d’un Ramayana commandé par Akbar pour sa mère, ainsi qu’un folio du Hamzanama d'Akbar, grand manuscrit illustré du Hamzanama, également commandé par Akbar. La collection comprend également deux folios illustrés des Mémoires de Babur, fondateur de l’Empire moghol.
Manuscrits divers Parmi les autres manuscrits figure un exemplaire richement enluminé de la première partie de (un commentaire détaillé sur la vie et le caractère de Mahomet), provenant de la cour royale marocaine du XVIIe siècle. Un manuscrit du Tuhfah al-Saʿdiyyah, un commentaire du traité médical Le Livre de la Loi concernant la médecine d’Ibn Sina, daté du XIVe siècle. Un diwan du poète Al-Mutanabbi datant également du XIVe siècle est enluminé selon les standards les plus élevés de l’époque.
Calligraphie Les 174 œuvres de calligraphie comprennent des hilyes (portraits verbaux du prophète Mahomet), des ijazat (licences autorisant leur détenteur à transmettre un savoir protégé), des muraqqa‘at (albums de calligraphie), et des siyah mashq (feuilles d'exercices calligraphiques). Les calligraphes incluent Yaqut al-Musta'simi, connu pour avoir affiné et codifié les six styles fondamentaux de la calligraphie en écriture arabe, ainsi que d'autres artistes influencés par lui, de même que les sultans Abdülmecid Ier et Mahmoud II. L’essentiel de la collection provient de l'Empire ottoman, entre le et le . Un album de calligraphie contient des œuvres signées par des scribes au service de l’empereur moghol Aurangzeb.
Arts du métal Les 1 000 objets en métal de la collection couvrent une période allant du au début du . Ils proviennent de l’ensemble du monde islamique, en particulier d’Iran, de la Djazira (dans l’actuelle Syrie et l’Irak), ainsi que de l’Inde des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Les objets incluent des bols, des brûle-parfums et des aiguières. Le laiton et le bronze sont des matériaux courants. Les métallurgistes de l’Iran des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles fabriquaient des récipients et des brûle-parfums en forme d’oiseaux ou d’animaux, et la collection en conserve plusieurs exemples. Les décors des objets vont des motifs en arabesques aux inscriptions, en passant par l’art figuratif.
Bien qu’il soit rare, dans l’art métallique islamique, que les artistes signent ou datent leurs œuvres, plusieurs objets de la collection portent des signatures ou des dates. Certains portent également le nom de leurs commanditaires ; par exemple, un bol en laiton incrusté d’argent du XIVᵉ siècle porte le nom d’An-Nâsir Muhammad ben Qalâ'ûn, un sultan Mamelouk du Caire du XIIIᵉ siècle. Un coffret en laiton de la Djazira datant du début du XIIIᵉ siècle, richement incrusté d’argent, comporte quatre cadrans numériques ; ceux-ci faisaient partie d’une serrure à combinaison dont le mécanisme est aujourd’hui perdu.
Bijoux La collection de bijoux comprend près de 600 ornements personnels, plus de 600 bagues et 200 objets de luxe provenant des ateliers royaux de l’Empire moghol. Ensemble, il s’agit de la collection publiée la plus complète de bijoux islamiques. Les ornements incluent presque tous les types — des bracelets et amulettes aux boutons et broches — à partir du VIIe siècle. Ils sont décorés de pierres précieuses, d’émail ou de niellage. Les objets fatimides de la collection présentent le style de filigrane dit « corde et grain », caractéristique de l’Égypte ou de la Syrie. Les pièces mogholes incluent un rubis gravé aux noms des empereurs Shah Jahan et Jahangir. Une boîte de l’Inde moghole du XVIIe siècle est composée de 103 émeraudes gravées serties dans un cadre en or, surmonté d’un diamant facetté. La plupart des objets en or émaillé créés pour la cour moghole se trouvent aujourd’hui parmi les joyaux de la Couronne iranienne ou au musée de l’Ermitage en Russie; une exception est une boîte octogonale de la collection Khalili datant d’environ 1700. Un bol de narguilé du XVIIIe siècle, provenant du Mewar en Inde, est fait d’or avec une décoration en émail coloré. Un insigne, un collier et une étoile en or, constituant l’Ordre du Lion et du Soleil, sont ornés d’émaux et de pierres précieuses. Ils furent offerts par Fath Ali Chah Qadjar d’Iran au diplomate britannique John Macdonald Kinneir