La montée de l’antisémitisme en France depuis le correspond à une nouvelle vague d’antisémitisme, d’une ampleur sans précédent depuis la Shoah, qui s'est déclarée brusquement en France et dans le monde entier, avec l’attaque du Hamas contre Israël du , puis la riposte de ce dernier et la guerre à Gaza qui se sont ensuivies, et qui se poursuit au moins jusqu'en 2025.
Cette nouvelle vague d’antisémitisme est d’une nature en grande partie spécifique par rapport à l’époque précédente : plus concentrée dans certaines régions et villes françaises, plus jeune, relevant d’un « retournement historique » dans lequel, selon Brice Teinturier, « LFI dispute désormais à l'extrême droite le leadership des préjugés antisémites ». Il est aussi plus souvent lié au conflit au Proche-Orient. Depuis le , l’antisionisme est plus souvent cité pour justifier les actes ou les jugements antisémites : 25 % des sympathisants de LFI éprouvent de la sympathie pour le Hamas et 40 % d'entre eux refusent de qualifier l'organisation de terroriste.
Il existe une grande confusion entre antisémitisme et antisionisme dans l’esprit des Français. Les définitions sont pourtant souvent rappelées : la critique de la politique d’Israël ne relève ni de l’antisémitisme, ni de l’antisionisme. Ce dernier tombe sous le coup de la loi lorsqu’il entraîne la négation de l’existence de l’État d’Israël et incite à sa destruction.
Augmentation sans précédent des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023 Méthodologie de comptage Le service central du renseignement territorial (SCRT) du ministère de l'intérieur construit chaque année les chiffres des actes à caractère antisémite, antimusulman, antichrétien, raciste et des atteintes aux lieux de culte et sépultures. Pour ce faire, il prend en compte des données fournies par les services de police et de gendarmerie, croisées pour les faits antisémites avec les signalements transmis par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ). Seuls les faits ayant donné lieu à un dépôt de plainte ou à une intervention de police, suivie d’un constat des forces de l’ordre, sont intégrés dans les statistiques.
Multiplication des actes antisémites Depuis l'attaque terroriste du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, les violences antisémites en France se multiplient : en cinq semaines (du au ), plus de mille cinq cents actes antisémites sont comptabilisés en France, selon le service central du renseignement territorial du ministère de l’intérieur.
Une enquête de L'Express datant du révèle que les agressions antisémites représentent désormais 57 % de l’ensemble des agressions racistes et antireligieuses dans le pays, alors que les Juifs comptent pour moins de 1 % de la population française (alors que jusqu’à cette période, les actes antireligieux les plus nombreux dans l’hexagone étaient les actes anti-chrétiens). Le même jour, l'Éducation nationale révèle que les actes antisémites recensés à l'école ont presque triplé en un an.
Selon France-info, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) a constaté sur X (ex-Twitter) que « Cette vague de haine qui monte (...) n'est pas la première depuis la Seconde Guerre mondiale, mais elle est d'une ampleur inédite, gangrène le tissu social, la cohésion nationale et les valeurs de la République ».
Au premier trimestre 2025, 280 faits antisémites ont été recensés en France.
Amplification de leur violence Violence verbale Le , le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, ouvre une enquête sur des chants antisémites et pro-nazis filmés dans le métro parisien par un groupe de jeunes gens : , puis .
Fin , à la suite des exactions du , le récit d'un bébé brûlé vivant dans un four par le Hamas est repris par plusieurs médias et sur les réseaux sociaux. Le , alors que l'information s'est avérée fausse, l'influenceuse et mannequin française Warda Anwar publie sur son compte Instagram une vidéo dans laquelle elle ironise à ce sujet, se demandant « s'ils ont mis du sel, du poivre, s'ils ont mis du thym ? Ils l'ont fait revenir à quoi ? Et ça été quoi l'accompagnement ? », avant que son fils de 12 ans n'ajoute : « en accompagnement avec ce gigot de bébé n'était qu'autre qu'une assiette de frites avec une sauce ketchup et mayonnaise ». Le parquet lui reproche notamment de « tourner en ridicule les informations qui proviennent d’Israël », « blanchir le Hamas de sa barbarie », à travers une « minimisation outrancière de l’acte terroriste » sur fond de « terreau complotiste », tandis qu'elle dit avoir voulu dénoncer une « propagande » et une « manipulation des médias ». Elle est condamnée en première instance à 10 mois de prison avec sursis, pour apologie du terrorisme, le .
Quelques jours auparavant, Refaat Alareer, professeur de littérature à l'université de Gaza, tué le avec sa famille dans un bombardement israélien, s'était déjà demandé si le bébé avait été cuit « avec ou sans levure ».
Des menaces apparaissent également sur certains murs, telles que « Mort à Israël » ou « De la mer au Jourdain, Palestine vaincra », habituels slogans pro-palestiniens pour l'éradication d'Israël.
Extrême violence physique Selon le rapport annuel du Service de protection de la communauté juive, l'année 2024 se caractérise par le plus grand nombre d'agressions physiques à caractère antisémite de la décennie, à savoir 106 agressions, et par l'extrême violence de nombre d'entre elles.
Crimes et agressions Le , une femme juive est poignardée à Lyon et une croix gammée est taguée sur son domicile. L'enquête est classée sans suite en 2024, l'hypothèse de l'agression antisémite, d'un conflit conjugal, d'une automutilation ayant été envisagée.
Le , un homme est suspecté d'avoir violé, séquestré et menacé de mort une femme de confession juive dans un appartement de Gennevilliers. Lors de son interpellation, il aurait justifié ses actes par le .
Le , trois garçons âgés de 12 et 13 ans sont mis en examen pour le viol en réunion d’une enfant juive de 12 ans à Courbevoie commis avec dans un local désaffecté. Après l’avoir traitée de « sale juive » et frappée, ils auraient imposé à la fillette, selon une source policière, des pénétrations anales et vaginales ainsi que des fellations. Deux des garçons sont condamnés à neuf et sept ans de prison ferme en .
Le , alors qu'il revient de la synagogue avec son fils de , le rabbin d'Orléans est abordé par un adolescent qui le filme et le questionne sur sa religion, « tout en proférant des injures à caractère antisémite et en crachant en leur direction ». Le rabbin est ensuite frappé et mordu. Arrêté après l'agression, le suspect, déjà connu des services de police, qui avait affirmé être un Palestinien âgé de , s'avère être de nationalité marocaine, « mineur isolé, arrivé en France depuis moins d’un an ».
En mai puis , c'est le rabbin Élie Lemmel qui est victime de deux agressions successives.
Terrorisme Le vers 6 h 45, un homme armé jette un cocktail Molotov à travers une fenêtre de la synagogue de Rouen causant d'importants dégâts matériels et l'effroi de la communauté juive. À la suite de l’incendie criminel, l'homme, algérien sous OQTF, armé d’un couteau et d’une barre de fer, a ensuite tenté de s’attaquer aux forces de l’ordre avant d’être abattu.
Le , peu avant 8 h 30, un homme est filmé par des caméras de vidéosurveillance, le visage découvert et un drapeau palestinien déployé autour de la taille, alors qu'il tentait de mettre le feu autour de la synagogue Beth Yaacov à La Grande-Motte (Hérault), avant l'office matinal du Shabbat qui accueille habituellement de nombreux fidèles. Le principal suspect, El Hussein Khenfri, reconnaît les faits dès sa première audition et explique avoir agi pour soutenir la cause palestinienne. Dans un communiqué diffusé mercredi après-midi, le Pnat (Parquet national antiterroriste) explique qu'il s'était « radicalisé dans la pratique de sa religion depuis plusieurs mois et [nourrissait] également, de longue date, une haine des juifs, plus spécialement focalisée sur la situation en Palestine ».
La multiplication des violences antisémites entretient un climat d'insécurité violent chez les juifs : nombre d'entre eux cessent de porter la kippa, de se tenir devant les synagogues ou d'emprunter des taxis. D'autres enlèvent la Mézouza de leur porte ou changent leur nom sur la sonnette.
Profonde dégradation du climat envers les Juifs Les faits antisémites ne donnent pas toujours lieu à un dépôt de plainte ou à une intervention de police. Certains, plus discrets mais plus quotidiens, démontrent une profonde dégradation de la situation des juifs en France. Ces derniers sont dans ce cas sans défense car ces comportements ne sont le plus souvent pas légalement répréhensibles et/ou sont présentés comme relevant de la liberté d’expression et de la prise de position politique.
Lors de la manifestation parisienne du pour la Journée des droits des femmes se trouvent des manifestantes de Nous vivrons et de No silence, collectifs créés pour dénoncer les crimes sexuels du 7 octobre. Alors qu'elles n'arborent pas de drapeau israélien, elles subissent insultes («sales juives», «nazis», «Israël assassin»), tentatives d'agressions, menaces et jets de projectiles. Elles sont exfiltrées du cortège par les forces de l'ordre.
Le , une centaine d'étudiants occupe l'amphithéâtre Émile Boutmy de l'établissement de Sciences Po Paris renommé pour l'occasion « amphithéâtre Gaza ». Une étudiante de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) est .
À Sciences Po, en , des manifestants exhibent leurs mains peintes en rouge, pour, selon eux, appeler au cessez-le-feu en solidarité envers les victimes civiles. Or, l'exhibition de ses mains peintes en rouge évoque le lynchage de réservistes israéliens à Ramallah en 2000 où deux réservistes israéliens sont tués par des membres d'une foule palestinienne qui ont réussi à pénétrer dans le commissariat où les soldats sont retenus, l'un des assaillants montrant ensuite ses mains ensanglantées par la fenêtre. L'élue socialiste Pernelle Richardot déclare sur X : « Poussés par la haine antisémite, dans le silence assourdissant d'une partie de la gauche républicaine, les étudiants "bien pensants" de Sciences Po glorifient un lynchage ! ». Le dessinateur Joann Sfar en fait le dessin sur son compte Instagram et ajoute : « Ce symbole date du . Ce n’est pas un appel à la paix, c’est le signe du massacre à mains nues de Yosef Avrahami et Vadim Norznich.» Auprès de CheckNews, des étudiants ont assuré qu’ils n’avaient pas connaissance de cette référence historique.
Nouveaux contours de l'antisémitisme La direction nationale du renseignement territorial (DNRT) a montré qu'entre 2023 et 2024, les actes antisémites se concentrent toujours plus sur l'Île de France : au 1er trimestre 2024, 53 % d’entre eux ont lieu en Île-de-France (contre 37% en 2023). Ensuite, les régions les plus touchées sont la Provence-Alpes-Côte-d’Azur et l’Auvergne-Rhône-Alpes. Les villes aussi connaissent une polarisation : à Nice, 38 actes antisémites ont été réalisés au premier semestre 2024 (contre seulement 2 dans le même temps en 2023), à Marseille, 26 actes et à Sarcelles, 12.