La léproserie Saint-Lazare d'Herbet est une léproserie fondée en France à la fin du par la comtesse G. de Montferrand. Elle est située en Auvergne à deux kilomètres au sud de l'ancienne ville médiévale de Montferrand, et fut active jusqu'au .
La léproserie d'Herbet a une singularité : être proche du tribunal de la Purge, une juridiction royale unique, créée au pour enquêter sur de potentiels lépreux. Son siège se trouvait à l'origine au sein de la léproserie, avant d'être déplacé à Montferrand.
Localisation La léproserie se trouve sur l'actuelle commune de Clermont-Ferrand, du fait de l'union des villes de Clermont et Montferrand, au sud-est du quartier Herbet...
Originellement, ce lieu était stratégique ; il était à l'extérieur des villes, permettait d'isoler les malades, et se trouvait au carrefour de deux voies terrestres importantes : le « chemin français » reliant Paris au Languedoc via Montferrand, et la route entre Clermont et Pont-du-Château.. Par ailleurs, la léproserie sert de borne pour délimiter la fin de la paroisse de Montferrand à l'époque médiévale.
Le site était, en plus, proche d'un cours de la Tiretaine, dit « Tiretaine du Sud »..... Ce dernier a progressivement été enterré à partir du début des années 1970Les images satellites datées du janvier 1969 montrent le cours d'eau apparent, tandis que celles du janvier 1972 montrent que l'ensevelissement a débuté..
Historique Principale période d'activité - milieu du gauche|vignette|Plaque au sol dédiée à la Comtesse G. de Montferrand.La date de fondation de l'ensemble n'est pas connue exactement. On peut l'estimer à la fin du : le testament de la comtesse G., daté de 1199, en fait mention ; elle serait à l'origine de la fondation de la léproserie, sur la fin de sa vie,.
Durant les premiers siècles de son existence, l'autorité s'exerçant sur la léproserie est incertaine. Durant les , la léproserie est fondée et administrée par le consulat de Montferrand. Le , Louis II de Beaujeu vend la ville ainsi que la léproserie au roi Philippe IV le Bel, en raison de difficultés financières. Durant le , ces deux autorités, royale et consulaire, entretiennent des rapports conflictuels. Au cours de plusieurs procédures juridiques, elles s'échangent la propriété du site, avant d'aboutir, à la fin du siècle, à un statu quo dans lequel les consuls de Montferrand gardent le contrôle effectif du site, assistés d'une « tutelle étatique ». Durant ces troubles, l'administration du site est assurée de facto par les consuls de Montferrand, directement ou indirectement.
Dans un premier temps, la léproserie d'Herbet héberge le tribunal de la Purge. Cette juridiction est vraisemblablement modeste jusqu'au . À cette période, la Purge devient une juridiction royale, bien qu'administrée par les consuls de Montferrand, et gagne en importance ; en 1339 et 1349, deux lettres du roi Philippe VI de Valois attestent de l'importance accordée au site. La première lettre donne le droit exclusif aux consuls de Montferrand de nommer les administrateurs de la léproserie, la seconde autorise que ...
Par effet direct, la léproserie d'Herbet devient la plus importante d'Auvergne, en statut et en richesse. Elle est à la tête d'un petit réseau de léproseries, incluant celles de Murat et d'Issoire, comme l'attestent des jugés du Parlement de Paris dès le milieu du ..
Le , un important séisme a lieu, causant des dégâts au sein de la léproserie. Ces dégâts engendrent des rénovations du site, notamment au niveau de la chapelle. À cette occasion, les cloches sont réparées et la pile du clocher est rénovée..
En 1479 et 1480, des travaux ont lieu sur l'Ouest du site, dans le but de construire des "retraits", ou "chambres aysées". Il s'agit vraisemblablement de travaux d'une certaine importance, pour lesquels les ouvriers sont bien rémunérés. Ces latrines sont composées de deux compartiments importants, construits en bois et en pierre avec un toit en tuiles, destinés aux ladres. Ceux-ci sont séparés, sans doute pour séparer les ladres en fonction de leur sexe, comme il est d'accoutumée au sein de la léproserie. Ils étaient potentiellement situés au sud de l'actuelle entrée de l'Impasse du Monastère, au fond de laquelle se trouve la chapelle. Ces latrines sont une infrastructure exceptionnelle par rapport aux standards de l'époque, puisqu'il s'agit des seules construites au sein d'une léproserie dans le diocèse de Clermont.
De 1497 à 1510, un nouveau lieu est construit pour accueillir le tribunal de la Purge en plein Montferrand, appelé l'Auditoire de la Purge. Cet auditoire se serait trouvé, vraisemblablement, près de l'actuel Musée d'Art Roger-Quilliot, lui-même situé dans l'ancien couvent des ursulines. Il sera utilisé jusqu'à la caducité de la juridiction au .. Dès lors, la léproserie d'Herbet perd sa fonction de tribunal et est cantonnée à son rôle de lieu d'isolement et de soin des malades, jusqu'à son abandon progressif.
Déclin de la léproserie milieu du - fin du À partir du , le site tombe progressivement en ruine, faute de moyens, et malgré la présence de malades. Dès 1592, les consuls de Montferrand reconnaissent le faible nombre de malades restants au sein de la léproserie. Par ailleurs, les consuls de Montferrand font face à un certain nombre de faux malades, et décident donc de faire réexaminer les habitants d'Herbet, et font quitter l'établissement aux personnes saines. Dans le même temps, l'intérêt portés par ceux-ci à la maladrerie décline : les travaux nécessaires et plusieurs fois sollicités sont repoussés voire oubliés, et la charité montferrandaise est seule à porter la charge des ladres. En 1611, le roi Louis XIII fusionne les léproseries et leurs biens avec les structures charitables les plus proches. La léproserie d'Herbet passe sous l'égide de l'Hôtel-Dieu de Montferrand (aujourd'hui disparu).
Il est vraisemblable de penser que cette union ne fut que formelle, et que l'union de fait remontait à une pratique mise en place en 1542, l'édit de 1611 ne fait donc que formaliser cet état de fait. Avec le recul de la lèpre en France, la léproserie tombe en désuétude ; elle est fermée, par décision royale, en l'an 1696, en même temps que le tribunal de la Purge de Montferrand. La maladrerie sera reconvertie dans les décennies suivantes.. La chapelle est désacralisée. Les biens de l'ancienne léproserie deviennent une ferme, ses revenus sont remis à l'Hôtel-Dieu de Montferrand, toujours propriétaire du lieu.
Depuis la fermeture vignette|Vue sud-ouest de la léproserie Saint-Lazare d'Herbet en 2025. En 1695, la léproserie subit des travaux, en raison de l'ancienneté et du mauvais état des bâtiments. Par la suite, la chapelle désacralisée est placée sous le patronage de Fiacre, et devient une dépendance de l'Église Notre-Dame-de-Prospérité de Montferrand. Elle reprend alors une certaine activité, recevant même un important legs pour fonder une messe à perpétuité. Cependant, l'édifice est rapidement abandonné à nouveau au cours du .
Le 4 Mai 1696 la léproserie d'Herbet devient propriété de l'Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand en raison d'un arrêt royal. Plus tard, la propriété est cédée au Centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.
Le Gustave Le Mallier, préfet du Puy-de-Dôme, autorise la destruction d'une partie de la chapelle pour construire une grange.
L'ancien enclos de la léproserie, en mauvais état, est détruit et remplacé par un nouveau mur d'enceinte en 1908. Ce nouveau mur garde cependant les croix ornant l'ancienne clôture, deux en pierre et une en fer.
En 2005, elle est vendue à Logidôme, aujourd'hui Assemblia, bailleur social dans le Puy-de-DômeHistorique des propriétaires de la Léproserie selon Geoffrey Brun... Ce dernier projetait de détruire le site et construire des logements sociaux. Ce projet est abandonné quelques années plus tard.. Aujourd'hui, le site de la Léproserie d'Herbet est fondu au milieu de bâtiments résidentiels contemporains. Certains éléments sont encore visibles, notamment le jardin, une partie de la chapelle, les dortoirs, l'entrée et le pigeonnier.
Fonctionnement interne Le fonctionnement interne de la léproserie n'est pas connu avant la seconde moitié du , en raison du manque d'archives. À cette période, un administrateur est désigné par les consuls de Montferrand. Il s'agit d'un homme sain, contrairement à la pratique dans d'autres établissements similaires. C'est également un laïc ; les charges spirituelles et temporelles sont séparées. La charge de cette fonction est toujours donnée à un montferrandais (hormis une exception au milieu du où un riomois sera désigné). Il s'agit d'un poste convoité, raison pour laquelle toutes les grandes lignées de la ville cherchent à y placer un de leurs membres. L'administrateur n'a de comptes à rendre qu'auprès des consuls de Montferrand, et pas aux autorités religieuses, la léproserie n'étant pas rattachée à Clermont. Il est également le garant de l'ordre social au sein du site, notamment vis-à-vis des querelles quotidiennes.
La léproserie d'Herbet serait devenue sélective à partir du : elle demandait des droits d'entrée (financiers) élevés par rapport aux normes de l'époque ; elle aurait pu être réservée à des « ladres » ayant des ressources financières importantes. Dans le même temps, la maladrerie aurait accueillie en son sein une commanderie, confiée aux hospitaliers de Malte, dirigée par un commandeur nommé par les consuls de Montferrand.
Au sein de la léproserie, les malades ne sont pas abandonnés. Ils sont pris en charge ponctuellement par des praticiens (médecins, chirurgiens-barbiers et apothicaires) procurant des soins censés rendre la maladie plus supportable, et au quotidien par des donats. Les connaissances médicales sont encore limitées, et les malades ne quittent pas la maladrerie. La léproserie reçoit régulièrement la charité venue de Montferrand, d'une part, en nourriture pour les « ladres », et, d'autre part, en argent pour les frais occasionnés par l'entretien des malades.
Il a existé un règlement interne à la léproserie. Du peu qu'il est connu de ce règlement, il semblerait que les malades doivent adopter un mode de vie monacal dans l'établissement.
Organisation spatiale Le site d'Herbet contient un ensemble d'édifices liés à la léproserie, parfois dénommé « Herbet village » dans les siècles suivants.. Cet ensemble est constitué d'une chapelle, dédiée à Lazare de Béthanie, saint patron des lépreux, de dortoirs, d'une cave, d'un pigeonnier, d'un cimetière, d'un jardin, d'une fontaine, d'une cuisine, d'un réfectoire, ainsi que d'une grange, et de retraits, le tout ceinturé d'un enclos. Des logements sont prévus pour les personnes saines travaillant dans la léproserie. Le mur actuel du site, daté du début du , est plus bas que l'ancien enclos, mais reprend le même tracé. Avec la construction d'édifices modernes, celui-ci ne ceinture plus le site qu'à l'ouest.
Ce développement extensif s'explique par la proximité de la Purge de Montferrand. Celle-ci enquêtait sur de potentiels « ladres » (lépreux) venus du diocèse de Clermont, voire, par exception, de diocèses plus lointains, tel que le diocèse du Puy-en-Velay, de Saint-Flour, ou de Bourges. Son champ d'action se serait même étendu encore davantage au au Languedoc, au Bourbonnais, au Beaujolais, au Lyonnais, et à la Marche..
Architecture