Lolive, de Beuvry et Cie est une entreprise de passementerie créée à Paris en 1796 par Marie Sophie Lolive (1763-1847), à laquelle s'associeront plus tard Françoise Pierrette Le Pileur de Beuvry (1770-1842) et Étienne Jean Désiré Chemin (1770-1836). Maison très réputée sous le Ier Empire, elle fournissait la famille impériale, notamment Napoléon Ier, Joséphine de Beauharnais, Marie-Louise d'Autriche puis la famille royale après la Première Restauration.
thumb|gauche|redresse=3.5|Mémoire de « Lolive, De Beuvry et Cie » de 1809
Historique Elle est créée en 1796 par Marie Sophie Lolive sous l'appellation « Lingers : Lolive » et était située rue NicaiseOu rue Saint-Nicaise située dans le centre de Paris mais qui n'existe plus aujourd'hui., quartier des Tuileries, au 507Almanach du commerce de Paris de l’an VIII (1799-1800).. En 1802, le commerce est situé au n°7 de la rue du Faubourg Montmartre (aujourd'hui dans le arrondissement de Paris). Françoise Pierrette Le Pileur de Beuvry s'associe plus tard à Marie Sophie Lolive. Elles déménagent ensuite au n°61, rue Neuve-des-Petits-Champs (aujourd'hui Rue des Petits-Champs dans les 1ers et 2èmes arrondissements de Paris). Il se développe sous le Empire en fournissant principalement la famille impériale, notamment l'Empereur et les deux Impératrices successives.. Le commerce poursuit ses activités sous les deux Restaurations, puisqu'en 1814, Lolive est dite « lingère de S. M. (Sa Majesté) ». En 1817, l'almanach du commerce dénomme leur entreprise : « Lolive-de-Beuvry et Comp., Lingers du garde-meuble de la Couronne et du duc d’Orléans, rue Saint-HonoréLa rue Saint-Honoré est aujourd'hui située dans les et arrondissements de Paris. 362En fait, leur maison de commerce avait déménagé dès le 1er août 1811 vers la rue Saint-Honoré : .». L'entreprise est alors exploitée chacun pour un tiers par Mademoiselle Lolive, Mademoiselle de Beuvry et Monsieur Chemin et ce jusqu'en . Il semble toutefois que Marie Sophie Lolive ait été la principale gestionnaire de l'entreprise car c'est fréquemment sa signature qui apparait sur les mémoires édités par celle-ci.
En 1816, le couple et Mademoiselle Lolive décident d'acquérir conjointement le Château des Hauts (La Chapelle-Saint-Mesmin)Celui-ci était à l'époque situé sur un domaine d'une superficie de 12 hectares. en bord de Loire près d'Orléans.
Étienne Jean Désiré Chemin épouse Françoise Pierrette Le Pileur de Beuvry le à Paris. Deux de leurs témoins lors de l'établissement de leur contrat de mariage sont le roi Louis XVIII et le futur roi Charles XBien que les registres d'état-civil reconstitués de la ville de Paris ne mentionnent pas la présence de ces deux témoins, celle-ci figure bien dans le contrat de mariage établi le 12 mai 1818 devant Me Batardy, notaire ainsi que dans les notes de l'ouvrage de l'abbé Lebeuf annoté par Hyppolite Cocheris : Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris (tome 4, page 210) : .. À cette occasion, le couple bénéficie d'une donation de la part de Marie Sophie Lolive.
Le couple et Mademoiselle Lolive viennent s'installer peu après à La Chapelle-Saint-Mesmin, pour y vivre de leurs rentes jusqu'à leurs décèsToutefois, Mlle Lolive semble avoir gardé un pied-à-terre à Paris, car une adresse parisienne est mentionnée la concernant dans un article de journal de l'année 1825 : ..
La maison du 362 rue Saint-Honoré est vendue le à Lebeuf, également marchande lingère, propriétaire de « À la Balayeuse » à ParisOn trouve régulièrement sur les sites internet de ventes aux enchères (Drouot, Sotheby's, ...), des factures éditées au début de la Seconde Restauration par « À la Balayeuse, 21, rue Neuve-des-Petits-Champs, Mlle Lebeuf, marchande lingère de leurs altesses Royales, Monsieur frère du Roi, Mme la Duchesse de Berry, Mme la Duchesse d'Orléans et Son Altesse Sérénissime Mademoiselle. ».
En , le couple de Beuvry et Mlle Lolive offrent à leur nouvel commune de résidence un local permettant l'ouverture d'une école pour les jeunes filles pauvres de la paroisse, tenue par deux sœurs et s'engagent à pourvoir aux frais de fonctionnement de cette écoleDélibération du conseil municipal du ..
Durant la trentaine d'années de résidence dans ce château, ils font l'acquisition d'un nombre conséquent de biens aux alentours : une centaine de parcelles de vignes, un moulin à eau sur la Loire, une aubergeIl s'agit de l'auberge de l'Écu dont ils feront don à la paroisse afin que le presbytère puisse bénéficier des loyers., quatre maisons situées dans le bourg dont deux situées près de l'église. Le couple possédait également un hôtel particulierCette résidence a pu être revendue avant 1836, car leur nom n'apparait pas dans le recensement de cette année-là : . rue d'Illiers à OrléansDes originaux de courriers adressés chez lui à Orléans dans les années 1820 se trouvent aux archives municipales de La Chapelle Saint-Mesmin.. Le château, le domaine et la plupart des vignes sont revendues en 1844, par Marie Sophie Lolive, les maisons et les parcelles restantes le sont en 1850 après sa mort, par les héritiers Chemin de Beuvry (familles Chemin-Cocheris)Matrices cadastrales du cadastre napoléonien, registre cote 1G11, Folios 234-235, archives municipales de La Chapelle Saint-Mesmin..
Lingers, lingères et passementiers Contrairement à aujourd'hui, à cette époque les lingères avaient pour mission de travailler, broder et décorer certains tissus autorisés et de fabriquer les vêtements ou objets commandés.
Avant la Révolution française, la corporation des marchandes lingères régissait un métier strictement féminin exclusivement réservé aux jeunes filles célibataire de religion catholique. L'apprentissage débutait chez une maîtresse lingère et durait plusieurs années.
Faisant suite à la suppression des corporations à la Révolution, l'encadrement de cette profession s’est ensuite largement assoupli.
Dans son ouvrage « Histoire de France contemporaine depuis la Révolution jusqu’à la paix de 1919 », Ernest Lavisse affirme qu'à cette époque : « Paris était la capitale européenne de la passementerie. Certaines firmes étaient célèbres, les modes et lingeries de Lolive, de Beuvry et Cie, les coutures et modes de Leroy (…) ».
Exemples d'articles Linges de maison
Linges de corps
Françoise Pierrette Le Pileur de Beuvry Née le à Paris, Françoise Pierrette de Beuvry est la fille de Jean-Baptiste Guillaume Le Pileur, marquis de Beuvry, originaire du département du Nord. Celui-ci vit à Paris. Il est aide major du régiment de Picardie et ancien capitaine de dragons au régiment de Choiseul. Il est marié à Anne Marie Hippolyte De La Salle. Après la mort de celui-ci, Anne Marie a un fils (né vers 1784) de François Charles Vaillant de Villers, qui porte le même nom que son père. Françoise de Beuvry héritera des biens de ce frère utérin à la mort de ce dernier. Au moment de la Révolution française, toute sa famille décide d'émigrer sauf elleMalheureusement, il n'a pas été possible de retrouver trace de leur nom parmi les 100 000 fiches du fichier des émigrés de la Révolution française numérisées et disponibles sur le site des Archives nationales : . Elle débute alors comme demoiselle d'honneur dans une maison de broderie où l'on note ses progrès rapides et son savoir-faire. C'est vers 1801-1802 qu'elle s'associe à Lolive. Grâce à l'action de l'Empereur Napoléon Ier, Pierrette de Beuvry récupère ses biens de noblesse confisqués lors de la Révolution. Leur commerce de lingerie prendra alors son essor.
Bienfaiteurs de leur nouvelle paroisse, elle et son mari offrent de nombreux objets liturgiques à l'Église Saint-Mesmin de La Chapelle-Saint-Mesmin, dont une statuette en bois peinte de Saint Vincent, patron des vignerons.. En , associés à la marquise de La Roussière, le couple de Beuvry fait élever une croix posée sur un socle de trois marches, place de l'église, en l'honneur du retour de la royauté et de la naissance du Duc de BordeauxLe discours prononcé à cette occasion par Étienne Jean Désiré Chemin de Beuvry est mentionné dans la délibération du conseil municipal du .. La croix disparaitra à la fin du mois de à la suite des évènements de la révolution de Juillet..
Après le décès d'Étienne Jean Désiré Chemin de Beuvry, le , sa veuve fait ériger dans le cimetière dit « du bourg » de la commune, une chapelle sépulcrale, imposant monument funéraire de 23 édifié à la mémoire de son mariUne plaque de marbre posée à l'intérieur de la chapelle porte cette inscription : « À la Mémoire d'Etienne Jean Désiré Chemin de Beuvry, chevalier de la Légion d'honneur, décédé le 25 mai 1836 et de Françoise Pierrette Le Pileur Chemin de Beuvry, son épouse, décédée le 1er juillet 1842. Les nièces reconnaissantes [Antoinette Louise Joséphine Chemin et Jacqueline Marie Chemin-Cocheris]... Deux amis regrettés dorment sous cette pierre... Pauvres qu'ils ont aimés... Pour eux une prière » : . en forme de temple grec, auquel on accède par un perron haut de cinq marches, surmonté à chaque coin d'acrotères en arc-de-cercle comportant un motif de palmette à flammes, probablement d'inspiration franc-maçonnique. Pierrette Le Pilleur de Beuvry, qui y repose également, en fit don à la communePar courrier adressé à la Préfecture du Loiret en date du , la commune s'engageait « à conserver, pour architecture et histoire locale, la chapelle de la famille Chemin de Beuvry, car elle a donné une partie du cimetière. », ainsi que deux parcelles de terrain du cimetière, afin d'agrandir celui-ciLe legs est signifié par acte notarié () le par Madame Le Pileur de Beuvry par-devant Maître Bigot. L'ordonnance royale du autorise la commune à accepter la donation. Enfin, le , l'acte de donation est signé et Madame veuve de Beuvry s'engage à faire démolir le mur séparant les deux parcelles, entourant le monument, du reste du cimetière..
À la suite de son décès en son château le , le testament de Pierrette Le Pileur de Beuvry prévoit un legs conséquent au bénéfice de la paroisse et de la commune. Dont notamment une maison devant permettre l'établissement d'une école de jeunes fillesCe legs est finalement autorisé par ordonnance royale du 25 mars 1845. Cette maison, située place du bourg est aujourd'hui un café-restaurant : .. Dans celui-ci, elle désigne également Marie Sophie Lolive comme légataire universelle en usufruit du château ainsi que les deux nièces de son mari, légataires universelles à parts égales : Antoinette Louise Joséphine et Jacqueline Marie Chemin-Cocheris.
Étienne Jean Désiré Chemin de Beuvry vignette|redresse=0.6|alt=Photographie en couleurs d'une stèle funéraire de type chapelle au milieu d'un cimetière.|Chapelle Chemin de Beuvry (en haut à droite du cliché).