Les droits des personnes LGBTQ au Salvador ne sont pas les mêmes que ceux du reste de la population.
Bien que les relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe soient légales depuis 1826, la société salvadorienne, majoritairement conservatrice, considère le thème comme tabou, et les droits LGBT se heurtent à de nombreux défis.
Au début des années 2000, une évolution progressive se fait sentir dans le pays, alors que la communauté commence à être plus visible, comme par exemple avec le cas de Hugo Salinas, première personne ouvertement gay à devenir maire d'une ville du Salvador (2006-2009). En , le conseil municipal de la ville (capitale) de San Salvador se déclare en faveur du respect des droits de l'homme pour les personnes faisant partie de la communauté LGBT, face aux partis de droite qui tentaient d'inscrire l'interdiction du mariage homosexuel dans la constitution. En , on interdit la discrimination basée sur l'orientation sexuelle dans le système de santé public. En , l'arrivée au pouvoir du FMLN est l'occasion de la création de la Direction de la Diversité Sexuelle (DDS) à l'intérieur du Secrétariat à l'inclusion sociale (SIS), et le décret exécutif numéro 56 de 2010 contient une série de mesures visant à éviter toute forme de discrimination dans l'administration publiue. En 2015, le Code Pénal salvadorien est modifié pour retenir comme circonstance aggravante un homicide motivé par l'identité ou l'expression de genre ou l'orientation sexuelle de la victime.
Cependant, avec l'arrivée au pouvoir du parti Nueva Ideas en , ce dernier orchestre une série de reculs concernant les droits LGBTI et les victoires obtenues les années précédentes. Le SIS est dissous le ; une de ses missions majeures étant de veiller à l'application du décret exécutif numéro 56, ce dernier se retrouve sans effet légal. En , quelques jours après une polémique sur la présence de contenu LGBT dans un programme de télévision éducatif, le Ministère de l'éducation ordonne le retrait de plusieurs libres sur l'éducation complète à la sexualité (cadre développé par l'ONU pour une éducation sexuelle qui comprend notamment des informations sur les sexualités LGBT) de tous les centres scolaires du pays. En , le président Bukele ordonne au Ministère de la santé de retirer tout contenu lié à la diversité sexuelle des cliniques et unités de santé du pays, et élimine aussi les "Lignes directrices pour la prise en compte totale des besoins de santé des personnes LGBT", approuvées en 2016 et donnant un cadre aux personnels de santé. De même, en , le ministre de l'éducation confirme les déclarations du président, qui a affirmé que tout contenu LGBTI avait été retiré des guides, livres, et matériels éducatifs, ainsi que toute trace de l'"idéologie du genre". En , Bukele annonce le renvoi de 300 employés du Ministère de la culture pour avoir, selon ses dires, promu des actes incompatibles avec la vision du gouvernement.
D'un autre côté, la marche des fiertés LGBT au Salvador se tient chaque année depuis 1997 à San Salvador.
Lois et droits
Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe Toutes les lois coloniales, dont celles qui réprimaient les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, sont déclarées caduques lors de l'indépendance en 1821, cependant, étant donné que le premier code pénal du Salvador n'a pas été promulgué avant 1826 (et ne criminalisait pas ces pratiques, sous aucune forme), on considère que les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe ne sont officiellement pas considérée comme un crime au Salvador depuis 1826.
Le Salvador est le seul pays d'Amérique Centrale qui n'a jamais officiellement criminalisé les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe depuis sa formation en tant qu'État souverain. Cependant, il existe plusieurs cas tout au long du XXème siècle où des personnes LGBTI+ sont arrêtées sous des motifs d'avoir contrevenu aux lois qui criminalisaient les actes "contraires aux bonnes mœurs" ; par exemple, l'arrestation de Juliana Martínez, une femme trans de San Vicente, détenue par la police de Hacienda en 1940, qui utilisa contre elle la loi de contre "les vagabonds et les criminels".
D'autre part, le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU a noté en 2003 que les "mesures locales", souvent connues sous le nom d'ordonnances sur les délits mineurs, sont utilisées comme outil de discrimination basée sur l'orientation sexuelle.
La majorité sexuelle au Salvador est de 15 ans, quelle que soit l'orientation sexuelle.
Reconnaissance des couples de même sexe Il n'existe aucune forme de reconnaissance pour les couples de même sexe, que ce soit en union civile ou mariage. Depuis 2005, plusieurs débats se sont tenus à l'Assemblée législative dans le but d'inscrire dans la constitution l'interdiction du mariage entre personnes de même sexe et l'adoption homoparentale, mesure appuyée par les partis conservateurs et par l'Église catholique. Malgré cela, toutes les tentatives d'interdire constitutionnellement le mariage homosexuel et l'adoption homoparentale ont échoué.
En , un avocat salvadorien soumet une demande à la Cour Suprême du pays, demandant que soit modifié l'article 11 du Code de la Famille, qui définit le mariage comme une union entre un homme et une femme. En qualifiant la loi de discriminatoire et en soulignant l'absence de termes genrés dans l'article 34 de la constitution, la demande visait à octroyer aux couples de même sexe le droit de se marier. Le de la même année, la Cour Suprême rejette la demande pour un vice de forme. Le , une seconde demande est présentée, là aussi contre l'interdiction de mariage entre personnes du même sexe. Le , la Cour Suprême rejette la demande pour des raisons de procédure.
En , la cour inter-américaine des droits de l'homme (CIDH) a prononcé une peine qui reconnaît le mariage entre personnes du même sexe comme un droit de la personne protégé par la Convention américaine relative aux droits de l'homme. Le même mois, la Chambre Constitutionnelle de la Cour Suprême de Justice du Salvador invalide une proposition de loi interdisant le mariage homosexuel.
Début 2020, la Chambre Constitutionnelle se penche sur une poursuite en justice qui cherchait à annuler une disposition légale qui empêchait le mariage homosexuel au Salvador. Cependant, à cause de la crise sanitaire du COVID-19 début 2020, le cas n'a jamais été réglé, et jusqu'à ce jour il n'existe aucune information sur la façon dont la poursuite a été résolue.
En 2021, on propose de modifier la constitution pour introduire le concept que "toute personne a droit à une famille" et que "le mariage n'est pas la seule base légale de la famille". Cette modification aurait pu permettre la possibilité que les couples homosexuels soient reconnus par la loi, cependant, la proposition fut rejetée par le président en .
Lois et mesures antidiscrimination
Protection au travail Depuis 2010, l'état salvadorien a mis en place des mesures légales qui interdisent la discrimination basée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre sur le lieu de travail, via un décret législatif.
Ce décret, le décret exécutif numéro 56 (2010), établit une série de mesures dont le but affiché est d'éviter toute forme de discrimination basée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre sur le lieu de travail dans l'administration publique. Il s'agit bien d'une grande avance en matière de droits LGBTI+ dans le pays ainsi qu'en Amérique Centrale, puisque le Salvador est alors seulement le deuxième pays de la région (après le Nicaragua en 2008) à adopter des mesures légales contre la discrimination de ce type sur le lieu de travail. Cependant, cette avance est à tempérer, car elle n'interdit pas la discrimination basée sur les caractéristiques sexuelles ou l'expression de genre. Ainsi, les personnes intersexes et toutes les personnes dont l'apparence physique ne correspond pas à leur genre sont plus vulnérables au harcèlement, à la discrimination, aux agressions physiques, verbales, ou psychologiques, ou à être renvoyées de leur travail. De plus, le décret s'applique uniquement dans la fonction publique, et pas sur tous les lieux de travail. Enfin, il faut rappeler que la dissolution du Secrétariat à l'Inclusion Sociale (SIS) en a mis ce décret dans une position bien moins effective, ce secrétariat étant l'organisme qui devait veiller à son exécution ; certaines sources indiquent également que le Ministère du travail n'a pas mis en place de moyens d'enregistrer les dénonciations de harcèlement ou discrimination basée sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre.
Protections larges Depuis 2009, quelques avancées dans la législation salvadorienne sont à remarquer dans le domaine de l'éradication et de la protection légale contre la discrimination en général. Ceci se fait à travers des accords, des normes, des lois, des codes et des cadres. Cependant, certaines de ces avancées sont limitées : certaines lois interdisent simplement la discrimination basée sur l'orientation sexuelle (et pas l'identité ou l'expression de genre, les caractéristiques sexuelles, la séropositivité, etc.) ; d'autre part, ces avancées se limitent à certains domaines, comme le système de santé, le système éducatif, le système judiciaire, et le système bancaire. Il n'y a pas d'avancées dans d'autres domaines, comme l'éradication du harcèlement homophobe dans les écoles, l'accès au logement, ou l'accès aux lieux publics comme privés.
Dans le système éducatif Depuis 2016, des avancées se produisent dans le système éducatif en matière de protection légale contre la discrimination basée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre, via des lois, politiques, et codes d'éthique. Là encore, ces avancées sont limitées car elles interdisent simplement la discrimination basée sur l'orientation sexuelle (et pas l'identité ou l'expression de genre, les caractéristiques sexuelles, la séropositivité, etc.), et les personnes intersexes et toutes les personnes dont l'apparence physique ne correspond pas à leur genre sont toujours plus vulnérables au harcèlement, à la discrimination, aux agressions physiques, verbales, ou psychologiques, et à être renvoyées du système éducatif. Ainsi, malgré les avancées contre la discrimination dans le système éducatif, elle continue d'être d'actualité.
La "loi pour grandir ensemble pour la protection intégrale de la petite enfance, des enfants, et des adolescents" (2022) établit que les enfants et adolescents ont le droit au respect de la part du personnel éducatif et le droit de recevoir une éducation basée sur la tolérance, le respect, la compréhension mutuelle, et la solidarité. De même, la loi établit que les institutions éducatives doivent adopter des mesures disciplinaires positives et interdire toute violence et maltraitance physique, verbale, ou psychologique. Enfin, la loi interdit également d'exclure, expulser, ou refuser d'inscrire quelqu'un sur la base de son orientation sexuelle ou sa séropositivité. La "Politique d'équité et d'égalité de genre" (2016 et 2020) est un instrument qui permet d'adoption de mesures qui éradiquent la discrimination et la violence basée sur l'orientation sexuelle dans le milieu scolaire. Cependant, les possibilités d'action offertes par cette politique sont limitées ; de plus, la politique a une durée de validité limitée de 5 ans, ce qui a conduit à son renouvellement en 2020.