Édouard d'Angleterre, connu comme Édouard de Westminster ou encore Édouard de Lancastre, né le à Westminster et mort le à Tewkesbury, duc de Cornouailles et prince de Galles, est le fils unique d'Henri VI et de Marguerite d'Anjou. Il fut le seul prince de Galles à mourir sur un champ de bataille.
Biographie
Naissance Édouard naît le , huit ans après le mariage du roi Henri VI d'Angleterre et de Marguerite d'Anjou, fille du roi René I de Naples. L'absence de grossesse de Marguerite pendant huit ans laisse les partisans de Richard Plantagenêt, duc d'York, penser que le véritable père du petit prince serait en fait Edmond Beaufort, duc de Somerset, ou James Butler, comte de Wiltshire, tous deux des favoris de la reine.
Au moment où Édouard naît, le règne d'Henri VI se révèle catastrophique. Ce dernier avait épousé Marguerite d'Anjou en 1445 dans l'espoir d'établir la paix entre l'Angleterre et la France. En 1453, les troupes de Charles VII de France écrasent celles d'Henri VI à la bataille de Castillon, mettant définitivement un terme à la guerre de Cent Ans. En apprenant cette défaite, Henri VI subit un choc mental le . Il est victime d'hallucinations et ne répond plus. C’est dans ces conditions difficiles qu'Henri VI ne manifeste aucune réaction émotionnelle à la naissance de son fils et héritier. Le roi ne réagit pas lorsque le prince lui est officiellement présenté par le duc de Buckingham en .
Édouard est baptisé rapidement par William Waynflete : ses parrains sont le cardinal John Kemp et le duc de Somerset et sa marraine est la duchesse de Buckingham. Il est créé prince de Galles, duc de Cornouailles et comte de Chester le . Il est investi de ces titres au château de Windsor le suivant.
Début de la guerre des Deux-Roses Les intrigues du duc d'York Le cardinal John Kemp, Lord grand chancelier, meurt le , ce qui laisse vacant le poste de chef du Conseil royal. La reine Marguerite doit se résoudre à organiser un conseil de régence car Henri reste muet lorsqu'on lui demande de proposer un successeur à Kemp. Le duc de Somerset a déjà été neutralisé en lorsqu'il a été emprisonné à la tour de Londres sur ordre du conseil. C'est dans ces conditions que le duc d'York, cousin du roi, revendique la régence : il l'obtient sans grande difficulté le suivant jusqu'à ce que le roi recouvre sa santé ou que le prince Édouard atteigne sa majorité pour gouverner au nom de son père. La naissance d'Édouard met fin aux espoirs du duc de succéder à Henri VI. Ce dernier ne montre pour l'instant aucun désir pour le trône et dirige l'Angleterre pendant quelques mois avec efficacité et compétence. Henri VI retrouve ses sens à la Noël 1454. Il officialise sa reconnaissance d'Édouard lorsque la reine vient lui présenter le prince le : il aurait déclaré que son fils aurait été conçu par le Saint-Esprit afin de faire taire les rumeurs de son illégitimité.
Le duc d'York est écarté du conseil en et doit céder sa place à son rival Somerset. Mécontent de cette situation, il rassemble ses partisans et prend en embuscade le convoi royal à St Albans le . L'escarmouche est relativement limitée en soi mais Somerset est tué et le roi est éraflé d'une flèche au cou. Henri VI retombe à nouveau dans un état de folie. York vient ainsi de déclencher le début d'une longue querelle dynastique entre ses partisans et ceux d'Henri VI connue sous le nom de guerre des Deux-Roses. Lorsque le Parlement est réuni en , York obtient d'être nommé une seconde fois Lord Protecteur du roi. La reine Marguerite devient désormais le centre de l'opposition au duc d'York. La famille royale quitte début 1456 Londres qui est acquise au clan d'York pour s'installer à Coventry.
En , Henri VI est suffisamment rétabli pour se présenter devant le Parlement et prononcer la fin du protectorat du duc d'York. Marguerite s'allie avec les fils des comtes lancastriens tombés à St Albans. Ces derniers lui prêtent serment de fidélité et s'engagent à défendre ses droits ainsi que ceux de son fils Édouard. En , Henri VI tente de réconcilier les Yorkistes et les Lancastriens mais les tensions subsistent. En , Marguerite convoque un grand conseil à Leicester. York et ses alliés, dont les comtes de Salisbury et de Warwick, refusent de se présenter car ils craignent d'être arrêtés sur ordre de la reine. Ils entrent de fait en rébellion mais sont contraints à l'exil après leur défaite à Ludford Bridge le . Le , les Yorkistes sont proclamés comme traîtres par le Parlement réuni à Coventry et sont déchus officiellement de leurs droits. Le , les Lancastriens présents jurent de garantir la succession du prince Édouard de Westminster. Pour le moment, le pays semble uni derrière son roi. Cette situation ne va pourtant pas durer longtemps.
L'Acte d'Accord Les Yorkistes n'ont cependant pas perdu toutes leurs ressources. York, très populaire auprès de la noblesse irlandaise, est confirmé comme lieutenant d'Irlande par le Parlement irlandais. De leur côté, Salisbury et Warwick mènent depuis Calais plusieurs raids contre les troupes royales stationnées dans le Kent. Ils s'emparent de la flotte lancastrienne en construction à Sandwich. Warwick se rend en Irlande en pour conférer avec le duc d'York, puis rentre à Calais pour préparer ses prochains mouvements. Les Yorkistes débarquent à Sandwich le et reçoivent peu après le soutien de l'archevêque Thomas Bourchier. Warwick, qui a rassemblé des soutiens, entre sans grandes difficultés dans Londres le . Le comte de Salisbury reste pour assiéger la Tour de Londres, tandis que Warwick poursuit sa route vers le nord, à la poursuite du roi en fuite. Henri VI a eu le temps d'envoyer en sûreté sa reine et son fils à Chester puis au pays de Galles auprès de son demi-frère Jasper Tudor : il les met en garde contre toute proposition de retour à Londres de la part des Yorkistes et leur demande de désobéir à tout ordre royal envoyé sauf s'il est accompagné d'un signe secret connu d'eux seuls.
Resté affronter Warwick, Henri VI est capturé à la bataille de Northampton le . Il est escorté prisonnier à Londres et passe l'été en captivité en attendant le retour d'Irlande du duc d'York. Ce dernier arrive finalement à Londres le . Il se présente immédiatement devant le Parlement et revendique officiellement le trône mais sa demande est accueillie par un silence stupéfait. Dans les jours qui suivent, York produit des généalogies détaillées pour soutenir sa revendication en se fondant sur le fait qu'il descend de Lionel d'Anvers ; il rencontre un peu plus de compréhension. Le Parlement accepte d'étudier l'affaire et admet que la revendication d'York se montre mieux fondée, mais à quelques voix de majorité, il décide qu'Henri VI restera roi. Un compromis est élaboré le avec l'Acte d'Accord, qui reconnaît York comme successeur d'Henri, déshéritant Édouard de Westminster. York accepte ce compromis qui lui assure la succession au trône. De plus, il est à nouveau nommé Lord protecteur du royaume et reçoit les titres de prince de Galles, duc de Cornouailles et comte de Chester, détenus par Édouard. Ce dernier doit seulement à la mort de son père hériter du duché de Lancastre.
Marguerite refuse catégoriquement la décision du Parlement et s'enfuit en Écosse avec son fils. Elle obtient le soutien de la régente Marie d'Egmont. L'alliance des deux reines est scellée par les fiançailles d'Édouard avec la princesse Marguerite Stuart. En opposition à l'Acte d'Accord, des soulèvements lancastriens éclatent dans tout le pays. Jasper Tudor et Henri Holland rassemblent des troupes en Galles. Par ailleurs, le comte de Northumberland et le baron de Clifford ont rallié le nord de l'Angleterre. Les forces lancastriennes, au nombre d'environ hommes, se rassemblent près de Kingston-upon-Hull et commencent à piller les terres proches appartenant au duc d'York et au comte de Salisbury. De son côté, le duc de Somerset part du château de Corfe avec un petit contingent composé essentiellement de cavaliers pour rejoindre le reste de l'armée lancastrienne. Confronté à ce défi à son autorité, York envoie son fils aîné Édouard au pays de Galles pour contenir Jasper Tudor et, laissant Warwick responsable de Londres et de la personne du roi Henri, se met en marche en personne vers le nord le , accompagné du comte de Salisbury. York a certainement sous-estimé le nombre de l'armée des Lancastre : le , il est battu et tué à la bataille de Wakefield. Son allié Salisbury est capturé et exécuté le lendemain.
Ayant rassemblé des troupes écossaises et lancastriennes en , après avoir appris la mort de son ennemi, Marguerite se met en marche vers Londres afin de reprendre le contrôle de son mari. Elle est accompagnée de Northumberland, Somerset et Clifford. Leur puissante armée met en déroute celle de Warwick le à St Albans. À l'issue de la bataille, Henri VI est libéré. Il est réuni avec son épouse et adoube son jeune fils. Ce dernier adoube en retour une trentaine de chevaliers lancastriens. Marguerite d'Anjou fait prononcer à Édouard la sentence de mort de Thomas Kyriell et William Bonville, les chevaliers yorkistes chargés de garder le roi pendant la bataille. Édouard ordonne qu'ils soient tous deux décapités, ce qui est immédiatement exécuté.
Bien que l'armée des Lancastre puisse désormais marcher librement sur Londres, la réputation de pillage qu'elle a acquise pousse les Londoniens à fermer les portes de la ville. L'armée des Lancastre se replie. Édouard d'York, qui a finalement rejoint Warwick, fait son entrée à Londres avec enthousiasme. Le , il est proclamé roi à Londres sous le nom d'Édouard IV sous prétexte qu'Henri a perdu ses droits à la couronne en permettant à la reine de prendre les armes contre ceux que l'Acte d'Accord avait faits ses héritiers légitimes. Il est couronné en hâte et part quelques jours plus tard affronter l'armée des Lancastre. Le , les deux armées se font face à Towton : les Lancastriens sont supérieurs en nombre mais la famille royale des Lancastre préfère ne pas assister au combat et se réfugie dans la ville d'York, laissant le commandement de leur armée au duc de Somerset. Par contraste, Édouard IV combat au milieu de ses hommes. Les Yorkistes finissent par submerger leurs adversaires qui sont massacrés lors de leur retraite. En apprenant ce désastre, Henri VI et sa famille s'enfuient en Écosse.
Exil en Écosse et en France