Lipp ou brasserie Lipp est une brasserie traditionnelle institutionnelle du quartier Saint-Germain-des-Prés de Paris, fondée en 1880 au 151, boulevard Saint-Germain, dans le . Elle est inscrite aux monuments historiques depuis 1989, et décerne un prix littéraire annuel depuis 1935, le « prix Cazes » du nom d'un de ses anciens propriétaires.

Présentation Haut lieu de vie parisienne et de tourisme international, ce café parisien et café littéraire traditionnel et institutionnel du quartier Saint-Germain-des-Prés Rive gauche de Paris, voisin de la place Jean-Paul-Sartre-et-Simone-de-Beauvoir, est célèbre pour son décor et ambiance Art nouveau Belle Époque parisienne des années 1900, et pour sa cuisine parisienne, française et alsacienne de brasserie parisienne traditionnelle, en service continue de 11h45 à minuit, ainsi que pour ses bonnes tables humoristiquement attribuées d'après de la Divine Comédie de Dante, au paradis (en vue à l'entrée, coté boulevard), au purgatoire (en arrière salle), ou en enfer (à l'étage).

À l'image de la culture des cafés de café littéraire du Café de Flore et des Deux Magots (en face), la brasserie Lipp organise et attribue des prix littéraires, dont les « prix Cazes » (du nom d'un de ses anciens propriétaire), prix du Meilleur Livre étranger, et prix Apollinaire (des années 1950). Le prix Lipp Suisse est créé en 1988 par Anton Jaeger, fondateur des brasseries Lipp en Suisse.

Histoire Léonard Lipp et son épouse Pétronille inaugurent la création de cette brasserie parisienne du boulevard Saint-Germain le . Alsacien d'origine, né à Goldbach en 1846 dans le Haut-Rhin, Léonard Lipp s'exile de sa région natale à Paris, devenue allemande à la suite de la guerre de 1870, pour se consacrer à la préparation de cervelas rémoulade en entrée et de choucroute garnie d'Alsace en plat de résistance, le tout accompagné de bière d'Alsace. Sa convivialité et les prix modestes de cette cuisine alsacienne traditionnelle lui font connaître un franc succès. L'établissement porte alors le nom de Brasserie des Bords du Rhin. La germanophobie de la Première Guerre mondiale l'oblige, pendant quelques années, à prendre le nouveau nom de Brasserie des Bords..

vignette|gauche|redresse Jules Cazé en devient le nouveau propriétaire en 1905, avant de la revendre à Hébrard.

En , le bougnat Marcelin Cazes (et non Marcellin) reprend l'établissement, préalablement fréquenté par quelques poètes tels que Paul Verlaine ou Guillaume Apollinaire. Il le fait redécorer avec des éléments Art nouveau Belle Époque parisienne en vogue d'alors des années 1900, avec des céramiques murales de Léon Fargue (père de Léon-Paul Fargue), des plafonds peints de Charley Garry, et des banquettes marrons en moleskine. Il créé le « prix Cazes » en 1935, attribué annuellement originellement à un auteur n'ayant jamais eu d'autre distinction littéraire, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Marcelin passe le flambeau à son fils héritier Roger Cazes en 1955. Entre la fin des années 1950 et le début de la décennie suivante, la styliste parisienne haute couture Gaby Aghion organise pour la marque Chloé des défilés de mode de prêt-à-porter dans cette brasserie.

vignette|redresse|Salle de restaurant du purgatoire (au fond). C'est devant cette brasserie, le , que Mehdi Ben Barka, opposant politique au roi Hassan II du Maroc, est enlevé par les services secrets marocains avec de probables collaborations locales. L' deviendra un scandale politique qui altérera profondément les relations entre la France et le Maroc. En 2005, une place Mehdi-Ben-Barka est inaugurée à proximité par le maire de Paris de l’époque Bertrand Delanoë« Paris va accueillir une place Ben Barka », Le Nouvel Observateur, 2 novembre 2005.« Le maire de Paris honore la mémoire de Ben Barka », Le Monde, 2005..

Cette brasserie-café littéraire institutionnelle est historiquement fréquentée par de nombreuses personnalités du Tout-Paris, et des habitués des lieux, tels que les écrivains Paul Verlaine, Guillaume Apollinaire, Marcel Proust, André Gide, Ernest Hemingway, Antoine de Saint-Exupéry, Albert Camus, André Malraux, Françoise Sagan, l'éditeur Bernard Grasset, l'artiste Pablo Picasso, les cinéastes François Truffaut et Gérard Oury, les comédiens Louis de Funès, Michèle Morgan, Jean-Paul Belmondo, Elizabeth Taylor, Pierre Richard, Thierry Le Luron, le chanteur Claude Nougaro, le mannequin Kate Moss, les présidents de la république Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing., François Mitterrand, Jacques Chirac et Bill Clinton, l'ancienne impératrice Farah Pahlavi., ou encore Roberto Benzi, chef d'orchestre qui y célébrait ses grands succès.

vignette|redresse|Sole meunière Lipp. En 2002, Olivier Bertrand, d'origine auvergnate, entre autres propriétaire du salon de thé Angelina, de la chaîne de restauration rapide Bert's et du pub Sir Winston, intègre Lipp dans son Groupe Bertrand de restaurationOlivier Bertrand, l'hyperactif de la restauration, Le Figaro, 2 octobre 2014.

Les décors historiques d'origine sont préservés et les menus du jour de cuisine parisienne traditionnelle et institutionnelle de café parisien n'ont pas été changés depuis les années 1930, avec une clientèle cependant désormais majoritairement constituée de touristes internationaux.

Prix Cazes Le « prix Cazes » est un prix littéraire créé en 1935 par Marcelin Cazes, dans le but de récompenser les auteurs de moins de 40 ans n'ayant jamais été primés, à titre de « rampe de lancement » promotionnelle, un principe cependant abandonné depuis avec le temps. Il est doté d'un chèque de et de vingt repas gratuits à la brasserie. Henri Philippon fut dans les années 1940-1950 secrétaire général du prixRemise du prix Cazes, mars 1944, fonds Roger-Viollet.Carrefour, Paris, 10 décembre 1947, [encadré] — sur Retronews..

1935 : La Compagnie théâtrale le Rideau de Paris, de Marcel Herrand et Jean Marchat, pour ses créations du Coup de Trafalgar (Roger Vitrac) et de L'Homme blanc (André de Richaud) 1936 : Pierre Albert-Birot, pour Grabinoulor 1937 : Thyde Monnier, pour La Rue courte 1938 : Kléber Haedens, pour L'École des parents 1939 : Marius Richard, pour Jeanne qui s'en alla, Correa 1940 : André Cayatte, pour Le Traquenard 1942 : Albert Paraz, pour Le Roi tout nu 1943 : Jean Proal, pour Où souffle la lombarde 1944 : Pierre Tisseyre, pour Cinquante-cinq heures de guerre 1946 : 3 prix décernés pour 1941, 1945 et 1946 : Jean-Louis Curtis, pour Les Jeunes Hommes Olivier Séchan, pour Les Chemins de nulle part Jean Prugnot, pour Béton armé 1947 : Florian Le Roy, pour L'Oiseau volage 1947 : Pierre Humbourg, pour Le Miroir sans tain, 1947 1948 : André Favier, pour Confession sans grandeur Pierre Humbourg, pour Le Bar de minuit passé 1949 : François Raynal, pour Marie des solitudes, Borée 1950 : Marcel Schneider, pour Le Chasseur vert, 1951 : Bertrand Defos, pour Le Compagnon de route 1952 : Henry Muller, pour Six pas en arrière, La Table ronde 1953 : Ladislas Dormandi, pour Pas si fou, Clouzot 1954 : Hélène Bessette, pour Lili pleure, Gallimard 1955 : Albert Vidalie, pour Les Bijoutiers du clair de lune, Denoël 1956 : Georges Bayle, pour Le Pompiste et le Chauffeur, Gallimard 1957 : Yves Grosrichard, pour La Compagne de l'homme, Gallimard 1958 : André Guilbert, pour Deux doigts de terre, Julliard 1959 : Jacques Peuchmaurd, pour Le Plein Été, Éditions Robert Laffont 1960 : Monique Lange, pour Les Platanes, Gallimard 1961 : Solange Fasquelle, pour Le Congrès d'Aix Henry Dory, pour La Nuit de la Passion 1962 : Ghislain de Diesbach, pour Un joli train de vie, Éditions R. Julliard 1963 : Francis Huré, pour Le Consulat du Pacifique 1964 : Luc Bérimont, pour Le Bois Cattiau 1965 : René Sussan, pour Histoire de Farezi, Denoël 1966 : Georges Elgozy, pour Le Paradoxe des technocrates, Denoël 1967 : Marie-Claude Sandrin, pour La Forteresse de boue, Buchet-Chastel 1968 : Walter Lewino, pour L'Éclat et la Blancheur, Albin Michel 1969 : Jacques Baron, pour L'An I du surréalisme, Denoël 1970 : Michel de Grèce, pour Ma sœur l'histoire, ne vois-tu rien venir ? 1971 : José Luis de Vilallonga, pour Fiesta, Robert Laffont 1972 : Suzanne Prou, pour Méchamment les oiseaux, Calmann-Lévy 1973 : Claude Menuet, pour Une enfance ordinaire, Gallimard 1974 : François de Closets, pour Le Bonheur en plus, Denoël 1975 : Jean-Marie Fonteneau, pour Phénix, Grasset 1976 : Jean Chalon, pour Portrait d'une séductrice, Stock 1977 : Éric Ollivier, pour Panne sèche, Denoël 1978 : Jacques d'Arribehaude, pour Adieu Néri 1979 : François Cavanna, pour Les Ritals, Belfond 1980 : Guy Lagorce, pour Les Héroïques, Julliard 1981 : Olivier Todd, pour Le Fils rebelle, Grasset 1982 : Jean Blot, pour Gris du ciel, Gallimard 1983 : Edgar Faure, pour Avoir toujours raison… c'est un grand tort, Plon 1984 : Dominique Desanti, pour Les Clés d'Elsa, Ramsay 1985 : Jean-Paul Aron, pour Les Modernes, Gallimard 1986 : Xavier de la Fournière, pour Louise Michel, Perrin 1987 : Joël Schmidt, pour Lutèce, Perrin 1988 : Ya Ding, pour Le Sorgho rouge, Retz 1989 : Jean Hamburger, pour Monsieur Littré, Flammarion 1990 : Jean-Jacques Lafaye, pour L'Avenir de la nostalgie, une vie de Stefan Zweig, Le Félin 1991 : Pierre Sipriot, pour Montherlant sans masque, Rober Laffont 1992 : Élisabeth Gille, pour Le Mirador, Presses de la Renaissance 1993 : Jean Prasteau, pour Les Grandes Heures du faubourg St-Germain, Perrin 1994 : Michel Melot, pour L'Écriture de Samos, Albin Michel 1995 : Jean Marin, pour Petit Bois pour un grand feu, Fayard 1996 : Gilles Lapouge, pour L'Incendie de Copenhague, Albin Michel 1997 : Jean-Paul Enthoven, pour Les Enfants de Saturne, Grasset 1998 : Clémence de Biéville, pour Le Meilleur des Mariages, Denoël 1999 : Michel Chaillou, pour La France fugitive, Fayard 2000 : Shan Sa, pour Les Quatre Vies du saule, Grasset 2001 : Marcel Jullian, pour Mémoire buissonnière, Albin Michel 2002 : Gérard de Cortanze, pour Une chambre à Turin, Le Rocher 2003 : Jean-Claude Lamy, pour Mac Orlan, l'aventurier immobile, Albin Michel 2004 : Béatrice Commengé, pour Et il ne pleut jamais, naturellement, Gallimard 2004 : Georges Suffert, pour Le Pape et l'Empereur, de Fallois 2005 : Françoise Hamel, pour Fille de France, Plon 2006 : Emmanuelle Loyer, pour Paris à New York : Intellectuels et artistes français en exil (1940-1947), Grasset 2007 : Richard Millet, pour Dévorations, Gallimard 2008 : Claude Delay, pour Giacometti Alberto et Diego, Fayard 2009 : Françoise Wagener, pour Je suis née inconsolable. Louise de Vilmorin (1902-1969), Albin Michel 2010 : Christian Giudicelli, pour Square de la Couronne, Gallimard 2011 : Patricia Reznikov, pour La nuit n’éclaire pas tout, Albin Michel 2012 : Nicolas d'Estienne d'Orves, pour Les Fidélités successives, Albin Michel. 2013 : Diane de Margerie, pour Éclats d'insomnie, Grasset 2014 : Robert Sabatier, pour Je vous quitte en vous embrassant bien fort, Albin Michel 2015 : Gabriel Matzneff, pour La Lettre au capitaine Brunner, La Table Ronde 2016 : Dominique Paravel, pour Giratoire, Serge SafranIsabelle Léouffre, « Prix Cazes chez Lipp: un road trip à la française », Paris Match, 15 avril 2016 2017 : Éric Neuhoff, pour Costa Brava, Albin Michel 2018 : Régis Wargnier, pour Les prix d'excellence, Grasset 2019 : Louis-Henri de La Rochefoucauld, pour La Prophétie de John Lennon, Stock 2020 : Alexandre Postel, pour Un automne de Flaubert, Gallimard 2022 : 2 lauréats ex æquo Gautier Battistella, pour Chef, Grasset et Mathilde Brézet, pour Le Grand monde de Proust, Grasset 2023 : Marie Charrel, pour Les Mangeurs de Nuit, Éditions de l'Observatoire 2024 : Nathan Devers, pour Penser contre soi-même, Éditions Albin Michel 2025 : Francis Grembert, pour Les deux tilleuls (Arlea) 2026 : Adèle Rosenfeld, pour L'extinction des vaches de mer, Éditions Grasset

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