Le Strategic Air Command, ou SAC, était un grand commandement de l'United States Air Force (USAF), formé en 1946 pour regrouper les unités de bombardement stratégique de l'USAF, destinées en particulier à employer les armes nucléaires des États-Unis. Il regroupait aussi bien des unités de bombardiers, que d'avions ravitailleurs, de chasseurs d'escorte (jusqu'en 1959), mais aussi de missiles balistiques intercontinentaux ( à son apogée).

Il assura ainsi une bonne partie des forces de dissuasion nucléaire pendant la guerre froide des États-Unis, aux côtés des sous-marins lanceur d'engins de l'United States Navy. Après la chute de l'URSS, le SAC fut démantelé en 1992, et ses unités d'aviation affectées au sein de l'Air Combat Command et de l'Air Mobility Command.

Historique Naissance vignette|gauche|Badge d'épaule d'origine du SAC de 1946 à 1951. vignette|Un B-29 et un Convair B-36 Peacemaker, les premières montures du SAC. Au cours de l'immédiate après-guerre, la plus grande partie des nations alliées réduisirent leurs forces militaires. Les États-Unis, en raison de la détérioration des relations avec l'Union Soviétique, furent les premiers à renforcer leurs dispositifs militaires. Les crédits du budget militaire furent largement rouverts. Et c'est ainsi qu'en 1946, les Continental Air Forces créés le pour la défense aérienne des États-Unis contigus deviennent le Strategic Air Command.

L'entente qu'étaient parvenues à réaliser, non sans mal, les quatre grandes puissances alliées de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Union des républiques socialistes soviétiques, se désagrégea rapidement après la capitulation de l'Allemagne nazie. La suspicion laissa la place à une hostilité à peine voilée. Ce climat dégénéra peu à peu, aboutissant à des conflits déclarés entre des pays qui avaient choisi des voies différentes.

La guerre de Corée et la guerre d'Indochine furent la manifestation la plus évidente de cette grande confrontation idéologique des années 1950, mais la Guerre Froide se situa en fait à plusieurs niveaux parfois difficilement perceptibles. Un des aspects les plus significatifs de cet affrontement, et aussi un des plus visibles, fut la croissance incroyablement rapide du Strategic Air Command, un commandement qui n'existait pas à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et sur lequel allait reposer pendant plus de dix ans la capacité nucléaire américaine.

Créé le pour constituer un des trois principaux commandements de l'United States Army Air Forces, le SAC hérita d'abord d'un parc quelque peu hétéroclite, et dans une large mesure dépassé, comprenant des bombardiers, des chasseurs d'escorte et des avions de reconnaissance.

Le plus important de ces avions des premières années d'existence du SAC fut sans conteste le B-29 Superfortress, vétéran éprouvé des campagnes du Pacifique.

Les premiers mois d'existence du SAC furent surtout une période d'adaptation et de consolidation. De fait, à la fin 1946, cette organisation avait sensiblement diminué en taille, essentiellement en raison de la démobilisation prise dans l'immédiat après-guerre. Au point qu'elle ne contrôlait plus que neuf groupes de bombardiers, dont six de B-29. Néanmoins, les armements et les concepts opérationnels du futur étaient déjà en cours d'examen et d'élaboration, ainsi qu'en témoignent les essais atomiques de l'atoll de Bikini, en , et le déploiement des B-29 du 28th Bomb Group, en octobre de la même année, de Grand Island Army Air Field (Nebraska) jusqu'à Elmendorf AAF (Alaska). Ce déploiement illustre un aspect particulièrement important des opérations conduites par le SAC jusqu'au milieu des années 1960.

À la suite de l'attaque, par l'aviation yougoslave, d'un C-47 qui effectuait la liaison Vienne-Udine le et de la destruction le 19 d'un autre C-47 sur la même ligne , six B-29 du SAC furent envoyés à Rhein-Main Air Base. Les États-Unis démontrèrent ainsi pour la première fois leur volonté de répondre aux provocations des gouvernements de ce qui allait devenir le bloc de l'Est en faisant appel à des bombardiersLe fanatique de l'aviation, hors série , 11..

Doté désormais de base durables, le Strategic Air Command entreprit de s'étendre et d'accroître ses moyens au cours de l'année 1947. C'est ainsi que le nombre de ses bombardiers fit plus que doubler en l'espace d'une année, même s'il est douteux que la capacité offensive globale se soit accrue dans des proportions considérables.

En effet, le B-29 restait l'élément de base de l'aviation de bombardement stratégique, ce qui apparut pleinement en , lorsque la première mission opérationnelle à longue distance fut organisée. Ce fut pour l'essentiel un exercice d'entraînement qui culmina avec une attaque simulée de New York. Les responsables constatèrent à cette occasion que, sur les 131 B-29 participant à l'exercice, 30 ne purent décoller. Cependant, de nombreux équipements étaient prévus et l'année qui suivit se révéla décisive. L'année 1948 vit naître deux nouveaux modèles de bombardiers lourds et vit apparaître les systèmes de ravitaillement en vol. Mais l'action la plus lourde de conséquence fut, le , la nomination d'un nouveau commandant énergique : le général Curtis LeMay, l'ancien chef de la 20th USAAF, qui avait bombardé quotidiennement l'empire du Japon à partir des îles Mariannes. vignette|Le général Curtis LeMay Nommé pour dix ans, LeMay succéda au général George C. Kenney le . Très vite, il sut s'imposer à tous les niveaux du SAC, prenant des mesures originales et spectaculaires, telle la promotion rapide accordée aux équipages les plus méritants, augmentant le rythme des rotations d'entraînement et l'étendant même à certaines bases à l'étranger.

Durant le blocus de Berlin dont Le May organisa la riposte en mettant en place un pont aérien, soixante B-29 furent déployés en Grande-Bretagne.; Les 17-, des B-29 des et de bombardiers arrivèrent aux bases de la RAF à Marham, Scampton et Waddington, et un autre groupe de bombardiers arriva à RAF Lakenheath en août. Alors que les bombardiers n’avaient pas d’équipement nucléaire, les Soviétiques les virent comme capables d’en avoir. La aérienne « provisoire » fut formée pour commander ces unités qui étaient supposées être un détachement de seulement trente à soixante jours. Il devint vite évident que le déploiement durerait plus longtemps et par voie de conséquence le titre « provisoire » fut abandonné. La aérienne se déplaça au stationnement aérien de Bushey Park le Third Air Force Historical Brief..

Et on prépara le plan Charioteer en cas de Troisième Guerre mondiale. Le SAC aurait dû larguer 133 bombes atomiques sur 70 villes et objectifs militaires en URSS dont huit sur Moscou et sept sur Léningrad ainsi que de d'explosifs classiques pendant deux ans, mais le plan n'était guère réaliste, car celui-ci ne disposait alors que de trois cents B-29 et d'une dizaine de B-50Le fanatique de l'aviation, hors série , 15..

L'Ère LeMay commençait et elle représenta l'apogée de l'histoire du Strategic Air Command, dans un contexte où les réalisations correspondaient à ses ambitions. Il est juste de dire que le SAC s'est littéralement transformé sous la direction dynamique de LeMay. À sa prise de commandement, le SAC compte personnes dont officier; il est composé de 14 escadres de bombardiers dont certains ne sont pas en dotation complète et comprend 837 bombardiers soit 35 B-36, 35 B-50 et 486 B-29.

L'organisation aurait-elle atteint tous ses objectifs dans un contexte de paix internationale ? La réponse relève du domaine de la conjecture. Il reste que LeMay a largement bénéficié de l'impulsion fournie par la guerre de Corée, qui éclata moins de deux ans après son arrivée. L'une de ses premières décisions fut de déplacer son quartier-général de Andrews Air Force Base à proximité de la capitale Washington à Offutt Air Force Base dans le Nebraska, au centre du pays et loin des intrigues politiques.

Assurément, la Guerre froide se renforça à cette époque de manière très sensible et ses effets se firent sentir dans de nombreux domaines. En particulier, le SAC bénéficia de crédits pour ainsi dire illimités, qui lui permirent d'acquérir des centaines de nouveaux bombardiers à réaction, plus modernes et plus performants que les vieux B-29 fournis par le complexe militaro-industriel. Ce concours de circonstances ne diminua en rien les mérites et l'action de LeMay, qui resta capitale.

vignette|gauche|Un B-36 au sol avec le personnel et les véhicules nécessaires à sa maintenance. Ses d'envergure sont équivalentes à celle d'un Boeing 747. À la fin de , peu de temps avant l'arrivée de celui-ci, la capacité globale du SAC avait commencé à s'accroître dans des proportions considérables, notamment avec la livraison de bombardiers de ce qui furent les premiers bombardiers intercontinentaux, des Convair B-36 Peacemaker, dont les premiers exemplaires rejoignirent le Bomb Group stationné sur Carswell Air Force Base (Texas), qui ne furent déclarés opérationnels qu'en 1951. Construits à 384 exemplaires, ils furent retirés du service en sans jamais avoir combattu.

Quelques mois plus tôt, le B-50, version modifiée et modernisée du B-29 d'origine, était lui aussi entré en service, au sein du 43rd Bomb Group, à Davis-Montham AFB (Arizona). Toutefois, ces deux nouveaux modèles n'étaient encore disponibles qu'en petit nombre lors de la nomination de LeMay. En outre, si le B-50 s'adapta sans trop de difficultés aux conditions opérationnelles, il fallut presque trois ans pour que le B-36 deviennent pleinement opérationnel.

Sa formidable expansion

La mise en activité, en , des deux premiers squadrons de ravitaillement en vol ne fut pas moins significative. Ils étaient équipés à l'origine de KB-29M, une version du B-29, avions utilisant un système anglais de tuyaux et de grappins.

Une démonstration des capacités de cet équipement fut fournie au mois de , lorsqu'un Boeing B-50 Superfortress du 43rd Bomb Group effectua un vol aller et retour sans escale entre le Texas et les îles Hawaii (). Au cours de cette mission, qui dura , trois ravitaillements en vol avaient été réalisés.

vignette|Le Lucky Lady II qui accomplit le tour du monde sans escale en 1949. Mais cette performance fut totalement éclipsée en par un autre record, plus remarquable encore : un B-50 accomplit un tour du monde sans escale. Décollant le , il accomplit cet exploit en 94 heures et une minute Lucky Ladies. L'efficacité sans égale du ravitaillement en vol apparut plus clairement encore, puisqu'elle avait rendu possible un parcours de . Le KB-29M fut bientôt remplacé par le KB-29P, qui tirait son originalité de l'emploi du « Flying Boom », un nouveau système, aujourd'hui généralisé, conçu par la firme Boeing et qui devait équiper par la suite tous ses avions ravitailleurs KC-97 et KC-135.

Appuyée sur des bases solides, l'expansion du Strategic Air Command se poursuivit en 1949-1950, période qui marqua la première participation du SAC à des missions de guerre au-dessus de la Corée du Nord, à partir de après le déclenchement de la guerre de Corée.

vignette|gauche|B-29 au-dessus de la péninsule Coréenne. Employé uniquement pour des bombardements conventionnels, le B-29 fut le seul bombardier stratégique américain à intervenir au cours de ce conflit. Plus de de bombes furent larguées au cours des trois années de guerre.

C'est pendant ces opérations que le général Douglas MacArthur sollicita l'autorisation de recourir à l'arme nucléaire, non seulement contre la Corée du Nord, mais également contre la république populaire de Chine. Le prestigieux vainqueur des Japonais dans la guerre du Pacifique espérait ainsi endiguer le flot ininterrompu de fournitures qui parvenait aux forces communistes depuis la frontière chinoise.