Alain Laubreaux, né le à Nouméa et mort le à Madrid, est un journaliste et écrivain français.
Principalement connu pour ses critiques de théâtre dans Je suis partout, il est condamné à mort par contumace en pour faits de collaboration.
Biographie Fils d'un homme d'affaires installé depuis 1898 en Nouvelle-Calédonie, il y passe sa jeunesse et la colonie française marquera plusieurs de ses récits..
Alain Laubreaux a pour frères Raymond Laubreaux, futur enseignant au lycée Rodin à Paris, et qui écrira plusieurs ouvrages et critiques sur le théâtre. tout comme lui, et Félicien Laubreaux, né en 1905, qui sera collaborationniste et prisonnier de guerre en Allemagne puis libéré tout en continuant d'exprimer durant sa captivité son adhésion à la politique de collaboration en qualité de rédacteur en chef du journal de l'Amicale des travailleurs français en Allemagne. de 1942 à 1944.
Alain Laubreaux se rend en métropole pour finir sa scolarité au lycée Louis-le-Grand. Il retourne un temps en Nouvelle-Calédonie après la Première Guerre mondiale et, après avoir exercé comme clerc de notaire, il se lance dans le journalisme en fondant avec son père le Messager de la Nouvelle-Calédonie en 1919, journal dont il écrit l'essentiel des articles et dont il fait seul la mise en page.
En 1921, il revient en France métropolitaine et écrit dans Le Journal (quotidien fortement ancré à droite, anticommuniste et ne cachant pas alors son admiration pour le régime fasciste de Mussolini, Laubreaux n'y écrit alors que pour la rubrique dite des « chiens écrasés ») puis à L'Œuvre (au contraire plutôt à gauche et pacifiste). Il se spécialise bientôt comme critique littéraire auprès du quotidien radical Dépêche de Toulouse. (ancêtre de la Dépêche du Midi). Il est également rédacteur en chef du Paris matinal à partir de 1927 et de L'Européen à partir de 1929. Malgré ses convictions républicaines, il écrit un temps pour la revue maurrassienne Candide. Il fut avant-guerre le secrétaire d'Henri Béraud, mais une sombre affaire de plagiat entachera leur relation qui prendra fin en 1928.
En 1936, il entre à l'hebdomadaire Je suis partout, journal antisémite où il remplit la fonction de critique de théâtre, tout en traitant occasionnellement de sujets politiques. Il y tient des positions pacifistes et antisémites, prônant l'entente avec l'Allemagne. Lucien Rebatet, autre journaliste de Je suis partout, expliquera l'attitude collaborationniste de Laubreaux en ces termes : Lucien Rebatet, Les Mémoires d'un fasciste, Paris, Pauvert, 1976, ..
Il est arrêté le Je suis partout, 7 février 1941, page 1. sur ordre de Georges Mandel, nouveau ministre de l'Intérieur du gouvernement Reynaud qui fait arrêter des intellectuels d'extrême droite favorables à l'Allemagne nazie, et placé deux jours plus tard en détention à la prison de la Santé avec Charles Lesca, autre collaborateur de Je suis partout. Il est libéré par ordonnance du juge d'instruction au Tribunal militaire de la région en date à Périgueux du , laquelle indique que .
Il soutient régulièrement dans ses articles la politique de collaboration. En plus de sa participation à Je suis partout, il écrit durant la guerre dans les principaux journaux collaborationnistes, dont Le Cri du peuple et Le Petit Parisien et il donne une conférence ayant pour sujet « Vingt ans de corruption », consacrée, selon le compte-rendu publié par l'hebdomadaire Je suis partout aux ..
Vouant depuis « près de vingt années » une haine féroce au poète Robert Desnos qui l'avait giflé, il est soupçonné, par Desnos lui-même et par son entourage., d'avoir joué un rôle dans son arrestation, le par la Gestapo ; d'après le témoignage de Pierre Berger (biographe de Desnos), Laubreaux est intervenu personnellement pour que Desnos soit déporté par le prochain convoi, alors que sa compagne Youki avait réussi à lui éviter le voyage. Pour Pierre Barlatier, Laubreaux est le responsable de la mort de Desnos, cité dans ..
Laubreaux lance également une campagne de presse sur les origines « douteuses » du comédien Harry Baur (il avait du reste fait de même avec Robert Desnos), traité de « néo-aryen ». Malgré son démenti formel, Harry Baur est arrêté par les nazis le , et passe quatre mois en prison à la section IV J de la Gestapo, dans des conditions particulièrement pénibles. Il y subit plusieurs séances de torture, dont une d'une douzaine heures. Relâché, le comédien reste très affaibli et meurt six mois plus tard, à 62 ans, des suites de ces sévices..
À la Libération, Laubreaux trouve refuge en Jean-Paul Lefebvre-Filleau et Gilles Perrault, Ces Français qui ont collaboré avec le Reich, éd. du Rocher, 2017. dans l'Espagne de Franco, auprès de Georges et Maud GuilbaudMaud de Belleroche, Le Ballet des crabes, Filipacchi, 1975, .. Accusé d'atteinte à la sûreté extérieure de l'ÉtatLe Monde, 19 novembre 1946., il est condamné à mort par contumace le par la Cour de Justice de la SeineLe Monde, 7 mai 1947..
Vie privée Il a un fils, Philippe Laubreaux (1941-2013), journaliste et syndicaliste..
Anecdote Connu pour ses critiques acides, il était craint et haï par une bonne partie du monde du spectacle. Ainsi, durant l'OccupationJean Galtier-Boissière relate ce fait dans son ouvrage Mon journal pendant l'occupation, page 47, édition de 1944 ; il le situe le 10 juin 1940, alors que Laubreaux dînait avec Jacques Hébertot qui avait monté la pièce La Machine à écrire., Alain Laubreaux fut frappé publiquement, le Henry-Jean Servat, Jean Marais l'enfant terrible, Albin Michel, 1999, page 9., par Jean Marais, qu'il avait appelé « l'homme au Cocteau entre les dents »Laubreaux publia sa critique acerbe et cruelle disant de Marais qu’il avait « le Cocteau entre les dents », le lendemain de la première de la pièce le 29 avril 1941, alors qu’il n’était pas dans la salle. Cf Christian Dureau, Jean Marais, l’éternelle présence, Éditions Didier Carpentier, 2010, page 14., et qui lui reprochait notamment d'avoir éreinté la pièce La Machine à écrire, de Jean Cocteau. .. L'anecdote inspira librement la scène du film Le Dernier Métro, où le comédien interprété par Gérard Depardieu s'en prend à Daxiat, le critique de Je suis partout incarné par Jean-Louis Richard.....
Publications Outre ses nombreux articles, dont certains à l'époque du Je suis partout avant la guerre furent publiés dans la Terreur rose (recueil d'articles d'opposition au gouvernement de Front populaire paru aux Éditions Denoël en 1939), Alain Laubreaux a écrit plusieurs œuvres littéraires dont la plupart furent inspirés par la Nouvelle-Calédonie. Histoires canaques, éd. Fayard, coll. « Œuvres libres », Paris, 1926. Yan-le-métis, éd. Albin Michel, Paris, 1928. Raconte les aventures plus ou moins rocambolesques d'un métis calédonien échoué aux Nouvelles-Hébrides, il perdit pour cette œuvre un procès en plagiat intenté par un autre auteur calédonien, Georges BaudouxJ. DAUPHINÉ, Canaques de la Nouvelle-Calédonie à Paris : de la case au zoo, éd. L'Harmattan, Paris, 1998, .. Diane La Goule, éd. Albin Michel, Paris 1929 Le Corset noir, éd. Albin Michel, Paris 1930 Le Rocher à la voile, éd. Albin Michel, Paris 1930. Roman très critique sur la « bourgeoisie » nouméenne et l'administration coloniale et faisant l'éloge de la société « broussarde ».. L'Amateur de Cuisine, éd. Denoël & Steele, Paris 1931. Œuvre humoristique dans laquelle il revient sur sa passion de la cuisine et de la gastronomie, une version anglaise est parue la même année sous le titre de The Happy Glutton. Aventures cocasses de Boulot aviateur, éd. Albin Michel, Paris, 1931 (avec Georges de La Fouchardière). Il écrit d'ailleurs les dialogues de l'adaptation cinématographique de ce roman, Boulot aviateur, réalisé par Maurice de Canonge en 1937.. Wara, éd. Albin Michel, Paris 1932 trad. Noa Kiepenheuer = Matthias Holnstein: Wara. Goldmann, Leipzig 1934 Catherine Le Grand : le roman d'un couple impérial, Les Éditions nationales, Paris 1936. J'étais un autre, éd. Albin Michel, Paris, 1941. Histoire romancée d'un bagnard et dont la véritable identité cache peut-être de nobles origines. Écrit pendant la guerre, éd. du Centre d'études de l'agence Inter-France, Paris 1944.. Momus, poésies (épuisé) Métropolis (traduit et adapté du roman allemand de Thea Von Harbou). Librairie Gallimard
Notes et références
Annexes Sources P. O'Reilly, Calédoniens : Répertoire bio-bibliographique de la Nouvelle-Calédonie, Publications de la Société des Océanistes, , éd. Musée de l'Homme, Paris, 1953.
Articles connexes Littérature en Nouvelle-Calédonie
Liens externes
Catégorie:Écrivain français du XXe siècle Catégorie:Écrivain calédonien Catégorie:Journaliste français du XXe siècle Catégorie:Collaborateur français pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Personnalité condamnée à mort pour collaboration avec le régime nazi Catégorie:Collaborateur de La Dépêche du Midi Catégorie:Collaborateur du Journal Catégorie:Collaborateur de Je suis partout Catégorie:Élève du lycée Louis-le-Grand Catégorie:Nom de plume Catégorie:Naissance en octobre 1899 Catégorie:Naissance à Nouméa Catégorie:Décès en juillet 1968 Catégorie:Décès à Madrid Catégorie:Décès à 68 ans Catégorie:Personnalité morte en exil