Les arts plastiques sont un des modes d'expression du mouvement dada. Les œuvres plastiques dada ont comme principales caractéristiques d'être souvent la résultante du hasard, d'être iconoclaste, provocatrices, voire profanatrices. Elles incorporent différents médiums tels que la peinture à l'huile, la sculpture sur bois ou encore la photographie, et se veulent en rupture radicale avec les dogmes artistiques qui la précèdent. Parmi les modes de création dada, l'on retrouve le collage, la collaboration à plusieurs mains et l'assemblage de divers objets du quotidiens au sein d'un tableau hétéroclite et fortement varié dans sa forme.

Hasard et abstraction

vignette|alt=peinture abstraite composée de formes géométriques rouges, grises et noires|Sophie Taeuber, Composition en diagonales et Croix, 1916. Dans un contexte où la Grande guerre provoque une crise de toutes les valeurs de la société bourgeoise occidentale, Dada ne peut se reconnaître que dans des œuvres abstraites telles que les formes découpées de Hans Arp.. Selon l'historien de l'art Michel Sanouillet, les « collages » et les reliefs de celui-ci, comme les créations de sa compagne Sophie Taeuber, se distinguaient déjà dès 1916 des productions contemporaines de Vassili Kandinsky ..

Dans le Manifeste Dada 1918, le poète Tristan Tzara désigne la « spontanéité » comme élément central du mouvement Dada, ce qu’il réaffirme à plusieurs occasions entre 1922 et 1923., puis en 1924 dans un entretien avec le poète René Crevel où il dénie le caractère novateur de l’écriture automatique et précise que cette spontanéité doit s’appliquer non seulement à la poésie mais aussi aux actes de la vieHenri Béhar, « Échos » dans .. Cette exaltation de la spontanéité devance le célèbre passage du Dada Manifeste sur l'amour faible et l’amour amer dans lequel le poète propose une recette qui consiste à découper un article de journal, mettre les mots ainsi découpés dans un sac et les en ressortir un par un pour assembler un poème. Cette notion de spontanéité demeure problématique, selon Marius Hentea, dans la mesure où Tzara n’a en réalité jamais écrit de poésie spontanément, « et encore moins en appliquant sa fameuse recette », à l’exception du poème donné en exemple à sa suiteHenri Béhar, « notes », dans ..

Il n'empêche que certaines œuvres plastiques dada peuvent être vues comme l'équivalent plastique de ces poèmes dont les mots sont tirés au sort, en particulier les travaux de Hans Arp et Sophie Taeuber à Zurich. Hans Arp, par exemple, utilise le hasard dès 1916, en laissant tomber sur des feuilles des bouts de papiers déchirés. Plus tard, en collaboration avec Max Ernst à Cologne, il produit également FaTaGaGa, fabrication de tableaux garantis gazométriques, collages issus du hasard.

Le Ready-made

Dans son Dictionnaire abrégé du Surréalisme, André Breton définit le ready-made comme . Ce concept trouve son origine en 1913, avec la Roue de bicyclette ou en 1914 avec le Porte-bouteilles, deux œuvres de Marcel Duchamp. Cette dernière a été achetée au Bazar de l'Hôtel de Ville à Paris. Bien que le travail manuel de l'artiste disparaisse totalement de l’œuvre le choix de cet objet n'est pas vide de sens : les verres et les bouteilles sont en effet très présentes sur les natures mortes du cubisme, mouvement pictural dont Duchamp voulait sortir comme . L'artiste renomme ensuite ce premier ready-made, Séchoir à bouteilles ou Hérisson, pour, selon la professeure d'arts plastiques Margherita Leoni-Figini, substituer .

En dépit de cet antécédent, le terme ready-made n'apparait qu'aux États-Unis en 1915. En août, Duchamp , et rejoint un groupe pré-dada composé notamment du boxeur et poète Arthur Cravan, ainsi que des peintres américains John Covert, Joseph Stella et Morton Schamberg. Là, il poursuit ses ready-mades, et y ajoute des inscriptions. Par exemple, il inscrit sur une pelle à neige les mots « En prévision du bras cassé ». L'humour et les jeux de mots transforment l'objet usuel en autre chose que ce qu'il était. C'est toujours à New York, en 1917, que Marcel Duchamp propose le ready-made : Fountain, un urinoir en porcelaine, posé à l'horizontal et signé « R. Mutt, 1917 », que Duchamp et Joseph Stella envoient au comité organisateur de l'exposition des Artistes Indépendants. Au-delà du concept, ce geste est une provocation : l’œuvre met à l'épreuve la liberté totale proclamée par les Indépendants de New York. Le comité refusant Fountain, Duchamp démissionne.

redresse|vignette|Fontaine de Marcel Duchamp (photographié par Alfred Stieglitz) La photographie de Fountain par Alfred Stieglitz est publiée dans le second numéro de la revue dadaïste The Blind Man, accompagnée d'un long éditorial qui proclame :

Ce geste radical de Duchamp peut être vu comme le point de départ d'une remise en cause du statut de l’art au .

Photomontages et collages

vignette|gauche|Adolf Hoffmeister, George Grosz, 1930. La technique du photomontage est particulièrement exploitée par les dadaïstes allemands, qui tirent profit de toutes ses possibilités expressives. Raoul Hausmann est l'un des principaux auteurs de photomontages à Berlin. Hannah Höch, John Heartfield et George Grosz en proposent également, lesquels cherchent principalement à susciter la polémique. Ces photomontages combinent découpes de photographies tirées de journaux, lettres, éléments typographiques issus de coupures ou de manchettes de presse. Ils jouent avec les échelles, et les mots dispersés dans l’œuvre jouent comme des slogans, des cris ou des ordres. Selon l'historienne de l'art Catherine Vasseur, ces collages et ces photomontages des dadaïstes allemands transposent .

La technique du collage est un moyen de traduire l'instabilité d'un monde devenu illisible, dans la mesure où les collages dadaïstes rendent visibles l'hétérogénéité des surfaces et la fragmentation de l'espace. Si l'on regarde, par exemple, Le Critique d'art (1919-1920) de Raoul Hausmann, les éléments importés sont de nature et d'origine diverses : coupures de journaux, gravures, dessins, schémas, papiers colorés ou dessinés. L’œuvre ne cache rien du caractère importé de chacun de ses fragments. Les matériaux choisis peuvent aussi avoir une signification : dans la même œuvre, on remarque un billet de banque découpé derrière la tête du personnage, ce qui peut signifier sa corruption. Cependant, les lettres isolées qui y figurent également ne signifient plus rien, et forment une représentation fragmentée, où les différents éléments deviennent incapables de communiquer les uns avec les autres.

Principe d’assemblage d’objets et de matériaux redresse|vignette|Merzbau, 1933. Les œuvres dada sont parfois issues d'un assemblage d'objet et de matériaux. Le dadaïste allemand Kurt Schwitters, depuis Hanovre, est l'un des artistes qui poussent le plus loin ce principe, dans la mesure où il se plaît à collecter et assembler les déchets qui envahissent les rues de Berlin ou de Hanovre après la guerre, affirmant :

L’œuvre la plus emblématique de Schwitters, ambitionnant de mélanger le plan de l'art et celui de la vie, est Merzbau : une immense sculpture qui envahit l'espace vital de sa maison, un work in progress impossible à vendre, mêlant peinture, sculpture et architecture. Cette œuvre est détruite par les nazis en 1939.

Exposition Du au , une grande exposition au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou leur a été consacrée.

Notes et références

Annexes Articles connexes Dada Merz Art abstrait

Bibliographie