Siegessäule est un magazine mensuel berlinois paru pour la première fois en 1984. S'il porte initialement le sous-titre de « » et est principalement consacré à la culture homosexuelle masculine, le contenu est élargi aux thèmes lesbiens en 1996, et à un groupe cible queer depuis . Siegessäule est ainsi le seul magazine de cette taille en Europe à s'adresser à l'ensemble de la communauté LGBT. Au deuxième trimestre 2019, le magazine est distribué gratuitement dans 573 points relais à Berlin et le tirage diffusé a été de 48 220 exemplaires.
Histoire
1977–1989 En 1977 est publié pour la première fois à Berlin-Ouest un bulletin d'informations gay nommé AHA-Info, rédigé par l', un groupe homosexuel de centre droit construit en opposition à l'orientation socialiste de l'Action Homosexuelle de Berlin-Ouest.
Le , lors de la Réunion des groupes gays berlinois ( ou TBS), le comité de l'AHA propose de transformer l'AHA-Info en une « info mensuelle de tous les groupes TBS ». Un groupe de travail se réuni alors en février de la même année à la librairie Eisenherz de la Bülowstraße.
En , le nom de est choisi, en référence à la Colonne de la Victoire érigée au centre du grand parc de Tiergarten. Une réunion s'organise alors au SchwuZ pour acter la fondation du magazine. La première édition parait dès le au format A4 avec un tirage de 500 exemplaires, au prix d'un Deutsche Mark.
Fondé aux débuts de l'épidémie de VIH/sida, le magazine propose dès lors de nombreux reportages sur le sujet. En , un numéro spécial intitulé « Aids - Die Dimension einer Krankheit » (Sida - la dimension d'une maladie) résume l'état de la recherche de l'époque et les débats sociopolitiques qui se développent autour de l'épidémie, avec un regard pensé par des gays et pour des gays. Cette publication gratuite, à laquelle collaborent notamment Rosa von Praunheim, , , et , est financée entre autres par une subvention d', alors sénateur CDU de Berlin, responsable du domaine de la santé.
1989–1996 À partir de la Réunification de 1989, est intégré, avec le magazine Rosa Flieder de Nuremberg, dans un magazine gay national nommé magnus (en référence aux sexologue Magnus Hirschfeld) et y est publié comme supplément berlinois. À ses débuts, cette nouvelle version de compte huit pages et liste 216 évènements et rendez-vous pour les gays. Micha Schulze et Dirk Evenson développent alors la rédaction berlinoise, qui passe en quelques mois à 24 pages. Après un changement d'éditeur en 1995, magnus et donc paraissent aux Editions Jackwerth de Cologne, et en 1996, le magazine cesse définitivement de paraître.
1996–2005 fête alors sa renaissance, détaché de magnus, et est depuis distribué gratuitement sur la scène berlinoise. Le financement se fait dès lors principalement par des annonces. La nouvelle rédaction en chef, composée de Manuela Kay (à partir de 1996) et de Peter Polzer (à partir de 1997), fait officiellement de un « magazine gay et lesbien ». Au cours des années 1990, il se développe de plus en plus en un média journalistique sérieux et devient le porte-parole de la scène berlinoise.
En 2004, comporte en moyenne 100 pages pour un tirage de près de . En plus d'être distribué gratuitement dans environ 600 magasins, restaurants et bars, le magazine est disponible dans les kiosques à partir de l'automne 2004 au prix de 2,90 euros.
2005–2012 Entre 2005 et 2008, Holger Wicht est rédacteur en chef et, après une relance en , il remplace le terme « gay et lesbien » par le mot « queer » sur la couverture. L'ambition du magazine de s'adresser de la même manière à toutes les personnes du spectre LGBT se manifeste ainsi pour la première fois et fait depuis lors partie intégrante de la marque . Une orientation qui se poursuit par le rédacteur en chef suivant, Sirko Salka, qui dirige le magazine de 2008 à 2013. En , à l'occasion de son 25e anniversaire, le maire de Berlin de l'époque, Klaus Wowereit (l'auteur de la citation « arm, aber sexy »), qualifie de « vaisseau amiral éditorial de la communauté gay et lesbienne de Berlin ».
Après 2012 En automne 2012, peu après la reprise du magazine par la maison d'édition Special Media SDL, parait pour la première fois avec un agenda bilingue allemand/anglais. La rédaction en chef gay et lesbienne de Jan Noll et Christina Reinthal, active depuis l'édition de , développe progressivement le contenu en anglais et en - à l'occasion du 30ème anniversaire du magazine - la première édition en grande partie bilingue est publiée sous le nom de « », faisant du magazine la publication de ce type qui a le plus fort tirage au monde. De l'édition de à l'édition de , Jan Noll est le seul rédacteur en chef.
Format papier Le magazine publie chaque mois des articles sur des thèmes liés à la communauté queer : politique, actualités locales, cinéma, musique, littérature et théâtre. Avec environ 3000 rendez-vous mensuels répertoriés, le magazine offre le plus vaste agenda régional de la communauté queer allemande. Un annuaire professionnel gay et lesbien l'accompagne sous le nom de . En outre, des numéros spéciaux sont publiés à l'occasion de la CSD berlinoise, du prix du film queer Teddy, de la Journée mondiale du VIH/sida et de la Rencontre berlinoise du cuir et du fétiche.
Version numérique
Depuis , a un site Internet. Il est développé en par la future éditrice Gudrun Fertig pour devenir une offre complète avec sa propre rédaction, un calendrier des évènements berlinois et un répertoire détaillé des lieux de la communauté. Depuis une relance en , l'agenda est utilisable en allemand et en anglais. Parallèlement, une version mobile du site est introduite. L'équipe de rédaction de est responsable du contenu et alimente quotidiennement le site en articles d'actualité.
Graphisme et logo Le logo actuel de existe depuis la relance du magazine en . La police de caractères Compacta est choisie à l'occasion du 30e anniversaire du magazine par Volker Demand, directeur de la création depuis 1995 et responsable de la conception de toutes les relances jusqu'en 2020. Elle est réminiscence des débuts du magazine : il s'agit en effet de la même police que celle utilisée pour le logo en 1984, où les lettres étaient alors en italique.
Engagements politiques Dans son numéro de , se mobilise pour la Parada Równości à Varsovie afin de soutenir les LGBT polonais face aux offensives conservatrices du gouvernement de l'époque.
Lors d'occasions telles que la de Berlin ou le mensuel en 2016, le magazine collecte des dons pour des ONG queer et des projets d'entraide comme Queer Amnesty, le , LesMigraS, MILES ou Women in Exile.
En 2016, et le magazine lesbien L-MAG, également publié par les Editions Special Media SDL, rejoignent l'initiative berlinoise « », une association de médias, d'institutions et de groupes d'entraide queer. Sous ce slogan, les participants prennent activement position contre les partis d'extreme droite allemands AfD et NPD.
Jury et compétitions De 1993 à 2015, décerne chaque année à la Berlinale le prix « Else ». Un prix du jury des lecteurs de est également décerné pour les films queer du Festival international du film de Berlin.
En outre, organise entre 2009 et 2014 le Siegessäule-Drag-Contest, qui a lieu chaque année à Pâques au SchwuZ et qui permet de désigner le ou la meilleure drag-performer de la capitale.
Événements En plus de plusieurs grandes fêtes dans les années 1990 et au début des années 2000 (la « Spring-Party » en 1997 et les fêtes du 15e et 20e anniversaire du magazine en 1999 et 2004, qui attirent jusqu'à 6 000 personnes à l'Arena Berlin-Treptow), organise à plusieurs reprises des tables rondes et des événements sur des thèmes comme la « visibilité lesbienne », la « discrimination au sein du milieu » ou « l'information sur l'hépatite C ».
De 2010 à 2013, organise à quatre reprises avec le SchwuZ le « Queer Noises Festival » - une plateforme permettant aux groupes du milieu musical queer de se présenter à un plus large public.
Pour le 30e anniversaire de , l'exposition « 30 ans de » est réalisée à l'automne 2014 en collaboration avec le Schwules Museum, et rend accessible aux visiteurs tous les numéros du magazine. En outre, des trésors sélectionnés parmi les vastes archives photographiques de la , sont solennellement offertes au musée lors du vernissage de l'exposition.
Parutions controversées En , publie un article en première page sur le coming-out des jeunes gays et lesbiennes au sein de la communauté turque musulmane. La couverture correspondante montre le drapeau turc sous le titre « Türken raus ! » - un jeu de mots avec l'expression « Sortez du placard ! », courante dans le contexte du coming-out et de l'émancipation homosexuelle. L'expression « Türken raus ! » prend cependant également une connotation raciste dans un contexte d'islamophobie croissante en Allemagne, et suscite alors de vives réactions dans les communautés queer et turque de Berlin.
Dans son numéro de , se mobilise pour la Parada Równości de Varsovie, dépégnant en couverture les personnages de dessins animés Bolek et Lolek en militants de la cause homosexuelle. Le slogan « La Pologne maintenant - Teraz Polska » est lui repris d'une campagne marketing pour promouvoir l'économie polonaise. Andrzej Pewniak, président de l'« Initiative citoyenne pour la défense de l'image de Bolek et Lolek », voit même dans ces deux personnages un « symbole national » qui appartient aux Polonais, et demande au gouvernement de prendre des mesures contre la couverture du magazine.
Références
Voir aussi
Articles connexes
Homosexuelle Aktion Westberlin SchwuZ
Liens externes Site internet du magazine
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