Valérie Chetboul est une vétérinaire française, agrégée des Écoles Vétérinaires et professeure de cardiologie (classe exceptionnelle) à l’École nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA). Ses travaux portent sur la cardiologie vétérinaire, en particulier l’imagerie cardiaque, mais aussi l'amélioration des traitements médicaux et chirurgicaux au bénéfice du chien, du chat, des nouveaux animaux de compagnie (NAC) et de nombreuses espèces exotiques, incluant notamment les grands félins, les grands singes, les dauphins, les éléphants et les reptiles.
Biographie Née à Oran, en Algérie, Valérie Chetboul est marquée dès l’enfance par la proximité avec les animaux. Après deux années de classes préparatoires scientifiques (maths sup/maths spé bio) au lycée Hoche à Versailles, elle est reçue à l’École normale supérieure, à AgroParisTech (ex-Institut national agronomique Paris-Grignon) et à l’École nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA), choisissant cette dernière.
Elle fait partie de la première promotion d’internes des animaux de compagnie écoles vétérinaires françaises, puis devient assistante en médecine interne à l’ENVA. En parallèle, elle prépare l’agrégation de pathologie médicale vétérinaire, qu’elle obtient en 1989, devenant la première candidate libre reçue dans cette disciplineL’agrégation des Écoles vétérinaires était un concours national très sélectif, organisé par le ministère de l’Agriculture, qui permettait de recruter les professeurs titulaires des Écoles nationales vétérinaires françaises. Ce concours a été supprimé en 2009..
En 1996, elle est à l’origine de la création du Certificat d’Études Approfondies Vétérinaires (CEAV) de médecine interne des animaux de compagnie, puis du Diplôme d’Études Spécialisées Vétérinaires (DESV) de médecine interne (option cardiologie).
En 1999, elle est diplômée de l’European College of Veterinary Internal Medicine – Companion Animals (ECVIM-CA), spécialité « Cardiology », devenant la première enseignante française – et à ce jour la seule des Écoles nationales vétérinaires – reconnue EBVS® European Specialist in Veterinary Cardiology.
Parallèlement, elle obtient un DEA de pharmacologie cardiovasculaire, en 2000 un doctorat ès sciences sur le thème de la thérapie génique et en 2003 une habilitation à diriger des recherches dans cette thématique.
Parcours académique et hospitalier Avec le Jean-Louis Pouchelon, fondateur du Groupe d’Étude en Cardiologie Animale (GECA) et cofondateur de l’ESVC (European Society of Veterinary Cardiology), Valérie Chetboul contribue dès les années 1990 à développer la cardiologie vétérinaire en France, en l’élargissant aux espèces domestiques et sauvages et en établissant des collaborations avec des cardiologues humains. Elle participe notamment en 1996 à la création de l’Unité de cardiologie d’Alfort (UCA), la première structure hospitalo-universitaire française entièrement consacrée à la cardiologie vétérinaire, dont elle dirige l’activité de 2010 à 2022. Selon le Jean-Louis Pouchelon, l’UCA a également ouvert la voie à la première implantation d’une unité de l’INSERM au sein de l’ENVA. Le Robert Moraillon, ancien directeur de l’ENVA, souligne que l’UCA, spécialisée depuis plus de trente ans en échocardiographie, « illustre parfaitement les progrès réalisés » dans ce domaine, et que Valérie Chetboul a mis à disposition de la profession sa « compétence en cardiologie, son expérience pratique et sa rigueur scientifique ».
Contributions professionnelles et scientifiques Valérie Chetboul est l’auteure de plus de 360 publications professionnelles et scientifiques, dont plus de 165 référencées dans PubMed, de plus de conférences en France et à l’étranger, ainsi que d’une trentaine de chapitres de livres. Elle assure différentes responsabilités éditoriales au Journal of Veterinary Cardiology pendant près de dix ans, dont celle d’éditrice en chef de 2003 à 2006, période au cours de laquelle la revue consolide son indexation et sa visibilité internationale. Son rôle est salué dans plusieurs éditoriaux et rétrospectives. Dès 2002, le Chris Amberger, dans un éditorial annonçant sa nomination, met en avant l’originalité de son parcours. En 2024, le Sydney Moïse rappelle qu’elle joue un rôle déterminant dans l’essor international de la revue, et les Claude Lombard et Chris Amberger soulignent son implication centrale pour l’intégration du journal dans le portefeuille d’Elsevier. En reconnaissance de ce travail éditorial, elle est élue membre honorifique de l’European Society of Veterinary Cardiology (ESVC) en 2007. Valérie Chetboul est également l’auteure de douze ouvrages, dont trois sont distingués par l’Académie vétérinaire de France, et plusieurs traduits en langues étrangères. L’un d’entre eux est l’Encyclopédie d’imagerie cardiovasculaire ultrasonore du chien et du chat (Chetboul et Taton, Elsevier-Masson, 2018). Le John Bonagura (Ohio State University, États-Unis) souligne, dans son avant-propos, son caractère pionnier, et dans sa préface, le Sydney Moïse (Cornell University, États-Unis) estime qu’« il faudra sans doute des décennies avant qu’un nouvel ouvrage d’une telle envergure ne voie le jour ». Ses recherches cliniques conduisent également au développement de méthodes d’examen échographique visant à réduire le stress des animaux cardiaques. Avec ses collègues, elle valide l’usage de la position debout pour l’échocardiographie transthoracique chez les carnivores domestiques, permettant un examen plus physiologique et mieux toléré que la position couchée, notamment chez les animaux émotifs, stressés ou à risque lorsqu’ils sont atteints de maladies cardiorespiratoires. Cette approche centrée sur le bien-être animal est ensuite appliquée à des espèces exotiques, notamment des orangs-outans éveillés, sans tranquillisation, dans le respect de leurs contraintes comportementales et physiologiques.
Chirurgie cardiaque vétérinaire collaborative À partir des années 2000, Valérie Chetboul participe à l’organisation et à la réalisation d’interventions inédites en cardiologie vétérinaire, en collaboration avec des équipes chirurgicales et cardiologiques internationales, plus particulièrement celle de l'MMR / Veranex (Institut Mutualiste Montsouris, Paris) incluant, pour certaines, des chirurgiens cardiaques humains. Ces opérations, effectuées à titre bénévole chez des animaux présentant des cardiopathies graves, constituent plusieurs « premières » documentées par la presse vétérinaire : remplacement valvulaire mitral chez un chien Bull Terrier (2005), fermeture d’une communication interventriculaire chez un chien militaire de race Malinois (2006), ainsi que la première réparation interventionnelle de la valve mitrale à cœur fermé en France chez un Cavalier King Charles. La Dépêche Vétérinaire rapporte également des interventions sur espèces sauvages (panthère des neiges, 2010), tandis que la presse grand public spécialisée se fait l’écho de ces avancées, comme *Peuple Animal* à propos de l’opération cardiaque de la chienne Ida.
Parmi les publications scientifiques associées, on peut citer : la première valvuloplastie mitrale à cœur ouvert / cœur battant chez un chien (2004), la première intervention à cœur ouvert / cœur battant chez un chat (2015), la première procédure interventionnelle vétérinaire guidée par échocardiographie intracardiaque (ICE, 2017), et la première implantation d’une valve à cœur fermé chez un chien (2018), avec suivi échocardiographique 2D/3D publié ensuite. Ces interventions bénévoles, réalisées pour certaines avec le soutien de la Fondation Un Cœur et utilisant les techniques les plus récentes de chirurgie cardiaque appliquées aux animaux, sont saluées par l’IMMR / Veranex ( Nicolas Borenstein, Institut Mutualiste Montsouris, Paris). Elles s’inscrivent dans le principe du « Giving Back », consistant à « rendre aux animaux ce qu’ils ont tant apporté et apportent encore à l’Homme » en matière de progrès en chirurgie cardiaque.
Cardiologie des espèces sauvages et exotiques Le Valérie Chetboul contribue au développement de la cardiologie chez les Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC), les espèces menacées et en milieu zoologique, incluant notamment des mammifères marins (dauphins), des primates (orangs-outans), des grands félins, divers reptiles, ainsi que des éléphants et d’autres espèces exotiques. Son activité auprès de ces espèces est mise en lumière dans la presse grand public, notamment par Paris Match (2011), qui publie des photographies de ses interventions auprès d’un dauphin, d’une panthère et d’un anaconda. Des portraits parus dans la presse vétérinaire (Médecine & Chirurgie Animales, 2022) et dans la revue de la Société académique Arts-Sciences-Lettres (Rayonnement, 2022) soulignent également son apport à la cardiologie comparée et à la préservation de la biodiversité.
Elle est à l’origine de descriptions originales de maladies cardiaques chez certaines espèces, comme les premiers cas diagnostiqués et traités d’hypertension artérielle chez des panthères âgées. Elle participe également à l’élaboration de méthodes standardisées d’examen échographique et électrocardiographique (paresseux, éléphants, dauphins, orangs-outans, pythons), en collaboration avec différentes équipes, dont celles du Norin Chai, du Lionel Schilliger, de l’association Yaboumba, de la Fondation Un Cœur, du Muséum national d'histoire naturelle et de plusieurs parcs zoologiques tels que la Ménagerie, le zoo du Jardin des plantes. Ces travaux font l’objet de publications internationales à comité de lecture. vignette|Examen cardiaque (ECG et échographie) d’un éléphant dans le Mondolkiri, Cambodge (mission de l'association Yaboumba et de la Fondation Un Cœur). Photo : Norin Chai
Engagements professionnels Valérie Chetboul participe à plusieurs groupes d’experts internationaux, dont le groupe consensus américain de l’American College of Veterinary Internal Medicine sur les myocardiopathies félines (depuis 2018) et le Veterinary Specialty Interest Group de l’American Society of Echocardiography (depuis 2022), chargé d’élaborer des recommandations internationales pour la pratique de l’échocardiographie vétérinaire.
Elle siège également à la Commission nationale des médicaments vétérinaires (2010-2013). Depuis 2013, elle est membre du conseil scientifique de la Fondation Un Cœur (sous égide de la Fondation de France), qu’elle a contribué à cofonder pour soutenir différents projets vétérinaires, notamment en cardiologie. La Fondation est présentée dans la presse professionnelle (Médecine & Chirurgie Animales, 2022) et dans le magazine *Mel Pet & Co* (2020), qui mettent en avant son rôle dans la structuration de la cardiologie vétérinaire française et dans l’implication de jeunes vétérinaires dans des projets cliniques et de recherche au bénéfice des animaux.
En 2022, la presse vétérinaire annonce son intégration au board scientifique de la start-up française Invoxia, spécialisée dans les colliers biométriques connectés pour chiens. Cette collaboration marque une étape clé dans la continuité de ses travaux sur la surveillance cardiorespiratoire canine et ouvre la voie à une nouvelle ère de cardiologie vétérinaire prédictive, fondée sur l’exploitation des objets connectés (ou Internet des objets) et des algorithmes d’Intelligence artificielle, illustrée par l’étude AI-COLLAR publiée dans Frontiers in Veterinary Science en 2025.