La campagne d'Anvers désigne une série d'évènements et de batailles de la guerre belgo-néerlandaise, s'inscrivant dans la révolution belge à la suite des Journées de Septembre. Les insurgés belges poursuivent en effet l'armée néerlandaise sur une ligne allant de Bruxelles à Anvers et les repoussent hors de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, après que celle-ci ait déclaré son indépendance du royaume uni des Pays-Bas le .
Elle débute le au lendemain de la victoire des Quatre Jours de Bruxelles et s'achève officiellement lorsque le premier armistice prend effet le de la même année, bien que d'autres combats et escarmouches eurent encore lieu dans la région par la suite.
Contexte Révolution belge vignette|gauche|La garde bourgeoise d'Anvers enfermée dans la bourse d'Anvers.
En 1830, le royaume uni des Pays-Bas, dirigé par le roi Guillaume Ier, est secoué par la révolution belge, qui éclate avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles et se propage dès le lendemain à l'ensemble des provinces du sud et à l'étranger, sous la forme de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux. Si des mouvements populaires se produisent un peu partout, ils sont plus rapidement matés dans les quatre province flamandes, bien que ce soit à Anvers et à Bruges que le premier sang belge coule pour la première fois hors de Bruxelles, dès le . Louvain sera, quant à elle, la première ville belge à chasser sa garnison dès le , mais les troubles en « province » prennent initialement plus d'ampleur dans le Hainaut ainsi que dans la province de Liège, tout particulièrement à Ath, Liège, Mons, ou encore Verviers.
Anvers et sa province en 1830 vignette|La ville d'Anvers, son enceinte médiévale et sa citadelle (à droite), en 1828.
Lorsque la révolution belge éclate, Anvers est l'une des grandes villes du royaume uni des Pays-Bas et la troisième ville la plus peuplée des huit provinces du sud, derrière Bruxelles et Gand, avec près de . C'est un centre économique majeur, particulièrement grâce à son port historique sur l'Escaut qui donne un accès direct à la mer du Nord, mais aussi grâce à ses nombreuses industries. Elle dispose d'une population ouvrière importante ainsi qu'une bourgeoisie, à l'époque francophone, qui se range initialement du côté du orangiste, prônant l'union du royaume uni des Pays-Bas et craignant de perdre les bénéfices énormes du commerce avec l'empire colonial néerlandais en cas de séparation. Chef-lieu de la province d'Anvers, elle abrite les autorités et le gouverneur provincial, Alexandre François Ghislain van der Fosse fervent partisan du roi tout comme le bourgmestre bourgmestre, Willem Andreas de Caters. C'est au palais royal d'Anvers que les fils du roi, Guillaume et Frédéric, envoyés pour tenter de reprendre le contrôle de la situation, vont loger puis établir leur quartier général. Anvers est également le siège du « grand commandement » de l'armée néerlandaise placé sous le commandement du général David Chassé tandis que la citadelle d'Anvers abrite une garnison de appartenant à la afdeeling des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas. Proche de ce qui deviendra la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, la ville est donc un point stratégique majeur, tant militaire, qu'économique ou démographique, mais elle est particulièrement bien défendue. Cela n’empêche pas les troubles d’éclater en ville dès le , poussant les autorités à mettre sur pied la garde bourgeoise d'Anvers.
Les autres villes de la province demeurent d'abord relativement calmes, bien que l'on note une révolte d'ouvriers de l'usine de textile à Lierre.
Journées de Septembre vignette|L'armée mise en échec et prise au piège dans le parc de Bruxelles lors des Journées de Septembre.
Tout s'accélère avec les Journées de Septembre, lorsque l'armée, menée par le fils du roi, le prince Frédéric, attaque Bruxelles et Louvain dès le , dans le but de reprendre le contrôle des Pays-Bas méridionaux. L'action est mise en échec par la résistance farouche des volontaires belges, venus de partout pour défendre les deux villes. Dans la capitale, les troupes sont contraintes d'évacuer le parc de Bruxelles dès le , mettant fin aux Quatre Jours de Bruxelles avec un retentissement énorme dans tout le pays, au vu de l'importance stratégique de Bruxelles. Dans la province du Brabant, le général Ghisbert Martin Cort Heyligers est mis en déroute lors des combats de Louvain et dans sa tentative de prendre Tirlemont, puis est ensuite poursuivi jusqu'à Wavre le .
Cette défaite aussi surprenante qu'inattendue, mène à la déclaration d'indépendance de la Belgique dès le par le gouvernement provisoire, tout juste mis en place lors des évènements de septembre. Cela gonfle le moral des insurgés belges, venus de partout et réunis en corps francs, qui poursuivent alors l'armée dans le but de repousser les soldats « hollandais » au-delà de ce qui est devenu la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas.
Dans le même temps la révolution se militarise partout ailleurs et les forteresses tombent les unes après les autres, bien aidées par les défections des nombreux soldats « belges », contribuant ainsi à gonfler les effectifs des volontaires et à les armer davantage. Ce sont d'abord les places fortes de l'actuelle Wallonie qui capitulent : Ath tombe le , Mons et Tournai le 29, Philippeville le 30, la citadelle de Dinant le , le château de Bouillon le lendemain, la forteresse de Charleroi et la citadelle de Namur le 5 et, finalement, la dernière sera citadelle de Liège, le . C'est dans ce contexte que les villes de Flandre vont à leur tour chasser les « hollandais » de leurs murs, tandis que l'armée des volontaires entamme sa route de « libération » sur trois grands axes : la campagne d'Anvers, menée par Charles Niellon et Anne François Mellinet la campagne des Flandres vers la Flandre zélandaise, menée par le duc de Pontécoulant la campagne du Limbourg vers Maastricht et Venloo, menée par Nicolas Joseph Daine.
Forces en présence Armée royale Le , Charles Niellon estime les forces armées du Royaume uni des Pays-Bas encore présentes sur le sol belge (corps d'armée mobile et garnisons des villes encore sous contrôle du régime de La Haye) à un peu plus de hommes et chevaux, répartis de la sorte : Infanterie : quarante-et-un bataillons d'environ , soit fantassins ; Cavalerie : six régiments d'environ hommes, soit cavaliers et autant de chevaux ; Artillerie : personnels, bouches à feu et chevaux ; Génie militaire : hommes ; Marine royale néerlandaise : marins répartis dans la flottille envoyée sur l'Escaut à Anvers ainsi que celle présente sur le Rupel. Au total, trente-et-un bâtiments de guerre sont recensés : frégates, bateaux à vapeur, avisos et bricks et canonnières.
Position des troupes vignette|Le Rupel forme une barrière naturelle entre l'Escaut et la Nèthe. Le , un rapport de Charles Niellon fait état de la position des restes de troupes de l'armée après sa retraite conséquente aux défaites des Journées de Septembre :
Déroulement Préludes vignette|Plusieurs ponts enjambent la Nèthe à Lierre, d'où l'importance stratégique de la ville. (Ici le Hoogbrug). Si quelques escarmouches se produisent dès la fin , il faut attendre le milieu du mois d'octobre pour que l'armée des volontaires belges, commandée par le général Lambert Nypels, ne rencontre réellement l'armée néerlandaise, commandée par Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach. Mi-octobre, celle-ci est retranchée derrière la Dyle, les deux Nèthes, le Rupel et l'Escaut. Ces différents cours d'eau bloquent la route d'Anvers et bordent des villes majeures, telle que Malines. Les seuls ponts sur la Nèthe, permettant de se projeter vers le nord, sont alors situés à Walem, Duffel et Lierre. C'est cette dernière que le général Nypels définit comme objectif du premier corps d'armée, tandis que le second se dirige vers Rumst. Le plan du général est de faire effectuer une diversion vers Aarschot au premier corps, feignant de se diriger vers le Limbourg, avant de virer à gauche et de foncer vers Lierre par Heist-op-den-Berg. Il franchit le Démer le et établit son quartier général à Schriek, en prélude de la bataille de Lierre qu'il remporte le . Plus au sud, le deuxième corps doit se diriger vers Malines puis s'emparer d'un autre pont, le pont de Walem, qui est pris le à la suite de la bataille éponyme et permet d'approcher Anvers par le sud. D'autres batailles ont alors lieu à Berchem, Wilrijk ou encore à Borgerhout.
Les combats d'Anvers débutent le et la ville est prise le malgré un terrible bombardement des néerlandais qui fait et . Après la prise d'Anvers, l'armée belge est organisée et trois brigades sont formées à partir des volontaires de la campagne d'Anvers : La brigade est confiée à Charles Niellon et établit son quartier général à Turnhout ; La brigade est confiée au colonel Fonson et établit son quartier général à Wuustwezel ; La brigade est confiée à Anne François Mellinet et part renforcer l'armée menant la campagne du Limbourg, plus particulièrement le .
Chronologie vignette|Lambert Nypels succède à Juan Van Halen à la tête des volontaires belges, dès le . vignette|Charles Niellon, commandant du premier corps d'armée. vignette|Anne François Mellinet, commandant du deuxième corps d'armée.
Woluwe-Saint-Étienne : Les hommes de Charles Niellon délogent les avant-postes de l'armée avec pour objectif de rétablir la communication entre Bruxelles et Louvain en libérant la route entre ces deux villes.
Diegem : le prince Frederic réunit son état-major dans le village et prépare une nouvelle attaque de Bruxelles ; Louvain : un détachement de volontaires belges arrivent depuis Bruxelles, sous la conduite d'Herman Kessels ; Woluwe-Saint-Lambert : Escarmouche entre les éclaireurs du corps franc de Niellon et l'avant garde de l'armée ; Zaventem : Niellon et ses hommes mettent en fuite les restes du régiment de dragons légers et parviennent à Louvain par Nossegem et Cortenbergh, évitant soigneusement les restes de l'armée du général Ghisbert Martin Cort Heyligers, défaits la veille à Tirlemont et stationnés depuis à Leefdael.
Cortenbergh : l'armée de Cort Heyligers se met en route pour faire jonction avec les forces du prince Frédéric au nord, mais est interceptée par les volontaires de Louvain et de Charles Niellon à hauteur de la montagne de fer (Ijzerenberg) dans une bataille de six heures qui fait au moins cinq morts et plusieurs dizaines de blessés dans les rangs belges. Ces derniers ne peuvent empêcher les quelques hommes d'infanterie et l'artillerie royale de passer et sont contraints de se retrancher dans Louvain ; Vilvorde : une expédition est menée dans cette commune où se trouvait l'ancien état-major du prince Frédéric durant les Quatre Jours de Bruxelles et sont enlevés à l'armée par Adolphe Eyckholt.
Eppegem : une expédition est menée lors de laquelle sont enlevés à l'armée sous le commandement de Charles Lecocq, meneurs des volontaires d'Ath et du colonel Moyard. Les derniers campements de l'armée aux alentours de Zemst sont évacués en conséquence ; Tildonk : les volontaires de Louvain et du corps de Niellon attaquent les avant-postes de l'armée, qui se replie vers Rotselaar et Werchter.
Aarschot : Le corps d'armée de Charles Niellon arrive en ville avec pour objectif de poursuivre les troupes du général Cort Heyligers, mais sont stoppés par le Démer ; Bruxelles : Le gouvernement provisoire de Belgique demande à Juan Van Halen, alors toujours commandant en chef des volontaires belges, de faire une retraite et de cesser de poursuivre l'armée. Celui-ci obéit mais marque son vif désaccord.
Bruxelles : le gouvernement provisoire proclame unilatéralement l'indépendance de la Belgique. La Haye : Un arrêté royal est promulgué, disposant que le prince héritier Guillaume devient temporairement le gouverneur des Pays-Bas méridionaux.