Cet article présente l'histoire de la culture des céréales dans les années 1930.
Années 1930 Les États interviennent pour réguler l'énorme marché mondial du blé qui a émergé à l'issue des années 1920 et contre le Krach de 1929. Un Indian Council of Agricultural Research est fondé dès 1929. Il est suivi par : l'Agricultural Adjustment Act, socle du New Deal du président américain Franklin Delano Roosevelt en 1933Robert Calvet, Les États-Unis en fiches, Ellipses, . ;
le Conseil agricole australien de 1933 ; la Commission canadienne du blé en 1935 ; l'Office national interprofessionnel des grandes cultures (ONIC) français de 1936.
Face à la surproduction chronique de céréales et aux faibles prix, l'Accord international sur le blé de 1933 organise la première réduction concertée de l'offre mondiale. Dès 1927, c'était l'objectif du Canada, qui a depuis 1925 la moitié du commerce mondial du blé et organisé le Pool canadien du blé et le président américain Roosevelt appuie son orientation volontariste en 1933, alors que les pays européens sont plus divisés : la France est à l'abri d'une série de lois douanières« Le blé », par M. L. Debesse-Arviset et R. Clozier, dans L'Information Géographique de 1936 , générant des prix plus élevés qu'en Belgique alors l'Angleterre ne cultive plus en 1935 que de blé, huit fois moins que les 5,3 millions d'hectares français.
Nouvelles routes des grands navires céréaliers vignette|490x490px|Route suivie par le HBRY et ses divers embranchements. vignette|300x300px|Port de Churchill Le , le Canada achève le chemin de fer de la Baie d'Hudson, victoire pour les fermiers des Prairies qui souhaitaient depuis longtemps avoir accès à la baie d'Hudson. Le port servira surtout à la Commission canadienne du blé (90 % du trafic). Grâce au blé du grand nord canadien, au milieu des années 1930, l'Angleterre est le plus gros pays importateur de blé au Monde, avec 6 millions de tonnes"Le blé", par M. L. Debesse-Arviset et R. Clozier, dans L'information géographique de1936 ., dont la moitié vient du Canada. Le marché mondial génère alors un trafic énorme, toute l'année. Fin août et septembre, un puissant fleuve de blé arrive de Montréal et New York vers Liverpool, Londres, Hambourg, Anvers, et Rotterdam. Les cargos se hâtent de quitter aussi le port de Churchill, sur les rives de la Baie d'Hudson, dans le Manitoba, avant que les glaces ne les bloquent.
Un second flux de cargos céréalier, navires vraquier spécialisé dans le transport de céréales, qui prendront bientôt la taille moyenne, dite Panamax, va de Bahía Blanca, Rosario, Buenos Aires vers l'Europe occidentale qu'il ravitaille en décembre et janvier. Un troisième part de Melbourne fin janvier, puis une flottille de voiliers quitte en février ou mars le golfe Spencer pour apporter en trois mois à Londres, par le Cap Horn, le blé ensaché. Les navires céréaliers traversent aussi l'océan Indien, de Karachi vers l'Angleterre. De grandes routes du blé traversent aussi la mer Noire, des ports du Danube (Braïa et Galatz) vers Rotterdam et Anvers et surtout de celui Nikolaïevsk, où l'URSS a fait construire le plus grand des Silos-élévateurs à grains, d'Europe, mais également la Méditerranée, de l'Afrique du Nord vers Marseille, Gênes et Naples.
L'ancêtre de la FAO et les botanistes alertent sur la diversité génétique En 1927, la question de la conservation des semences de variétés de céréales « de pays » fait l'objet de réflexions soutenues lors du congrès international d'agriculture, organisé à Rome par l'Institut agronomique international, précurseur de la FAO. Les agronomes y expliquent que les sélectionneurs seront victimes d'une diversité génétique trop réduite pour renouveler les semences : des recommandent de conserver les variétés anciennes, par les paysans eux-mêmes, ou dans des écoles. Le travail de Nikolaï Vavilov, issu de la brillante génération de généticiens (Philipchenko, Serebrovsky, Timoféef-Ressowsky, Dobzhansky…) qui dominèrent la biologie soviétique dans les années 1920"Des ressources génétiques à la biodiversité cultivée", par Christophe Bonneuil, dans la Revue d'anthropologie des connaissances, en 2011 , commence à porter timidement ses fruits.
Ces réflexions s'accélèrent lors de la crise des années 1930. Mais seule l'Autriche prend des mesures et seulement pour quelques années. Aux États-Unis, les botanistes Harry Harlan et Mary Martini lancent en 1936 un appel à la conservation des semences, qui aura un écho important chez les agronomes, mais chez les diplomates, l’heure est plutôt à l’exaltation des promesses de la génétique. La disparition d’une partie des ressources génétiques par remplacement de variétés traditionnelles restera même négligée par la jeune Organisation des Nations unies. Pourtant, en 1940, la collection de l'Institut Vavilov à Léningrad a déjà réuni un total de accessions, dont pour le blé. L'Institut Vavilov facilite ainsi une "pensée géographique" des gènes agricoles, de leur répartition et de leur diversité, sur la base du concept de « centres d’origine », zones de domestication d’une plante, plus riche en diversité. Lors du siège de Léningrad par les nazis G.P. Nabhan , Sheerwater Book, 2009, le personnel de la banque de gènes de l'Institut Vavilov préfère souffrir de la faim que manger les graines dont il assure la garde S.M. Alexanyan, V.I. Krivchenko « Soviet Scientists Give Lives for World Collection During 1941 Battle of Leningrad » Diversity, vol 7, 1991 et neuf d'entre eux en périssent.
L'appel d'Harry Harlan et Mary Martini sera repris beaucoup plus tard au sein de l'"International Biological Program" de 1964 à 1974A.C. Zeven, Landraces: A review of definitions and classifications, Euphytica 104: 127–139, 1998. Le Code international pour la nomenclature des plantes cultivées considère cependant qu'une variété de céréales « de pays » n'est ni assez uniforme ni suffisamment stable pour avoir un statut de cultivar.
Le blé talonne le riz à l'échelle mondiale Après la très forte expansion des années 1920, la production mondiale de blé approche de 125 millions de tonnesEn moyenne quinquennale 1929-1933, la production de blé reviendra ensuite à 120 millions en 1936, plus très loin 138 millions de tonnes de riz, nourriture, parfois exclusive, de plus du quart de l'humanité. L'expansion du blé est surtout territoriale : sa superficie cultivée atteint 133 millions d'hectares en 1935, deux fois et demie les 55 millions d'hectares de riz. Le blé a chassé la végétation naturelle des graminées de la prairie américaine, de la pampa argentine, et de la steppe russe. L'homme a pu adapter à des conditions de climat très variées en sélectionnant les espèces, autour de deux axes :
Le blé tendre de printemps, des pays nordiques et climats continentaux rudes, est désormais semé au printemps en Ukraine et au nord des États-Unis. Grâce à lui, la Sibérie occidentale et le Canada, qui dispose d'une large palette de blé sont devenus de gros producteurs. C'est le blé du pain. Le blé dur d'hiver, semé en automne pour germer et former en jeunes plants qui restent en phase végétative pendant l'hiver, s'étend lui dans les climats océaniques mais aussi les climats secs. C'est le blé des pâtes alimentaires. De grands travaux d'irrigation ont étendu sa culture jusqu'au Désert du Thar, en Égypte. Aux États-Unis, 99 % des terres irriguées dans l'Arizona sont cultivées en céréales.
L'Agence agricole et les lois du président Roosevelt après la crise de 1929 La Grande Dépression subit la déflation agricole des années 1930, causée par la crise de 1929. Le l'Agricultural Adjustment Act, est voté en plein New Deal du président américain Franklin Delano Roosevelt, sous le conseillé par Henry Wallace. Il crée l'Agricultural Adjustment Administration, agence chargée du contrôle du versement des subventions et de redonner de la valeur aux récoltes des | d'agriculteurs américains, proches de la ruine"Politique agricole et échanges internationaux : dynamique de la régulation en Europe et aux États-Unis", par Jean-Christophe Kroll, professeur à l'ENESAD-INRA de Dijon, dans la revue Mondes en développement en 2002.
La crise est aggravée par le Dust Bowl (« Bol de poussière »), combinaison des tempêtes de poussière et sécheresse, qui dévaste les récoltes et provoque l'érosion des grandes plaines durant une dizaine d'années, jetant des milliers de fermiers sur les routes, en direction de l'ouest. Dans Les Raisins de la colère, le romancier John Steinbeck décrit de façon poignante cette période de l'histoire américaine. La crise écologique provoquée par le Dust Bowl conduisit le gouvernement américain à créer le , appelé aujourd'hui , organisme chargé de la sauvegarde des ressources naturelles.
La loi de 1933, qui s'inspire de lois canadiennes de la décennie précédente, exige des crédits à faible taux et des indemnités compensatrices pour les agriculteurs acceptant de ne pas cultiver une partie de leurs terres, afin de réduire l'offre pour déclencher une hausse des prix des productions agricoles. C'est la période où ont été créés les premiers programmes en faveur des fermiers, en particulier des céréaliers« Les aides directes à l'agriculture aux États-Unis : le débat du Farm Bill », par Jean-Christophe Debar, dans la revue Économie rurale de 1996 .
Les modalités d'intervention du gouvernement évolueront, mais trois catégories de produits vont continuer à relever chacune d'un traitement distinct :
les grandes cultures bénéficient d'aides directes octroyées sous certaines conditions (céréales, coton) ; les produits soutenus au moyen de prix garantis (sucre, lait, oléagineux) et, le cas échéant, de protections aux frontières relativement élevées (sucre, lait) ; les productions ne bénéficiant pas d'aides directes ni de prix garantis, mais pour lesquelles des formes particulières d'intervention publique sont éventuellement prévues (viandes, fruits et légumes, etc.).
Accord international sur le blé de 1933
La négociation de l'Accord international sur le blé de 1933 a été précédée de six années de négociations. Dès la conférence économique internationale à Genève en 1927, les producteurs de céréales manifestent pour la première fois leur volonté de coopérer à la régulation de l'offre et des prix mondiaux. Une première conférence céréalière eut lieu à Londres en . Les participants y approuvent le principe d'une réduction des emblavures dans les pays producteurs. En 1933, dans plusieurs pays producteurs des lois protectionnistes et interventionnistes voient le jour. La France vote ainsi le une loi de « défense du marché du blé » qui prévoit un mécanisme de stock régulateur pour faire rebondir les cours en cas de baisse« Organiser les marchés agricoles: Le temps des fondateurs », par Alain Chatriot, Edgar Leblanc, Édouard Lynch, Éditions Armand Colin, 2012 et le , une autre loi autorise le ministère de l'agriculture à lutter contre les excédents en créant des primes pour inciter les céréaliers français à viser de nouveaux marchés comme l'alimentation animale.