Cet article présente l'histoire de la culture des céréales dans les années 1870.

Années 1870 Le prix constaté du blé évolue en forte hausse au cours de la première moitié de la décennie en France, selon l'économiste Jean Fourastié surtout avant la grande crise économique de 1873, y compris si l'on prend en compte l'évolution parallèle du salaire horaireStatistiques de prix – La baisse des prix du blé, fait capital de l’histoire économique, par Jacqueline Fourastié, 2013 : Années18701871187218731874Prix observé du quintal de blé (en francs)26,734,130,633,632,7Prix réel (ajusté du salaire horaire)121155139149145 Les prix très élevés du blé sur la période 1866-1872 suscitent des migrations vers l'Ouest et le Nord de l'Amérique, menés par des négociants et meuniers. Parmi eux, les mennonites Cornelius Jansen (1822-1894), meunier et négociant en céréales actif sur le marché anglais et Bernhard WarkentinMolotschna Historical Atlas. Ils visitent le Manitoba puis décident de s'installer dans le Kansas, deux sites où le chemin de fer les rejoint bientôt ainsi que des milliers de compatriotes russes. Le Manitoba cherche alors le blé de printemps adapté à la rigueur des hivers, et le Kansas réussit l'implantation rapide d'un blé ukrainien d'hiver très dur mais excellent, ce qui amène une nouvelle génération de moulins à meule d'acier. À Minneapolis, région la plus froide des États-Unis, on teste aussi le blé de printemps. Le meunier américain Charles Pillsbury créé en 1872 la Pillsbury Company et son rival Cadwallader Washburn y érige en 1874 le Washburn "A" Mill, moulin géant permettant des économies d'échelle, reconstruit avec meule d'acier en 1878. Deux multinationales de la farine naissent ainsi. L'espace se sépare ainsi, avec les cultures du blé au nord vers Minneapolis ou au sud vers le Kansas, et au milieu la Corn Belt, vers le port de Chicago, où le trafic de maïs triple entre 1870 et 1872 au point de représenter 4 fois celui du blé, proportion également constatée en 1880. Le trafic à Chicago, en millions de boisseaux, statistiques du Chicago Board of Trade : Trafic de blé18601861186218631864186518661867186818691871187218731880Trafic de blé12,2 millions13,1 millions15,6 millionsND10,7 millions10,1 millions7,6 millions9,4 millions9,6 millions11 millions16 millions12,7 millions11,2 millions21,4 millionsTrafic de mais13,6 millions24,4 millions29,4 millionsND24,9 millions12,6 millions25, 1millions32,9 millions21,5 millions25 millions17,6 millions36,6 millions46,9 millions93,5 millions

La moissonneuse-lieuse inventée en 1872 vignette|Moissonneuse-lieuse Fahr La moissonneuse-lieuse, une machine agricole, est inventée en 1872 par Charles Withington pour améliorer la moissonneuse: en plus de faucher les tiges des céréales, elle permet de les lier automatiquement en gerbes (ou en bottes), entassées ensuite en meules de façon à assurer le séchage des épis pendant plusieurs jours avant le battage, qui se faisaient ensuite à la ferme. L'invention de Charles Withington arrive dans un contexte de cours élevés et d'expansion céréalière dans les Grandes Plaines ce qui lui assure un succès plus rapide que les précédentes générations de moissonneuses mécaniques.

Elle est rapidement perfectionnée. Les premières moissonneuses-lieuses sont tractées par des chevaux ou des bœufs, et actionnées par un barbotin (sorte de roue dentée). Leur inventeur, Charles Baxter Withington, un joailler de Janesville, dans le Wisconsin, utilise du fil de fer pour lier les gerbes, ce qui endommage les meules des moulins, cause des accidents aux mains des agriculteurs, et des indigestions du bétail. Très rapidement William Deering mit au point un modèle utilisant de la ficelle tandis que John Appleby inventa un lieur.

En 1870, les Mennonites de Crimée choisissent le Kansas et le Manitoba gauche|vignette|Dégâts causés par un incendie à Saint-Jean en 1877, par R. Silroy alt=Animation démontrant l'évolution des frontières du Canada depuis 1867.|vignette|Évolution territoriale du Canada depuis 1867 Environ 10 000 Mennonites émigrent aux États-Unis dans les années 1870 et 7 000 au Canada, où ils sont exemptés de service militaire« A COMPARISON OF THE MENNONITE AND DOUKHOBOR EMIGRATIONS FROM RUSSIA TO CANADA, 1870-1920 », par Robert J. Sawatzky, Université de Dalhousie . Les juifs représentent 40-45 % du total et les Polonais 20-25 %.. Les deux groupes prévoient d'immigrer dès 1870, alors que les autorités russes veulent profiter des cours élevés des céréales pour implanter dans leur région fertile d'autres cultivateurs, sur fond de critiques des privilèges d'exemption militaire accordés aux Mennonites. La colonie de Molotschna comptait dès 1860, réparties en 60 villages, sur une terre de culture intensive, étudiée par l'agronome mennonite Johann Cornies et la révolution du blé en Ukraine fait émerger un prolétariat rural dédaigné par les fermiers aisés : 3 % des Mennonites possédaient 30 % de la terre, employant 22 % de la population à des salaires très bas. Les années 1860 les avaient vue créer de nombreuses autres colonies agricole en Ukraine comme Zagradovka, Fürstenland ou Borozenko. Des machines agricoles sont fabriquées à Chortitza et Rosental par trois grandes usines (Lepp & Wallmann, Abram J. Koop, Hildebrand & Pries) et deux plus petites (Thiessen et Rempel).

En 1870, Cornelius Jansen (1822-1894), un négociant qui vend les céréales des Mennonites de Russie en Angleterre, croise un groupe de Mennonites de Prusse, dont l'exemption de service militaire vient d'être révoquée par Bismarck. Leurs délégués rencontrent Wilhelm Ewert et Peter Dyck à Berdiansk en 1870 et Jansen leur montre de la littérature reçue des Quakers américains. Dès l'été 1871, il négocie avec les autorités canadiennes et visite Timothy Smith, consul américain à Odessa, pour préparer l'immigration et sa rencontre du avec le président américain Ulysses S. Grant. Les Américains rappellent l'Homestead Act de 1862, qui offre à chaque occupant d'un terrain depuis 5 ans 160 acres moyennant par acre. Ulysses S. Grant assure qu'il est peu probable que les États-Unis entrent en guerre, sans s'engager sur l'exemption de service militaire. Le Canada s'engage au contraire à la respecter, conscient du potentiel économique de ces Mennonites qui ont réussi dans la culture des céréales en Russie.

En 1871, des traités sont signés avec les nations indiennes, Cris et Ojibwés, puis dépensé en 1872 en publicité pour attirer des immigrants d'Europe. Afin de les sécuriser, le Canada créée la Police montée en 1873 et accepte de subventionner le chemin de fer Intercolonial, lancé en 1872 à Moncton, pour les provinces maritimes. Cette ligne permettra, à partir de 1876LA PREMIERE BANQUE AU CANADA - HISTOIRE DE LA BANQUE DE MONTRÉAL, par MERRILL DENISON, 1967, éditions MCCLELLAND & STEWART l'exportation des céréales en hiver, par Halifax (Nouvelle-Écosse), principal port canadien libre de glaces l'hiver, quand l'offre de céréales diminue, soutenant les prix. Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), l'autre port atlantique d'hiver, sombrant en 1877 dans le grand incendie de Saint-Jean, le Port d'Halifax ne construira son grand silo-élévateur qu'en 1882.

Les « concessions statutaires » du Dominion Lands Act de 1872 distribuent 160 acres à tout immigrant vers l'ouest du Canada. Des spéculateurs préemptent les sites dès 1872, souvent illégalementBiographie de William Pearce [Biographie – PEARCE, WILLIAM – Volume XV (1921-1930) – Dictionnaire biographique du Canada]. La Compagnie de la Baie d'Hudson, en conflit avec les métis, voit 60 % de ses concessionnaires faire faillite, sans revenus agricoles. Elle s'aligne ensuite sur le Canadien Pacifique, qui attend que l'État ait vendu l'intégralité de ses terres, pour vendre les siennes plus cher"History of Canadian Business" par R.T. Naylor aux éditions McGill-Queen's Press - MQUP, 2006.

En 1872, le Consul britannique en Russie James Zohrab écrit à son ministre Lord Granville que les Russes de Berdiansk sont pour la plupart remontés contre les privilèges d'exemption des Mennonites. À la fin de l'année précédente un projet de réforme russe envisageait d'y mettre fin, tout comme aux écoles dans leurs langues. Les Mennonites le perçoivent comme une attaque contre leurs traditions. Les Russes, leur proposent cependant de conserver leurs privilèges à condition de s'installer dans la vallée du Fleuve Amour, dans l'est de la Sibérie. En 1874, le ministre de la Défense russe Dmitri Milioutine révoquera cette proposition de nouvelle exemption, alors qu'un agent de la compagnie américaine Atchison, Topeka and Santa Fe Railway est déjà en Russie pour vanter les terres du Kansas. Les Mennonites qui visitent le Manitoba jugent préférable le climat du Kansas. Ceux qui acceptent de s'établir dans les marais à moustiques du Manitoba l'ont fait pour des raisons de conscience, ils sont plus souvent d'orientation conservatrice et moins fortunés. Ceux qui choisissent les États-Unis, une année plus tard, après avoir visité le Manitoba, ont des motivations plus financières.

La première décennie difficile au Manitoba En , Cornelius Jansen (1822-1894) publie à Dantzig ses carnets de notes sur l'Amérique, 300 copies sont envoyées en Russie puis 300 autres en août. Entre-temps, en , les autorités canadiennes envoient en Russie William Hespeler, un immigrant allemand qui s'était installé à Waterloo (Ontario) avant de déménager à Winnipeg en 1870 pour s'occuper de la "Manitoba Land Company". Les autorités canadiennes créent ensuite au sud-est de Winnipeg une "East Reserve" à l'usage exclusif des Mennonites, de 180 000 acres, répartis en 8 futurs villages, dont une partie est assez marécageuse avec des moustiques. Leonhard Sudermann et Jacob Buller, les deux délégués des Mennonites de la Molotschna venus étudier les lieux, explorent ensuite l'ouest de Winnipeg le long de l'Assiniboine (rivière), où les sols leur semblent plus secs et plus fertiles, mais au jour, ils décident que cette partie de la prairie n'est pas adaptée. L'hiver 1872-1873 au Manitoba a rebuté une partie des immigrants, parmi lesquels Bernhard Warkentin, qui écrit que lui et ses bons amis ont été dissuadés pour la simple raison qu'il y fait trop froid, puis traverse les plaines américaines jusqu'au Kansas.

En , une centaine de familles mennonites part de Kleine Gemeinde et une semaine plus tard 800 personnes quittent Bergthai, puis une centaine d'autres en septembre partent pour le Manitoba. Le journal Saint Paul Daily Express observe que c'est le plus important convoi jamais vu au Minnesota. Le , le Toronto Globe interview six d'entre eux sur leurs conditions d'exemptions militaires. Les immigrants sont par ailleurs confrontés au dossier délicat des demandes de reconnaissance des titres de propriété des Franco-Manitobains, souvent des métis. Etablis depuis 1818 à Saint-Boniface, avec les abbés Norbert Provencher et Sévère Dumoulin ils forment plus de la moitié de la population en 1870« Profils franco-manitobains ». L'ingénieur William Pearce intègre en 1874 les équipes des arpenteurs chargés d'établir des subdivisions officielles dans la région de Winnipeg et dénonce le détournement de ressources vitales comme l'eau et le bois et estime qu'il faut réserver ces précieuses terres aux vrais fermiers au lieu de les céder à des spéculateurs. En 1875 environ 30 immigrants islandais fondent le site de Gimli (Manitoba), rejoints par 800 autres en 1876, qui fondent Lundi et Sandvik. Au bord du lac Winnipeg, les trois sites ne seront reliés par le train qu'en 1903.