Le SS Volturno est un paquebot qui a pris feu durant une tempête dans l'Atlantique Nord en . Une explosion importante s'étant produite dans sa cargaison, il peut être évacué. Il est finalement sabordé quelques jours plus tard. C'est un navire de la Royal Line affrété par l'Uranium Line au moment de l'incendie. Le Volturno lance des signaux SOS, auxquels onze navires répondent. Malgré une mer démontée et des vents violents, 521 passagers et membres d'équipage sont secourus. Néanmoins, le bilan est lourd. Parmi les 136 victimes, beaucoup de femmes et d'enfants, montés dans les canots de sauvetage, qui sont mis à l'eau sans succès avant l'arrivée des navires de secours.
Description
Le Volturno mesure de long, avec une largeur de et un tirant d'eau de . Sa proue est verticale, il a deux mâts et une cheminée. Il a deux ponts, plus un pont-abri.
Deux machines à vapeur à triple expansion, avec des cylindres de diamètre respectif de , et , et dont la course du piston fait , développent une puissance nominale de 324 chevaux , et entrainent deux hélices.
Avec ses et le navire peut atteindre une vitesse de .
Histoire
Le Volturno est construit sous le numéro de chantier 448 par la Fairfield Shipbuilding and Engineering Company, Govan, Renfrewshire. Commandé par la Navigazione Italo-Americana, de Naples, en Italie, pour laquelle il doit relier l'Italie et l'Amérique. Le Volturno est lancé le et achevé le .
Son capitaine, de à , est James Harrison.
Le , il est racheté par la Volturno Steamship Company de Londres, et il est exploité par la D.G. Pinkney & Co., de Londres.
New York & Continental Line Le transport de passagers vers l'Amérique La récente compagnie New York & Continental Line exploite, depuis , un service de transport maritime de fret, avec des navires qu'elle affrète, reliant Hambourg à New York via Rotterdam. Mi-, elle annonce sa décision d'élargir son offre au transport de passagers, et notamment d'émigrants. Pour cette ligne, elle acquiert deux bateaux, et affrète "le nouveau navire à double hélice Volturno", auprès de la compagnie Robertson, Shankland & Co, de Londres.
Le Volturno effectue son premier voyage sous son nouveau pavillon, sur la ligne Hambourg-Rotterdam-Halifax-New York-Hambourg, le .
Sauvetage du Champagne Parti de Rotterdam le pour Halifax, le Volturno secourt, au large des bancs de Terre-Neuve, le navire de pêche français Champagne, parti de Saint-Malo, qui a démâté dans une tempête. Le Volturno reste trois jours, à partir du , en stand-by avant de pouvoir récupérer les 28 membres d'équipage.
La collision de lAvoca La New York & Continental Line est très vite mise en difficulté.
Le , dans le brouillard de Rotterdam, lAvoca rentre en collision, avec le vapeur allemand Nordsee, qui est à l'ancre. L'accident fait deux victimes, et le Nordsee coule. Sérieusement endommagé, lAvoca s'échoue pour ne pas sombrer. Saisi par les autorités, il est réparé à Rotterdam durant plusieurs mois. Le , le propriétaire et capitaine du Nordsee dépose une réclamation contre les propriétaires de lAvoca pour un montant de florins.
Difficultés financières Pendant ce temps, le Volturno continue ses traversées mais, du au , de Hambourg via Rotterdam et Halifax jusqu'à New York, le Volturno effectue son quatrième et dernier voyage pour la New York & Continental Line.
Revenu à Hambourg le , le Volturno est saisi le pour une créance de marks. Deux autres demandes doublent la dette le .
Faillite de la compagnie La compagnie ne peut payer la créance de lAvoca, qui se chiffre à marks, mais elle règle celle du Volturno, dont la saisie est levée le .
Le , la ligne New York and Continental suspend ses services vers New York.
Hambourg Rotterdam Halifax New York New York Hambourg Prévu le indiqué - Attendu le
Northwest Transport Line Le , le Volturno, James Harrison restant capitaine, est affrété par la Northwest Transport Co. de Londres, pour assurer la ligne Rotterdam-Halifax-New York.
Pris dans les glaces Le , se rendant de Rotterdam à Halifax, le Volturno évolue dans des blocs de glace. Le lendemain, il doit stopper les machines. Pris par la banquise durant 24 heures, il dérive loin de sa trajectoire, mais il arrive à bon port le .
Faillite de la compagnie La concurrence entraîne rapidement des difficultés financières pour la compagnie. Ses navires sont désarmés à Hambourg et à Rotterdam, et en , la North West Transport Line cesse son activité.
Paru en , le bilan du transport de passagers vers New York est sans appel : 11 voyages en trois mois, 6488 passagers, dont un unique de première classe et 171 de deuxième classe.
Pour cette compagnie, le Volturno effectue dix voyages aller-retour.
New York Rotterdam Hambourg Hambourg Rotterdam Halifax New York Londres -
droite|vignette|Une boîte à cigares de l'Uranium Line|150px Uranium Line Le , il est vendu à la Canadian Northern Steamship, qui opère sous le nom de la . Le Volturno est placé sous la direction de H.W. Harding, de Londres. La compagnie le transfère dès le à sa filiale nouvellement créée, l'Uranium Steamship Company.
L'Uranium Steamship Company n'est pas affiliée à la conférence maritime de l'Atlantique Nord. En conséquence, bien que l'escale à Hambourg soit possible, la compagnie ne peut, faute de licence, y embarquer ou débarquer de passagers.
Le Volturno entame son premier voyage Rotterdam-Halifax-New York, qui sera connue sous le nom de "Uranium Line", à la toute fin avec un nouveau capitaine, H. Nelson. Nelson le restera jusque fin .
Tinsley, directeur de l'Uranium Steamship, est interdit de séjour aux Pays-Bas droite|vignette|Ces émigrants russes, qui n'avaient pas les papiers nécessaires pour traverser l'Allemagne et se rendre en Russie, sont débarqués du Volturo à Rotterdam en 1911. |150px Début , Rudolph B. Tinsley, directeur de l'Uranium Steamship à Rotterdam, est interdit de séjour aux Pays-Bas, manquant de créer une crise diplomatique avec les États-Unis.
Des émigrants russes, passés par l'Allemagne pour embarquer à Rotterdam sur l'Uranium Line, avaient été interdits d'entrée sur le territoire américain. Contrainte de les ramener à Rotterdam, l'Uranium Line les a renvoyés sur le Volturno. La Russie refusant leur retour sur son territoire, les Allemands ont fait de même, et les Pays-Bas ont refusé qu'ils débarquent. Les émigrants sont donc restés à bord.
Quand le Volturno reprend la mer quelques jours plus tard, en direction de New York, avec environ 400 émigrants en plus des premiers, il est encadré de deux remorqueurs avec des policiers à bord. Peu après son départ, deux bateaux rejoignent le Volturno. Les émigrants rejetés y descendent. Pendant que le Volturno continue sa route vers l'Amérique, une course-poursuite s'engage entre la police et les deux bateaux. Finalement, la police bloque les émigrants, et les garde sous surveillance, en attendant une solution. Au bout d'une semaine entière, l'autorisation de leur transport en Russie via le territoire allemand les délivre. Tinsley, désigné responsable direct de ces tentatives, est banni.
En réponse, il transfère les bureaux de l'Uranium Line de Rotterdam à Anvers.
La T.S.F. A l'époque, les journaux relaient peu souvent les messages des navires par la Transmission sans fil. En général, ce sont les positions de navires en instance d'arrivée. Le Volturno y apparaît de temps à autre parmi d'autres. Il arrive exceptionnellement que ses communications fassent l'objet d'un petit article. Ainsi, lorsqu'il dialogue avec le Corsair, yacht de John Pierpont Morgan.
Mariage accepté sous condition Le voyage vers New York de fut particulier pour le docteur William J. Fine, chirurgien du bord. Non pour l'appendicite d'un passager de l'entrepont qu'il a dû opérer, mais parce que son mariage dépendait de son arrivée à destination : sa fiancée a accepté de l'épouser, à la condition qu'il soit revenu à New York avant la fin de l'année. Malgré le mauvais temps, le Volturo arrive le , dans la nuit.
L'opérateur radio tombe à la mer Le docteur Fine dira que lors de ce voyage, l'assistant opérateur T.S.F., William Rothman, est passé par dessus bord. Le navire s'est arrêté et a réussi à le récupérer.
New York Halifax Rotterdam Rotterdam Halifax New York - Attendu le
La dernière traversée L'équipage gauche|vignette|Francis Inch, le capitaine du Volturno |150px droite|vignette|Officiers du Volturno, à Rotterdam.|150px
Le capitaine Inch n'est passé capitaine qu'au début (sur ce navire), mais il est expérimenté. Il est en effet officier en chef sur les navires de la compagnie depuis six ans.
Il a sous ses ordres, 92 membres d'équipage : quatre officiers, six matelots qualifiés, six matelots ordinaires, six mécaniciens, 18 autres membres du personnel de la salle des machines, 41 stewards, deux opérateurs Marconi, un chirurgien, deux commissaires de bord, un charpentier et son second charpentier, un maître d'équipage et son second, et deux garçons.
La cargaison Pour ce voyage, le Volturno embarque des produits chimiques hautement inflammables. La commission d'enquête et la presse les détaillent :
Dans la cale avant, se trouvent notamment des barils de chlorite de baryum. Au-dessus, des couvercles de paille. La cale contient également des paquets de tourbe et des balles de chiffon. Dans l'entrepont inférieur, se trouvent 114 fûts en fer contenant du superoxyde de baryum. La cale inférieure n° 2 contient du charbon, et l'entrepont inférieur n° 2 contient des caisses de coton, d'autres de paillasse qui montent jusqu'en dessous du pont, des balles de tourbe et de chiffons. Il y a encore 800 fûts de gin, stockés à l'arrière du navire.
gauche|vignette|Emigrants attendant d'embarquer sur le Volturno (02 octobre 1913). |150px droite|vignette|Les femmes attendant d'embarquer sur le Volturno (02-oct-1913). |150px gauche|vignette|À bord du Volturno à Rotterdam le 02 octobre 1913.|150px droite|vignette|Le Volturno quittant le port de Rotterdam|150px Les passagers Vingt-deux passagers prennent place en première classe.
Dans l'entrepont, ils sont 539 (452 adultes, 74 enfants et 13 bébés). Une majorité d'entre eux sont des émigrants venus de l'Europe de l'est.
Les premiers jours Le Volturno part de Rotterdam le à destination de New York via Halifax.
Le , l'équipage a une formation incendie, mais à cause du roulis, aucun canot n'est mis à l'eau. Ce même jour, il passe les îles Scilly. À partir du soir, le temps se détériore.
La tempête Le , l'inspection de la cale avant par l'officier en chef ne révèle aucun problème.
Le , le vapeur St Paul reçoit un message du Volturno, qui annonce avancer à , avec un vent d'ouest et la mer de face. Le lendemain, un deuxième message indique que tout va bien.
L'incendie, l'explosion Le , vers du matin, le feu se déclare à l'avant du navire. Vers , une violente explosion se produit, causant la mort de nombreuses personnes. Le feu aurait atteint le calorifère.
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L'incendie se propage aux soutes à charbon du navire, coupant l'alimentation des pompes à incendie. L'équipage lutte contre l'incendie pendant environ deux heures, mais les moyens sont insuffisants pour l'éteindre. Conscient de la gravité de la situation, le capitaine Inch ordonne aux opérateurs radio, Walter Sedden et Christopher Pennington, d'envoyer des SOS.
Le RMS Carmania répond qu'il pousse ses machines pour rejoindre le Volturno. Ayant une T.S.F. bien plus puissante que celle du Volturno, il relaie ses appels SOS. Au total, dix autres navires répondent et se dirigent vers le Volturno. Afin de guider les secours, et à plusieurs reprises, le Carmania actualise la position du Volturno. Les échanges par T.S.F. permettent aussi de mieux connaître la situation.
Les canots de sauvetage Dans la tempête, le Volturno roule et tangue fortement. Malgré l'arrivée annoncée de secours, à la vue de l'incendie, certains passagers se jettent à l'eau (témoignage d'Abraham Flug, un passager).