Le berceau-carapace de est une carapace de tortue marine qui aurait été, selon la légende, le berceau du roi de France et de Navarre .

La carapace de tortue est à l'origine une curiosité conservée au sein du cabinet des souverains de Navarre, au château de Pau, au milieu du .

La tradition, dès la fin du , fait de cette carapace le berceau légendaire de , né le à Pau, utilisé lors de rituels protecteurs et symboliques. Aucune source contemporaine de l'événement ne rapporte cette anecdote, dont l'existence reste néanmoins plausible.

Lors des , le berceau-carapace devient une relique du culte rendu au roi et un symbole de fierté régionale en Béarn. Il est commémoré lors d'événements publics avant la Révolution française et sa potentielle destruction lors de la Terreur : la carapace de tortue cachée est sans doute restituée aux rois de la Restauration. De nouveau célébrée, elle est parée d'un riche décor financé par et placée au sein d'une chambre natale reconstituée sous au château de Pau.

Elle est aujourd'hui conservée au musée national du château de Pau, dont elle reste l'une des pièces principales. Elle est restaurée en 2022.

Une curiosité des rois de Navarre vignette|redresse|Inventaire général du château de Pau de 1561-1562 mentionnant (Bibliothèque nationale de France).

Une est mentionnée dans l'inventaire des meubles du château de Pau en 1561-1562, durant l'enfance de : il peut s'agir de celle considérée par la suite comme le berceau du futur roi. Elle semble faire partie d'un cabinet de curiosités, avec des objets antiques (intailles et camées, vases) ou d'autres (dont une « corne de licorne », plutôt identifiée comme celle d'un narval)..

La carapace est celle d'une tortue verte adulte, mesurant de haut pour de long et de largeur. Sa provenance géographique est inconnue, la Chelonia mydas se trouvant dans la plupart des océans et en mer Méditerranée.. La carapace a été soigneusement prélevée et forme une cavité sans aspérité, avec deux trous perforés sur une des extrémités.

Cette carapace n'apparait pas parmi les objets envoyés au château de Fontainebleau en 1602, où recrée un cabinet de curiosités à partir du prestigieux ensemble navarrais, amassé depuis le Moyen Âge à Navarrenx, en remplacement de celui des Valois, détruit pendant les guerres de Religion. La carapace n'est pas non plus mentionnée dans les inventaires royaux ultérieurs : elle a pu être remise à la famille d'une des nourrices de selon la thèse du berceau-carapace.

Le berceau légendaire de vignette|redresse|Eugène Devéria, Naissance d', 1827 (musée du Louvre).

Henri de Bourbon, qui devient plus tard puis , naît le au château de Pau, sous le contrôle de son grand-père Henri d'Albret. Sa mère, Jeanne d'Albret, accouche au premier étage, dans l'actuel « salon de famille », et non au deuxième étage, dans la chambre de Henri d'Albret renommée plus tard en « chambre natale de ».

Cette naissance est racontée pour la première fois par Pierre Victor Palma Cayet dans sa Chronologie novenaire en 1608, qui interroge pour ce faire les anciens serviteurs présents lors de l'événement. Il mentionne notamment le « baptême béarnais », un rituel à base d'ail et de jurançon sensé fortifier le nouveau-né, à une époque de peste et haute mortalité infantile. Cependant, cette source ne fait pas référence à la carapace de tortue comme berceau du futur roi.

L'idée d'utiliser une carapace de tortue comme berceau pour l'héritier du royaume de Navarre pourrait trouver son origine dans plusieurs textes antiques, lus ou connus par la famille royale, une cour princière de la Renaissance fascinée par l'histoire gréco-romaine. Cet usage pourrait avoir un intérêt sanitaire et prophylactique, comme préconisé par Cratès de Thèbes à son épouse Hipparchia, en complément du « baptême béarnais ». Il revêt également une dimension symbolique, en faisant de Henri de Bourbon un héritier des empereurs romains, comme Clodius Albinus qui possédait un tel berceau d'après Julius Capitolinus.

La première mention d'un « berceau de » apparait sous la plume de Nicolas-Joseph Foucault, intendant du Béarn, en 1684, après la naissance de sa fille Henriette , puis .. Par la suite, les États de Béarn annoncent en 1687 que celui-ci est conservé avec . La nature de l'objet n'est pas précisée, la question se pose alors de savoir si le berceau évoqué est la carapace de tortue, un berceau en bois ou le château de Pau lui-même. À partir du milieu du , le berceau-carapace est pour la première fois attesté sans ambiguïté.

L'historicité de l'anecdote de la carapace comme berceau de fait débat chez les historiens. Raymond Ritter réfute celle-ci : un tel berceau lui parait et il relève l'absence de précision concernant l' inventoriée huit ans après la naissance du futur roi. Néanmoins, Dénes Harai note que son utilisation comme telle est plausible, notamment au regard des usages antiques, mais qu'elle .

Une relique du culte henricien Au , la carapace de tortue considérée comme le berceau de apparait comme une relique du roi, associée au courant de sympathie qui se diffuse alors, sous l'effet du mythe du « bon roi Henri ». Elle fait alors partie d'un ensemble de reliques rattachées au souvenir de ce roi : son cœur conservé au sein du Prytanée national militaire de La Flèche jusqu'à sa destruction en 1793, ou encore divers masques mortuaires réalisés après l'exhumation du corps du roi lors de la Révolution française. Sous l'effet du culte porté à , la carapace de tortue est dégradée par de nombreux visiteurs, qui en arrache des fragments pour conserver un souvenir voire une amulette.

Le berceau-carapace est également un symbole valorisé dans le Béarn : il se rattache à l'identité de ce territoire, avec une dimension régionaliste vis-à-vis du .

La dimension hautement symbolique du berceau-carapace est notée par Raymond Ritter, qui déclare que .

Sous l'Ancien Régime et la Révolution française vignette|redresse|Nicolas Guy Brenet, Allégorie autour d'un buste d' et d'un médaillon représentant la comtesse de Gramont, 1776 (musée des Beaux-Arts de Quimper).

La carapace de tortue est associée à différentes célébrations lors des crises parlementaires de la fin du . En 1776, à l'occasion du retour à Pau des parlementaires béarnais, elle apparait lors d'une fête maçonnique donnée dans le parc du château de Pau. Le , dans des circonstances similaires, de grandes célébrations sont également organisées : une pyramide est surmontée du berceau-carapace, qui domine des portraits de Sully, de Necker et du duc de Guiche.

La ville de Pau commande en 1778 un tableau commémoratif au peintre Nicolas Guy Brenet pour célébrer le rôle de Marie-Louise Sophie de Faoucq, comtesse de Gramont, dans le retour des parlementaires deux ans plus tôt.. Celle-ci figure sur un médaillon en compagnie d'un buste de et de la carapace de tortue : il s'agit de la plus ancienne représentation du berceau-carapace. Trois esquisses sont conservées pour ce tableau perdu, dont une au musée national du château de Pau et une autre au musée des Beaux-Arts de Quimper..

Dans la première partie de la Révolution française, le berceau-carapace est également célébré, comme le , où il est déposé sur un autel de la Patrie lors de la fête de la Fédération. La première formation civique révolutionnaire de Pau prend également le nom de « garde du berceau d' ».

Lors de la Terreur, le , la carapace de tortue est condamnée à être brûlée. Cette destruction est souhaitée par le club jacobin de Pau, qui veut supprimer les locaux. Avant le passage à l'acte, la carapace de tortue est échangée par un collectionneur local et directeur de l'Enregistrement, Généreux Valentin Bourdier de Beauregard, contre une autre carapace issue de son propre cabinet de curiosité. Il a pour cela la complicité du commandant du château de Pau, le baron d'Espalungue d'Arros, et du sergent de la garde, Lamaignère. Le berceau-carapace est alors caché durant la suite de la Révolution puis sous le Premier Empire, jusqu'à la Restauration et sa restitution au pouvoir royal, lors de la venue de Louis de France à Pau le . Cette anecdote à Jean-Christian Petitfils, tandis que Raymond Ritter considère que ; cependant, les conservateurs du musée national du château de Pau tranchent que .

Sous la Restauration Après sa restitution en 1814, le berceau-carapace est promené dans les rues de Pau lors de déambulations à l'occasion de la fête de la Saint-Louis. En 1821, le concierge du château, Alexandre Bossu, demande à l'administration royale de réaliser un décor pour le berceau-carapace, présenté jusqu'alors . L'année suivante, répond à cette requête, avec un décor composé d'un trophée de lances, d'un casque en bois surmonté d'un panache blanc de plumes d'autruche, de drapeaux représentant les armes de la Navarre et de la France et d'un tissu bleu à fleurs de lys, ce qui constitue la seule intervention de ce roi au château de Pau. Le projet du décor est sans doute réalisé par Jacques-Louis de la Hamayde de Saint-Ange, dessinateur du Garde-meuble de la Couronne. Les artisans choisis sont ceux offrant les prix les plus compétitifs : Pierre-Gaston Brion pour la sculpture, un certain Pauwels pour la dorure, Hyacinthe Chalamel pour la broderie, tandis que le tapissier Jean Lejeune supervise l'ensemble. Le décor est livré à temps pour la procession du , mais contribue par la suite à la sédentarisation du berceau-carapace au sein du château de Pau. Ce décor est décrié par certains contemporains, comme Gustave Flaubert ou encore Victor Hugo, qui évoque une entre .

Au Salon de 1822, le peintre Alexandre Millin du Perreux présente le tableau Vue du château royal où naquit : le futur roi, enfant, est représenté entouré de la cour dans le parc du château de Pau, notamment accompagné de sa nourrice portant le berceau-carapace. L'œuvre est installée le dans la galerie de Diane du château de Fontainebleau en pendant d'une Vue du château du Fontainebleau avec et Sully de 1819. Après la transformation de la galerie en bibliothèque pendant le Second Empire, l'État français dépose en 1876 le tableau au musée des Beaux-Arts de Pau : il orne en 1977 un cabinet de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques..

Le berceau-carapace quitte exceptionnellement le château de Pau en 1825, lors du sacre de . En 1829, sous son règne, la carapace de tortue est ajoutée aux armoiries de la ville de Pau, accompagnée du monogramme « H » et de la couronne royale.

vignette|Pierre-Henri Poublan, Visite des habitants de la vallée d'Ossau au berceau d', 1844 (musée national du château de Pau).

Lors du Salon de 1844, le peintre palois Henri-Pierre Poublan présente une huile sur toile intitulée Visite des habitants de la vallée d'Ossau au berceau d'. La scène représentée se déroule en hiver, où les Ossalois, en tenues traditionnelles, se pressent autour du berceau-carapace. Celui-ci est installé sous le décor , dans le grand salon de réception du château de Pau restauré par en 1840, avec le pic du Midi d'Ossau visible par la fenêtre. Cette représentation, qui évoque l'engouement populaire voire régionaliste pour et son berceau supposé, tranche avec les autres scènes de ce genre, où le roi vient à la rencontre des Béarnais, et montre la dimension mémorielle que prend le château de Pau pour les visiteurs.

vignette|Le berceau-carapace au sein de la « chambre natale de » au deuxième étage du château de Pau en 2019.