vignette|Manifestation à Aberdeen, le 6 septembre. À partir de , un mouvement de manifestations anti-migrants se déroule au Royaume-Uni. Elles ciblent une trentaine d'hôtels hébergeant des demandeurs d'asile. Déclenchées par la mise en examen d'un demandeur d'asile éthiopien accusé d'agression sexuelle, ces manifestations s'inscrivent dans le contexte de l'engorgement du système d'asile britannique, plus de 100 000 demandeurs d'asile étant hébergés par l'État, dont un tiers dans des hôtels.
Les manifestations sont notamment organisées par le parti nationaliste blanc Homeland Party et soutenues par Reform UK de Nigel Farage. Elles réclament une campagne de « remigration ». La ville d'Epping devient un foyer de tensions particulièrement intense, avec des rassemblements quotidiens devant l'hôtel Bell. Des contre-manifestations antiracistes ont régulièrement lieu.
Face à ce mouvement, le gouvernement travailliste annonce des mesures supplémentaires de lutte contre l'immigration clandestine et une réforme du système d'appel des demandes d'asile, tandis que plusieurs collectivités locales engagent des actions judiciaires pour contraindre le gouvernement à reloger les demandeurs d'asile hébergés dans leurs circonscriptions.
Le , une manifestation baptisée « Unite the Kingdom », organisée par l'activiste d'extrême droite Tommy Robinson, rassemble environ 110 000 personnes. Elle est considérée par le groupe d'influence antiraciste comme la plus importante manifestation d'extrême droite de l'histoire britannique.
En parallèle de ce mouvement a lieu la campagne « Operation Raise the Colours », qui encourage l'installation sauvage de drapeaux britanniques dans l'espace public.
Contexte
Évolution de la politique d'hébergement des demandeurs d'asile Initialement, le gouvernement britannique logeait les demandeurs d'asile dans des maisons et appartements privés via des contractants, les hôtels n'étant utilisés qu'en dernier recours. En raison de la pandémie de Covid-19, le gouvernement conservateur a déplacé les demandeurs d'asile vers des hôtels pour respecter la distanciation sociale, et a également cessé de renvoyer dans leur pays d'origine les personnes dont la demande d'asile a été refusée. Ces mesures, qualifiées de temporaires, ont maintenu dans les hébergements gouvernementaux des personnes qui auraient normalement dû les quitter.
Engorgement du système d'asile Parallèlement, l'augmentation rapide des traversées de la Manche en petites embarcations à partir de 2021, combinée au ralentissement du traitement des demandes d'asile, a créé un engorgement du système. Le nombre de demandeurs d'asile ayant droit à un hébergement gouvernemental a atteint un pic de 119 000 en , contre 45 000 en . En , 103 684 demandeurs d'asile sont encore hébergés par l'État, dont environ un tiers dans des hôtels.
Le gouvernement travailliste, arrivé au pouvoir en , a hérité de cette situation et réussi à réduire le nombre de demandeurs d'asile en hôtels de 50 500 à 32 300 en accélérant le traitement des dossiers. Toutefois, selon les experts de l'Observatoire des migrations de l'université d'Oxford, la demande d'hébergement pour demandeurs d'asile dépasse toujours l'offre de logements à long terme dans un contexte de pénurie générale de logements au Royaume-Uni.
Climat politique Dans ce contexte, l'immigration devient la première préoccupation des électeurs britanniques, allant jusqu'à dépasser les questions économiques dans les sondages d'opinion.
Durant l'été 2024, des émeutes organisées par des groupuscules d'extrême droite ont lieu dans plusieurs villes d'Angleterre et d'Irlande du Nord à la suite de l'attaque au couteau à Southport par un britannique d'origine rwandaise.
Déclenchement des manifestations Un mouvement de manifestations anti-migrants est déclenché en à la suite de la mise en examen de Qais al Aswad, demandeur d'asile éthiopien de 38 ans accusé d'agression sexuelle sur une adolescente de 14 ans. Il est condamné le .
Déroulement Les rassemblements visent une trentaine d'hôtels hébergeant des demandeurs d'asile à travers tout le Royaume-Uni. Les manifestants réclament une campagne massive de « remigration ». Ils tentent parfois d'empêcher l'accès aux établissements, ce qui provoque des heurts avec des contre-manifestants antiracistes. vignette|L'hôtel Bell en 2019. La ville d'Epping, au nord de Londres, est notamment le théâtre de manifestations quotidiennes devant l'hôtel Bell. Les rassemblements opposent plusieurs centaines de manifestants anti-migrants à des contre-manifestants soutenus par des associations antiracistes, sous surveillance policière. Les manifestants réclament le départ de tous les demandeurs d'asile de l'établissement, une demande officiellement appuyée par le conseil municipal conservateur d'Epping.
Au , au moins 18 personnes ont été arrêtées et huit policiers blessés depuis le début du mouvement.
La manifestation du , intitulée « Unite the Kingdom », rassemble environ 110 000 personnes selon les estimations policières, est ainsi considérée comme la plus importante manifestation d'extrême droite de l'histoire britannique par le groupe d'influence antiraciste . Elle demeure cependant moins large que les manifestations contre la guerre à Gaza en 2023, contre le Brexit en 2019, ou contre la guerre d'Irak en 2003. En plus du mot d'ordre anti-migrants, la manifestation rend également hommage au militant conservateur américain Charlie Kirk, récemment assassiné. Des violences ont lieu à l'égard de la police.
Organisation Le parti nationaliste blanc Homeland Party contribue à l'organisation des manifestations d'Epping, puis également celles d'une vingtaine d'autres villes. Les mobilisations sont alimentées par des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux par des militants d'extrême droite.
L'activiste d'extrême droite Tommy Robinson organise le la plus grande manifestation depuis le début du mouvement.
Operation Raise the Colours vignette|Drapeaux accrochés sur un immeuble à Seacroft. Parallèlement aux manifestations, une campagne en ligne lancée par des militants d'extrême droite baptisée Operation Raise the Colours encourage l'installation sauvage de drapeaux britanniques et anglais sur les lampadaires et infrastructures urbaines à travers le pays. Il s'agit d'une pratique habituellement rare au Royaume-Uni, surtout observée lors d'événements sportifs, royaux ou militaires.
Si certains conseils municipaux retirent ces drapeaux par mesure de sécurité, le Premier ministre Keir Starmer exprime initialement son soutien aux , avant de dénoncer le détournement de ces drapeaux comme . L'initiative est saluée par Nigel Farage de Reform UK et le conservateur Robert Jenrick. Plusieurs habitants, notamment ceux issus de l'immigration ou de minorités, y voient une forme d'intimidation.
Soutiens Les manifestations sont soutenues par le parti Reform UK de Nigel Farage et par plusieurs groupuscules islamophobes, dont Britain First.
Lors de la manifestation du , Elon Musk apporte son soutien à l'événement et s'adresse à la foule par vidéo. Plusieurs personnalités d'extrême droite européennes y prennent également la parole, notamment l'homme politique français Éric Zemmour et l'homme politique belge Filip Dewinter.
Réactions gouvernementales En réponse à cette situation, le gouvernement britannique annonce le un financement supplémentaire de 100 millions de livres sterling pour lutter contre les traversées de la Manche, incluant l'embauche de 300 agents supplémentaires pour la National Crime Agency et l'utilisation de l'intelligence artificielle pour évaluer l'âge des demandeurs d'asile se déclarant mineurs.
Le , la ministre de l'Intérieur Yvette Cooper annonce une réforme du système d'appel des demandes d'asile visant à réduire l'accumulation des recours en attente. Un organisme indépendant composé d'arbitres professionnels doit être créé pour accélérer le traitement des appels.
Actions judiciaires Le , le conseil de district d'Epping obtient une injonction judiciaire obligeant le gouvernement à reloger les demandeurs d'asile avant le , invoquant une violation des règles d'urbanisme et les risques de tensions communautaires. Le gouvernement fait appel de la décision de justice.
Nigel Farage, dirigeant du parti Reform UK, appelle les douze collectivités locales contrôlées par son parti à engager des actions judiciaires similaires. L'opposition conservatrice encourage d'autres conseils locaux à engager des actions juridiques similaires, tandis que plusieurs conseils contrôlés par des travaillistes envisagent également de le faire.
Analyses Selon Jonathan Darling, professeur en géographie humaine à l'université de Durham, le gouvernement n'avait pas anticipé que les infrastructures hôtelières concentreraient la colère et le ressentiment, l'association des hôtels à des notions de loisir et de luxe ayant d'après lui exacerbé les tensions dans un contexte où ces lieux deviennent inaccessibles aux populations locales tout en hébergeant des personnes diabolisées.
D'après Florence Faucher, professeure de science politique à l'Institut d'études politiques de Paris, ces mobilisations visent à faire croire que les migrants seraient mieux traités que la population locale, bien qu'ils ne soient pas hébergés dans des hôtels luxueux et qu'ils occupent des chambres à plusieurs. Elle estime également qu'elles s'appuient sur des ressorts anti-islam.
Références
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