L'église Sainte‑Libaire est l'église paroissiale catholique de La Broque, dans le Bas-Rhin (région Grand Est). Dédiée à sainte Libaire, martyre lorraine du , elle constitue l'un des principaux édifices religieux de la vallée de la Bruche. Son clocher élancé, visible de loin, se dresse comme un signal au cœur du village. Seule église du diocèse de Strasbourg placée sous ce vocable, elle célèbre chaque la fête liturgique de la sainte martyre..
Localisation L'église est située au centre du village, rue du Général‑de‑Gaulle, sur une parcelle close d'un mur en grès. Elle est non loin de la place Sainte‑Libaire et jouxte le cimetière communal végétalisé, ponctué de monuments funéraires anciens..
Histoire
Origines médiévales ( – ) Vers l'an 810, Vicpodus (Vipode), douzième abbé de Senones, fonde à Vipucelle (La Broque) un prieuré appelé « Saint-Sauveur de la Cour d'En-Haut ». Dom Calmet écrit à son sujet : « On croit que l'église paroissiale de La Broque ou Vipucelle était l'église du prieuré », ajoutant que l'on trouvait encore dans le cimetière d'anciens cercueils de pierre et les fondations de bâtiments considérables.. En 826, Vipode donne le prieuré avec ses dépendances à l'évêché de Metz par acte de charte.
Vers 1023, deux clercs de Strasbourg s'emparent de l'église de Vipucelle sous l'épiscopat d'Herman. L'évêque de Toul porte plainte, et le pape Léon IX confirme par bulle adressée à Udon la restitution de la paroisse au diocèse de Toul. Cette appartenance est confirmée en 1123 par une bulle du pape Calixte II, puis en 1152 par Eugène III.
Avant la Révolution, la paroisse de La Broque relevait du diocèse de Toul : l'abbé de Senones en était le prélat ordinaire, collateur et décimateur ; le curé recevait le tiers des dîmes. La paroisse avait pour annexes Framont et pour dépendances Albet, Les Cuvelles, Grand-Fontaine, Vacquenoux et les fermes du château de Salm.
En 1492, dom Arnoux de Salm est mentionné comme prieur titulaire de la Cour d'En-Haut au Val de la Broque.
– La Confrérie du Rosaire (1697) Le est fondée à La Broque la Confrérie du Rosaire, devant le R.P. Jean de Sainte Rose, prédicateur, par des familles de la paroisse (Marchal, André, Sayer, Jacques, Adam, Brignon, Marquaire, Arnould…). L'acte de fondation mentionne également l'existence d'une chapelle que possédait alors l'église, vraisemblablement à l'emplacement de l'actuelle chapelle baptismale.. La Confrérie du Rosaire est la plus ancienne institution paroissiale documentée de La Broque.
Reconstruction de l'église (1736–1737) En 1736–1737, l'église est entièrement reconstruite pour environ 2 500 livres. La date 1737 est gravée sur la clé du portail. Seule la tour-porche, de style Renaissance, subsiste encore de cet édifice.
center|thumb|Gravure de Benjamin Zix (1795), représentant le village et l'église.|234x234px
La grande cloche (1770) En 1770, Jean-Baptiste Fourno, fondeur de feu sa Majesté le roi de Pologne, coule la grande cloche de l'église. D'un poids de 930 kg et d'un diamètre de 1,13 m, sonnant la note fa, elle est offerte par les princes de Salm : son parrain est S.A.S. le prince Louis Charles Otton de Vipucel et Ban de Salm, sa marraine la princesse Josèphe de Salm-Salm. Elle est bénie par le curé Nicolas Damin..
Rattachement diocésain Le , La Broque est rattachée à la France et au département des Vosges ; la paroisse passe sous la juridiction de l'évêque de Saint-Dié. À la suite du traité de Francfort (1871), les cantons de Saales et Schirmeck sont intégrés au Reichsland d'Alsace-Lorraine et rattachés au diocèse de Strasbourg. Après le retour à la France en 1918, ces cantons restent rattachés à ce même diocèse.
Reconstruction du chœur (1827) En 1827, le chœur est agrandi et reconstruit. Le curé Jean-François Précheur note dans ses écrits : « En 1827 on a agrandi l'église du chœur ».
Le premier orgue Wetzel (1843) En 1843, la paroisse commande un orgue à Martin Wetzel, facteur établi en Moselle et en Alsace. L'instrument comprend un clavier manuel, environ 10 jeux et un pédalier de 15 notes. Il est logé dans un élégant buffet en chêne..
Grande restauration de la nef (1869) Du au , la nef est entièrement reconstruite sur les plans de l'architecte François‑Eugène Grijolot, pour un montant de 33 689 fr. 50. Les travaux comprennent : l'intégration définitive du clocher dans l'œuvre, l'exhaussement des fenêtres, la pose des dix vitraux en grisaille, l'installation des deux autels latéraux et du confessionnal. Les dates 1737 et 1869 sont gravées sur le fronton, rappelant les deux grandes phases de construction.
Le curé Jean-François Précheur, curé depuis 1825, ne cachait pas son opposition à ces travaux : « En 1869 on a fait des réparations à l'église que je n'ai pas approuvées. Il fallait raser l'ancienne et en faire une à côté digne de la paroisse ».
En 1869 également, deux vitraux à personnages en pied pour le chœur sont commandés : l'Ascension du Christ et l'Assomption de la Sainte Vierge..
Rapportement des reliques (1852) En 1852, le curé Jean‑François Prêcheur rapporte des reliques de Sainte Libaire à La Broque, avec l'autorisation de Louis-Marie Caverot, évêque de Saint‑Dié..
Cercle catholique Aloysia (1921) Le , le Cercle catholique des jeunes gens « Aloysia » est officiellement fondé et inscrit au greffe du tribunal. Son premier président est Joseph Schreyeck, son secrétaire-trésorier Robert Supper. Affilié à la fédération Avant-Garde du Rhin (Strasbourg), il anime longtemps la vie paroissiale par la musique, le théâtre, le tir, les majorettes et le ping-pong.
Réquisition des cloches et Première Guerre mondiale (1917) En , les autorités militaires allemandes réquisitionnent deux des trois cloches du clocher pour les fondre en métal de guerre. Seule la grande cloche de 1770 est épargnée — probablement en raison de son ancienneté et de son lien avec les princes de Salm. La plus petite cloche est définitivement perdue ; la seconde est retrouvée après l'armistice mais dans un état nécessitant sa refonte. À la même occasion, les tuyaux de façade de l'orgue sont également réquisitionnés pour la fonte.
Nouvelles cloches (1922–1923) Entre 1922 et 1923, sous le curé Antoine Rapp, deux nouvelles cloches sont fondues et bénies : « Libaire » (sol, 650 kg, Ø 1,01 m) et « Marie-France » (la, 460 kg, Ø 90 cm).
Nouvel orgue Rinckenbach (1929–1930) En 1929–1930, Joseph Rinckenbach, facteur d'orgues à Ammerschwihr (Haut-Rhin), livre l'opus 197 : 18 jeux sur 2 claviers et pédalier. Le buffet XIXe siècle de Wetzel est conservé. En 1953, l'orgue est relevé par Alfred Kern, facteur à Strasbourg-Cronenbourg. La même année, la maison A. Didelot de Sarrebourg électrifie les cloches et installe une sonnerie automatique de couvre-feu à 22 heures.
Dommages de la Libération (1944) En , des tirs d'artillerie lors de la Libération endommagent les vitraux du chœur (l'Ascension et l'Assomption de 1869), qui devront être remplacés.
Grande restauration de 1960–1961 Du au , d'importants travaux de restauration sont conduits sous le curé Lucien Friederich, avec la direction artistique d'Adeline Hébert‑Stevens (Mme Paul Bony, Paris). Le , les vitraux du chœur signés par Hébert-Stevens sont inaugurés. Le , l'évêque de Strasbourg Jean-Julien Weber procède à la consécration solennelle de l'église lors de la fête du Christ-Roi..
La cérémonie est précédée le samedi par l'accueil des reliques, une procession et une veillée nocturne. Le dimanche, la consécration est conduite par Mgr Léon Neppel, vicaire général, puis Mgr Weber, suivie d'une Grand-Messe Pontificale. Le service du chant est assuré par la chorale paroissiale sous la direction de Jules Longhi, avec l'organiste Maurice Durand.
Réfection des vitraux (1971) Durant l'été 1971, sous le curé Lucien Friederich, les dix vitraux en grisaille de 1869 sont entièrement rénovés.
Restauration du clocher (1984) En 1984, l'architecte Daniel Zinglé dirige la restauration du clocher. Une nouvelle croix et un coq doré sont posés en sommet de flèche. L'inauguration donne lieu le à une Grand-Messe avec la Chorale Sainte-Cécile, le Cercle Aloysia, les Cors de chasse et les sociétés locales..
Restauration intérieure (1994) Le , sous le curé Jean Chamley, la restauration intérieure (peintures et modifications) est inaugurée..
Inscription de la grande cloche (1996) Par arrêté préfectoral du , la grande cloche de 1770 est inscrite sur l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés.
Nouvel orgue électronique (2010) En , un orgue liturgique électronique à 2 claviers et pédaliers est acquis et béni par le père Claude, l'orgue Rinckenbach étant devenu injouable. Les chorales de La Broque et de La Claquette participent à la cérémonie.
Architecture Organisation générale L'église est construite en moellons de grès enduits, à l'exception de l'élévation antérieure de la tour-porche, appareillée en grès de taille. Elle comprend : Une tour‑porche de style Renaissance en grès appareillé, surmontée d'une flèche à égouts retroussés en ardoise ; Une nef à vaisseau unique, plafonnée, de six travées (1869) ; Un chœur à une travée droite et pans coupés (1827) ; Une sacristie accolée à l'ouest du chœur ; Une chapelle baptismale aménagée dans un bas-côté.
Les couvertures sont en ardoise (flèche), à longs pans (nef), en croupe polygonale (chœur).
Le clocher D'après la brochure de l'architecte Daniel Zinglé relative à la restauration de 1984, le clocher présente les données techniques suivantes : base carrée de 5,91 × 6,11 m, murs de 1,25 m d'épaisseur à la base, hauteur totale depuis le sol du porche de 20,88 m, et flèche octogonale de 14,93 m depuis la corniche. Les ouvertures pour les cloches sont fermées par des volets de chêne, et des cadrans d'horloge sont visibles sur les côtés.
Une fissure verticale sur le mur nord de la nef témoigne de l'intégration définitive du clocher dans l'œuvre lors des travaux de 1869 ; les pierres angulaires plus petites vers le sommet attestent son rehaussement à cette occasion.
Vitraux Verrières de la nef (1869) Les dix verrières en grisaille de la nef ont été commandées le par le maire Antoine Lentz et le conseil municipal auprès des peintres-verriers Maréchal et Champigneulle à Metz, pour un montant total de 4 480 francs. Posées avant le , elles représentent chacune un saint à mi-corps, inscrit en latin dans son auréole, dans une réserve au fond fleuri au pochoir, entourée d'entrelacs et d'une bordure feuillagée. Elles sont protégées par un grillage en fil de fer galvanisé.
Endommagées par le temps et les vibrations des tirs d'artillerie de 1944, les dix vitraux sont entièrement rénovés à l'été 1971.
Les saints représentés, de l'entrée vers le chœur, reflètent la spiritualité locale de la vallée de la Bruche :
Côté sud (droit en entrant) Côté nord (gauche en entrant) Saint Hydulphe (Sanctus Hidulphus), fondateur de l'abbaye de Moyenmoutier Saint Gondelbert (Sanctus Gondelpertus), fondateur de l'abbaye de Senones Saint Hubert (Sanctus Hubertus), évêque de Liège, patron des chasseurs Saint Antoine (Sanctus Antonius), père du monachisme Saint Nicolas (Sanctus Nicolaus), patron de la Lorraine Saint Déodat (Sanctus Deodatus), fondateur de l'abbaye de Saint-Dié Saint Matthieu (Sanctus Mathaevus), évangéliste Saint Marc (Sanctus Marcus), évangéliste Saint Étienne (Sanctus Stephanus), premier martyr Saint Jean l'Évangéliste (Sanctus Ioannes), apôtre
Vitraux du chœur En 1869, deux vitraux à personnages en pied représentant l'Ascension du Christ et l'Assomption de la Vierge sont posés dans le chœur par Maréchal & Champigneulle. Endommagés lors des combats de la Libération (), ils sont remplacés en 1961.